Nation divisée, paix civile menacée. Candidats, osez la laïcité !

Manifeste pour la laïcité du Comité Laïcité République 31 mars 2017

J’ai signé ce Manifeste pour la laïcité lancé par le Comité Laïcité République. Publié également sur Marianne.net, il s’adresse aux candidats à l’élection présidentielle et est proposé aux citoyens pour signature. En voici les premiers paragraphes.

« Intolérances, communautarismes, islamisme radical, xénophobie identitaire, menaces sur l’égalité entre hommes et femmes, paix civile fragilisée, la situation est grave. La société française est en crise. L’élection présidentielle doit replacer la laïcité au coeur de la République.

La laïcité émancipe et libère les êtres humains. Elle assure l’égalité en droit entre tous les citoyens quelles que soient leurs origines. Grâce à elle, la République rassemble tous les êtres humains quelles que soient leurs singularités, dans l’universalisme de la citoyenneté.

C’est cette égalité que contestent des communautarismes qui voudraient substituer la coutume ou le précepte religieux à la loi. La paix civile se trouve mise en danger par la montée des revendications et des menaces communautaristes d’une part, par ceux qui détournent la laïcité à des fins de stigmatisation et de xénophobie de l’autre.

Ces principes, pour lesquels des femmes et des hommes se sont battus au péril de leur vie, valent encore aujourd’hui condamnation à mort dans certaines régions du monde. Ils ne sont pas négociables, sauf à menacer l’unité de la Nation, la pérennité de la République et de la démocratie elle-même.

C’est pourquoi les candidats républicains doivent prendre clairement position sur cette question décisive. Nous leur demandons solennellement de s’engager à faire respecter la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’État et la loi de 2004 d’interdiction des signes religieux à l’école publique.

Nous leur demandons… »

Lire la suite et voir les premiers signataires sur le site du Comité Laïcité République.

Signer la pétition.

Lire le texte sur Marianne.net

8 réflexions au sujet de « Nation divisée, paix civile menacée. Candidats, osez la laïcité ! »

  1. Fodor Nathalie

    Bonjour,
    Fidèle lectrice du blog en général et de vos écrits sur la musique en particulier (que je suis depuis le petit livre jaune des années 80 offert par Guerinette) je suis surprise que vous ne releviez pas ce qui , pour ma part, (alors même que je souscris à 400% au principe de la laïcité), me fait hésiter à signer cette pétition : dès l’exorde, on ne cite que l’islamisme radical, comme s’il était la seule menace religieuse à l’équilibre de notre société, alors que la vraie plaie est le renouveau et l’exacerbation des religions tous azimuts, tant il est vrai que les ultras de tous poils, catholiques, protestants, juifs, musulmans et même bouddhistes ou hindouistes se rejoignent tous sur un point : remettre la femme à sa place, i.e , dans leur esprit, hors le monde et derrière les murs de la demeure familiale, la limiter à servir ses enfants et son maître. Redevenir en somme l’esclave domestique et sexuelle que le XX siècle de la libération des femmes avait cru définitivement enterrée, du moins dans nos contrées. Mais le retour du refoulé est violent et a trouvé une expression idéale de lâcheté et d’efficacité dans le radicalisme religieux : quand Dieu commande… il n’y a plus qu’à se soumettre, car c’est évidemment de cela et rien que de cela qu’il s’agit : de soumission.
    Bien sûr la suite du texte clarifie le propos et généralise. Mais ne montrer du doigt comme radical que le seul islamisme à l’entame, comme si le communautarisme dénoncé plus loin ne concernait que cette frange de la population (les musulmislamistes donc) me semble trop prompt à créer des amalgames douteux. Après tout, les premières victimes des islamistes radicaux sont les musulmans eux mêmes. (cf « Timbuktu’).
    C’est bien contre TOUS les radicalismes religieux que la laïcité est notre rempart le plus sûr et elle demande à être renforcée et affermie, par l’arrêt du financement avec les deniers publics des écoles religieuses de quelque bord que ce soit avant toute chose ainsi que par le respect, au sein de l’école, des lois de la république qui assurent (du moins en théorie…!) l’égalité parfaite de droit entre les personnes de tout sexe et de toute culture.
    Une telle pétition, qui mettrait les extrémismes religieux et au même rang exactement, qui les nommerait tous et les dénoncerait avec une égale vigueur, cette pétition là aurait ma signature enthousiaste et l’assurance d’une publicité active auprès de mes amis et relations.
    Là, j’hésite…même s’il y a du beau linge parmi les signataires . Et je m’étonne encore…serais-je la seule à sentir les relents nauséabonds de la stigmatisation?
    Bien cordialement.
    Nathalie Fodor

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    1. Catherine KintzlerCatherine Kintzler Auteur de l’article

      En scrutant bien le texte, on peut penser que la virgule qui sépare « islamisme radical » de « xénophobie identitaire » (1re ligne du 1er alinéa) , sent mauvais puisqu’elle « montre du doigt le seul islamisme » pour le « stigmatiser » ! Pourtant habituée aux lecteurs surentraînés à inventer le moindre « dérapage » pour discréditer un texte, c’est la première fois que je constate qu’une virgule employée dans une énumération ne sert pas à constituer une série, mais à effacer ce qui la suit…
      Et puis on pourra aussi chercher ce que le texte ne dit pas et trouver que c’est nauséabond de ne pas le dire : cette technique est davantage connue car elle réussit toujours.

      Plus sérieusement, et en vous lisant de près, je me demande si ce n’est pas « stigmatisant » (et méprisant) de considérer que « les musulmans » (comme s’ils existaient en tant que bloc unifié, ainsi que le croit l’extrême droite, comme s’il formaient une « communauté » sans division réunie autour des formes les plus rétrogrades d’un théologico-politique ravageur) puissent se reconnaître le moins du monde dans « l’islamisme radical » meurtrier dont ils ont tout à redouter. Beaucoup le combattent courageusement et même au péril de leur liberté et de leur vie, en employant à son sujet des termes autrement plus « sentis » que « islamisme radical ».

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  2. Claustaire

    Comme cet appel est souvent allusif (il faut par exemple vivre en Alsace-Moselle -où prêtres, pasteurs et rabbins sont payés par les impôts de tous, croyants ou non- pour savoir à quoi est fait allusion dans l’expression « Nous leur demandons d’engager une sortie progressive et concertée de tous les régimes dérogatoires des cultes, encore en vigueur sur le territoire national, afin de les mettre en conformité avec l’Article 1er de la Constitution. »), il n’est pas anormal que certains puissent y lire une stigmatisation davantage focalisée sur le prosélytisme islamiste (celui qui, certes, est le plus virulent ces temps-ci, et donc effectivement celui auquel on a le plus de raisons de résister) que sur le prosélytisme religieux en général.

    Je viens de signer cette pétition (notamment pour être en bonne compagnie 🙂 mais je conviens que j’aurais aussi préféré que dès l’abord elle soit plus généraliste et ne nomme pas précisément dès son premier paragraphe une dérive politico-religieuse particulière (l’islamisme radical) alors qu’on aurait pu évoquer le prosélytisme religieux agressif en général.

    A lire l’intégralité de la pétition, on comprend que l’islamisme radical n’est pas le seul stigmatisé, puisqu’on évoque, sans les nommer cependant, les mouvements religieux opposés au mariage homosexuel ou anti-IVG (dans lesquels on peut sous-entendre mouvements chrétiens).

    Telle que composée, cette pétition risque, je le crains aussi, de donner raison à ceux qui pensent que beaucoup de gens qui se veulent défenseurs de la laïcité à la française sont surtout des « islamophobes » (selon la rhétorique bien connue des islamistes). J’ai aussi hésité à la signer à cause de cette stigmatisation initiale, même si je sais bien, comme tout le monde, que c’est surtout le prosélytisme islamiste, sinon « fascislamiste » qui est actuellement celui qui menace le plus la paix civile de notre pays. Ce n’est pas une raison de donner l’impression de se placer dans le sillage d’une Le Pen, pour laquelle aussi la laïcité semble davantage une arme contre l’islamisme que contre le prosélytisme religieux en général.

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    1. Catherine KintzlerCatherine Kintzler Auteur de l’article

      Votre commentaire fait la distinction entre l’impression de lecture et la lecture : merci d’avoir fondé votre jugement sur la seule lecture.

      J’ai apporté quelques éléments de réponse à cette impression de lecture, à laquelle vous ne cédez pas, dans la réponse au commentaire précédent.
      Je pense que vous-même y répondez d’une certaine manière en disant, comme, c’est le cas en effet, que « c’est surtout le prosélytisme islamiste, sinon ‘fascislamiste’ qui est actuellement celui qui menace le plus la paix civile dans notre pays. » Nommer précisément et d’emblée l’islamisme radical et le mettre en évidence n’est ni injustifié ni « stigmatisant » : il faut dire aussi, et tout le monde le sait, que ce n’est pas simplement par prosélytisme qu’il est « agressif » (c’est une litote) et ajouter qu’il est extrêmement « agressif » à l’encontre des musulmans et des personnes de culture musulmane qui entendent vivre paisiblement en respectant les lois et qui osent afficher cette prétention coupable à ses yeux – coupable de nier l’obligation d’appartenance et d’échapper à l’assignation (qui elle est véritablement stigmatisante).
      Précisons que la laïcité ne s’oppose pas nécessairement à toutes les formes de « prosélytisme religieux ». On a le droit de promouvoir une religion, le prosélytisme excède ce droit et doit être poursuivi s’il s’exerce dans le domaine de l’autorité publique ou en son nom, ou s’il s’exerce dans le domaine de la société civile en contrariant les droits d’un ou de plusieurs individus (par ex. harcèlement d’une personne pour qu’elle consente à une appartenance, pour qu’elle se conduise, qu’elle consomme, qu’elle s’habille de telle ou telle manière, etc.). La laïcité s’oppose à toute prétention du religieux à s’imposer comme loi civile : c’est ce que dit le texte de l’appel.

      Quant à « se placer dans le sillage d’une Le Pen », cette expression dépeint un monde à l’envers – monde inversé de l’idéologie. Il faudrait remettre les choses à l’endroit et rétablir également la chronologie. C’est le FN et ses alliés, qui, ayant tardivement découvert quelques objets républicains abandonnés, se les sont approprié en les déformant pour les mettre à leur sauce identitaire (dernier avatar comique mais révélateur : on a entendu Mme Le Pen expliquer que la laïcité consiste notamment à pouvoir mettre des crèches de Noël dans les bâtiments publics) et en les utilisant « à contre-emploi » ainsi que je l’écrivais fin 2013 dans l’Avant-propos de mon livre Penser la laïcité (1re éd. 2014), en m’inspirant de quelques analyses que j’avais publiées bien auparavant sur l’ancien site Mezetulle.

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  3. Catherine KintzlerCatherine Kintzler Auteur de l’article

    Deux informations, à toutes fins utiles, recueillies à la lecture du Figaro édition du 7 avril 2017.

    – Un extrait de l’entretien accordé à Alexandre Devecchio par Kamel Daoud, au sujet de la montée de l’islamisme radical en France (p. 16 de l’édition papier, également en ligne sur Figarovox ) :

    Question : « L’islamisme progresse même en Europe et notamment en France… »
    Kamel Daoud : « Je ne suis pas surpris par ce qu’il se passe en France. En Algérie, nous avons vécu cela. Nous l’avons vu venir chez vous. D’abord parce que le malaise français a été investi par une idéologie très agressive. Ensuite, il faut le dire, parce que les musulmans de France restent silencieux et laissent le monopole de l’islam aux islamistes. Ces derniers se sont érigés en interlocuteurs et en seuls propriétaires de l’islam. Enfin, il y a une myopie et une complaisance des élites françaises vis-à-vis de l’islamisme. La dimension totalitaire de cette idéologie est ignorée ou minorée. Durant la guerre civile dans les années 1990, cela a profondément blessé les progressistes algériens. La France donnait des leçons à l’Algérie. Au nom des droits de l’homme et de la démocratie, il fallait laisser passer des fascistes. Au risque de paraître cruel, j’avoue qu’aujourd’hui, nous avons parfois envie de dire: «bien fait pour vous!»
    Dans les années 1990, lorsque les nôtres se faisaient massacrer, la France accordait des visas en priorité aux islamistes. Aujourd’hui, la France paie la facture. D’autant qu’il faut ajouter à cela le compromis passé avec l’Arabie saoudite qui n’est autre qu’un Daesh qui a réussi. Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans les prochaines générations, nourris des mêmes livres. »

    – p. 10, un article signé Jean-Marc Leclerc fait état d’une note du Ministère de l’Intérieur, Direction Centrale de la Sécurité publique, sur « l’emprise croissante des islamistes radicaux dans les cités sensibles ». Voici un extrait :

    « Ses rédacteurs pointent les « méthodes utilisées, par les salafistes notamment », évoquant « de véritables stratégies locales ». Et la police de souligner les « pressions exercées sur les familles et notamment les femmes », mais aussi « le contrôle de l’offre commerciale en passant par la “conquête” des instances de représentation des quartiers ». »

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  4. Sébastien Urbanski

    Sachant bien que tout texte de ce genre est un compromis, il pourrait prêter à débat avec la phrase suivante: « Nous les appelons à s’engager à faire respecter la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public ». Catherine Kintzler dans son livre de 2014 avait parlé à ce propos d’une « fausse question laïque », or il s’agit là d’un appel à la laïcité, et dans le texte la mention de la loi de 2010 se situe juste après « Nous appelons à réinstituer l’école républicaine et laïque » (vraie question laïque) et « Nous leur demandons d’engager une sortie progressive et concertée de tous les régimes dérogatoires des cultes » (vraie question laïque). On a donc l’impression en lisant cet appel qu’il s’agit également d’une question laïque. Sauf à considérer bien sûr un plan plus philosophique: on atteint « le coeur même de l’association politique » quand « la personne elle-même se déclare publiquement sous le régime de l’anéantissement et de l’indifférenciation » http://www.mezetulle.net/article-32952241.html Mais je me demande si ce plan plus philosophique est vraiment en jeu dans cet appel, ou du moins s’il est vraiment lisible par rapport aux enjeux plus directement politiques qui y sont exprimés.

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    1. Catherine KintzlerCatherine Kintzler Auteur de l’article

      Bonjour Sébastien.
      Vous avez entièrement raison de faire cette remarque. Oui j’ai parlé d’une « fausse question laïque » au sujet de l’interdiction de dissimuler volontairement son visage dans l’espace accessible au public, et bien sûr ce point ne m’avait pas échappé dans le texte… que j’ai pourtant signé sans pinailler, jugeant qu’il faut raisonner en termes de priorité politique s’agissant de textes de cette nature. J’en signe très peu car beaucoup de textes collectifs et « de compromis » contiennent vraiment trop de points discutables mis bout à bout, sans parler des généralités et de la langue de bois. Celui-ci m’a semblé nécessaire dans la circonstance actuelle et défendable dans son ensemble (j’aurais pu aussi pinailler sur « droit » que j’aurais préféré au pluriel – « droits »). Un appel n’a pas pour fonction principale de théoriser, il appelle… Et c’est vrai, aussi, que la loi de 2010 n’est pas appliquée comme elle devrait l’être.

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  5. Sébastien Urbanski

    Bonjour Catherine,
    Merci de votre réponse. Et pour poursuivre la réflexion des commentaires précédents à propos de la (supposée?) focalisation de ce manifeste sur l’islam, sachons que de toute façon des lectures biaisées en seront faites, c’est aujourd’hui un sport national et même international de confondre république et islamophobie. En voici un exemple ahurissant sorti hier, soi-disant pour « comprendre » le second tour de la présidentielle française:
    « Racism, especially Islamophobia, in France is a point of convergence from the far left to the far right. So, they can disagree on anything, but when it comes to stigmatizing, singling out the Muslim population of France, everybody agrees ». https://www.democracynow.org/2017/5/5/french_voters_face_presidential_election_between
    Apparemment quand on s’adresse à un auditoire international, forcément moins au fait des réalités « locales », on peut se lâcher encore plus que d’habitude!

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