République, société, laïcité… il y aurait une intruse ? (par F. Braize, J. Petrilli et B. Bertrand)

Monsieur le président, et si c’était parce que notre société a fait le choix d’être laïque que la République l’est ?

François Braize, Jean Petrilli et Bruno Bertrand1 proposent ici leur analyse des propos attribués au président de la République sur la laïcité. C’est avec plaisir que Mezetulle accueille leur texte, publié le 8 janvier sur le forum de Marianne2. Autant qu’une analyse, qui vient enrichir d’un point de vue nouveau (et légèrement différent) celle que Mezetulle a publiée, il s’agit d’un appel à clarification. Or nous apprenons aujourd’hui même3 que Emmanuel Macron pourrait différer indéfiniment, sinon renoncer, à présenter le discours attendu sur la laïcité : en « jouant la montre », le président de la République avouerait-il une gêne politique « en même temps » qu’un embarras théorique à se prononcer sur le sujet ?

 

Les médias et réseaux sociaux se sont fait largement l’écho des propos du président de la République qui aurait parlé de risque de radicalisation de la laïcité ainsi que de notre société (et de sa population) qui ne serait pas laïque, au contraire de notre République. Propos obligeamment rapportés par les représentants des cultes à la suite d’une réunion qu’il a tenue avec ceux-ci et, dernièrement, suite à ses vœux aux cultes le 4 janvier.

Il est pour le moins étonnant, à l’heure où des innocents sont menacés et tués par des barbares religieux islamistes, de parler, de risque de « radicalisation de la laïcité » à propos de républicains sincères qui eux n’ont tué personne. Puisque le président ne visait pas les racistes ou les xénophobes qui instrumentalisent la laïcité, les mots peuvent légitimement révolter.

Il faut dire que notre président n’en est pas à son coup d’essai. Lors de la commémoration des 500 ans de la Fédération protestante de France n’a-t-il pas dénié au politique et à une décision législative du corps social toute supériorité sur le religieux,  dès lors qu’un débat ne serait pas mûr4? Qui va juger du mûrissement suffisant ? Les cultes qui persisteront à s’y opposer comme pour le mariage pour tous ? Aurait-il eu le courage de Christiane Taubira et de François Hollande pour passer outre à leur hostilité de fait toujours aussi résolue ?5 Lors de ses vœux aux cultes, il a redit être à leur écoute… Curieuse et dangereuse conception de la laïcité qui se dessine ainsi…

En fait, nous voyons bien mieux désormais le risque : les propos présidentiels commencent à dessiner une cohérence qui fait peur. Il faut que le président clarifie lui même les choses sans s’en remettre à des tiers et notre papier est d’abord une invite à son attention dans la perspective du discours toujours annoncé, et attendu, sur la laïcité. Il ne peut pas méconnaître la nature et la philosophie laïques de sa charge quelles que soient ses options philosophiques personnelles. Sinon pourquoi au fond ne pas avoir béni du goupillon proposé le cercueil de Jean-Philippe Smet lors de ses obsèques6 et pourquoi s’être simplement incliné devant celui-ci ?

Mais notre papier entend aussi apporter une clarification des termes du débat. En effet, tel un déluge, approximations et contre-vérités se sont amoncelées opportunément au service de beaucoup d’arrières pensées et contre la raison. Les uns soutenant que, dans notre République, le degré d’exigence laïque à laquelle l’Etat est soumis s’étend, ou doit s’étendre, jusqu’à la société civile ; les autres déniant tout bonnement à cette dernière la qualité d’être laïque, à l’instar des propos prêtés à notre Président.

Tout cela est caricature inexacte. Il faut donc préciser ce qu’EST notre République7 et, ce, jusque dans ses interactions indiscutables, dans la récursivité, avec la société civile.

D’abord, il faut le dire, ceux qui au motif de leur hostilité aux croyances religieuses8 entendent appliquer à la société civile un régime de laïcité se rapprochant de celui imposé notamment à l’Etat (séparation, neutralité, etc.) pour brider les religions dans leur expression, ceux-là nous feraient sortir de notre système républicain qui est un régime de liberté de conscience et de liberté des cultes, ainsi que de liberté d’expression des opinions.

En effet, notre République laïque ne reconnaît pas les cultes, mais elle garantit leur libre exercice. Elle garantit aussi la libre expression de toutes les opinions, y compris les opinions religieuses9. Le degré très fort d’exigence laïque qui s’applique à l’Etat et aux autres personnes publiques ne s’applique donc pas à la société civile, ni aux personnes qui la composent. Il faut que cela soit très clair.

Mais, pour autant, il est tout aussi absurde de prétendre que la société n’est pas laïque. La société civile qui fait le choix d’une République laïque et de séparer le politique du religieux ne peut pas être « hors sol » au regard de la laïcité. Cette dernière est l’expression de son choix le plus fondamental par sa Constitution et constitue le terreau fertile de nos libertés, y compris celle de croire ou de ne pas croire. Les institutions politiques et toutes les législations et réglementations d’une telle société sont marquées par l’exigence laïque qui tient les cultes à distance du fonctionnement des premières et de la production des secondes10.

Rappelons-nous l’article 2 de notre Constitution « La République est laïque, démocratique et sociale » et cela parce que notre société, notre corps social, a fait ce choix. Si la République est laïque, la société l’est donc aussi, et qui imaginerait soutenir que notre société pourrait être non démocratique alors que notre République l’est… Absurdité et sophisme, si ce n’est billevesées, que tout cela.

En outre, l’objectif d’émancipation citoyenne qui s’attache à une République laïque ne peut non plus manquer de produire sa marque sur une société civile qui n’est pas seulement le pré carré des intérêts privés, ni le champ de prospection des confessions pour y faire leur marché en toute liberté. Elles doivent aussi y rencontrer la laïcité comme garde-fou à leurs prétentions, notamment prosélytes. La société civile dans une République laïque porte donc la marque, l’empreinte de la laïcité. Sauf à vouloir prendre le risque de la livrer à nouveau aux appétits des cultes.

Si notre président a voulu dire que le degré d’exigence laïque qui s’applique à l’Etat et aux autres personnes publiques ne s’applique pas à la société civile, ce qui est une évidence, il ne lui fallait pas alors dire que la société n’EST pas laïque car ce n’est pas la même chose. Serait-ce un faux problème lié à une expression défaillante ?

Comme on a affaire à quelqu’un d’intelligent, qu’il y a désormais répétition et une forme d’entêtement, on ne peut que redouter que le faux problème masque une véritable difficulté… en attendant que vienne une vraie clarification satisfaisant aux principes de la laïcité à la française et non pas à l’anglo-saxonne, de type par exemple canadien.

Au final, réfléchissez-y bien Monsieur le Président, ne serait-ce pas pourtant au fond parce que notre société libre a fait le choix d’être laïque notamment en séparant le politique du religieux11, que notre République l’est aussi et qu’elle s’est dotée d’un Etat qui l’est exemplairement par sa séparation d’avec les cultes et les options religieuses ?

Bref, comment pourrait-on encore maintenir sérieusement que « si la République est laïque, la société ne l’est pas »12 ? Comme le rappelait Ernest Lavisse, et ça vaut pour un corps social comme pour un individu, « Etre laïque c’est dénier aux religions qui passent le droit de gouverner l’Humanité qui dure ! ». La société qui se dote d’une République laïque ne peut donc que vouloir satisfaire à cette exigence et elle est bien, à son plus profond, laïque.

En effet, la République laïque n’est ni tombée du ciel, ni de ses cultes, notre société l’a choisie… Une société, comme un individu, EST, ainsi et avant tout, ce qu’elle choisit d’être13. Et c’est cela qui doit être défendu, en ne commençant pas par le nier.

Notes

1 – [NdE] François Braize, inspecteur général honoraire des affaires culturelles ; Jean Petrilli, ancien avocat au barreau ; Bruno Bertrand, magistrat.

2 – [NdE] Voir en date du 8 janvier : https://www.marianne.net/debattons/forum/republique-societe-laicite-il-y-aurait-une-intruse
Article également en ligne, à la même date, sur le blog de François Braize https://francoisbraize.wordpress.com/category/accueil/

3 – [NdE] Information diffusée sur Europe 1 le 10 janvier 2018 après le journal de 7h30, et commentée par Hélène Jouan. http://www.europe1.fr/emissions/helene-jouan-vous-parle-politique/info-europe-1-macron-ne-fera-pas-de-discours-sur-la-laicite-3542063

4 – Certaines de ses déclarations (non rapportées cette fois, mais extraites de son allocution aux responsables religieux réunis par la Fédération protestante de France pour les 500 ans de la Réforme), ont de quoi inquiéter en effet : « La manière que j’aurai de trancher ces débats ne sera pas de vous dire que la politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr » a-t-il dit. Formulation très alambiquée, mais qui dit néanmoins que le politique (laïque), et le législateur lorsqu’il tranche (que peut-il faire d’autre de toute façon ?), ne sauraient avoir de prééminence sur l’opinion de nature religieuse.. Ce qui est stupéfiant s’agissant du chef de l’Etat, président d’une République laïque .

5 – Que se passerait-il sur l’IVG s’il fallait légiférer ? Que va t-il se passer sur la bioéthique ?

6 – Ce qu’ont fait d’autres hommes et femmes politiques notamment de droite lors de ces obsèques, telle Valérie Pécresse présidente de région en fonction…

7 – Au point de vue philosophique, politique et juridique.

8 – Hostilité qui peut apparaître légitime et juste à proportion de l’obscurantisme de ces dernières qui fait obstacle à l’émancipation des femmes et des hommes.

9 – Avec l’exigence du respect de l’ordre public, défini par la loi, et des libertés d’autrui comme le rappelle la DDHC de 1789 dans son article 10.

10 – Dans une république laïque, le droit religieux ne peut être l’outil de règlement des conflits sociaux individuels ou collectifs que ce soit par le droit canonique, la charia ou tout autre source religieuse et les tribunaux français rejettent cette option catégoriquement ; par exemple, le droit de la famille est celui de la République.

11 – Comme le montre admirablement Elisabeth Badinter dans une interview récente donnée à Marianne : https://www.marianne.net/societe/elisabeth-badinter-en-france-dieu-ne-gouverne-pas-la-cite

12 – On peut dire avec Mezetulle que « la société n’est pas tenue de l’être » (laïque) au sens où elle peut faire le choix de ne plus l’être comme elle pourrait, selon nous, aussi faire le choix de ne plus être démocratique ; en attendant elle l’est (laïque et démocratique) ; voir à ce sujet : http://www.mezetulle.fr/les-propos-sur-la-laicite-attribues-au-president-macron-sont-mal-ficeles/

13 – Comment pourrait-il en être autrement : si une telle société n’est pas laïque, que peut-elle être ? Un espace vide, neutre, un champ ouvert à tous les vents, même les plus mauvais ? Compte tenu des choix qu’elle a fait, elle ne peut être que ce qu’elle a choisi et le point de vue inverse est suspect a minima de vouloir dans l’intérêt des confessions borner la laïcité aux personnes publiques pour mieux leur ouvrir le champ sociétal.

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Pour citer cet article

URL : http://www.mezetulle.fr/republique-societe-laicite-il-y-aurait-une-intruse/ "République, société, laïcité... il y aurait une intruse ?" par F. Braize, J. Petrilli et B. Bertrand, Mezetulle, 10 janvier 2018

A propos de Auteur Invité

Ensemble d'articles écrits par des auteurs qui ont bien voulu confier un texte à Mezetulle sans pour autant y publier régulièrement. On y trouve aussi quelques textes repris d'autres sites.

10 réflexions au sujet de « République, société, laïcité… il y aurait une intruse ? (par F. Braize, J. Petrilli et B. Bertrand) »

  1. Caspard Annette

    Chère Catherine,

    j’ai presque le trac, comme une comédienne qui monterait sur scène pour la première fois … Car j’aurais tant à dire que je ne sais par quel bout commencer, c’est ce qui m’a longtemps retenue d’intervenir ici – moi qui étais une « écriturière » (ce mot est-il acceptable par les féministes pures et dures ?), la page ou fenêtre blanche me fait peur, maintenant …

    J’avais lu dans les journaux les divers épisodes : Macron s’adressant aux responsables religieux, puis les rencontrant à je ne sais plus quelle occasion (les voeux sans doute). Ces épisodes m’ont laissée dubitative, perplexe, puis inquiète, et à la suite de vos interventions et de celles de vos lecteurs, j’en ai déduit que Macron, peut-être bien, ne connaissait PAS parfaitement la loi de 1905, et ne savait PAS TROP le sens du mot « laïcité ». Et pourquoi pas ? Ce n’est pas impossible (bien que de sa part, humm …).

    Les commentaires, ainsi que votre papier d’aujourd’hui, sont évidemment loin d’avoir éclairé ma lanterne sur ce sujet, car je constate qu’au fond, beaucoup d’entre vous sont aussi perplexes que moi … !

    Je suis bien évidemment entièrement d’accord avec votre conception de la « laïcité », qui est aussi la mienne, et celle de très nombreuses personnes j’espère !!! Cependant … pardonnez-moi d’avance et mettez mon humeur probablement sur le compte de mon état de santé, fragile de partout et surtout psychologiquement : je vais vous avouer que j’ai eu bien du mal à lire tous les derniers articles, les vôtres et ceux des commentateurs, et que j’en ai été passablement irritée. Ce que je leur reproche ? Trop de recherche, de décorticage, de subtilités langagières et syntaxiques, un manque de clarté et de simplicité qui m’a lassée ! Et c’est le cas depuis quelque temps. Désolée … Certes je ne suis pas illettrée, mais je n’ai pas de formation de philosophe, ou de prof d’Université …….

    Pour revenir à Macron, j’ai eu la curiosité d’écouter l’extrait de ce matin sur Europe1, lu par Hélène Jouan; vous vous en doutez, après un premier sentiment de consternation à l’idée qu’il n’y aurait pas de discours, les justifications indiquées par H. Jouan m’ont laissée hélas! encore sur ma faim, et d’ailleurs, il serait bon que je réécoute, mon attention étant défaillante … Mais je ne suis que partiellement étonnée : c’est le 9/12/17 qu’il aurait dû parler, ou un jour approchant; à présent la date est trop dépassée pour prétexter un planning très chargé … Pour faire « peuple » : mon oeil !!!

    Terminons positivement ! D’abord, rapidement : j’avais eu envie de vous laisser un message plus personnel, afin d’obtenir une petite idée de l’ambiance, et des propos tenus samedi dernier aux Folies-Bergère (s?) – j’avais cru comprendre qu’il y avait eu bien sûr des malentendus et des tendances opposées; mais j’ai pu lire ce matin un compte-rendu détaillé de Renaud Dély, donc j’ai ce qu’il me fallait (et dont je me doutais).
    Le positif : excellente surprise dans Le Figaro d’hier, votre chronique « La laïcité est l’articulation de deux principes : neutralité et liberté d’expression ».
    Voilà qui me réjouit ! Votre analyse est impeccable, c’est clair, net, précis, rigoureux, sans bavure, parfaitement objectif et neutre (dans ce papier il serait impossible de deviner pour qui vous roulez!).

    C’est ce papier-là qu’il serait bon de faire lire à M. Macron, et à tous ceux qui se font de la laïcité des conceptions aussi fantaisistes les unes que les autres !

    Ce papier est déjà découpé, mis de côté, et … bientôt encadré !!! (lol)

    Bien à vous

    (j’ai hésité à écrire ce texte dans l’espace lecteurs; si vous trouvez qu’il a davantage sa place comme contact personnel, n’hésitez pas à ne pas le publier; je pense aussi qu’il relève plutôt de la 2eme catégorie).

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  2. Ping : Ne comptons que sur nous… | DECODA(NA)GES . . . . . . . . . . prénom CHARLIE !

  3. Laribaine

    La société civile française est-elle laïque ? oui au sens où elle garantit la libre expression de la liberté de conscience dans les limites de l’ordre public (lequel peut donc être qualifié de laïc pour ces mêmes raison)
    Mais peut-il y a voir une « transcendance laïque » ? Je ne le pense pas. La laïcité est un contenant, pas un contenu.
    Dans un article « Quand la frontière est bien tracée, et qu’il n’y a pas de terrain en litige entre les deux domaines, personne n’est tenté de la franchir ! – Jules Ferry » Jacqueline Gautherin fait le parallèle entre la transcendance républicaine et la transcendance divine qui débouche sur la « confrontation de deux cités antagonistes ». Elle distingue la séparation horizontale et la séparation verticale des mondes profanes et sacré, cette dernière caractérisant la laïcisation de la société à la fin du XIXème siècle : « La laïcisation, à la fin du XIXième siècle, n’a pas été un acte de séparation horizontale des mondes profane et sacré. Elle a été un acte de séparation verticale entre deux visions normatives antagonistes de la société politique se référant à deux souverains transcendants et rivaux ». Ainsi « Deux cités antagonistes » se sont opposées. Celle de Rousseau : La « vision métaphysique laïcisée de la société politique : un ordre politique juste ne peut être ordonné ni par la force ni même par la raison, qui lui sont immanentes, mais requiert une autorité d’un autre ordre, qui puisse entraîner sans violence et persuader sans convaincre ». Celle de Condorcet : Cette « vision jacobine d’une transcendance républicaine objectivée et substantielle s’est heurtée, dès l’origine, à la vision libérale de Condorcet refusant toute sacralisation de la République et de l’État, n’acceptant d’autre principe d’association des hommes que la raison, la vérité ou la liberté ».
    (http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2005-2-page-137.htm)

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    1. Braize François

      Pour nous, auteurs de l’article, la « transcendance » n’a rien à faire dans le corpus d’une laïcité démocratique et le commentaire s’interroge donc sur une question inutile, ce qui est cependant son droit le plus strict.
      Le commentaire n’appelle en fait de remarque de notre part que sur un point : la laïcité serait « un contenant et pas un contenu » selon son auteur. Cette affirmation non étayée méconnaît la réalité de la laïcité à la française qui n’est pas qu’une neutralité bienveillante vis-à-vis des confessions, des cultes et des communautés, ou des libres consciences. Le cadre favorable en quelque sorte de leur terrain de jeu…
      Plus que de longs développements qui ont été déjà exposés à de multiples reprises dans d’excellents ouvrages ou articles, nous renverrons sur ce point à une récente réponse de Mezetulle sur un commentaire sur son propre article sur le même sujet que le notre. Réponse (datée du 14 janvier à 16h29 et adressée à « Simoita Matéo ») très complète et intéressante et à laquelle nous n’avons pas une virgule à changer justement sur le contenu de la laïcité (voir dans http://www.mezetulle.fr/les-propos-sur-la-laicite-attribues-au-president-macron-sont-mal-ficeles/#comment-11533.)

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  4. Laribaine

    Je reste sur ma faim : plutôt que d’évacuer la discussion sur la transcendance au sens donné dans l’extrait de l’article de J. Gautherin, n’aurait-il pas été plus intéressant de prendre position dans le débat entre Rousseau et Condorcet en tentant de répondre à la question : entre les deux, y aurait-il un intrus ?
    Faut-il chercher du côté de Henri Pena Ruiz dont j’ai commencé la lecture « qu’est-ce que la laïcité ? » et qui écrit page 10 (« édition folioactuel) : « la laïcité n’est pas de l’ordre d’une option spirituelle particulière, mais constitue une condition de possibilité, ce que Kant appellerait un cadre transcendantal ».

    Le contenant n’est pas « une neutralité bienveillante vis-à-vis des confessions, des cultes et des communautés, ou des libres consciences »
    J’ai utilisé ce terme en y voyant « un espace a priori qui rend possible la liberté d’opinion de chacun »
    dont parle Catherine Kintzler dans « Questions fréquentes sur la laïcité » enligne sur Mezetulle le 13 mars 2009.
    http://www.mezetulle.net/article-28976423.html

    C’est pourquoi j’approuve les propos de Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République qui, dans un édito du 26 janvier 2016 « Renouer avec le sens de la laïcité » (http://www.laicite-republique.org/renouer-avec-le-sens-de-la-laicite.html), dénonce: « Ceux qui voudraient réduire la laïcité à une simple neutralité de l’Etat et au dialogue inter-religieux ». Je prolonge ces propos avec ceux de J. Juillard qui dénonce dans l’éditorial de Marianne (n° 983) « la tentation d’élaborer ici une espèce de laïcité communautariste, à la libanaise : l’espace public divisé en lotissements confessionnels, rivaux, l’Etat n’étant qu’un aimable intermédiaire chargé de les empêcher de s’entre-dévorer ».

    Que pense Mezetulle de l’analyse de Martine Cohen publiée en 2001 dans un texte « L’intégration de l’islam et des musulmans en France : modèles du passé et pratiques actuelles », où elle analyse l’évolution de l’espace public en notant qu’a « changé la conception du public, du privé et de leurs rapports ». Ainsi l’espace public n’est plus celui de l’intérêt général « hautement organisé par l’État […], supposé transcender les intérêts particuliers ». Il est devenu un espace « pluriel […] « d’affirmation publique « d’identités » ou de groupes d’intérêts divers […], en concurrence à égalité avec l’identité nationale dont ils/elles sont des composant(e)s.
    http://books.openedition.org/pur/24747?lang=fr

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    1. Braize François

      Nous n’avions pas évacué la question de la transcendance, nous la récusons pour la laïcité car cette dernière n’est pas de l’ordre d’une option de spiritualité, une chapelle parmi les chapelles, mais ce qui les permet toutes sans rien transcender de sa superbe et, ce, parce que nous plaçons l’Homme au centre de toutes choses.

      Mais, M. Laribaine, après avoir soutenu que la laïcité n’était qu’un « contenant » et pas un « contenu » dans son commentaire précédent (ce à quoi nous avions répondu que nous n’étions pas d’accord ce qui nous avait conduit à préciser, en nous appuyant sur un texte de Mezetulle, en quoi le contenu républicain de la laïcité à la française était important), rejoint in fine Pena Ruiz, Kessel et Juillard qui tous récusent la laïcité réduite à un « contenant » à l’anglo-saxonne et lui donnent un contenu républicain qui, au demeurant, n’a rien à voir avec une quelconque transcendance au sens classique de ce terme.
      Nous ne pouvons qu’être en accord avec cette évolution, ou précision, de sa position.

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  5. munstead

    Je ne voudrais pas apparaître comme un béotien qui ne comprend rien aux subtilités conceptuelles et langagières si finement détaillées ici, mais s’appuyer sur un discours politique rassurant destiné aux représentants des cultes, puis sur une brève d’une journaliste d’Europe 1 pour s’en prendre assez violemment à la vision de la laïcité du président me semble un peu irréfléchi et prématuré.
    Sans être pratiquant d’aucune religion, ni être d’accord avec cette idée de radicalisation de la laïcité (qu’il est peu élégant, pour le moins, de rapprocher de la radicalisation islamique) et qui semble un argument de circonstance, on peut s’interroger sur certains comportements de maires au sujet des repas servis à l’école, entre autres exemples.

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    1. Braize François

      Que l’auteur du commentaire se rassure. Nous sommes parfaitement réfléchis et notre article n’a rien de prématuré.
      De nombreux journalistes sérieux ont fait leur travail tant au Figaro qu’à Marianne, par exemple. Le spectre politique ainsi couvert est donc assez large pour être crédible.
      De même, des sites que l’on considère plutôt comme solides et qui n’ont rien de plaisantin, tel celui de l’UFAL, ont fait une analyse similaire de la « dérive macronienne » sur la laïcité que chacun constate en effet jusqu’au renoncement au discours annoncé sur ce sujet qui traduit l’impasse politique qui se dessine et dans laquelle le président de la République s’est fourvoyé.
      Et nous défendrons par là même, beaucoup plus que par courtoisie, le site de notre hôte, Mezetulle de Catherine Kintzler, qui n’a rien non plus d’irréfléchi ou de prématuré dans son positionnement à nous publier et à écrire elle même sur ce sujet la gêne de citoyens républicains.
      C’est donc plutôt sans doute au « béotien » de réfléchir lui-même et de se renseigner un peu plus sérieusement avant de juger à l’emporte-pièce. Nous semble-t-il…

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  6. Laribaine

    M. Braize indique que ma position a évolué car, au lieu de demander que j’explique ce que j’entendais par « contenant » dans mon premier commentaire, il m’attribue (il m’a déjà récemment « fait le coup » sur ce site ) une définition de la laïcité comme un « contenant » à l’anglo-saxonne, alors que je n’ai pas donné ce sens à ce mot. C’est pourquoi en effet j’en ai appelé au talent et à l’expertise de H. Pena-Ruiz, P. Kessel, J. Juillard (et … C.Kintzler qu’il oublie dans son énumération alors que j’ai cité un de ses articles) pour m’aider à expliciter ce que je voulais dire. Ce n’est pas très grave. Le principal est l’échange…

    Je ne vois pas où les commentaires de cet article s’en prennent « assez violemment » à la vision de la laïcité du Président. Personnellement cette vision est ambigüe et lire que le discours du Président se veut « rassurant » à l’intention des représentants des cultes fait froid dans le dos : en quoi ont-ils plus besoin d’être rassurés que les athées et les agnostiques ? Ce sont les citoyens qui ont besoin d’un discours clair. On l’attend toujours ! « Rassurant » est paternaliste et ne relève pas du vocabulaire républicain.

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    1. Braize François

      En effet le principal est l’échange qui permet de se rendre compte que les points de vue peuvent être assez proches au fond. Car si ce que M Laribaine présentait comme un « contenant » et pas un « contenu » s’avère in fine dans son esprit avoir un contenu que nous avons en commun lui, nous et quelques grands auteurs, alors, je crois que l’on peut le dire, nous sommes d’accord !

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