Attentats islamistes : « Je suis x… »?

Après un attentat récent, un de mes contacts ironisait sur un réseau social : « Tiens cette fois Mezetulle n’affiche pas « Je suis x », on se lasse ? ». C’est que Mezetulle, ni plus lucide ni plus aveugle que d’autres, pense à présent que l’affichage « Je suis x » n’est pas à la hauteur.

Non qu’en y renonçant on s’installe dans l’habitude et un fatalisme de démission, mais le slogan « Je suis x.. »1, par son parti-pris de localisation et donc de délimitation, affichait cette forme de provincialisme qui, à suivre au sens strict le terme latin d’origine, induit un espace de vaincu. Il convient de tourner ce que cette page contenait de naïveté et de myopie. Du reste, Nice – pour s’en tenir à la France, mais on peut penser aussi à Orlando – a balayé la mentalité étriquée d’autruche qui, à peine secrètement, disait « ça peut arriver à New York, à Paris, à Bruxelles, à Istanbul… mais pas à nous qui sommes si tranquilles, si loin d’une cité-monde, si authentiques dans notre terroir, si sereins sous notre soleil, sur nos plages et dans nos palaces ». Eh bien non, cette guerre est universelle : aucune ville, aucune bourgade, aucun village n’est à l’abri d’un esprit échauffé par la propagande de l’islamo-totalitarisme, persuadé de gagner le paradis par un massacre rédempteur, et au courant (comme n’importe qui peut l’être) des recettes précises et bon marché fournies par le Califat.

Car personne, sauf à vouloir s’aveugler, ne peut prétendre ignorer cela. Personne ne peut reprendre la calamiteuse formule « on ne savait pas ». De même que Hitler avait tout exposé dans Mein Kampf qu’il suffisait de lire pour ne pas camper sur une aveugle politique défaitiste, de même et mutatis mutandis, le Califat a publié depuis longtemps les motifs et le mode d’emploi de sa stratégie de terreur conquérante, jusque dans la technique du camion-bélier fonçant dans une foule. Gilles Kepel se tue à le dire, et il suffit de surfer sur internet pour que cela saute aux yeux. La technique du camion-bélier à utiliser « comme une tondeuse à gazon » [sic] n’était pas seulement prévisible : elle était clairement annoncée. Dans le cas de Nice, la lamentable partie de renvoi de patate chaude entre responsabilités locales et nationales serait comique si elle ne se déroulait pas sur l’atrocité d’un massacre.

Pour revenir à l’affichage, place donc à la citation de Voltaire postée ci-contre: « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? ». Effectivement, il n’y a pas à lui répondre : il faut le neutraliser dès que possible, combattre l’idéologie qui l’inspire et faire en sorte que nulle part il ne se sente comme un poisson dans l’eau.

Je maintiens aussi le bandeau « Fluctuat nec mergitur« , photographie d’un graff place de la République à Paris après 13 novembre 2015, pour les raisons suivantes :

  • Il est en latin, ce qui le rend universel.
  • Il dit non pas une résistance (qui suppose déjà une occupation) mais une résilience constitutive qui n’a besoin d’aucun arrière-monde, d’aucun « Pray for…« .
  • Photographié fin 2015, il a aujourd’hui disparu avec la palissade qui le portait. En cela homomorphe au flot battant et destructeur dont il fait état, il mérite qu’on poursuive l’homomorphie jusqu’au bout de la devise en le faisant émerger, subsister.

© Catherine Kintzler, 2016.

Notes
  1. x = nom de lieu []

9 réflexions au sujet de « Attentats islamistes : « Je suis x… »? »

  1. tochûde

    Dans cet article :

    https://www.theguardian.com/world/2016/jul/19/nice-attacker-mohamed-lahouaiej-bouhlel-selfies-in-truck-used-to-kill-84-people

    on voit une photo prise par le terroriste dans la cabine du camion, et le geste qu’il nous adresse n’est pas un geste religieux.
    C’est un geste qui peut sans doute être dit universel, à meilleur titre que le latin, mais qui a aussi, naturellement, une histoire spécifique en France. Par exemple, il peut renvoyer à l’opposition entre les lascars de banlieue et le reste du pays. Dans un sketch du début des années 90, les Inconnus, parodiant le film les envahisseurs, parlaient déjà d’extraterrestres ayant le majeur anormalement développé.

    « aucune ville, aucune bourgade, aucun village n’est à l’abri d’un esprit échauffé par la propagande de l’islamo-totalitarisme »

    La Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou le Japon sont à l’abri. Ou, du moins, aucun responsable de la police ne pourrait y déclarer devant une commission parlementaire qu’il craint une guerre civile.
    Ces pays peuvent naturellement vouloir aider, dans la mesure de leurs moyens, à diminuer les problèmes posés par l’EI, etc, mais le font sans crainte pour leur situation politique à domicile.
    Ces pays ont donc été plus prudents que quelques autres…

    Mais que répondre à des militants qui vous disent qu’ils aiment mieux continuer à accorder la citoyenneté française à des gens dont une partie nous déteste, plutôt que d’admettre qu’ils se sont trompés ?

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  2. Incognitototo

    Que des questions…

    Est-ce qu’on peut réellement « combattre » une « idéologie » ? À mon sens non…

    Est-ce que poser les problèmes en termes « d’idéologie » est pertinent pour nous donner les moyens de la vaincre ? À mon sens non…

    Est-ce que des attentats aveugles – qui tapent au hasard (de mémoire, l’attentat de Nice a tué 16 musulmans et 40 % de non français…) – peuvent être assimilés exclusivement aux conséquences d’une idéologie ? À mon sens non…

    Bien sûr, on peut continuer à analyser les causes de ces actes terroristes comme la conséquence de nos politiques à côté de la plaque nationalement et internationalement, ainsi que comme une lutte d’idéologies.

    Mais je pense que nous aurions tout à y gagner si, enfin, on voulait bien tout également, et même peut-être plus, en parler comme de passages à l’acte de sujets ayant des problèmes psychiatriques. Ne serait-ce que pour donner aux futurs kamikazes une chance de se demander s’ils n’auraient pas besoin d’une aide et d’un suivi psy…

    Bien amicalement.

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    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Bonsoir Incognitototo,

      A mon sens oui on peut combattre une idéologie, quoiqu’il soit très difficile d’ouvrir les yeux à un idéologue…

      Je me permets de renvoyer, au sujet de la remarque « ils tuent aussi des musulmans » à l’analyse de Pierre-Joseph Salazar dont j’ai donné la référence à la note 10 de cet article, ainsi qu’à l’article de Jean-Claude Milner cité au même endroit. Au lieu de croire que des musulmans sont visés « au hasard », on peut penser au contraire, en lisant attentivement les communiqués du Califat, que les musulmans vivant paisiblement dans une république laïque (et a fortiori ceux qui viennent assister aux réjouissances du 14 juillet) sont tout particulièrement visés. Salazar et Milner ne sont pas des conspirationnistes illuminés, ils lisent les textes de fort près. De même pour Gilles Kepel. Renvoyer l’ensemble exclusivement à des problèmes psychiatriques (problèmes qui du reste ne sont nullement incompatibles avec l’adoption d’une idéologie meurtrière encouragée par le Califat) donne de l’eau au moulin de la culture de l’excuse qu’on n’a que trop pratiquée depuis des années : on n’y a rien gagné, au contraire.

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      1. Incognitototo

        Bonjour Mezetulle,

        Nous avons déjà abordé ici même la « culture de l’excuse » ; je continue à penser que « comprendre » n’implique pas l’excuse. Ce sont deux processus différents ; et jamais comprendre ne m’empêchera de penser que des réponses coercitives, y inclues violentes, sont également nécessaires.
        Cependant, refuser de comprendre et ne pas prendre les mesures en conséquence, c’est assurément continuer à ce que ces kamikazes continuent à prospérer et à passer à l’acte.
        Je n’ai pas beaucoup varié à ce sujet là ; déjà après les attentats du 11 septembre 2001, j’écrivais un texte ( http://solutions-politiques.over-blog.com/article-3990031.html : assez maladroit et que je ne n’écrirais pas pareil aujourd’hui) qui disait ce que je pense toujours maintenant.

        Depuis, j’ai été conforté dans ce que je pensais par plusieurs études (dont une du Collège de France, dont je ne me rappelle plus les références) qui relèvent un glissement plus que significatif depuis 50 ans des pathologies mentales : il y a de moins en moins de névrosés (qui représentaient 80 % de la population il y a 50 ans) et de plus en plus de psychotiques ; au point que la répartition dans la population est actuellement d’environ 1/3 pour les névrosés, 1/3 pour les psychotiques et 1/3 pour les astructurés (qui sont un peu des deux et/ou inclassables)… donc des pathologies toujours plus lourdes et une proportion d’asociaux, de pervers, de narcissiques, de psychopathes, en forte hausse (ces chiffres et ces tendances se vérifient à peu près partout dans le monde)…

        D’ailleurs, le phénomène des meurtres de masse, qui, après les USA, s’installe peu à peu en Europe (avec quelques années de décalage comme d’habitude), confirme qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans nos sociétés. Il est en constante augmentation aux USA depuis la fin des années 80 ( http://www.liberation.fr/planete/2016/06/13/etats-unis-des-tueries-de-masse-de-plus-en-plus-frequentes_1459088 ) et on ne compte dans cet article que les assassinats étiquetés non terroristes… Qu’est-ce qui différencie réellement ces passages à l’acte de ceux qui s’auto justifieraient par des raisons politiques ou religieuses ?

        Ou autrement dit, nos sociétés dites « modernes » génèrent (et généreront) de plus en plus de pathologies mentales graves, mais bizarrement personne ne veut en prendre la mesure, ni a fortiori en tirer les conséquences à part en renforçant les moyens de la police, qui de fait n’arrêtera jamais les « vocations » de tous ceux qui ne sont personne et qui veulent devenir quelqu’un ; comme notre « société du spectacle », imbécile et meurtrière, nous y pousse en permanence…
        Bernie Sanders dit : « Tout ce qui nous effrayait du communisme – perdre nos maisons, nos épargnes et être forcés de travailler pour un salaire minable sans avoir de pouvoir politique – s’est réalisé grâce au capitalisme. » ; je pense qu’il a oublié dans la liste « perdre son individualité et sa personnalité ».

        Concomitamment en France la psychiatrie est devenue un des parents pauvres du secteur médical avec une diminution drastique des moyens (de mémoire : – 50 % depuis 20 ans) ; et je me demande bien jusqu’où ce déni de la maladie mentale va nous conduire… à part à enfermer toujours plus de gens en prison qui n’ont rien à y faire pour 80 % (!!!) d’entre eux ( http://ldh-toulon.net/un-rapport-accablant-sur-le-nombre.html ) ou à abattre ces barjots au moment où ils passent à l’acte, parce qu’ils n’auront été ni détectés, ni suivis, ni soignés.

        Aussi, je ne partage pas la « rationalisation » a posteriori qui voudrait que tuer au hasard des gens qu’on ne connaît pas aurait une portée symbolique qui pourrait se « justifier » ; fusse en arguant qu’un musulman qui flânerait sur la promenade des Anglais un soir de 14 juillet serait forcément un « mauvais » musulman et que donc il mériterait sa mort… Et les enfants, c’est quoi leur crime ? Juste celui d’être la progéniture de mécréants ?
        En quoi ces actes aveugles combattent-ils un pouvoir ? J’ai beau chercher, je ne vois pas. Nous ne sommes même pas dans la « logique » de la stratégie de la terreur des attentats aveugles d’extrémistes de droite qui souhaitaient l’avènement de régimes fascistes…
        Vous pensez que Daech s’imagine qu’il va pouvoir créer une guerre civile en France entre les musulmans et tous les autres ? Qu’il va pouvoir ainsi rallier et fédérer les musulmans français pour qu’ils prennent le pouvoir en France ? Ou qu’il va faire arrêter ainsi l’interventionnisme français dans les pays où nous leur faisons la guerre au gré de nos alliances ?…
        À part faire élire Marine, je ne vois pas ce que Daech pourrait obtenir de plus ; ha si, faire renvoyer tous les musulmans dans le pays d’origine de leurs ancêtres…

        Non, vraiment ça ne tient pas debout… et, pour celui qui le commet (pas pour les idéologues qui sont capables de tout « rationaliser »), s’il y a une chose qui fait basculer une lecture politique en « acte fou », c’est bien l’absence d’un lien symbolique qui voudrait dire quelque chose en termes d’un pouvoir qui combattrait un autre pouvoir. À ce niveau-là, des gens qui tuent aveuglément et qui savent qu’ils vont probablement mourir en commettant leur acte sont en dehors de toute lecture politique.
        Ce sont les mêmes barjots qui brûlent des voitures au bas de chez eux… C’est un acte politique aussi ça ? Dans ma lointaine jeunesse, au cours des manifestations, c’est dans les beaux quartiers que les belles voitures brûlaient, pas dans les banlieues… Je pense que cela avait un tout petit peu plus de sens, du moins à l’époque…

        Il ne faudrait pas que sous prétexte que nous sommes tous « libres » de penser ce que nous voulons, ainsi que de croire ou de ne pas croire, tout serait politique. Depuis « La Psychologie de masse du fascisme » (Wilhelm Reich, 1933), et d’autres analyses depuis, aborder ce type de problématique en niant l’origine névrotique et/ou psychotique de ce type « d’idéologie », c’est faire fausse route.
        Cela dit, Reich (et Freud avant lui) relevait également que l’organisation sociétale était elle-même génératrice de pathologies mentales… je le pense très profondément également pour ce qui nous arrive et les monstres que « nous » avons créés ; et ça ne les excuse en rien.

        Je vous laisse méditer sur ce qui pourrait se passer, si au lieu de nous terroriser à longueur de temps et de médias en mettant ces actes sur le compte d’une « idéologie », ces phénomènes terroristes étaient présentés comme des « faits divers » commis par des déséquilibrés (c’est d’ailleurs la parole que semble choisir les médias allemands pour leurs propres drames). Tandis qu’assurément, tant que nous nous dirons en guerre contre une « idéologie », tous les barjots y trouveront des « raisons » de devenir des « héros ».

        En tout état de cause, si on ne veut pas profondément remettre en cause et changer tout ce qui ne va pas dans nos sociétés, il va falloir « s’habituer » à vivre avec ces menaces et ces horreurs permanentes.

        Désolé d’avoir été si long.

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        1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

          Cher Incognitototo, si vous avez raison, alors Gilles Kepel, Abdennour Bidar, Mohamed Sifaoui, Pierre-Joseph Salazar – entre autres – sont des complotistes aveugles qui ne comprennent rien aux sociétés contemporaines…. ils mettent, en effet, les attentats « sur le compte d’une idéologie » et s’ils envisagent une « remise en cause » dont « nos sociétés » auraient besoin en urgence, c’est plutôt dans le sens d’un réarmement intellectuel ! Eux, en tout cas, ont lu les textes du Califat (dont il résulte entre autres que oui les enfants de mécréants et d’infidèles on peut, on doit les tuer : cette horreur que vous trouvez, que nous trouvons, insensée tient très bien debout et hélas se vérifie tous les jours, lisez l’explication de texte que fait Salazar !) et les prennent très au sérieux : franchement je pense qu’ils savent de quoi ils parlent.
          Je vous invite à les lire.

          Je suis triste de trouver ce genre de propos sous votre plume – déni de la guerre et de la nécessité d’y faire face comme telle en désignant clairement l’adversaire, déni de liberté (car si les auteurs d’attentats ne sont pas responsables on doit conclure en termes philosophiques désuets mais très clairs qu’ils n’ont pas d’âme), inversion des places entre victimes et bourreaux (mais ça c’est un grand classique). Olivier Roy nous a déjà donné la version « révolte générationnelle, le problème n’est pas le califat », vous nous proposez une version psychiatrisante qui pour être plus sophistiquée n’en est pas moins indigne à mes yeux.

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          1. Incognitototo

            Chère Mezetulle, je suis triste de vous attrister, mais il ne faut pas… Ce n’est pas à vous que je vais apprendre que nous comprenons le monde avec les outils dont on dispose : le philosophe philosophe, le politique politise, le sociologue « sociologise », le psychologue « psychologise », le religieux croit, et cetera… et si toutes les éminentes personnes que vous citez veulent trouver dans ces actes les conséquences d’une idéologie, je ne peux que les renvoyer à Friedrich Nietzsche (« Le Crépuscule des idoles » / Les quatre grandes erreurs) : « Il n’y a pas d’erreur plus dangereuse que de confondre l’effet avec la cause : j’appelle cela la véritable perversion de la raison. »

            Je n’ai pas la prétention d’avoir raison seul contre tous, je vous propose juste une lecture transversale à partir de faits, rien que des faits. Élargissons notre vision, regardons ce qui se passe à peu près partout dans le monde et vous verrez que ce que nous subissons n’est en rien singulier, ni dû au hasard et à une seule « idéologie » : notre société, nos sociétés sont malades et personne ne veut l’admettre. Mais il est vrai (pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici) que la folie fait peur et son déni est une constante au cours des siècles.

            Si vous voulez continuer à voir dans ces atrocités les conséquences d’une idéologie, je n’y vois aucun inconvénient. D’autant que cette prémisse n’est pas fausse en soi ; elle oublie juste de se mettre en cohérence avec elle-même pour dire aussi que notre propre idéologie recèle des « failles » qui permettent l’émergence de ces horreurs.
            En tout état de cause, résumer nos problèmes à une lutte idéologique ne vous permettra pas d’avoir une lecture opérationnelle, celle qui pourrait permettre de changer vraiment les choses en s’attaquant aux vrais problèmes ; d’autant que vous l’admettez, on peut très difficilement convaincre un idéologue (pour ne pas dire impossible, surtout quand sa pensée est étayée sur un délire).

            Vous pensez vraiment que j’aurais besoin de lire les textes du Califat pour comprendre ? Et pourquoi pas ceux de Gilbert Bourdin, l’ex-messie cosmo-planétaire, pendant qu’on y est… Je ne pense pas avoir besoin de cela pour détecter la nature délirante des actes qui en découleraient. Toujours les faits rien que les faits… Ce sont par les conséquences qu’elles engendrent qu’on distingue une croyance d’un délire, pour le reste ces deux termes partagent exactement la même définition. Je n’invente donc rien quand je relève la nature délirante des soi-disant croyances du Califat.

            Enfin, je vous en conjure, cessez de me faire passer pour quelqu’un qui cultiverait la « culture de l’excuse ». Expliquer, aussi bien que comprendre, n’est pas excuser ; et en tout état de cause, comprendre ne m’empêchera jamais de penser de façon pragmatique selon les principes de réalité ; à ce propos je ne suis pas le dernier à penser que la guerre est également nécessaire, vu que je ne suis, en plus, pas du genre à tendre l’autre joue.

            Cependant, je m’étonne de trouver dans vos propos une vision unidirectionnelle des problèmes, comme celle qui voudrait qu’un bourreau ne puisse pas être également une victime… Je pensais que la philosophie était une discipline, faite, entre autres, pour apprendre que notre vision du monde change nécessairement en fonction des points de vue, qu’il n’y a pas de vérité universelle… Aussi à mon tour d’être déçu par votre vision à sens unique…

            Bien amicalement.

          2. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

            Cher Incognitototo,

            Bien sûr qu’une explication seule n’épuisera jamais le réel. Je ne promeus pas une vision unidirectionnelle, je pense juste qu’il y a des priorités à observer dans les degrés et les types d’explicativité. Il me semble que des massacres et des assassinats programmés exactement selon le « mode d’emploi » détaillé par le Califat sont des faits (textes du Califat qui sont parfaitement et terriblement cohérents et très politiques, pas du tout délirants dans leur horreur), et que ces faits méritent qu’on les regarde autrement que prioritairement comme des effets d’une société malade, effets qui d’ailleurs touchent une très large partie de la population. Ce sont des faits de guerre. En situation de guerre, il est élémentaire de connaître l’ennemi, même si on a mis longtemps à le nommer. Connaître l’ennemi en situation de guerre cela ne signifie pas comprendre comment il en est arrivé là, mais comprendre comment il procède et quels sont ses objectifs, et cela pour le combattre et le neutraliser.

            Bien sûr qu’un bourreau peut aussi et sous d’autres rapports être une victime. Tout est dans ce « sous d’autres rapports » car là encore il y a une hiérarchie à introduire : on parle ici de bourreaux qui tuent vraiment et de victimes qui sont véritablement massacrées. Ces bourreaux sont peut-être des victimes mais sous d’autres rapports que les victimes qu’ils font : leur état de victimes « d’une société malade » (j’adopte ici votre hypothèse, ce qui ne veut pas dire que j’y souscris) ne les empêche nullement de vivre et encore moins de nuire, alors que l’état des victimes qu’ils font est définitif, irréversible puisque ces victimes sont mortes et qu’ils veulent qu’elles meurent (et là ce n’est pas une hypothèse, ce sont des faits). La dissymétrie est absolue entre ces deux façons d’être une victime. Il y a un moment où les différences de degré deviennent des différences de nature. Alors ne tendons pas l’autre joue !

  3. morose

    Les deux analyses ne me paraissent pas incompatibles, l’une ne disqualifie pas l’autre. Lutter contre l’idéologie du califat et considérer ces conduites meurtrières et suicidaires avec une autre « grille de lecture » sont deux choses que l’on peut mener de front. Pirre Legendre n’aurait-il rien à nous apprendre sur ce sujet ? Je pense au « Crime du caporal Lortie »

    Répondre
    1. Incognitototo

      Totalement d’accord Morose, c’est bien ce que j’ai exprimé à Mezetulle… Et oui pour Pierre Legendre (merci pour cette découverte fort intéressante), et bien d’autres avant lui…

      Il y a cependant un point qui semble perturber un assentiment franc et massif sur notre position, semble-t-il commune. Expliquer et comprendre à partir de points de vue psy, sociologique et politique semble devenir tabou face à de tels actes de barbarie… Depuis la déclaration réitérée de M. Valls, toute personne qui tenterait de comprendre est immédiatement cataloguée comme au mieux quelqu’un qui excuserait l’inexcusable, au pire comme complice des auteurs.

      Je m’élève sans cesse contre cette assimilation abusive, car on peut très bien pratiquer la légitime défense et la légitime attaque y inclue létale, sans nier « nos » responsabilités dans l’apparition et la multiplication de ces actes insensés.
      Ou autrement dit dans une échelle des valeurs bien comprise, sauver et préserver des vies, nos vies, sera toujours plus important, que préserver celle des agresseurs… si possible, sans être dupe du fait que je ne suis pas en train de mener une guerre du bien contre le mal (celle qui voudrait que celle-ci soit idéologique), mais plutôt une guerre de mon droit à te survivre.

      Reste à se demander en quoi ne pas vouloir comprendre et ne pas vouloir savoir ne font que servir un pouvoir politique aux abois (tous partis confondus) qui ne veut surtout pas qu’on se penche sur les 40 ans de politique locale, nationale et internationale qui ont pu « créer » (les guillemets c’est exprès) de tels monstres.

      On avait jusqu’à peu « responsable, mais pas coupable », on a aujourd’hui la position politique ultime : « irresponsable et pas coupable » »… puisque chacun est censé savoir que les politiques ne peuvent rien (mais au fait à quoi servent-ils alors ?) contre de tels barbares… d’où la surenchère sécuritaire qui est à l’évidence la seule réponse de ceux qui savent parfaitement ce qu’ils ont fait et qui ont en conséquence de très bonnes raisons d’avoir peur…

      Reste à se demander pourquoi nos sociétés ne veulent pas admettre qu’elles sont malades, qu’elles créent des malades et pire des fous qui ne savent pas qu’ils le sont. Devant ce nouveau paradigme, si je sais ce que Watzlawick en dirait, je me demande ce qu’en dirait Foucault…

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