IEP Grenoble. À quoi sert le mot « islamophobie » ? Halte à l’intimidation !

À nouveau, l’accusation d’islamophobie frappe. Charb en faisait déjà l’analyse dans son livre posthume Lettre aux escrocs de l’islamophobie1. Deux professeurs ont vu ces derniers jours leurs noms placardés sur les murs de l’IEP de Grenoble sous ce grief qui se veut infamant et par lequel un groupuscule tente, toute honte bue, de déclencher un mouvement qui s’apparente à un lynchage. Allons-nous encore longtemps laisser les lieux académiques livrés à de telles intimidations ? Comme l’écrit l’historien Eric Anceau dans un tweet : « tout universitaire qui se respecte, et ce quelles que soient ses idées, devrait se sentir solidaire et soutenir ces deux collègues que je ne connais pas »2.

On sait que l’accusation d’islamophobie a pour fonction de fermer la bouche à toute critique de l’islam ou de ce qui se prétend islamique. On sait qu’un tel appel au silence et à la contrition peut encourager le meurtre soi-disant vengeur d’une prétendue offense requalifiée mensongèrement en « racisme » et de ce fait déguisée en délit.

Quoi de plus légitime que de s’interroger sur ce mot et sur son usage ? S’interroger sur la pertinence du terme islamophobie : c’est précisément ce que les prétendus étudiants inquisiteurs reprochent à un des professeurs dont le nom est sauvagement livré à l’opprobre3… l’autre professeur étant tout simplement accusé d’avoir soutenu le premier !

C’est peut-être inconvenant aux yeux des nouveaux inquisiteurs (dont on espère qu’ils sont d’opérette, mais l’histoire récente a hélas montré qu’on peut craindre que non), mais il n’est pas raciste de remarquer que le mot islamo/phobie (je l’écris exprès en deux parties) ne peut jamais, pour des raisons lexicales que tout lecteur peut comprendre et a fortiori des universitaires, viser une phobie ou une haine à l’égard de personnes4. Car, en français, le mot « islam » ne désigne pas des personnes mais une doctrine, une religion, un corps de propositions qu’on a parfaitement le droit de craindre et même de haïr. Un universitaire qui les critiquerait, les interrogerait et exercerait sur eux un examen raisonné, ne ferait que son devoir.

Plus généralement, et au niveau du simple citoyen, on a le droit d’être islamophobe sans être pour cela antimusulman : on sait que Henri Pena-Ruiz s’est fait traîner dans la boue pour avoir osé rappeler une distinction élémentaire qui fonde la non-reconnaissance du « blasphème » en droit républicain5. On sait ce qu’il en coûte à Mila d’avoir exercé sa liberté en vertu de cette distinction6.

Se demander si tel ou tel professeur, si tel ou tel citoyen a tenu des propos islamophobes (qu’il faut distinguer de propos antimusulmans), c’est manipuler un processus d’intimidation et de justification de la censure, pour ne pas dire plus. Car même si de tels propos étaient avérés, en quoi seraient-ils constitutifs d’un délit7 ? En revanche, les injures publiques, les diffamations, les menaces sont des actes délictueux : n’inversons pas les rôles et ne nous laissons pas intimider.

J’apprends à l’instant que le parquet de Grenoble ouvre une enquête pour « injures publiques et dégradations ». Les messages menaçants (qui appelleraient peut-être d’autres qualifications) ont été effacés8. Et si l’intimidation avait cessé de fonctionner ? Et si les professeurs cessaient de courber l’échine et de raser les murs ? Et si on cessait de se sentir coupable devant le moindre index imbu d’une fausse science ?

Notes

1 – Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Paris : Les Echappés, 2015. On rappellera aussi, entre autres, Kamel Daoud qui parlait d’inquisition en 2016, Elisabeth Badinter et Caroline Fourest.

3Sur les tenants de l’affaire, lire l’article détaillé d’Hadrien Brachet publié le 5 mars sur le site de Marianne https://www.marianne.net/societe/grenoble-les-noms-de-deux-professeurs-accuses-dislamophobie-placardes-sur-les-murs-de-liep . Voir aussi l’article de Paul Sugy dans Le Figaro du 5 mars https://www.lefigaro.fr/actualite-france/deux-professeurs-de-sciences-po-grenoble-accuses-d-islamophobie-sur-les-murs-de-l-iep-20210305

4 – À la différence de homo/phobie dont le premier composant ne peut désigner que des personnes (car l’homosexualité n’est pas une doctrine). À la différence aussi de christiano/phobie dont le premier composant peut désigner tantôt une doctrine, tantôt des personnes. Le terme islamo/phobie n’est nullement équivoque : en aucun cas il ne peut s’agir de personnes. [Edit 8 mars 21] Ajoutons que le mot « Islam » avec une majuscule initiale désigne une aire d’extension de la religion qui s’écrit « islam » avec une minuscule initiale.

5– Voir sur ce site https://www.mezetulle.fr/soutien-a-henri-pena-ruiz-vise-par-une-tribune-dans-liberation/ . Dans les commentaires du même article, on lira une discussion animée dans laquelle un commentateur prétend que l’islamophobie est un racisme et que le site Mezetulle mériterait un « signalement » pour ce motif.

6 – Voir sur ce site « It hurts my feelings : l’affaire Mila et le nouveau délit de blasphème » https://www.mezetulle.fr/it-hurts-my-feelings-laffaire-mila-et-le-nouveau-delit-de-blaspheme/

7 – Voir sur ce site l’article très argumenté et documenté de François Braize et B.B. magistrat : « Islamophobie : un délit ? » https://www.mezetulle.fr/islamophobie-un-racisme/

8 – De même une collègue (mais oui, le monde universitaire est peuplé de bisounours antiracistes et antifachos!) des deux professeurs visés, les traitant par tweet daté du 6 mars de « négationnistes », a supprimé son compte Twitter. On dirait que les adeptes du Bien commencent à paniquer devant la résistance à l’intimidation en milieu académique et la parole argumentée, documentée, qui se libère à ce sujet : voir l’excellent site Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires.

5 thoughts on “IEP Grenoble. À quoi sert le mot « islamophobie » ? Halte à l’intimidation !

  1. AvatarFaubet

    Chère Madame Kintzler,
    Je tenais à vous remercier pour vos propos courageux dans un monde où le courage fait défaut à tous les étages. Je n’ai donc pas été surpris d’apprendre que vous étiez passionnée de rugby, sport d’équipe qui demande courage et abnégation.
    Il faut intimider les ayatollas des universités qui font la loi depuis plus de 50 ans.
    Avec tout mon soutien.
    B. Faubet

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  2. Avatarjacques variengien

    Bonjour,
    Il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas l’intelligence ou la culture (leur manque) qui font problème à l’IEP Grenoble. Je pense que c’est la bonne volonté d’une part, l’humanisme même, et la tolérance d’autre part. Je veux croire que les syndicats étudiants et les enseignants impliqués sont des gens sincères, qu’ils disent ce qu’ils pensent. Je mets de côté les militants islamistes possiblement dans le rôle d’influenceurs.
    Qu’est-ce qui les opposent vraiment ? Un enseignant ne tolère pas qu’une collègue fasse une équivalence entre racisme et islamophobie, parce qu’elle ne tolère pas l’islamophobie. Les syndicats étudiants (plus tolérants tu meurs) ne tolèrent pas l’intolérance dont seraient victimes les gens qui se plaignent d’intolérance. La souffrance n’est pas un argument philosophique mais c’est la massue en politique – notre éducation nous encourage à conserver cet argument d’enfant – Il faudrait parler de pureté dans la démarche « intolérance avec les intolérants » (et réciproquement donc), car il est question aujourd’hui de pister les inconscients, ce qui est la marque du totalitarisme. Peut-on tolérer que des universitaires perdent pied à ce point ?
    Une histoire personnelle pour penser que nous récoltons ce que nous avons semé ou laisser semer. J’interviens au titre de la réserve citoyenne dans un collège sur la laïcité, invité par une enseignante pointue sur le sujet, un tantinet inquiète car seule professeur sur cet enjeu. Mais je passe à côté de l’essentiel, car elle me confie seulement après l’intervention, que ses élèves ont participé au concours national sur la laïcité et sont montés sur le podium. Je découvre ébahi que leur analyse primée décline la lecture anti-universaliste : la laïcité fait preuve d’intolérance avec les minorités, elles sont empêchées de pratiquer leur religion librement, ce qui les amènent à se radicaliser. Tout irait pour le mieux si l’on était vraiment des gens tolérants.
    Ces élèves sont désormais étudiants pour la plupart. Ils sont certains de leur définition de la tolérance et de qui est intolérants : ils ont reçu l’estampille de l’institution chargée de les éclairer et de développer leur esprit critique. Pourtant ils confondent, et l’institution itou, laisser-faire, indifférence, individualisme et tolérance ; ils confondent tolérance et lâcheté, ce qui les amène à lutter farouchement là où c’est sans risque, à savoir contre les universalistes. Ils se méprennent sur le concept de Fraternité, qu’ils tiennent pour une déclinaison de la fraternité chrétienne, et non pas pour une responsabilité vis-à-vis du plus faible ( symboliquement la fille du patriarche intégriste). Confusion funeste, mais entretenue, car sa dimension sociale (Liberté Egalité) pose problème au système économique notamment.
    Lecture possible : Yves-Charles Zarka, Difficile tolérance. 2004

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    1. AvatarHello Martine

       » Je veux croire que les syndicats étudiants et les enseignants impliqués sont des gens sincères, qu’ils disent ce qu’ils pensent. «

      C’est aussi ce que beaucoup ont pensé généreusement des pédagogistes tellement désintéressés et sincères :
      – qu’ils s’échinaient à occuper des postes de pouvoir : inspecteurs , formateurs … ,
      – qu’ils évitaient à leurs propres enfants les écueils dans lesquels ils précipitaient les enfants des autres ,
      – qu’installés à des postes de « petits chefs « ils ont, sans scrupule, évincé les « monsieur Germain  » avec une féroce arrogance ,
      – et que leurs bons sentiments servaient plus le vocabulaire du désintéressement que sa pratique .

      Par leur emprise sur l’institution , ces pégagogistes ont favorisé l’émergence d’enseignants à leur image.
      Un processus en trois étapes a fonctionné :
      – déstabilisation,
      – culpabilisation ,
      – manipulation ( jargon ) ainsi facilitée par la réussite des deux précédentes .
      L’échec des 2 premières les incitant à oser la vitesse supérieure : l’intimidation .
      Leur but : tout verrouiller pour régner .

      Mais ces enseignants censeurs sont beaucoup plus redoutables car :
      – ils ont affûté ces pratiques ,
      – et ils peuvent compter sur une naïveté bienveillante que « l’enseignement de l’ignorance  » a contribué à répandre comme l’atteste la non solidarité d’une majorité de collègues .

      Rongeuse d’intelligence, d’acuité, de discernement et de jugement, la fatuité de ces censeurs semble leur masquer le décalage croissant entre leur petit monde avec « sa bulle langagière « et le vécu des gens ordinaires .

      ET consentir à sa propre servitude :
      – n’autorise pas à l’exiger de l’autre
      – et anéantit toute prétention à émanciper les élèves .

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      1. Avatarjacques variengien

        Bonjour,
        Je ne connais pas l’institution pour vous discuter le constat, dont je prends acte, mais les comportements que vous décrivez relèvent de la perversion. En effet, utiliser des concepts auxquels on ne croirait pas pour avancer ses pions est pervers. Il est différent de penser que la lutte pour le pouvoir rend indulgent ou faible avec certains concepts ; cette défaillance de l’esprit critique (de mon point de vue) ne retire rien à la sincérité des acteurs en question.
        En quoi est-ce important ? On ne peut pas débattre valablement avec un pervers, pour cette raison, je mettais à part les éventuels militants islamistes possiblement à la manoeuvre ; mais si l’on veut débattre, alors il faut supposer la sincérité de son interlocuteur, et espérer la réciprocité.
        On sera d’accord pour dire que le pouvoir pollue le débat intellectuel, qu’il le pervertit. Il nous faut donc trouver des dispositifs plus adaptés que la place publique, ou des réseaux ou de l’info en continue, car ils poussent à la mise en scène, à la caricature de la pensée de l’autre et de sa propre pensée, à l’invective. Pour ces raisons, les pervers se délectent de cette situation. Ils sont les seuls à jouir véritablement de ce pugilat. Il faut donc les identifier comme vous le faites, s’ils le sont ; mais seulement ceux qui le seraient ; et pourquoi pas ceux qui le seraient dans d’autres domaines ?
        Voir Roland Gori, La fabrique des imposteurs.

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