L’école sans maîtres

Mi-mai, tous les instituteurs de France ont été destinataires d’une lettre de leur ministre, dans laquelle chacun pouvait lire ceci : « Vous enseignez à l’école primaire. Si l’adjectif indique qu’elle est première, chronologiquement, dans la scolarité de l’élève, il peine à rendre compte de l’importance de ce qui s’y joue. Cette école n’est pas seulement première : elle est, à bien des égards, primordiale. Entre les murs de vos salles de classe, les enfants vivent un moment décisif : ils acquièrent, pour la première fois, des savoirs et des compétences fondamentaux. Dans ce moment se joue, bien souvent, la réussite future de leurs études. C’est la conscience de cette importance qui a conduit le Gouvernement, dans la loi de refondation de l’école de la République de juillet 2013, à donner la priorité au premier degré. Cette priorité n’est pas un vain mot ; elle n’est pas restée lettre morte. Elle s’est traduite, concrètement, dans les nombreuses mesures prises depuis 2013. ». À la lecture de cette prose ministérielle, je me suis dit que madame Vallaud-Belkacem et moi-même ne voyions pas la réalité scolaire du même côté du mystère. Ce qui suit donnera au lecteur toute latitude pour juger.

Une surprenante manifestation

Il y a plusieurs semaines de cela, je passais devant l’inspection académique de Nanterre et m’arrêtai devant ce que je pris au départ pour un simple attroupement bruyant de parents et d’enseignants mécontents. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis parmi les adultes de jeunes enfants portant banderoles et pancartes et scandant des revendications assez inattendues : « Des remplaçants, pas le fond de la classe », « Nous voulons des devoirs », « De l’école, pas que des récréations »… Comme je l’appris après m’être rapproché d’un maître psalmodiant gravement : « L’école de la République doit être une école à plein temps », il s’agissait d’un rassemblement de parents et d’enseignants ne trouvant plus supportable que les maîtres de leurs enfants ou leurs collègues ne soient pas remplacés dès qu’ils étaient en congé. Ainsi, dans certaines écoles et communes des Hauts-de-Seine, il n’était pas rare que depuis la rentrée des élèves n’aient pas eu classe l’équivalent de quelques semaines.

Ce regroupement bariolé, bruyant et enfantin me fit alors penser à une œuvre de la littérature contemporaine de jeunesse, une pièce en un acte de Grégoire Kocjan, La Manifestation, où l’on voit des enfants manifester devant leur école fermée et qui, au grand étonnement des passants, demandent force exercices et devoirs, qui regrettent le temps studieux et sévère de l’école et qui en arrivent à la conclusion que la fermeture de leur école est la conséquence d’un « immense complot » ourdi par des « méchants » dont l’intérêt est que la jeunesse reste « imbécile » car, comme le dit doctement un élève manifestant : « C’est toujours plus facile de commander quelqu’un qui est bête ». Ces élèves sans école vont alors être frappés d’une étrange aphasie, se mettre à meugler et devenir des veaux, jusqu’à ce que leur maîtresse réapparaisse et annonce à ses élèves effarés qu’au lieu de crier au complot mieux vaudrait consulter un calendrier et savoir que pendant le pont du Premier mai les écoles ferment.

J’appris plus tard qu’à la suite de ce rassemblement une bonne quarantaine d’enseignants contractuels avaient été embauchés et que l’année prochaine, aux dires mêmes d’un décisionnaire de l’inspection académique, le nombre des maîtres nouvellement nommés dans le département serait pour moitié constitué de contractuels1.
 

Une école de maîtres précarisés

Chacun sait qu’à présent les maîtres d’école sont recrutés à bac + 5 ; cette réforme du recrutement des maîtres appelée « masterisation » avait été présentée comme un gain, un double gain : financier pour les futurs maîtres et pédagogique pour leurs futurs élèves. Il y allait de la refondation de l’école de la République, rien moins ! Las, cette masterisation a au contraire entraîné un tarissement des vocations, notamment chez les étudiants des couches populaires, lesquels ne peuvent plus compter sur un salaire dès leur formation (comme auparavant) mais doivent patienter deux années supplémentaires avant de toucher leur premier traitement. Or maintenant, devant la crise du remplacement des maîtres en congé qui déstabilise certaines communes, les inspections en viennent à embaucher des contractuels qui ont le niveau de la licence. Il suffit de passer un simple entretien et, si l’on convient, on se voit aussitôt propulsé dans une classe ; et c’est tout. Outre qu’il est opaque (à la différence des concours nationaux qui sont publics et de ce fait consultables par tout citoyen), ce recrutement est scandaleux et méprisant. En effet, en région parisienne notamment, les communes le plus touchées par le manque de remplaçants sont les communes dites « sensibles », là où les enfants ne sont pas des « héritiers » mais des élèves qui n’ont que l’école pour s’émanciper. Et c’est précisément devant ces élèves que l’on place des enseignants qui n’ont été recrutés que pour leur moindre coût et non pour leur capacité à enseigner clairement et distinctement des savoirs qu’ils maîtrisent !

Dans la réalité, la vérité n’est pas aussi crue que dans la pièce de théâtre de G. Kocjan. Certes il n’y a pas à proprement parler de complot qui est l’œuvre d’inassignables méchants visant à abrutir la jeunesse ; certes jamais les élèves ne se transformeront en veaux et se mettront à beugler au lieu de parler sensément ; mais ce qui est flagrant c’est que sournoisement, par la bande, sans y toucher, mais certainement, « on » travaille à l’asservissement des élèves par impéritie et laisser-aller. En cela, cette destruction lente mais assurée de l’instruction publique suit une recommandation de l’OCDE dont Mezetulle s’était fait l’écho il y a quelques années2 : il ne s’agit pas de détruire d’un coup l’école publique mais de rendre les conditions de possibilité de sa réalité de moins en moins efficaces jusqu’à sa suppression indolore et néanmoins complète3.
 

Et le maître disparut au profit du pasteur

Cette crise du remplacement des maîtres en congé, outre qu’elle a une cause conjoncturelle (le manque d’attractivité du métier d’enseignant, comme on dit), a donc également une cause politique et structurelle.

Peut-être prépare-t-on une école de la République à deux visages : une école d’enseignants fonctionnaires d’État et une école d’enseignants précarisés ; dit sans fard, une école publique de qualité pour certains et une école de l’amenuisement pédagogique pour les pauvres, ceux qui surtout doivent rester ignorants, « analpha-très-bêtes », comme il est dit dans La Manifestation. Et nous voici arrivés à cette école des castes dont parlait Jules Ferry le 10 avril 1870 lors d’une conférence intitulée De l’égalité d’éducation : « […] nous pouvons supposer un état de choses où la fatalité de l’ignorance s’ajouterait nécessairement à la fatalité de la pauvreté, et telle serait, en effet, la conséquence logique, inévitable d’une situation dans laquelle la science serait le privilège exclusif de la fortune. Or, savez-vous, messieurs, comment s’appelle, dans l’histoire de l’humanité, cette situation extrême ? c’est le régime des castes. Le régime des castes faisait de la science l’apanage exclusif de certaines classes. Et si la société moderne n’avisait pas à séparer l’éducation, la science, de la fortune, c’est-à-dire du hasard de la naissance, elle retournerait tout simplement au régime des castes ».

En tout cas ce qui est certain c’est que cette école sans maîtres est l’école qui est la conséquence et la vérité des méthodes pédagogiques défendues, depuis une bonne quarantaine d’années, par le ministère et certains syndicats d’enseignants ou des associations de parents d’élèves. Si, comme Jean-Marie Kintzler et Marie Perret dans leur article « S’orienter dans le débat sur l’école » publié par la revue Humanisme4, on se représente l’école selon deux modèles, l’un adaptatif et l’autre républicain, c’est-à-dire d’un côté une école de la socialisation où l’on prépare l’élève « au monde tel qu’il est et comme il va » et, de l’autre, une école libératrice qui soustrait l’élève à « ses particularismes biologiques et sociaux » pour l’ouvrir à l’universel – alors il s’ensuit que l’école adaptative par sa nature n’a pas besoin de maîtres. Car l’école adaptative, cette école de l’inculcation, n’est que le reflet de la société, son excroissance : elle n’a de vertu qu’associative puisqu’elle concourt au tissage social, à l’intégration de l’enfant au corps social dont il ne doit être qu’un membre sans grande valeur. De ce rapport ancillaire de l’école à la société, de cette « hétéronomie » de l’école découle la disparition du maître comme personne critique appelée à déciller les esprits des élèves que la Nation lui confie. Le maître magistralement maître est celui qui tient son autorité des savoirs qu’il maîtrise ; et grâce aux concours nationaux qu’il a passés, on a jugé de sa capacité à présenter ses connaissances de manière élémentaire et compréhensible par n’importe quel esprit attentif et confiant. Le savoir est donc premier ; par l’entremise d’un maître, ce savoir se voit présenté clairement et distinctement à des élèves qui par cet enseignement élémentaire sont tenus de l’assimiler, de le comprendre effectivement. Seule la raison est donc sollicitée dans une école réellement émancipatrice, dans une école « sanctuarisée » car protégée de toutes pressions, que celles-ci soient sociales, économiques, municipales ou cléricales. L’école républicaine est une école de la séparation, une école anarchiste, puisque chaque élève y est sommé de se défaire de ce qui le fait sans qu’il le sache et d’être à lui-même son seul maître. Aussi, pour cet étrangement à soi-même, cette distanciation de soi à soi, l’élève a-t-il besoin d’un maître, un maître qui ne le réduise pas à son immédiateté, à sa vie de tous les jours, mais l’ouvre à l’humanité des temps anciens et de toujours.

Au contraire, l’école comme lieu de vie, comme lieu d’épanouissement, n’a pas besoin de maître au jugement assuré suscitant chez ses élèves un esprit acéré et vif, cette école « homogène à l’espace social » a bien plutôt besoin de gardiens et d’animateurs dont le recrutement peut dès lors être local : ce n’est plus l’universalité du savoir qui prime et ses conditions rationnelles d’exposition valables pour chacun et partout, ce qui prime c’est l’ici et maintenant de « l’environnement social ». L’école adaptative veut la grégarisation et n’a ainsi besoin que de pasteurs.
 

L’école moutonnière

L’école sans maîtres apparaît donc comme l’école de la co-éducation où chacun pense être le maître alors que tous sont maîtrisés par leur seule affectivité, c’est l’école de la spontanéité et de l’unanimité qui promeut la même fausse liberté que celle qui vaut chez les Thélèmites dépeints par Rabelais à la fin de Gargantua. Alors qu’en cette abbaye la règle affichée est : « Fay ce que vouldras », au fur et à mesure qu’est décrite la vie qu’y mènent les Thélèmites, on se rend compte que la liberté comme autonomie n’y règne pas mais tout au contraire la plus plate des soumissions : « Par ceste liberté entrerent en louable emulation de faire tous ce que à un seul voyaient plaire. Si quelq’un ou quelcune disoit : « Beuvons, » tous buvoient ; si disoit : « Jouons, » tous jouoient ; si disoit : « Allons à l’esbat es champs, » tous y alloient ». L’école des contractuels, l’école du maître disparu, si rien n’est fait pour la contrer, donnera sous peu naissance à une société où, sous des impératifs enjoués mais fermes, prévaudra le conformisme le plus résigné et où résister ne sera plus possible sinon sous la forme d’une violence inutilement brute et assurément inefficace, comme le mouton regimbant en vain sous le sabot de l’inflexible tondeur.

 

Notes

1 – Le 4 avril, la « une » du Parisien titrait : « Trop de classes sans prof ». En page 3 du quotidien, on pouvait lire cet aveu du directeur académique des services de l’Éducation nationale des Hauts-de-Seine : « Il ne s’agit pas d’un problème de moyens mais de ressources humaines. Si je pouvais trouver maintenant une quinzaine de vacataires disponibles, voire plus, je les embaucherais tout de suite ».

2 – « Les risques calculés du néo-libéralisme : une politique de l’inaperçu », par Catherine Kintzler, Mezetulle, 2014. Publié initialement en 2008 par Marianne en ligne.

3 – « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » (La faisabilité politique de l’ajustement, rapport publié en 1996 par le centre de développement de l’OCDE.). On trouvera le lien vers ce texte dans l’article cité à la note 2.

4 – Humanisme n° 310, février 2016, p. 11-15.

© Tristan Béal, Mezetulle, 2016.

6 réflexions au sujet de « L’école sans maîtres »

  1. Jean Happel

    Cette crétinisation délibérée du peuple est maquillée en mesures pédagogiques : voir les ahurissantes 10 propositions pour le collège présentées par le duo FCPE- Terra Nova ( « Café pédagogique : Terra Nova et la FCPE veulent rénover le collège », 25 mai 2014 ).

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    1. Tristan Béal

      Merci, monsieur, pour ce lien. Cette connivence entre Terra Nova et la FCPE est bien inquiétante et montre combien le décervelage volontaire du futur souverain est en marche.
      Le constat est le suivant : malgré la prometteuse réforme Haby de 1975, « le collège reste aujourd’hui en incapacité d’assurer l’objectif démocratique d’un accès de tous aux savoirs communs nécessaires à tout citoyen ». Et si le collège est pareillement incapable, c’est qu’il est « construit comme un petit lycée, marqu[ant] une rupture dans le passage du primaire au secondaire tant dans les contenus enseignés, les pédagogies utilisées et la relation éducative réduite avec les enseignants dont la formation les conduit à être principalement centrés sur la transmission des contenus disciplinaires ».
      Si donc tant d’élèves terminent leur scolarité obligatoire « sans aucune qualification », c’est à cause de l’enseignement disciplinaire du collège encore trop arc-bouté sur les savoirs et leur transmission, c’est à cause de ces professeurs qui s’envisagent comme des premiers de cordée menant leur classe sur les cimes du savoir plutôt que comme des psychologues de bas étage cherchant à comprendre les secrètes motivations (ou non) de leurs ouailles ! Partant, pour que le collège accomplisse sa visée démocratique, il ne doit plus être ce lieu où des savoirs maîtrisés par des professeurs doivent être enseignés selon l’ordre des raisons à des élèves dociles et attentifs, mais un « endroit épanouissant ». Autrement dit, le collège selon la FCPE et Terra Nova doit devenir cet endroit où les élèves ne connaissent plus de « situations de mal-être » (ah, la psychologisation du lieu scolaire !!!) propres à tordre leur ventre d’insupportables angoisses ; quant à l’état de leur tête, peu importe.
      Le collège doit devenir une excroissance du primaire et adopter la transdisciplinarité qui y règne ; et la pédagogie menée doit être une pédagogie de « projets innovants de collaboration sur l’ensemble du parcours des élèves ».
      Le collège vidé de lui-même et ardemment souhaité par la FCPE et Terra Nova apparaît crûment dans le point 2 des urgences appelées par ces destructeurs d’un enseignement libérateur : « S’appuyer sur la curiosité et les savoirs acquis dans et hors de l’école ». L’école est ainsi renvoyée hors d’elle-même, avec une disparition du maître et une territorialisation de l’enseignement : « Prendre en compte le plus tôt possible les difficultés d’apprentissage. Par la différenciation pédagogique, l’accompagnement des élèves, la personnalisation des apprentissages au sein du groupe classe par le tutorat, les groupes de besoin, l’aide aux devoirs et les pédagogies coopératives » (point 5), « On doit rattacher le collège et le primaire à une même collectivité locale en créant des secteurs de regroupement par collège et écoles qui lui sont rattachées et en construisant une nouvelle structure de pilotage englobant tous les partenaires ».
      A la lecture de cette tribune, ce que l’on sait c’est que l’école ainsi promue sera une école où l’épanouissement individuel primera sur la construction de soi, laquelle suppose soustraction et souffrance. Car apprendre c’est se faire violence à soi-même, c’est ne pas s’épanouir comme la grenouille de la fable qui s’enfle et s’étend : c’est au contraire se défaire de tout ce que l’on n’a pas fait soi-même, c’est battre sa propre monnaie au lieu de continuer à faire circuler de fausses valeurs – bref, c’est douter. Or, à l’école du doute seule école émancipatrice, Terra Nova et la FCPE veulent substituer une école souple où il est certain que le peuple n’y trouvera pas de quoi s’armer, une école où les disciplines (les savoirs) comme la discipline (les règles de conduite) disparaîtront mais où régnera une discipline molle et pourtant bien coercitive (à l’image de ce fouet de cordelettes en vogue chez les religieux désireux de se châtier).

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  2. Fournet

    Cet article est tout à fait pertinent concernant les causes et les effets du pédagogisme depuis les années 70 . La réforme Haby bien sûr puis l’arrivée de la gauche au pouvoir qui s’est appliquée à trahir l’école de Jaurès et de Péguy.
    En revanche je ne crois pas que l’interprétation de Rabelais soit correcte. Il ne s’agit pas de conformisme mais de l’unisson de la courtoisie me semble-t-il

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    1. Tristan Béal

      L’abbaye de Thélème est un lieu de courtoisie où vivent en harmonie des hommes et des femmes bien nés et où l’honneur prime, cet « instinct & aguillon : qui touisours les pousse à faictz vertueux, & retire de vice ». Néanmoins, ce qui à mes yeux justifiait une lecture « conformiste » de la « clause » des Thélèmites (faictz ce que vouldras), c’est la présence de tous ces impératifs et ceci que finalement tous font ce qu’il plaît à un seul. Maintenant, vu que l’honneur règne en cet abbaye, et que tous désirent ce qu’il convient de désirer, on peut conclure que ce qu’un seul veut est en droit ce que tous peuvent vouloir et qu’il ne s’agit pas là de conformisme mais bel et bien, comme vous l’écrivez, de l’unisson de la courtoisie. Mais me taraude alors ce que l’on peut lire dans l’énigme trouvée dans les fondations de l’abbaye sur une grande lame de bronze : « Alors auront non moindre autorité / Hommes sans foy, que gens de verité. / Car tous suyvront la creance et estude / De l’ignorance & sotte multitude, / Dont le plus lourd sera receu pour iuge ».

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  3. Georges Salviat

    Cher Monsieur Béal, si je puis me permettre, à en croire frère Jean des Entommeures (le moine), qui sait de quoi il parle, il n’y a pas lieu d’ être taraudé. Les Thélémites sont bien évidemment de grands promoteurs du jeu de paume, où le premier venu peut dire si l’éteuf est au- dessus ou au-dessous de la corde… Je cite (extrême fin du Gargantua) :
    Le moyne dist :
    «Que pensez vous, en vostre entendement, estre par cest enigme designé et
    signifié?
    – Quoy? (dist Gargantua). Le decours et maintien de verité divine.
    – Par sainct Goderan (dist le moyne ), telle n’est mon exposition; le stille
    est de Merlin le Prophète. Donnez y allegories et intelligences tant graves
    que vouldrez, et y ravassez, vous et tout le monde, ainsy que vouldrez. De
    ma part, je n’y pense aultre sens enclous q’une description du jeu de paulme
    soubz obscures parolles. Les suborneurs de gens sont les faiseurs de
    parties, qui sont ordinairement amys, et, après les deux chasses faictes,
    sont hors le jeu celluy qui y estoyt et l’aultre y entre. On croyt le
    premier qui dict si l’esteuf est sus ou soubs la chorde. Les eaulx sont les
    sueurs; les chordes des raquestes sont faictes de boyaux de moutons ou de
    chevres; la machine ronde est la pelote ou l’esteuf. Après le jeu, on se
    refraischit devant un clair feu, et change l’on de chemise, et voluntiers
    bancquete l’on, mais plus joyeusement ceulx qui ont guaingné. Et grand
    chere!

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    1. Tristan Béal

      Merci pour ce mot de la fin !
      Si donc toute cette énigme n’est qu’une histoire de jeu de paume, comme l’assure le moine, laissons là tout désespoir et faisons bonne chère.

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