La France comme idée (par Denis Guénoun)

L’écrivain, chercheur, metteur en scène et dramaturge Denis Guénoun a publié en avril dernier un superbe texte intitulé « La France comme idée ». Au moment où un personnel politique en souffrance électorale s’avise que « l’idée de la France » pourrait avoir quelque intérêt, il est préférable  – et bien meilleur pour la santé intellectuelle – de s’alimenter à des sources plus solides que des « éléments de langage ».

Sur son site internet, Denis Guénoun a rappelé l’existence de son texte dans ce billet daté du 7 septembre – que je reproduis ici avec son aimable autorisation :

« On annonce pour demain jeudi 8 septembre une intervention de François Hollande dont le thème serait : « La France est une idée, bien plus qu’une identité ». Je n’ai aucune connexion d’aucune sorte avec les cercles du pouvoir, et ne sais donc pas un traître mot de ce qui sera dit en cette circonstance. J’apprends à cette occasion que le président de la République a déjà employé la formule ces derniers temps.
Ni ma notoriété, ni mon influence, ni mes relations ne me permettent d’imaginer que cela puisse avoir une quelconque relation avec mon travail – et l’affirmation se réfère évidemment à une phrase extrêmement célèbre qui ouvre les mémoires du général de Gaulle. Cependant, pour éviter toute confusion (ne serait-ce que chronologique) je me permets de rappeler ici que j’ai rédigé au printemps dernier, sous le titre « La France comme idée », une intervention prévue pour Harvard University le 28 avril, et que celle-ci a été publiée sur ce site le 5 août, en français et en anglais (lien La France comme idée)
Précaution superflue, sans doute, mais dans ces domaines un peu de précision ne nuit pas. »

Le texte « La France comme idée » est téléchargeable sur le site de D. Guénoun à partir de ce lien http://denisguenoun.org/ecrits-et-reflexions/autres-ecrits/la-france-comme-idee/

Mezetulle invite ses lecteurs à le lire, et par la même occasion à visiter le site de Denis Guénoun.

 

6 réflexions au sujet de « La France comme idée (par Denis Guénoun) »

  1. Jeanne Favret-Saada

    Merci de nous avoir fait connaître ce texte bouleversant, qui nous réconcilie avec notre histoire et nous console des bêtises de l’extrême-gauche sur « la laïcité, entreprise coloniale ».

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  2. Hoel

    J’ai lu le texte de Denis Guénoun mais ne partage pas du tout sa vision.

    Dans un texte, « Le Rhin », Hugo écrit ceci :

    « Avec l’orgueil on domine ; avec la patience on colonise. Or, que trouvez-vous au fond de l’histoire d’Espagne comme au fond de l’histoire de la Grande-Bretagne ? Dominer et coloniser. »

    Le « fond de l’histoire » de la France, c’est « dominer et coloniser ».

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    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Il me semble que vous n’avez pas lu de bien près le texte de Victor Hugo que vous citez (Le Rhin), en particulier sa conclusion. J’y ajouterai une autre suggestion de lecture, du même auteur, le poème « O soldats de l’An deux » (Les Châtiments).

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  3. Hoel

    J’ai bien lu « Le Rhin » jusqu’au bout :

    « L’enseignement des peuples a deux degrés, la colonisation et la civilisation. L’Angleterre et la Russie coloniseront le monde barbare ; la France civilisera le monde colonisé. »

    Vous pensez comme Victor Hugo que les Anglais et les Espagnol (ou les Russes) sont des colonisateurs, tandis que les les Français sont, eux, des civilisateurs ? Ce n’est pas mon avis.

    Denis Guénoun, avec lequel j’ai eu un échange par email, défend l’idée d’un « universalisme » français (tout en étant opposé au colonialisme)

    Mais les idéologies universalistes (religieuses ou politiques) ont toujours été le support ou la justification de la colonisation et de la domination. Le prétendu « universalisme français » ne fait pas exception.

    Les philosophes se sont pour la plupart attaqué aux prétention universalistes. Voltaire ridiculisait cette prétention ainsi :

    « Chacune de nos sectes prétend le titre d’universelle; mais qu’avons-nous à répondre quand nos adversaires prennent une mappemonde et couvrent avec le doigt le petit coin de la terre où notre secte est confinée ? »

    Les Français n’ont toujours pas remis en cause leur propensions colonisatrice et dominatrice (les Français n’ont jamais « civilisé » que ceux qu’ils avaient auparavant vaincu militairement), et l’absence, le rejet des « Postcolonial Studies » en France en est la manifestation la plus claire. Les textes qui évoquent le colonialisme français sont délibérement passé sous silence. Etudie-t-on « Le Rhin » dans les écoles ? C’est peu probable.

    Dans les faits, « coloniser » (ou plutôt « dominer ») et « civiliser » sont une seule et même chose.

    Les Anglais, puis les Américains, aussi s’identifiaient à l’universel. Eux aussi étaient/sont « universalistes.

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    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Ci-dessous un exemple de texte que les colonisateurs se gardent bien de respecter sauf pour eux-mêmes exclusivement, ce qui est une contradiction en soi. Réduire l’universalité à un petit coin et se la réserver, c’est une forme de particularisme. Dire « les droits universels sont réservés à moi et aux miens », n’est autre qu’un déni, et un déni n’a jamais ruiné un concept, il en souligne au contraire l’existence. Le déni des droits montre que les droits sont bafoués : de là ne suit nullement qu’il n’y a pas de droits. Que ces droits soient universels (c’est-à-dire subsistent pour un individu non-citoyen ou que ne protègent pas les lois positives relatives à une association politique particulière – étranger, clandestin, fou, condamné à mort…), c’est précisément ce que soutient la notion même de Déclaration des droits puisqu’elle se fait de manière distincte du reste des dispositions constitutionnelles et législatives et qu’elle se présente elle-même sous le régime de l’étalon auquel ces dispositions peuvent et doivent être appréciées (voir le texte ci-dessous qui énonce la règle de la comparaison). Ainsi par exemple, c’est en vertu d’un universel que la Révolution française a aboli l’esclavage, et c’est en vertu d’un universel que l’on peut et doit condamner le colonialisme.

      « Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.
      En conséquence, l’Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen.

      Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
      Etc.

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  4. Claustaire

    Merci pour le lien vers ce témoignage précieux. Que serait la France si elle n’avait pas été « colonisée » par les uns il y a deux mille ans ou « envahie » comme elle le fut ensuite pendant des siècles « gothiques » ou « francs » ? La France idéale était bien sûr celle sur laquelle chacun peut se faire (à) son idée. Celle qu’on peut se donner comme horizon humaniste « dépaysé ».

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