On peut fumer dans le tramway : oui, mais quoi ?

Quelle n’a pas été ma surprise, en lisant attentivement le règlement affiché dans le tramway parisien, d’apprendre qu’on peut y consommer certain(s) « produit(s) destiné(s) à être fumé(s) ».

Je n’invente rien, voici la photo de cet extrait du règlement du « Savoir voyager », prise récemment sur la ligne T3b.

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En effet, à la fin de la rubrique « Règles de civisme » et juste avant la rubrique « Animaux », la formule suivante m’a laissée longtemps perplexe :

« Tout produit destiné à être fumé (même s’il ne contient pas de tabac) ne peut être consommé dans les véhicules »

Même si j’ai cru comprendre que les vapoteurs procéduriers sont dans le collimateur de cette rédaction alambiquée, même si j’ai cru comprendre aussi que le verbe « consommer » vise la reniflette et la chique, cette explication ne me satisfait pas. Quelque chose ne colle pas dans la phrase. Au terme de profondes réflexions, je pense avoir complètement élucidé le sens de la formule et je ne résiste pas au plaisir de soumettre le résultat de mes recherches aux lecteurs de Mezetulle.

Pour éclairer le sens de la phrase, j’ai fait des exercices de variation.

Par exemple quand je dis que « Tout haltérophile ne peut soulever à l’arraché un poids supérieur à 200 kg » ou que « Tout sauteur à la perche ne peut franchir 6m de hauteur », je ne dis pas qu’aucun haltérophile ne peut soulever à l’arraché un poids de plus de 200 kg ; je ne dis pas qu’aucun sauteur à la perche ne peut franchir 6 m. Je dis au contraire qu’il y a au moins un haltérophile et au moins un sauteur à la perche qui peuvent, respectivement, réaliser ces performances.

Donc quand on dit que « Tout produit destiné à être fumé ne peut être consommé », on dit du même coup qu’il y a au moins un « produit destiné à être fumé » qui peut être consommé dans le tram. C’est un scoop !

Oui mais lequel ? Ou lesquels (car il n’est pas exclu qu’il y en ait plus d’un) ? Pour le savoir, puisque le règlement ne le précise pas, il ne reste guère que la méthode de l’expérimentation éliminatrice, laquelle demande un certain temps et comporte quelques risques : essayer de fumer ou de renifler dans le tram un « produit destiné à être fumé »1 jusqu’à ce que verbalisation s’ensuive, le barrer sur la liste, puis en essayer un autre, etc., jusqu’à ce qu’on trouve enfin de quoi il s’agit.

Quel farceur subtil ce rédacteur juridique de la RATP ! Sa formule nous propose un jeu : elle nous engage à essayer dans le tram toutes sortes de « consommations » de « produits destinés à être fumés » pour résoudre l’énigme !

Car s’il avait voulu signifier clairement et sérieusement l’interdiction de fumer, renifler, mâcher, etc., tous les produits  « destinés à être fumés », il aurait écrit : « Aucun produit destiné à être fumé ne peut être consommé » ou encore « Il est interdit de consommer un produit destiné à être fumé».

N’est-ce pas bien raisonné ?

@ Mezetulle, 2016

Notes
  1. On se limitera bien sûr aux substances licites qui ne sont pas interdites par ailleurs. Par exemple, lorsque j’étais enfant, nous fumions en forêt une sorte de liane très âcre avec un délicieux sentiment de transgression : on pourrait commencer par là ? En outre, cerise sur le gâteau, on peut pinailler car cette plante sauvage n’est nullement destinée à être fumée et en plus ce n’est pas un produit… []

3 réflexions au sujet de « On peut fumer dans le tramway : oui, mais quoi ? »

  1. Michel ROY

    Bien raisonné!
    Je crois avoir trouvé le produit: c’est le POISSON FUME que l’on peut consommer dans le tram, du 31 mars à 23h 61 au 2 avril à 23h29,5 EXCLUSIVEMENT

    Michel

    Répondre

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