Virgile et les tracteurs. Paysans et langues anciennes

Au moment où des associations d’agriculteurs s’apprêtent à perturber la circulation en Île de France (12 millions d’habitants, ça fait du monde à emm…), je reçois un courrier (voir -ci-dessous) de l’Association des professeurs de Lettres, intitulé « Réponse à une non-réponse ». Son appel en faveur des langues anciennes, diffusé le 2 mai dernier et signé par de nombreuses personnalités intellectuelles, est jusqu’à présent resté sans réponse du Ministère de l’Éducation nationale – ah, non je me trompe : la ministre a parlé de « pseudo-intellectuels ». Quant à l’Elysée, bien sûr, elle a botté en touche : pas de temps pour les intellos, pas de temps pour les langues anciennes.

Évidemment, les défenseurs de l’enseignement des langues anciennes n’ont ni tracteurs, ni tombereaux de purin à répandre, ni fusils de chasse, ils n’ont pas de drapeau régional à brandir, ni même de bonnet rouge (quoique Mezetulle les verrait bien coiffés d’un bonnet phrygien), ils ne mettent le feu nulle part, ne s’en prennent à aucun bien public ! Du reste, on peut penser que la tactique du blocage des routes (à supposer qu’elle leur soit accessible) leur serait brutalement refusée manu militari et à juste titre car elle est illégale1, et puis l’opinion s’insurgerait, comme elle l’a fait lors du blocage de l’A1 par les « gens du voyage »2.

Mezetulle a une idée : puisque certains agriculteurs peuvent user impunément de ce moyen pour se faire entendre, pourquoi ne pas leur demander l’hospitalité et grimper sur leurs tracteurs en brandissant un exemplaire des Bucoliques et des Géorgiques de Virgile ?

© Mezetulle, 2015

Notes
  1. Ainsi que le rappelle le secrétaire général de l’UNSA-Police []
  2. Voir cet article  []

Une réflexion au sujet de « Virgile et les tracteurs. Paysans et langues anciennes »

  1. Pascale REY

    Merci, chère Catherine, de vous faire l’écho de ces pauvre hères (nous, enseignants de langues anciennes) dont les champs risquent d’être bientôt en friche si le désert intellectuel qui menace gagne encore du terrain.
    Les paysans sur leurs tracteurs peuvent, s’ils n’ont pas les Géorgiques dans leur bibliothèque, brandir ceci:
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/09/03/01016-20150903ARTFIG00011-le-calendrier-parodique-des-profs-de-latin-et-de-grec-ne-fait-pas-rire-l-education-nationale.php
    Moins poétique, mais drôle, et salutairement incorrect

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *