Archives de catégorie : Politique, société, actualité

Les progrès de l’IA mettent en tension les systèmes éducatifs (par Maxime Cruzel)

On pouvait croire que l’apparition de l’IA générative allait remettre les pendules à l’heure dans la doctrine scolaire, en soulignant le besoin de principes, de hiérarchisation des connaissances et donc d’instruction, la nécessité de faire travailler les élèves sur un contenu substantiel organisé. Mais non, on continue avec une doctrine éducative qui promeut les compétences vides et le comportementalisme, et qui maintenant s’autorise d’un apparent bon sens : à quoi bon instruire puisque l’IA sert les connaissances à la demande ? S’appuyant sur de solides et récentes références, analysant les progrès de l’IA et des exemples comparatifs, Maxime Cruzel montre que cette position « inverse le rapport entre savoirs et compétences ». Les compétences ne précèdent pas les connaissances, elles en résultent. À mesure que l’IA se développe et qu’elle change de nature, il est urgent d’instruire.

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Les mots contre la laïcité : de la liberté de conscience à la liberté religieuse (par A. Girard et J.-P. Sakoun)

Aline Girard et Jean-Pierre Sakoun analysent un glissement lexical : l’usage, dans maint texte officiel, des expressions « liberté de religion » et « liberté religieuse » pour caractériser la laïcité. Or la « liberté de religion » s’inscrit dans la liberté d’opinion. Et la République « assure la liberté de conscience » : cette dernière, non seulement est plus large que la « liberté de religion », mais elle concerne les individus, alors que la « liberté religieuse », permet d’ériger des groupes d’appartenance en sujets principaux d’exercice de la liberté et de structuration de la vie publique. En plaçant la notion de « religion », et surtout celle de « liberté religieuse », en position clé, ce glissement inverse les principes et se révèle comme une double opération politique qui « […] modifie le centre de gravité de la laïcité, en le déplaçant de l’individu singulier et citoyen vers sa communauté d’appartenance. [Et qui] tend à faire de la laïcité un instrument de gestion du religieux, alors qu’elle est historiquement un principe de limitation de son emprise. ». Si on n’y prend pas garde, c’est l’universalisme républicain qui est renversé, car alors  «  la religion cesse d’être un fait privé dont la manifestation est encadrée pour devenir une dimension structurante de l’identité publique ».

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La deuxième mort de Samuel Paty ?

Il serait impropre de parler de colère pour qualifier l’émotion dont Martine Verlhac fait part ici après avoir vu le film L’Abandon. Il s’agit bien plutôt de l’indignation d’un professeur qui ne pardonne pas à « une certaine gauche » une trahison certaine, poursuivie inlassablement par des décennies de saccage de ce que devrait être l’institution « Éducation nationale ». Non seulement Samuel Paty a été abandonné par les bien-pensants, mais, à la sortie du film, l’inertie se réanime pour retrouver les accents abjects de l’inversion accusatoire : oui le film est bon… « mais »… défendre Samuel Paty, ne serait-ce pas, quand même, un peu « raciste », ne serait-ce pas un peu « d’extrême droite » ? À la différence de la colère, l’indignation ne retombe pas : car, reposant comme le disait Descartes sur « de justes raisons », loin de l’apaiser, son analyse la fortifie.

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L’ARCOM entre sciences et médias

Thierry Foucart rappelle qu’une vérité scientifique n’est ni un consensus ni le résultat d’un arbitrage entre diverses opinions en présence. Ou alors il y aurait, dit-il avec ironie, « deux sciences ». Il donne l’exemple des débats médiatiques sur le climat, qu’il illustre par un schéma accompagné d’un commentaire par l’IA ChatGPT. 

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Quand les casseurs viendront « jusque dans nos bras »

En novembre 2005, j’ouvrais le site Mezetulle, particulièrement à l’occasion des émeutes qui avaient marqué l’automne, déclenchées à Clichy-sous-Bois par la mort de deux adolescents qui, cherchant à échapper à un contrôle de police, s’étaient réfugiés dans un poste électrique. Vingt ans ont passé, et les choses n’ont fait que croître en nombre et en intensité – on se souvient par exemple du Stade de France fin mai 2022, ou des émeutes de juin 2023 à la suite de la mort de Nahel Merzouk. Changement de degré, mais aussi, il faut le craindre et ne pas détourner le regard, changement de nature.

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En relisant ‘Les Dieux ont soif’ – Rappels pour notre temps

Dans ‘Le Mirage #MeToo’ Sabine Prokhoris démontait les paralogismes inquisitoriaux qui se répandent sous le mot-dièse #MeToo. Dans un article publié en 2022 sur Mezetulle, elle écrivait : « Il s’agit de court-circuiter l’institution judiciaire, et de se faire « justice » hors de toute enquête judiciaire, sans procès, sans tribunal, mais en imposant son « récit » à l’opinion publique, par la voie des médias. » et elle montrait comment la vague #MeeToo attaque les principes fondamentaux du droit pénal.
Elle se penche ici à nouveau, cette fois à la lumière de la lecture du roman d’Anatole France ‘Les Dieux ont soif’, sur les mécanismes de « l’abjecte jouissance qui s’empare des meutes justicières sitôt qu’elles ont un coupable à se mettre sous la dent ». Considérer que l’accusation vaut preuve, c’est enclencher la destruction systématique des principes de la justice et s’engager sur la funeste voie tracée par les méthodes des tribunaux de l’Inquisition et de la Terreur.

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Une histoire longue de la laïcité

Différenciation des sphères et contingence

Pour réfléchir sur la laïcité, Jean-Pierre Castel s’appuie sur une « histoire longue », celle de la différenciation des sphères du vrai, du bien et du juste dont l’unité structurait le monde antique et médiéval. Loin d’être due au christianisme ou d’apparaître brusquement avec la modernité, celle-ci est progressive et passe par des phases de distinction avant qu’on puisse parler de séparation. L’auteur s’interroge principalement sur l’émergence de l’autonomie du politique, parallèle à celle de l’autonomie des savoirs et à l’institutionnalisation séparée du religieux. Une conséquence importante est que l’individu n’est plus fixé à une appartenance, mais se pense abstraitement, ce qui est une libération. Aboutissement de ce processus, le moment laïque institutionnalise la séparation et permet la coexistence des libertés.
On peut certes discuter la définition finale que l’auteur propose de la laïcité (essentiellement liée pour lui à la question de la pluralité des convictions) et s’interroger sur l’idée d’un modèle états-unien, mais il faut souligner que, en lisant cette passionnante « histoire longue », on s’instruit et on se délivre de maint préjugé.

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Vous avez dit « allégeance » ?

De Merwane Benlazar à Bally Bagayoko

Un mot de « l’humoriste » Merwane Benlazar lors de la cérémonie des Molières le 4 mai aux Folies Bergère a été particulièrement remarqué. Faisant son entrée sur la chanson « Douce France » vêtu d’une marinière (« on ne peut faire plus français »), après avoir précisé que sa barbe inculte « a poussé en France », il se voit remettre une baguette de pain par l’animateur. Ce dernier enchaîne en lui présentant une bouteille de vin – qu’il repousse, avec ce propos : « mon allégeance à la République a des limites ».
Que M. Benlazar se rassure. La République française ne demande à personne de consommer pain et vin, ni de faire allégeance à qui ou à quoi que ce soit.

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Orthographe : résultat d’une politique délibérée de désinstruction

La baisse spectaculaire du niveau des élèves et des professeurs, particulièrement en orthographe, fait grand bruit en ce moment. À juste titre. Sur X un « fil » très instructif et plus que consternant fait un tabac.
L’effondrement atteint un point tel que le Ministre de l’Éducation nationale s’en émeut publiquement et prévient : scrogneugneu, on ne va pas continuer à fermer les yeux, il va y avoir des mauvaises notes au brevet des collèges et au bac.
Mais ce n’était pas imprévisible, loin de là.

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La psychiatrisation des dissidents de l’islam (I) par S. Elmansour et Q. Bérard

Première partie

Les apostats de l’islam ont le double courage de répudier une dogmatique et d’en révéler publiquement la logique. Un livre récent, principalement composé autour d’entretiens, leur a été consacré : Sonya Zadig « Les enfants perdus de la République. Ils ont quitté l’islam au péril de leur vie » (Fayard 2025). Quentin Bérard et Sofia Elmansour l’ont lu et font état ici de leur déception. Fourmillant d’erreurs et d’approximations, pauvrement documenté, méthodologiquement discutable, centré sur la mise en valeur de son auteur, cet ouvrage commet un « contresens total » en présentant les apostats en « enfants perdus de la République ». Aveugle aux différents types d’apostasie et surtout à la dimension indéniablement émancipatrice et politique de cette dernière, il renouvelle un grand classique de la neutralisation de la dissidence : sa psychiatrisation.

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Le ministre de l’Intérieur redéfinit la laïcité. Serait-il en mission ?

Le 12 mars 2026, à la Grande mosquée de Paris, le ministre de l’Intérieur et des cultes Laurent Nuñez était présent pour une cérémonie de rupture du jeûne marquant la fin du Ramadan. Il y a pris la parole. Dans son intervention, deux déclarations ont été amplement relevées par les médias, à juste titre. Quelques autres points sont à souligner dans ce discours empreint d’un vernis républicain et laïque, mais profondément acquis à une vision « interconvictionnelle » de la cité. On examine quelques bévues dans ce discours, on s’interroge aussi sur sa fonction politique.

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Sur une certaine tranquillité de l’antisémitisme (par Benjamin Hagiarian)

« Un antisémite a toujours son Juif »

Benjamin Hagiarian se penche sur une forme d’antisémitisme « tranquille » qui, parfois à l’insu de son agent, prospère à l’abri d’une bonne conscience. Pouvant être accompagné de divers affects, cet antisémitisme doit attirer notre attention sur l’insuffisance d’une posture morale pour penser la discrimination.

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Assassinat de Samuel Paty, procès en appel. Qui peut dire encore « je fais confiance à la justice  de mon pays » ?

Le 2 mars dernier, la Cour d’assises spéciale de Paris a rendu son arrêt dans le procès en appel sur la décapitation du professeur Samuel Paty en octobre 2020. Si elle a maintenu la qualification d’« association de malfaiteurs terroristes » et prononcé les condamnations relatives pour les instigateurs de la tragédie Brahim Chnina et Abelhakim Sefrioui, elle a en revanche fait preuve d’une indulgence qui confine au déni pour les deux autres accusés, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov les amis du tueur Abdoullakh Anzorov, lesquels l’ont accompagné et secondé dans sa quête d’armes et son périple préparatoire au crime.

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Le Conseil d’État privatise les conflits sur les réseaux sociaux entre citoyens et élus

Une régression pour la démocratie et les droits des justiciables

François Braize, Jean Petrilli et Bruno Bertrand analysent un cas de conflit entre un citoyen et un élu local sur le fonctionnement d’un compte Twitter, conflit arbitré par le Conseil d’État. Loin d’être anecdotiques, ce conflit et sa résolution engagent non seulement le fonctionnement de « l’agora moderne » que sont devenus les réseaux sociaux, mais aussi et surtout le fonctionnement démocratique jusqu’alors en vigueur. L’Avis du Conseil d’État prive en effet les justiciables d’un recours protecteur devant la justice administrative. En renvoyant les conflits au droit privé ordinaire, cet Avis accroît la privatisation de la chose publique.

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La gauche du « mais quand même à la fin des fins »

En juin 2025, Jérôme Guedj, député PS, s’indignait à juste titre de l’antisémitisme de Jean-Luc Mélenchon en des termes bien sentis. En juillet 2025, il cosignait dans Marianne, avec d’autres élus PS, une tribune contre l’usage du terme « islamophobie » par les instances du PS. Comme Mezetulle l’a écrit à l’époque, on pouvait être tenté de voir là des signes d’une rupture avec la calamiteuse alliance NFP qui avait conduit nombre d’élus LFI à l’Assemblée nationale en juin 2024. Mais, mais… les élections municipales approchent !

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Emmanuel Macron et le « tragique » (par Viviane Niaux)

L’indécence au pouvoir

Viviane Niaux se penche ici sur l’usage présidentiel du terme « tragique ». Elle montre que, en le banalisant et en l’extériorisant, Emmanuel Macron en fait un alibi qui abolit la responsabilité politique.

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