Retour sur le colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines »

Le colloque « La Palestine et l’Europe », initialement programmé au Collège de France, s’est tenu au Centre Arabe de Recherche et d’Études Politiques de Paris les 13 et 14 novembre 2025. Benjamin Straehli a eu la patience de regarder la diffusion intégrale du colloque, dont l’enregistrement est accessible sur Youtube. L’analyse détaillée et nuancée qu’il en expose ici, soutenue par la logique implacable qu’on lui connaît, n’en souligne que mieux la sévérité de sa conclusion.

Le contexte et la ligne annoncée du colloque

Le colloque qui s’est tenu les 13 et 14 novembre 2025 au CAREP (Centre Arabe de Recherche et d’Études Politiques de Paris) a eu droit à une considérable publicité, du fait de sa programmation initiale au Collège de France, annulée après que la Licra eut dénoncé le « dévoiement » de l’institution qui accueillerait une « foire antisioniste1 ». Tout en jouant comme il se doit leur rôle de victimes, les organisateurs n’ont pas manqué d’en profiter pour donner à l’événement plus de retentissement qu’il n’en aurait eu sans cette complication. Ainsi ont-ils pu, en diffusant en direct le colloque sur YouTube, obtenir des dizaines de milliers de vues.

Il faut les en remercier : il est possible, grâce à ces vidéos toujours accessibles, de se faire une juste idée de cette manifestation, et de ne pas en rester aux affirmations péremptoires de deux camps opposés, qui la présentent soit comme un heureux exemple d’analyse rigoureuse menée par des chercheurs éminents, soit comme un étalage de pseudo-science au caractère aveuglément partisan.

Le colloque, rappelons-le, était organisé par Henry Laurens et François Ceccaldi, tous deux du Collège de France, ainsi que par le CAREP, antenne française d’un réseau basé à Doha2. Ce lien avec le Qatar, principal financeur du Hamas, a évidemment été l’une des principales sources d’inquiétude quant au véritable esprit de la manifestation. Le rôle éventuel des instruments du soft power qatari dans la façon dont la question palestinienne est perçue en Europe, et l’illustration que le colloque lui-même pouvait en fournir, étaient certainement des thèmes que ce dernier aurait tout à fait pu aborder au vu de son titre. Aucune des communications présentées ne l’a fait, et on ne s’en étonnera pas.

L’argumentaire figurant dans le programme du colloque suggérait une tout autre approche3. On peut y lire :

« La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voire une adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. »

Les lignes précédentes indiquent clairement ce qu’il faut entendre par les « héritages historiques » de l’Europe : « le poids de son héritage colonial et impérial ». Les chercheurs se trouvaient alors invités à soutenir que l’Europe fait passer ses liens avec Israël avant les droits du peuple palestinien, car elle ne s’est toujours pas débarrassée d’une mentalité coloniale qui lui fait prendre le parti d’un État occidental contre les opprimés arabes. Bon nombre d’entre eux ont effectivement tenu ce discours, mais l’ensemble ne s’est pas révélé si prévisible ni uniforme, et il convient de se pencher sur le détail des communications pour savoir vraiment quoi penser de cet épisode.

Un colloque plus diversifié qu’on n’aurait pu s’y attendre

En écoutant Henry Laurens introduire le colloque, on est passablement surpris de découvrir que c’est l’organisateur même qui semble prendre le plus de distance avec la vision exprimée dans l’argumentaire, laquelle voudrait qu’en ne menant pas d’action efficace pour forcer Israël à reconnaître un État palestinien, l’Europe ne fasse que manifester une fois de plus son colonialisme. Il souligne en effet le paradoxe qu’il y a à se dire anticolonialiste tout en demandant à l’Europe d’intervenir pour modifier la situation au Proche Orient. Il reconnaît en outre que l’Union européenne joue un rôle non négligeable sur le terrain, par des financements dans les territoires palestiniens ainsi que par un travail de médiation. Enfin, tout en faisant mine de s’excuser pour ce propos moqueur, il déclare que les États membres de l’Union doivent fournir tant d’efforts pour parvenir à se mettre d’accord, qu’il ne leur reste plus guère d’énergie pour agir efficacement. Sans qu’il le dise explicitement, cela revient à admettre qu’il n’y a nul besoin d’en appeler au colonialisme pour expliquer leur supposée inaction.

L’explication de la politique de l’Union par ses mécanismes institutionnels et ses divisions internes est menée de façon plus détaillée par Sinem Akgül Açikmeşe (Panel 4), qui soutient que, tout en se révélant impuissante jusqu’à présent à obtenir des résultats, l’Europe n’a pas abandonné et poursuit ses efforts pour promouvoir la solution à deux États. L’oratrice ne procède pas à une critique des explications par le colonialisme ; mais, en l’écoutant, on se dit que ces dernières paraissent bien inutiles.

Lorenzo Kamel (Panel 1) est le seul à contester ouvertement que le sionisme puisse être réduit à un projet colonial. Il déclare que si la question est : « Le sionisme est-il un mouvement national ou colonial ? », il faut répondre qu’on y trouve des traits relevant de l’un et de l’autre ; sa communication souligne également, exemples à l’appui, combien Edward Saïd, maître à penser des études postcoloniales, a pu déformer les écrits de Theodor Herzl quand il les citait.

Quelques contributions intéressantes à l’histoire de la Palestine ou de l’Europe

Plusieurs communications ne prennent pas explicitement parti sur la question de savoir si le sionisme est un colonialisme, ni sur le rôle de l’héritage colonial de l’Europe dans sa politique actuelle, mais apportent des informations utiles sur ses rapports passés avec la Palestine. Rina Cohen Muller (Panel 1) revient sur la politique de différents États occidentaux dans cette région au XIXe siècle. Michael Fischbach (Panel 2) étudie le rôle des Britanniques, au cours de leur mandat, dans l’immigration juive et les achats de terre subséquents. Élisabeth Davin-Mortier (Panel 2) se penche sur cette même période pour analyser l’échec britannique à contrôler de façon satisfaisante les ressources en eau. Sune Haugbølle (Panel 5) montre comment la Palestine est devenue, dans la rhétorique de la Nouvelle Gauche, une cause liée à d’autres.

D’autres communications portent sur des questions plus contemporaines, et adoptent pour certaines un ton plus offensif à l’égard du sionisme ou de l’Europe, tout en présentant dans l’ensemble un contenu assez intéressant. Omran Shroufi (Panel 4) cherche les raisons pour lesquelles divers partis européens d’extrême droite ont fini par devenir favorables à Israël, alors qu’ils ne l’étaient nullement à leurs débuts. Benedetta Voltolini (Panel 6) dresse un tableau des différents lobbys, tant pro-israéliens que pro-palestiniens, qui sont à l’œuvre en Europe. Si Sonia Boulos (Panel 8) tient un discours très partisan en accusant des pays européens de remodeler la loi pour rendre légal le génocide qu’elle accuse Israël de commettre, son argumentation a le mérite d’entrer dans le détail des interprétations juridiques concernant les règles qui s’appliquent aux ventes d’armes. Remarquons, au passage, que tous ceux des orateurs qui qualifient de génocide les actes de Tsahal à Gaza considèrent cette qualification comme une évidence acquise, sans prendre en compte les débats que cela peut susciter.

Une « foire antisioniste » ?

La Licra avait présenté le colloque comme une « foire antisioniste ». Les deux sections précédentes visaient à montrer qu’on ne saurait le réduire à cela. Toutefois, nous allons voir à présent qu’une bonne partie des communications tient davantage, en effet, du boniment de fête foraine que de la recherche scientifique.

Des considérations politiques qui laissent perplexe

Mentionnons d’abord les bons conseils de certains pour mettre fin au conflit. Andrea Teti (Panel 8) veut se faire la voix du bon sens en faisant remarquer que les bombardements ne permettent pas à Israël d’obtenir la sécurité, et que ne pas s’y opposer ne le permet pas non plus à l’Europe. On lui accorderait sans peine que quand une population se fait bombarder, il est d’autant plus facile aux mouvements terroristes de trouver des recrues en son sein, ou dans d’autres populations indignées par son sort. Mais M. Teti n’en reste pas là, il croit trouver un argument décisif dans le fait qu’une fois au pouvoir à Gaza, le Hamas a vu sa popularité baisser dans les périodes où il n’y avait pas de conflit armé, et qu’elle était au plus bas à la veille du 7 octobre 2023. Aussi, en conclut-il, Israël et l’Occident auraient-il pu trouver bien plus de sécurité en reconnaissant la victoire électorale du Hamas et en l’admettant pour autorité légitime dans les territoires palestiniens. Il ne se rend manifestement pas compte que cet exemple prouve, au contraire, que l’impopularité d’un gouvernement ne l’empêche nullement d’être des plus dangereux pour ses voisins ; pas plus qu’il ne voit le risque qu’il y aurait eu à permettre au Hamas de devenir plus puissant.

C’est Mandy Turner (Panel 3) qui se montre la plus complaisante envers le Hamas, assimilant les actions de ce dernier à une simple demande des Palestiniens pour l’auto-détermination et pour la dignité. Elle aussi soutient que l’Occident aurait dû reconnaître la victoire électorale du Hamas ; elle prétend justifier cette thèse par le recours à la méthode contre-factuelle, consistant à se demander : « Que se serait-il passé, si, etc. ? » Dans le cas présent, elle dresse la liste de tous les malheurs survenus depuis la victoire du Hamas, et demande s’ils se seraient produits dans l’hypothèse où cette victoire aurait été reconnue. À ce point de la communication, on en vient naturellement à craindre qu’on ne puisse guère former là-dessus que des conjectures invérifiables. Mandy Turner évite brillamment cet écueil, en déclarant seulement qu’à son avis, on aurait alors observé quelque chose de différent. Ainsi parvient-elle à révéler tout l’intérêt de la méthode contre-factuelle : grâce à cette dernière, il lui est possible d’établir que si les choses n’avaient pas été ce qu’elles sont, elles se seraient passées autrement.

L’Europe coloniale, responsable de tout

Certaines communications présentent de véritables recherches approfondies, mais en tirent des conclusions entièrement gratuites. Ainsi, Clara Denis Woelffel (Panel 6) s’intéresse à l’écart qu’il y a entre la condamnation officielle, par l’Europe, des implantations israéliennes en Cisjordanie, et les liens économiques qu’entretiennent, avec ces mêmes implantations, plusieurs entreprises européennes, soutenues en cela par leurs gouvernements. Ayant détaillé les liens en question, elle finit par dire que le simple intérêt économique ne saurait suffire à les expliquer, sans donner la moindre raison en faveur de cette affirmation. On aurait cru, au contraire, que la recherche du profit pouvait être un motif bien suffisant pour les entreprises, de même que le souhait de voir prospérer leurs entreprises nationales peut en être un pour les gouvernements. Sans surprise, l’oratrice déclare que l’explication réside dans le poids du passé colonial ; ce poids se remarquerait justement par le rejet occidental du discours décolonial. On reconnaît là un type de raisonnement que l’on peut rencontrer dans bien d’autres contextes, et dont les travers ont été parfaitement dénoncés depuis Karl Popper au moins : la preuve que j’ai raison à votre sujet, c’est que vous refusez d’admettre que j’ai raison.

L’illogisme est poussé plus loin par Daniela Huber (Panel 3). Se demandant ce qui explique l’inaction de l’Union européenne, elle constate, comme d’autres, que les États européens sont divisés sur la politique à tenir quant au conflit israélo-palestinien. Mais après avoir relevé ce fait, qui devrait suffire à fournir l’explication recherchée, elle entreprend tout de même d’identifier une « logique », selon ses propres termes, dans le comportement de l’Union, logique qui ne saurait être que coloniale. C’est comme si, après avoir remarqué qu’un homme a la jambe cassée, on se demandait quel blocage psychologique peut bien l’empêcher de marcher.

La volonté d’identifier du colonialisme partout finit par faire perdre son sens à la notion. Michaël Séguin (Panel 1), à la suite d’auteurs décoloniaux, la définit notamment par la hiérarchisation des cultures. Cela lui permet d’en trouver dans les mémoires de Shimon Peres, ce dernier exprimant face au sujet des Arabes, d’après M. Séguin, la sorte d’étonnement que peut éprouver un colon européen devant la culture des colonisés. Mais cela revient à faire de tout ethnocentrisme une manifestation de colonialisme ; et, l’ethnocentrisme étant l’un des traits les mieux partagés parmi les sociétés humaines, elles devraient toutes, alors, être considérées comme colonialistes.

L’affirmation des responsabilités européennes est souvent tout aussi déroutante que la référence à la colonisation. Dimitris Bouris (Panel 8) affirme qu’en ne qualifiant pas de génocide la guerre menée à Gaza, l’Union européenne tue la solution à deux États. Cela implique de supposer que parler de génocide serait une condition nécessaire pour que cette solution puisse se réaliser. Mais M. Bouris se dispense d’expliquer en quoi la création d’un État palestinien dépendrait de la reconnaissance d’un génocide par l’Europe, et il ne cherche nullement à préciser quels résultats l’Europe pourrait réellement obtenir en tenant ce langage.

Hanna Al-Taher (Panel 7), pour sa part, charge l’Europe de fautes plus graves encore, déclarant que cette dernière n’aime que disséquer des corps morts, et que le génocide est la base de l’ordre occidental. De toutes les communications du colloque, la sienne est sans doute celle qui s’efforce le moins de justifier son propos : ce dernier est intégralement composé d’assertions aussi vagues et creuses que celles qui viennent d’être citées.

Le comble de l’impudence est peut-être atteint par Álvaro Oleart (Panel 5). S’appuyant sur l’idée que le colonialisme implique la déshumanisation de l’autre, il s’efforce de trouver des traces d’une telle déshumanisation des Palestiniens dans les discours d’Ursula von der Leyen. Il cite alors un passage où cette dernière affirme que le Hamas mène une politique de terreur, et que les Palestiniens aussi en sont victimes. Il est clair qu’en présentant la population palestinienne elle-même comme victime du Hamas, Mme von der Leyen distingue cette population du mouvement terroriste. Or M. Oleart commente ce passage en déclarant sans vergogne qu’elle confond le Hamas et le peuple palestinien, qui se trouverait alors assimilé tout entier à des monstres terroristes. On voit ainsi quelle est la méthode du chercheur : ne trouvant pas de citation pour justifier sa thèse, il n’hésite pas à en choisir certaines qui l’infirment, et à leur faire dire le contraire de ce qu’elles expriment.

L’accusation d’antisémitisme et la manière d’y répondre

Le tableau ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas les communications qui abordent le thème de l’antisémitisme. De manière prévisible, les trois orateurs qui en parlent rejettent l’idée qu’il pourrait y avoir de l’antisémitisme en dehors des partis d’extrême droite occidentaux, considérant comme une pure calomnie l’affirmation qu’il y en aurait aussi dans des populations arabes ou parmi des militants pro-palestiniens. Abdel Razzaq Takriti (Panel 2) condamne les intellectuels occidentaux qui ont affirmé l’existence d’un antisémitisme en Palestine avant le mandat britannique, et leur oppose l’argument suivant : en Palestine, il n’y avait pas de ghettos ni de pogroms comme en Europe de l’Est, l’antisémitisme serait donc propre à l’Europe. On se contentera de relever l’étrangeté du critère selon lequel il n’y aurait d’antisémitisme que là où il y a des ghettos et des pogroms ; en adoptant un pareil principe, on en viendrait à soutenir qu’il n’y avait pas d’antisémitisme en France au moment où l’affaire Dreyfus a éclaté. Omar Jabary Salamanca (Panel 7) s’indigne de la répression à laquelle ont pu être confrontées des manifestations d’étudiants pro-palestiniens dans les universités européennes, et des accusations d’antisémitisme qui l’ont accompagnée. Tout en suggérant ainsi que ces accusations ne seraient qu’un prétexte, il se dispense de chercher à prouver qu’elles seraient infondées. Rappelons tout de même que dans le seul cas de la France, en septembre 2023, donc avant même l’attaque du Hamas et la recrudescence d’actes antisémites qu’elle a entraînés, 91% des étudiants juifs déclaraient avoir été victimes d’au moins un acte antisémite dans le cadre de leur vie étudiante4. Les autorités avaient donc quelques raisons valables de craindre que des manifestations contre la guerre à Gaza deviennent, pour les auteurs de tels actes, une occasion de débordements antisémites. Enfin, Gilbert Achkar (Panel 5) écarte d’un revers de main la notion de « nouvel antisémitisme », et conclut sa communication en ne reconnaissant pour « vrais antisémites » que les partis européens d’extrême droite. En France, il est cependant bien attesté que parmi ceux qui adhèrent à des opinions antisémites, une part minoritaire mais non négligeable le fait par antisionisme5. Rappelons également, puisque c’est la branche française d’un réseau basé au Qatar qui a co-organisé ce colloque, que pas plus tard qu’en 2009, sur la chaîne qatarie Al-Jazeera, le prédicateur Youssef al-Qaradâwî présentait la Shoah comme une juste punition divine6. En présentant l’antisémitisme comme propre à l’extrême droite occidentale, M. Achkar ne prouve donc que son mépris des faits.

Conclusion

La présence de communications de mauvaise qualité est assurément fréquente dans les colloques universitaires. Les organisateurs prennent toujours un risque en invitant un chercheur qui ne leur a envoyé qu’un résumé de ce qu’il a l’intention de dire, et dont ils découvriront le discours complet le jour même de la manifestation. Il n’est pas rare qu’ils s’agacent en privé de la médiocrité de certains des orateurs ; même si, en public, il est de rigueur de féliciter tout le monde pour l’excellence des travaux présentés.

Toutefois, dans le cas de ce colloque, la proportion de communications indigentes, inconsistantes, ou intellectuellement malhonnêtes, est anormalement élevée. Bien que certaines recherches réellement intéressantes y aient été exposées, l’ensemble ne méritait certainement pas de se tenir dans un lieu aussi prestigieux que le Collège de France. S’il est assurément déplorable qu’il y ait d’abord été programmé puis déprogrammé, l’épisode témoigne moins d’un danger pour les libertés académiques, que du mauvais usage que certains en font.

Notes

1 – Voir, par exemple, le récit des événements par le magazine Marianne, le 9 novembre 2025 : « Foire antisioniste” : faceà la polémique, le Collège de France annule un colloque sur la Palestine » (URL : https://www.marianne.net/societe/foire-antisioniste-face-a-la-polemique-le-college-de-france-annule-un-colloque-sur-la-palestine, consulté le 16 décembre 2025).

2 – Selon la présentation du CAREP par lui-même sur son site internet (URL: https://carep-paris.org/nos-partenaires/, consulté le 6 décembre 2025).

3 – Ce programme peut être téléchargé sur le site du CAREP (URL : https://carep-paris.org/revoir_ecouter/la-palestine-et-leurope-poids-du-passe-et-dynamiques-contemporaines/, consulté le 6 décembre 2025). Toutes les vidéos du colloque qui seront citées sont également à retrouver sur cette même page. Dans la suite de l’article, le nom de chaque chercheur sera suivi du numéro du panel auquel il a participé, pour faciliter l’identification de la vidéo où l’on peut l’entendre.

4 – Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, La Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, rapport de l’année 2023, p. 115. URL : https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2024-06/CNCDH_Rapport_Racisme_2023.pdf, consulté le 15 décembre 2025.

5 – Ibid., p. 261-273. Voir aussi les pages 13 et 14 en ce qui concerne les actes antisémites et leur rapport avec le conflit israélo-palestinien.

6 – Sarah Honig, « Another Tack: Show in Rome; no-show in Ariel », The Jerusalem Post, 9 août 2010. URL : https://sarahhonig.com/2010/09/08/another-tack-show-in-rome-no-show-in-ariel/, consulté le 15 décembre 2025.

16 thoughts on “Retour sur le colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines »

  1. Abécassis

    Merci pour ce compte-rendu qui était nécessaire. Votre critique aiguisée devrait être très largement diffusée. Cordialement.

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  2. BINH

    Il faut bien admettre que le Collège de France a un problème avec Israël, voire avec les Juifs, si on se réfère à sa récente présentation du colloque de Didier Fassin (décembre 2025) sur le thème  » Politics and Poetics on the Ruins of Gaza « .
    Dans cette présentation, le CdF nous assure qu’il y a eu une  » police du langage et de la pensée » qui a « généré censure et autocensure » au sujet de la guerre à Gaza: à lire ça, on se demande bien dans quel monde d’infos vivent les rédacteurs de cette note. Tous les media nous ont pourtant abreuvé d’images et de communiqués (parfois sourcés auprès du Hamas lui même…) sur cette tragédie. On ne peut que soupçonner le CdF d’avoir un parti pris idéologique militant sur cette affaire.
    D’autant que, sans aucune « police du langage et de la pensée », bien évidemment (ironie), le CdF nous parle du 7 octobre comme d’une simple  » attaque meurtrière  » : absolument rien de raciste (ni Pogrom, ni Génocide), bien sûr, dans ce massacre, pourtant clairement ciblé. on est là dans un sectarisme partisan des plus primaires.
    Pour une institution nationale aussi prestigieuse, aux prétentions scientifiques autant affichées, c’est inquiétant
    Référence: http://www.college-de-france.fr/fr/agenda/colloque/politics-and-poetics-on-the-ruins-of-gaza

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  3. pierre leyraud

    Benjamin Straehli conclut son texte en soulignant la piètre qualité d’une bonne proportion des communications lors de ce colloque. À la lecture des questions qu’il soulève et des remarques et commentaires qu’il fait, on pourrait aussi penser que son point de vue semble biaisé et aurait tendance à tordre la bâton dans l’autre sens.
    Cependant, je m’en tiendrais uniquement au paragraphe, significatif à mon sens, concernant  » L’accusation d’antisémitisme et la manière d’y répondre » .Ce qui y est écrit ne se démarque pas de la « doxa » actuelle, qui consiste à instrumentaliser l’antisémitisme pour en faire une arme de diffamation politique employée pour disqualifier un adversaire politique ou, utilisé à tout va, comme le fait le gouvernement israélien actuel et ses soutiens, comme véritable bouclier. anti-critiques
    Bien entendu, comme c’est toujours le cas dans ce type de situation, la première victime est l’antisémitisme lui même qui est ainsi banalisé. Mis au service d’une politique la lutte contre l’antisémitisme perd ains de sa force morale.

    En quoi consiste cette « doxa »?
    -À l’instar du CRIF, toute critique d’Israël serait d’essence antisémite puisque Israël est devenu, malgré ce que dit la déclaration d’indépendance de 1948, officiellement depuis la loi du 18 juillet 2018, l’État Nation du seul peuple juif. Qu’en est il des droits des israéliens non juif dans cet État qui n’est pas le leur?.
    -L’antisionisme serait devenu une nouvelle forme d’antisémitisme. Si Macron, qui le proclame sans détour, est « en même temps. incapable de justifier cet amalgame, la sociologue Éva Illouz, dans une tribune au Monde du 18 décembre, le fait sans lésiner sur les moyens. En effet, outre le fait qu’elle réduit l’antisionisme à la négation au droit du peuple juif à avoir un État (quid de la colonisation de la Palestine?), elle affirme que l’antisionisme, en dénonçant l’instrumemtalisation de l’antisémitisme, lui fait du tort. Éva Illouz , dans la même tribune, propose de parler maintenant « d’antisémitisme global » afin d’englober « l’antisémitisme politique ». On rejoint ici le point de vue du CRIF et de ceux et celles qui veulent faire de l’antisémitisme la nouvelle ligne de partage de l’humanité.
    -Comme conséquence de cette conception de l’antisémitisme, tout à fait calquée sur celle de l’IHRA, il n’est pas étonnant que beaucoup d’actes
    ou propos soient ressenties comme antisémites depuis la colonisation de la Cisjordanie et depuis le début de la guerre de Gaza. Mais il est surprenant que soit uniquement mentionné le nombre « d’actes antisémites » et presque jamais du nombre de condamnations pour antisémitisme? La présomption d’antisémitisme, dès que la victime est juive, serait-elle déjà appliquée en France, comme le réclame le CRIF?

    Pour ma part, fin d’éviter tout procès d’intention, j’adhère totalement à la définition de l’antisémitisme écrite dans la Déclaration de Jérusalem: »On appelle antisémitisme la discrimination, les préjugés, l’hostilité ou la violence envers les juifs, en tant que juifs (ou contre les institutions juives en tant qu’elles sont juives) ».
    Cette définition récuse toute forme d’essentialisation et s’inscrit parfaitement dans la lutte contre l’antisémitisme comme forme de racisme.Elle permet aussi une nette distinction entre la critique du sionisme en tant que doctrine politique et la critique du sionisme uniquement comme doctrine juive ou supposée telle.
    Enfin Benjamin Straehli termine son texte en venant à la rescousse des administrateurs du Collège de France qui, face à la polémique et au risque de trouble à l’ordre public, ont décidé de l’annulation du colloque dont il est question ici. Quand il écrit: »… l’ensemble ne méritait certainement pas de se tenir dans un lieu aussi prestigieux que le Collège de France. S’il est assurément déplorable qu’il y ait d’abord été programmé puis déprogrammé, l’épisode témoigne moins d’un danger pour les libertés académiques, que du mauvais usage que certains en font ».on peut rester dubitatif devant les raisons qu’il évoque et les mots qu’il utilise pour déplorer l’annulation du colloque au Collège de France. Ce faisant Benjamin Straehli réalise un véritable tour de passe passe en ne disant pas un mot des raisons évoqués par les administrateurs du Collège de France, préférant minimiser la portée de leur décision en faisant appel au prestige dudit Collège et à la  qualité des communications qui n’étaient, d’après lui, pas à la hauteur du prestige de l’institution.
    Pour veiller au bon usage des libertés académiques, Benjamin Straehli va-t-il proposer que, dorénavant, les communications prévues lors d’un colloque au Collège de France soient examinées ex ante, afin de s’assurer que leur qualité ne porte pas atteinte au prestige du Collège? Si cela ne constitue pas aussi une certaine forme de censure, on en n’est pas loin.

    Pierre Leyraud

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    1. Benjamin Straehli Auteur de l’article

      L’essentiel de ce commentaire est consacré à contester une position qui n’est nullement défendue dans l’article, celle selon laquelle toute critique d’Israël serait antisémite. Si telle était ma position, elle m’aurait contraint à dénoncer comme antisémites les propos mêmes tenus durant ce colloque, ce que je n’ai pas fait. Le passage de l’article qui aborde la question de l’antisémitisme ne le fait pas pour en accuser les orateurs, mais pour souligner la désinvolture de leurs arguments quand ils récusent toute idée d’antisémitisme ailleurs que dans les partis d’extrême-droite occidentaux.
      Pour répondre à ces arguments, je n’avais pas besoin de prendre position dans les débats sur la bonne définition de l’antisémitisme : parmi les définitions concurrentes que l’on peut en proposer, aucune ne permet raisonnablement de soutenir, comme on peut l’entendre dans certaines communications du colloque, qu’il n’y a pas d’antisémitisme là où il n’y a pas de ghettos ni de pogroms, ou que les seuls vrais antisémites seraient Orban ou Le Pen. La CNCDH, que je cite en source, ne confond aucunement la critique d’Israël et l’antisémitisme, elle ne soutient pas non plus que tout antisionisme serait nécessairement antisémite ; mais elle relève, dans les enquêtes dont elle publie les résultats, que parmi les antisionistes on trouve aussi des personnes qui adhèrent à des opinions antisémites.
      Concernant le chiffre, cité dans l’article, de 91% d’étudiants juifs témoignant d’actes antisémites constatés dans leur vie étudiante, il est en effet légitime de se demander si les tous les actes en question étaient réellement antisémites, ou s’ils ont seulement été perçus comme tels, peut-être à tort. Néanmoins, pour mesurer l’ampleur réelle des actes antisémites, il serait absurde de s’en tenir au seul nombre de condamnations prononcées : il y a nécessairement plus d’actes que de condamnations, ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas toujours identifier les auteurs d’actes incontestablement antisémites (par exemple certains tags).
      Je passe maintenant à la critique portée contre la conclusion de l’article. Je n’ai pas mené d’analyse des raisons avancées par la direction du Collège de France pour justifier la déprogrammation du colloque, aussi ne saurais-je « venir à la rescousse » des administrateurs. En ce qui les concerne je me contente de constater que les seules politiques vraiment défendables auraient été, soit de refuser dès le début la programmation de ce colloque s’ils voyaient de bonnes raisons de le faire, soit de l’accepter et de la maintenir s’ils n’en voyaient pas.
      En disant que le colloque ne méritait pas de se tenir dans les murs du Collège, c’est à ses organisateurs que je réponds, ainsi qu’à ceux des orateurs qui n’ont pas cessé de se féliciter de l’éminence des chercheurs rassemblés, de la rigueur des travaux présentés, et de se dépeindre eux-mêmes en héros de la science et de la raison face à un pouvoir obscurantiste. Au vu du niveau d’un grand nombre de communications, il n’est pas exagéré de dire qu’ils se moquent du monde.
      Vous terminez votre commentaire en demandant si je vais proposer une forme de censure. Vous dites vouloir « éviter tout procès d’intention » qui vous viserait, mais vous ne semblez pas aussi désireux d’éviter d’en faire aux autres. Je propose seulement de faire exactement ce que j’ai fait : critiquer impitoyablement, a posteriori, les discours ineptes quand il s’en tient dans le monde universitaire.

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      1. pierre leyraud

        Ainsi , monsieur B Straehli, je vous aurais attribué sans raison « une position qui n’est nullement défendue dans l’article, celle selon laquelle toute critique d’Israël serait antisémite. » Pourtant vous savez bien qu’une telle position peut se lire dans la façon dont on parle de l’antisémitisme et de l’antisionisme .Vous avez choisit de le faire avec comme référence le CNCDH, soit. Déjà ce choix est questionnable, quand on connaît le travail de confusion et d’amalgame fait par cet organisme en 2019 au sujet de l’islamophobie et du racisme anti-musulman.En effet, bien que sachant que c’était là un mésusage, le CNCDH a choisi, quand même, de privilégier l’usage du mot islamophobie… parce qu’il était déjà utilisé!. Dans le rapport de 2023 du CDCDH auquel vous faites référence, le même organisme parle du »nouvel antisémitisme » en se limitant à sa distinction d’avec le « vieil antisémitisme » , sans se demander si ce « nouvel antisémitisme » était de bien encore de l’antisémitisme. Pourtant ce « nouvel antisémitisme » est explicitement fondé sur…l’antisionisme et la critique d’Israël! Je reconnais que cela ne vous implique d’aucune façon, mais vous utilisez le CNCDH comme source pour vos affirmations. C’est ainsi que vous écrivez, dans votre réponse: »mais (le CNCDH) relève, dans les enquêtes dont elle publie les résultats, que parmi les antisionistes on trouve aussi des personnes qui adhèrent à des opinions antisémites. » et dans votre compte-rendu du colloque on peut lire aussi: »« En France, il est cependant bien attesté que parmi ceux qui adhérent à des opinions antisémites, une part minoritaire mais non négligeable le fait par antisionisme. »
        Outre le fait qu’entre la première citation et la seconde il y a un glissement sémantique inexpliqué, on passe d’une co-occurence a une relation de causalité, on peut surtout se demander pourquoi vous n’avez pas aussi cité le CNCDH quand il conclut, dans les mêmes pages que vous citez :
        « Il est donc difficile de voir dans l’antisionisme le ressort clé de l’antisémitisme contemporain. «  et encore » Mais il n’y a pas de relation statistiquement significative entre image négative du sionisme et niveau d’antisémitisme tel que mesuré par notre échelle « 
        Cela ne mettrait-il pas les points sur les i?
        En ce qui concerne le nombre d’actes antisémites vous écrivez: », il serait absurde de s’en tenir au seul nombre de condamnations prononcées, ne serait parce qu’il y a toujours plus d’actes que de condamnations prononcées ». Si la seconde partie de votre affirmation est irréfutable, la première partie aurait du sens si on faisait quelquefois référence à ce nombre de condamnations prononcés. N’est il pas alors encore plus absurde de ne jamais utiliser le nombre de condamnations prononcées, nous privant ainsi de la seule donnée sûre?
        Enfin, en ce qui concerne la tenu du colloque vous écrivez: » Je n’ai pas mené d’analyse des raisons avancées par la direction du Collège de France pour justifier la déprogrammation du colloque, aussi ne saurais-je « venir à la rescousse » des administrateurs. ». Cependant rien ne vous empêchez de faire, à postériori, la critique des « bonnes raisons » invoquées par les administrateurs pour l’annulation de la tenue du colloque.Faut-il vraiment une analyse pour répondre à la question: Ce colloque a t-il causé un trouble à l’ordre public comme le craignaient les administrateurs? Il est des situations où le silence n’est pas neutre.
        Vous terminez votre réponse en écrivant : » Je propose seulement de faire exactement ce que j’ai fait : critiquer impitoyablement, a posteriori, les discours ineptes quand il s’en tient dans le monde universitaire. »
        Pourtant la dernière phrase de votre compte rendu du colloque ne dit pas tout à fait la même chose, quand vous écrivez:
        »…l’épisode témoigne moins d’un danger pour les libertés académiques, que du mauvais usage que certains en font. ». Vous portez un jugement qui met en balance le respect des libertés académiques qui obéit à certains règles au moins, intersubjectives, avec leur « mauvais usage » dicté par votre seule subjectivité .C’est pas mal plus que le travail de critique impitoyable que prétendez seulement faire.

        Pierre Leyraud

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        1. Benjamin Straehli Auteur de l’article

          D’après vous, je suis censé savoir « très bien » que la confusion entre critique d’Israël et antisémitisme pourrait se lire dans la façon dont je parle de l’antisémitisme et de l’antisionisme. Ce que je sais très bien, c’est surtout qu’on ne peut rien faire contre la détermination de certains lecteurs à lire autre chose que ce qui est écrit, et qu’il est vain de chercher à prévenir leurs contresens. Pour m’attribuer la thèse que vous voulez à toute force trouver dans mon texte, il faudrait commencer par admettre que toute critique d’Israël doit être appelée de l’antisionisme, et ensuite que toute forme d’antisionisme est de l’antisémitisme. Aucune de ces deux propositions ne figure dans mon article, aucune n’est logiquement impliquée par quoi que ce soit que j’aie dit.
          Vous prétendez que cette thèse apparaîtrait quand même, du fait que je cite un rapport de la CNCDH, qui aurait le tort à vos yeux de ne pas être assez critique de la notion de nouvel antisémitisme. En même temps, vous dites que j’aurais pu éviter cette même thèse en citant certaines phrases du même rapport (il faudrait savoir ce que vous voulez ; si le rapport auquel je renvoie contient bel et bien la distinction que vous demandez, il est contradictoire de prétendre que je commets la confusion parce que je renvoie à ce rapport). Je ne peux que réexpliquer ce dont vous vous obstinez à ne pas tenir compte : dans l’article, je ne dis que ce qu’il faut et suffit pour mettre en évidence la désinvolture de certains orateurs du colloque. Ces derniers ont présenté comme allant de soi que toutes les accusations d’antisémitisme contre les mouvements antisionistes ou pro-palestiniens seraient dépourvues de fondement. La lecture du rapport de la CNCDH invite à penser que c’est loin d’être aussi évident. Vous estimez que les arguments de la CNCDH sont critiquables ? Fort bien, son rapport n’est pas une vérité révélée, et comme toute production dans les sciences sociales, ses méthodes, définitions et conclusions peuvent être soumises à examen critique. Ce que je reproche aux communications que je cite, c’est de faire comme s’il n’y avait même pas à répondre à ces arguments contraires quand on veut laver l’antisionisme de l’accusation d’antisémitisme. Encore une fois, arbitrer entre les définitions possibles de l’antisémitisme, discerner ce qui est antisémite et ce qui ne l’est pas parmi les critiques adressées à Israël, ce n’est pas le propos de mon article. Ce ne l’est pas davantage de commenter la présence ou l’absence, dans le débat public, du nombre de condamnations pour antisémitisme.
          Venons-en au dernier point. Si j’avais voulu porter un jugement sur les raisons avancées pour déprogrammer le colloque, la question que j’aurais dû me poser n’aurait pas été : « ce colloque a-t-il causé un trouble à l’ordre public ? », mais : « les administrateurs du Collège de France avaient-ils, avant la tenue du colloque, des raisons suffisantes de craindre qu’il cause un trouble à l’ordre public ? ». Mais ce n’était pas non plus mon propos : dans mon article, il s’agit de juger le contenu du colloque lui-même. Et c’est bien ce que je fais quand je dis que l’épisode témoigne moins d’un danger pour les libertés académiques, que du mauvais usage que certains en font : prétendre que les libertés académiques étaient en danger, de nombreux orateurs l’ont fait au cours du colloque. Le danger ne paraît pas si flagrant si l’on songe qu’il ne s’est concrétisé que par la déprogrammation, au Collège de France, d’un colloque dont le coorganisateur, le CAREP, disposait depuis le début d’une solution de repli (ses propres locaux). En revanche, chez plusieurs de ces orateurs, la liberté académique s’est bel et bien transformée en liberté de dire n’importe quoi. Le dire, ce n’est pas proposer de censure, c’est critiquer leur discours.

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          1. pierre leyraud

            ’Nous sommes au moins d’accord sur le fait que, comme vous l’écrivez :’»on ne peut rien faire contre la détermination de certains lecteurs à lire autre chose que ce qui est écrit, et qu’il est vain de chercher à prévenir leurs contresens ».Tout lecteur, un peu attentif, peut constater que c’est justement ce que vous faites en comparant ce que vous écrivez au sujet de ma réponse, avec ma réponse elle-même.Cependant, contrairement à vous, je ne trouve pas ça vain de ressayer, une dernière fois, de faire lire ce qui a bien été déjà été écrit .
            En ce qui concerne vos citations extraites du rapport du CNCDH vous écrivez que, tout en critiquant le CNCDH, je vous reprocherais, en même temps, de ne pas avoir utilisé plus de citations dudit rapport. Et vous m’apostrophez : « il faudrait savoir ce que vous voulez « ! Je vais donc répéter ce que j’ai écrit .
            J’ai écrit que, compte tenu du traitement par le CNCDH du mot « islamophobie »( rapport 2019) et des termes » nouvel antisémitisme »(rapport 2023), je ne suis pas sûr que cet organisme soit au dessus de toute critique quand il s’agit de parler de racisme. Cela dit, vous êtes tout à libre de faire du CNCDH votre référence, mais alors on pourrait s’attendre à ce que, quitte à ce que cela vous oblige à nuancer votre position, à ce que vous ne choisissiez pas uniquement des citations qui vont dans le sens de vos affirmations mais aussi celles qui donnent un point de vue plus global. C’est une simple question de rigueur, voire de méthodologie.Vous savez « ce que je voulais » maintenant? Où est donc la contradiction que vous soulignez avec une certaine irritation?
            Par contre, vous illustrez parfaitement vous-même ce que je viens d’écrire quand vous affirmez: » Ces derniers (les orateurs du colloque) ont présenté comme allant de soi que toutes les accusations d’antisémitisme contre les mouvements antisionistes ou pro-palestiniens seraient dépourvues de fondement. La lecture du rapport de la CNCDH invite à penser que c’est loin d’être aussi évident ».Or dans ma réponse et dans le rapport du CNCDH, que peut-on lire? « Il est donc difficile de voir dans l’antisionisme le ressort clé de l’antisémitisme contemporain. «  et encore » Mais il n’y a pas de relation statistiquement significative entre image négative du sionisme et niveau d’antisémitisme tel que mesuré par notre échelle « .Pourquoi n’avez vous pas cité aussi cette conclusion du CNCDH?
            Dans votre réponse vous écrivez aussi : » Ce ne l’est pas davantage (le propos de mon article) de commenter la présence ou l’absence, dans le débat public, du nombre de condamnations pour antisémitisme. ».Fort bien, mais dans votre réponse et dans votre article, vous mentionnez le seul et même indicateur, celui utilisé dans le débat public:le nombre d’actes anti-sémites. Vous ne vouliez pas commentez pas ce choix , mais vous faites celui du nombre d’actes antisémites ! De plus vous jugez qu’il serait absurde de ne pas l’utilisez car, si on suit votre ligne de pensée, il vaut mieux avoir un nombre  d’actes anti-sémites par excès que par défaut.Je réponds simplement que, sur ce sujet sensible, le nombre de condamnations prononcées, ne nuirait pas à une meilleure connaissance du problème. Il est donc absurde de s’en priver.
            Enfin au sujet du colloque et de sa tenue vous écrivez » Mais ce n’était pas non plus mon propos : dans mon article, il s’agit de juger le contenu du colloque lui-même ». Fort bien, c’est clair. Mais alors comment pouvez vous poursuivre: »Et c’est bien ce que je fais quand je dis que l’épisode témoigne moins d’un danger pour les libertés académiques, que du mauvais usage que certains en font »?
            Si les mot ont encore un sens, il me semble que le contenu de l’épisode, que vous prenez comme témoin, dépasse évidemment le seul « contenu du colloque lui même »
            « Juger le contenu du colloque lui-même» ce n’est pas la même chose que juger du contenu du colloque en regard de l’utilisation des libertés académiques mises en cause.Est ce que j’ai mal lu votre article ou, au contraire, c’est bien ce que vous faites en conclusion de votre article?
            De plus, pourquoi, dans votre réponse pour essayer de justifier votre abstention de jugement au sujet de la décision des administrateurs rappelez-vous les limites de votre propos et pourtant vous faites témoigner « l’épisode » en excluant la décision en question, qui pourtant en fait partie ?

            D’ailleurs on se demande bien pourquoi, choisissant de ne pas vous prononcer sur le bien fondé de la décision d’annulation prise par les administrateurs, vous vous prononcez cependant sur les effets de cette annulation en insistant sur les seuls aspect qui les minimisent excluant la question de fond. Les limites de votre propos seraient-elles à géométrie variable?
            Pour terminer, vous aurez remarqué que je vous cite toujours avant de me prononcer sur ce que vous écrivez, cela alourdit un peu le texte, mais il me semble que cela évite des malentendus et des contresens.

            Pierre Leyraud

    2. Binh

      Je retiens de ce commentaire, la position de son auteur qui semble souhaiter une « nette distinction entre la critique du sionisme en tant que doctrine politique et la critique du sionisme uniquement comme doctrine juive ». En effet, on peut s’adosser à une telle posture idéaliste et rhétorique si on reste dans les limbes du raisonnement parfait. Mais la réalité des relations humaines (et internationales) nous prouve depuis longtemps que le racisme avance rarement à visage découvert (tout comme le colonialisme, le fascisme, le sexisme, la haine, etc). La critique du sionisme (je résume: revendication d’un Etat pour les Juifs) avait un sens au 19ème siècle, et jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale. Or, ce projet sioniste a été rendu possible du fait même du racisme mondial que les Nazis ont incarné et qu’ils ont connecté à l’antisémitisme bien vivant au Moyen Orient. La construction de l’Etat d’Israël est le résultat d’un processus anti-raciste, de fait, imposé aux Juifs : on ne peut donc pas faire l’innocent, aujourd’hui (en 2025), en prétendant critiquer pacifiquement le sionisme, de manière abstraite peut-on dire, pour simplement le moduler, le réformer, etc. comme dans une discussion sur le sexe des anges. Toute critique actuelle du sionisme est à mille lieux des mêmes critiques émises lors de l’Avant Shoah. Question de contexte donc. Autre point: ce qui disqualifie la posture plaidant la défense d’un antisionisme bienveillant, c’est tout simplement le terrain et la réalité des conflits. De fait, aujourd’hui, ceux qui scandent ouvertement et fièrement leur antisionisme souhaitent clairement la disparition de l’Etat d’Israël: les manifestants occidentaux, mais surtout les soldats ou terroristes du Hamas. On a un éléphant dans la pièce ( Pogrom du 7 octobre) et certains voudraient encore nous vendre un antisionisme positif : franchement, on est là avec les mêmes gymnastiques mentales que faisaient les communistes occidentaux cherchant à vendre leur anticapitalisme stalinien, maoïste ou polpotien.

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  4. pierre leyraud

    La réponse de monsieur Binh, s’adossant à une posture qui échapperait aux «limbes du raisonnement parfait », une posture suscite quand même quelques remarques et commentaires.
    D’abord quand on lit: » Or, ce projet sioniste a été rendu possible du fait même du racisme mondial que les Nazis ont incarné et qu’ils ont connecté à l’antisémitisme bien vivant au Moyen Orient. La construction de l’Etat d’Israël est le résultat d’un processus anti-raciste, de fait, imposé aux Juifs «Doit-on comprendre que le projet sionisme a été rendu possible à cause d’un racisme mondial et que la construction d’Israël est le résultat, elle, d’un processus anti-raciste? Cherchez l’erreur! Plus clairement, il suffit de dire que, à cette époque, l’antisémitisme présent en Grande-Bretagne a grandement incité Balfour -sioniste chrétien-à faire, en 1917, la déclaration qu’on connaît. Plus tard Ben Gourion a d’ailleurs redit, paraphrasant T Herzl, que « L’antisémitisme a été le meilleur allié du sionisme »! De cela, peut on en conclure, comme le fait monsieur Binh , sans sourciller, que ; » on ne peut donc pas faire l’innocent, aujourd’hui (en 2025), »Sans insister sur le double sens qu’on peut donner au mot innocent, pourquoi fairais-je l’innocent? Le rôle, important mais pas fondamental, joué par l ‘antisémitisme dans l’avènement et la mise en pratique du sionisme devrait-il nous interdire de nous prononcer sur le sionisme indépendamment de ses origines et de celles de ses fondateurs ? Les multiples référence religieuses utilisées par les dirigeants israéliens actuels-dont plusieurs sont athées-ne peut pas masquer le caractère simplement politique du sionisme.
    Plus loin on lit, que « La construction d’Israël (aurait était été).. imposé aux Juifs »? Pourtant, même avec des connaissances historiques élémentaires sur la période 1900 à 1917, on devrait savoir qu’il y avait une demande pressante de la communauté juive auprès des britanniques pour la création d’un foyer juif en Palestine. Cela correspondait aussi au souhait de T Herzl qui, en 1897, au 1er congrès sioniste, déclarait dans son Journal : « A Bâle, j’ai créé l’Etat juif. Si je disais cela aujourd’hui publiquement, un rire universel serait la réponse. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante sûrement, tout le monde comprendra. »Enfin, pour Ben Gourion, qui comprenait très bien, avec un certain cynisme, la résistance des arabes, c’était « Israël à tout prix » aussi lourd soit le prix à payer.
    En ce qui concerne l’antisionisme, Monsieur Binh écrit: » ce qui disqualifie la posture plaidant la défense d’un antisionisme bienveillant, c’est tout simplement le terrain et la réalité des conflits. De fait, aujourd’hui, ceux qui scandent ouvertement et fièrement leur antisionisme souhaitent clairement la disparition de l’Etat d’Israël: les manifestants occidentaux, mais surtout les soldats ou terroristes du Hamas »Outre le fait que monsieur Binh semble le seul à parler « d’antisionisme bienveillant », ce qui disqualifie son opinion c’est, tout simplement peut-on dire, l’utilisation de façon presque explicite, de la technique bien connue de l’amalgames et de la contre-vérité . En effet, le « terrain et la réalité des conflits » montrent, au contraire, que l’immense majorité des antisionistes ne demande pas la disparition d’Israël et s’en tient, comme la défunte OLP et comme l’Autorité Palestinienne, aux résolutions de l’ONU, c’est à dire aux limites de 1967 comme frontières d’Israël et à la solution à deux États.L’amalgame, bien pratique mais impossible à gober, c’est le fait associer les manifestants occidentaux au Hamas. Trop c’est trop!
    « On a un éléphant dans la pièce ( Pogrom du 7 octobre) … »écrit monsieur Binh, on pourrait lui répondre: contre les palestiniens, il y a eu Daer Yassin en 1948, Kfar Qassem en 1956. Il y a le Hamas actuellement, on pourrait répondre : contre les palestiniens il y a eu le Lehi et l’Irgoun en 1940-48. Mais je ne pense pas que la comparaison ou\et la concurrence des horreurs, comme celles de victimes, soit une façon d’échanger de façon constructive.
    Pour conclure, je pourrais demander à monsieur Binh quelle gymnastique mentale il a utilisée pour écrire sa réponse truffée d’inexactitudes, je ne le ferai pas. Cependant, je lui conseillerais d’améliorer ses connaissances sur le sionisme et son histoire. Quant à la réalité du mouvement antisioniste actuel, ce serait bien s’il lâchait ses oeillères qui l’empêchent de voir autre chose que le Hamas et le 7 octobre.

    Pierre Leyraud

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    1. Binh

      La lecture du dernier commentaire de Pierre Leyraud foisonnant de références historiques (il manque quelques sources philosophiques, aussi. Voire quelques citations psychanalytiques….) ne m’étonne pas. Il illustre parfaitement ce que je disais: on est dans les limbes d’un raisonnement parfait. Et abstrait, devrai-je rajouter, c’est à dire non contextualisé (j’ai parlé de contexte, déjà). Je ne vais pas tout reprendre, mais citer les arguments originels du sionisme (pour les critiquer, parfois de manière convaincante) n’a plus aucun intérêt (sauf pour une dissertation scolaire): grosso modo, le sionisme s’est réalisé, et (je répète) c’est bel et bien la Shoah (et le racisme industriel) qui a permis cette incarnation du sionisme. Contrairement à ce qui est dit par M. Leyraud, l’antisionisme, hier comme aujourd’hui, refuse l’Etat d’Israël en soi, et non le tracé des frontières. Mais, ce qui change, entre l’époque de Herzl et aujourd’hui, c’est que le refus (ou la critique) du sionisme pouvait se faire hier sans racisme (antisémitisme), tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’Etat juif. Aujourd’hui, cet Etat existe: être antisioniste aujourd’hui, c’est vouloir éliminer Israël de la carte (c’est en plus affirmé fièrement par tous les antisionistes déclarés): cette histoire de critiques des frontières d’Israël, ou de critiques de la colonisation dans West Bank n’a aucun rapport avec l’antisioniste (la Gauche israélienne fait ces critiques, et elle n’est pas antisioniste). Donc, je maintiens, aujourd’hui (et je re-répète: dans le contexte en cours) les antisionistes sont bel et bien antisémites (non avoués, évidemment) par ce qu’ils veulent éliminer les Juifs qui se sentent en sécurité dans leur Etat. La technique de l’amalgame est bien connue de tous les militants dogmatiques: enrôler dans son combat les gens qui luttent contre des injustices communément dénoncées. Essayer d’enrôler les critiques de Benjamin Netanyahu, ou les Israéliens hostiles à la colonisation en CisJordanie, ou ceux qui veulent revenir aux frontières antérieures à 1967 (et autres revendications israéliennes) dans le groupe des antisionistes, c’est la méthode de Lénine (ou ceux de la Convergences des Luttes) pour qui les prolétaires révoltés par les inégalités sociales et leur aliénation au travail étaient forcément léninistes (sinon, ils étaient forcément des ennemis…..). On connaît la vieille rengaine sectaire. Et surtout, on a vu les résultats sanglants de sa mécanique mentale.
      Je vais résumer pour enfoncer le clou : critiquer la colonisation israélienne, ou les frontières actuelles d’Israël, ou les bombardement sur Gaza, ce n’est pas de l’antisionisme. Prétendre ça, c’est faire de l’enrôlement militant, c’est de la récupération sectaire. L’antisionisme, c’est le refus d’Israêl qui, aujourd’hui (mais pas hier) signifie l’expulsion des Juifs de Palestine. Pour terminer, je le répète encore : le racisme avance toujours masqué. Dans certaines manifestations contre Israël (et dans les discours du Hamas), on mélange volontairement les critiques d’Israël à la volonté d’éliminer cet Etat: personne n’est dupe (ça, c’est la réalité, hors nimbes de raisonnements parfaits gorgés de bonnes intentions). Et je n’oublie pas le vocabulaire utilisé pour parler de cette région qui trahit des intentions à peine cachées: nommer « Génocide » les bombardements israéliens sur Gaza (dont l’horreur rappelle ceux de Marioupol, de Caen, ou de Dresde) quand personne n’utilise ce mot (« Génocide ») pour ces bombardements là, c’est qu’on a une intention derrière la tête. Surtout si, au même moment, on dénomme le 7 octobre comme une simple « attaque meurtrière » (vocabulaire du Collège de France).

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  5. Benjamin Straehli Auteur de l’article

    En dernière réponse à Pierre Leyraud :
    presque tous les « pourquoi » que vous soulevez trouvent leur réponse dans ce que j’ai déjà écrit, et que, paradoxalement, vous citez vous-même : concernant l’antisémitisme, je ne cite ou ne mentionne, dans l’article, que ce qui suffit à montrer la désinvolture de certains orateurs du colloque. J’admets que, si le sujet de mon article avait été l’antisémitisme lui-même, toutes les informations que vous me reprochez d’avoir passé sous silence y auraient légitimement eu leur place. Mais le sujet était la critique d’un colloque, qui n’a lui-même abordé la question de l’antisémitisme que de façon marginale.
    Vous auriez voulu que je cite la conclusion de la CNCDH selon laquelle l’antisionisme n’est pas le ressort clé de l’antisémitisme contemporain. Mais la raison pour laquelle la CNCDH dit cela, elle, est indiquée dans mon article : parmi ceux qui soutiennent des opinions antisémites, ceux qui le font par antisionisme sont minoritaires. Pour clarifier encore plus les choses, j’aurais pu citer plutôt le passage suivant : « À la différence des actes antisémites, plus que jamais liés aux péripéties du conflit israélo-palestinien, les opinions antisémites restent structurées par des vieux clichés liés au pouvoir, à l’argent, à la suspicion de double allégeance […] » (p. 272) Mais le rapport relève aussi que certaines opinions fort inquiétantes sont bien corrélées positivement au « nouvel antisémitisme » (voir p. 269, l’opinion selon laquelle « on parle trop de l’extermination des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale »). Il n’y a nul besoin d’assimiler toute critique d’Israël à de l’antisémitisme, pour estimer, au vu de ces données, que les accusations d’antisémitismes portées contre des mouvements antisionistes ou pro-palestiniens doivent être examinées avec sérieux, et non écartées d’un revers de main comme elles l’ont été durant le colloque.
    Une fois cela dit, il me semble préférable de mettre fin à nos échanges, qui tournent manifestement en rond, puisque quand je réponds à l’une de vos questions, vous commentez ma réponse en reposant la même question.
    Le débat entre commentateurs sur la définition de l’antisionisme doit également s’arrêter là, car il n’a plus de rapport avec l’article.

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  6. pierre leyraud

    Il est vrai que, comme à mes « pourquoi » vous donniez la même réponse, insatisfaisante, j’ai pensé, semble-t-il à tort, que de nouvelles formulations de ma part aideraient à sortir du « tourner en rond » que vous mentionnez. Votre dernière réponse indique que ce n’est pas le cas et qu’on reste bien dans ce mouvement stérile. Dont acte.
    Cependant, malgré cela, vous décidez d’écrire un nouveau paragraphe sur l’antisionisme et l’antisémitisme, qui est une bonne illustration, non pas « du tourner en rond », mais du raisonnement circulaire. Autre façon de clore un échange!

    En effet, c’est ce qu’on constate quand on lit, dans votre dernière réponse: »Mais le rapport relève aussi que certaines opinions fort inquiétantes sont bien corrélées positivement au « nouvel antisémitisme » (voir p. 269, l’opinion selon laquelle « on parle trop de l’extermination des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale »). Il n’y a nul besoin d’assimiler toute critique d’Israël à de l’antisémitisme, pour estimer, au vu de ces données, que les accusations d’antisémitismes portées contre des mouvements antisionistes ou pro-palestiniens doivent être examinées avec sérieux, et non écartées d’un revers de main comme elles l’ont été durant le colloque. ».Si on sait que ce « nouvel antisémitisme «  confond volontairement antisionisme et antisémitisme, il ne faut pas être surpris si «  certaines opinions fort inquiétantes sont bien corrélées positivement au « nouvel antisémitisme «  puisque on trouve la même confusion dans ces opinions. Dans ces conditions, il est tout à fait normal que « au vu de ces données », on puisse trouver, bien évidemment, à défaut d’antisémitisme, du »nouvel antisémitisme » dans des mouvements antisionistes!
    Outre l’ambiguïté de la signification des termes « sont bien corrélées positivement », toute votre logique est suspendue au fait de considérer comme allant de soi que ce « nouvel antisémitisme » est encore de l’antisémitisme.
    Quand on pense qu’en janvier 2026, afin »de compléter le cadre légal sanctionnant l’antisionisme », la loi 575 va être examinée en prenant comme motif l’existence « d’un antisémitisme réinventé », « d’un antisémitisme renouvelé » bref « d’un nouvel antisémitisme »et que ces notions s’appuient sur la définition de l’antisémitisme selon l’IHRA, on peut avoir des inquiétudes, pas seulement sur la garantie les libertés académique mais tout simplement sur la garantie de la liberté d’expression.
    Finalement, vous avez raison, une fois cela dit, on ne peut que constater nos divergences sur ce que sont l’antisionisme, l’antisémitisme et sur leur amalgame.
    Pierre Leyraud

    P.S Je comprends que parmi les « opinions inquiétantes »vous classez « l’opinion selon laquelle « on parle trop de l’extermination des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale ». Permettez-moi alors, pour donner un éclairage plus complet, de compléter votre citation du rapport du CNCDH par, : »Une autre question mesure la réceptivité à la thèse de l’instrumentalisation de la Shoah par les Juifs, forme atténuée de révisionnisme, demandant si on parle « trop» (plutôt que «pas assez » ou « juste ce qu’il faut ») de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sentiment est en léger recul, partagé par 14% de l’échantillon, (contre 17% en 2019 et en avril 2022 et 15% en novembre 2022) alors que 57% jugent qu’on en parle « juste ce qu’il faut » et 25% «pas assez ».

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    1. Benjamin Straehli Auteur de l’article

      J’espérais clore la discussion, mais puisque vous avez cru voir un raisonnement circulaire dans ma dernière réponse, je tiens tout de même à rectifier ce contresens. Vous contestez que le phénomène appelé « nouvel antisémitisme » soit réellement un antisémitisme ; ma réponse veillait à ne pas prendre pour acquis le point que vous contestez, ce n’est pas pour rien que j’avais mis des guillemets à l’expression « nouvel antisémitisme » (voulant signaler par là que je la prenais uniquement en tant que nom donné au phénomène, sans considérer d’emblée comme valide la signification qu’elle peut véhiculer, et libre à vous de l’appeler plutôt antisionisme, ou autrement encore). En relevant la corrélation constatée par la CNCDH entre ce « nouvel antisémitisme » et l’opinion selon laquelle on parle trop de la Shoah, j’attirais votre attention sur ce lien avec une opinion qui peut difficilement être comprise autrement que comme l’indice d’une hostilité envers les Juifs en tant que tels, et pas simplement envers la politique israélienne. J’indiquais ainsi que, comme je l’ai dit dans l’article, il apparaît bel et bien que certaines opinions antisémites (quelle que soit la définition de l’antisémitisme que l’on retienne, parmi les propositions concurrentes) sont entretenues dans des milieux qui s’identifient comme antisionistes (ce qui ne signifie nullement, bien sûr, que chaque personne s’identifiant comme telle adhérerait à l’opinion mentionnée ici). Cela justifie la critique que j’ai adressée à certains orateurs du colloque, en leur reprochant d’avoir considéré comme évident que les accusations d’antisémitisme envers les mouvements pro-palestiniens seraient nécessairement infondées : on ne peut pas déclarer infondées ces accusations sans prendre en compte de telles données, et sans répondre à l’argument qu’elles fournissent à l’adversaire. Le raisonnement que j’expose ici ne présuppose pas, contrairement à ce que vous avez dit, de juger que la validité de la notion de nouvel antisémitisme irait de soi : il relève un des arguments qui peuvent être avancés en faveur de la notion, pour souligner qu’on ne peut pas invalider cette dernière sans examen sérieux. Il n’y a là aucun cercle vicieux.

      Je n’ai pas étudié, à ce jour, le texte de loi qui vous inquiète, et je ne peux donc pas me prononcer ici sur le danger que vous y voyez. De toute façon, une discussion sur ce sujet nous éloignerait trop de l’article.

      Que mes réponses à vos « pourquoi ne dites-vous pas aussi ceci ou cela » vous paraissent insatisfaisantes, j’en suis bien conscient, mais à mon avis, cela tient au fait que vous refusez d’admettre l’explication la plus simple (je ne dis pas ces choses car je n’en ai pas besoin pour justifier le point que je veux justifier), et que vous voulez obstinément voir dans l’absence de telle ou telle information l’indice de mon adhésion à une thèse cachée que je ne soutiens jamais (celle selon laquelle toute critique d’Israël serait antisémite). Dans ces conditions, il est certain que rien de ce que je peux vous répondre ne vous satisfera.

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  7. pierre leyraud

    J’aurais donc fait un contresens en lisant votre avant-dernière réponse? C’est vrai, si on se fie uniquement à la lecture que vous avez fait de ma réponse!
    Je ne sais pas si, comme vous l’écrivez, les orateurs du colloque ont déclaré « …comme évident que les accusations d’antisémitisme envers les mouvements pro-palestiniens seraient nécessairement infondées », mais ce que j’ai lu dans votre réponse c’est que vous pensez les réfuter en leur opposant « des opinions positivement corrélées au « nouvel antisémitisme » qu’on pourrait trouver dans les mouvements cités. Ce que j’écris alors ne concerne pas le fait de savoir si  ces accusations sont fondées ou infondées, mais souligne le fait que la réfutation que vous présentez ne peut pas en être une puisque le nouvel antsémitisme en question (avec ou sans guillemet.s) associe, déjà et à tort, antisionisme et antisémitisme. Où serait donc le contresens dont vous parlez?
    Vouloir chercher, comme vous le suggérez, de l’antisémitisme dans des mouvements antisionistes avec, comme référence, une notion qui, volontairement, associe les deux, c’est un peu comme chercher, avec une lampe de poche, des zones éclairées dans un endroit sombre: on trouve bien sûr, et c’est prévisible, les zones qu’on éclaire avec la lampe!
    Bien entendu, libre à vous de mettre « des guillemets à l’expression « nouvel antisémitisme » (voulant signaler par là que je la prenais uniquement en tant que nom donné au phénomène, sans considérer d’emblée comme valide la signification qu’elle peut véhiculer, et libre à vous de l’appeler plutôt antisionisme, ou autrement encore). », mais, outre le fait que vous commettez manifestement un contresens avec le mot « antisioniste », « le nom donné au phénomène » est , quand même, pris par vous comme révélateur de l’antisémitisme puisqu’il pourrait valider « des accusations d’antisémitisme. «.Vous pourriez alors me rétorquer que cela n’est pas si fondamental puisque« quelle que soit la définition de l’antisémitisme que l’on retienne, parmi les propositions concurrentes) ….» on arrive à reconnaître les opinions antisémites! Bravo! On peut toujours voir cela comme un gain en simplicité, mais quant à la clarté et la cohérence…!

    Pour clore nos échanges, je voudrais vous faire part de mon étonnement quand on associe deux extraits de votre dernière réponse.
    Le premier extrait, c’est quand vous m’attribuez à tort, sans aucune preuve et/ou citation a l’appui, la volonté de chercher dans vos écrits »l’indice de (votre) adhésion à une thèse cachée que (vous ne soutenez jamais) je ne soutiens jamais (celle selon laquelle toute critique d’Israël serait antisémite).
    Je vous ferais donc, en quelque sorte, un procès d’intention.
    Le second extrait, c’est quand vous écrivez: »En relevant la corrélation constatée par la CNCDH entre ce « nouvel antisémitisme » et l’opinion selon laquelle on parle trop de la Shoah, j’attirais votre attention sur ce lien avec une opinion qui peut difficilement être comprise autrement que comme l’indice d’une hostilité envers les Juifs en tant que tels, et pas simplement envers la politique israélienne »alors que absolument rien dans le texte du CNCDH permet de supposer que les répondants ( « on parle trop de la Shoah ») ont donné cette réponse à cause d’une hostilité envers les Juifs en tant que tels ».Vous justifiez votre interprétation avec la formule bien connue, et qui est aussi une mise en garde« : avec une opinion qui peut difficilement être comprise autrement que… » » À mon tour, je pourrais dire qu’il est difficile de ne pas comprendre la formule que vous utilisez comme une forme de revendication d’un droit à la présomption pour l’antisémitisme ou comme l’existence d’un arrière plan inévitable pour toute opinion négative sur des Juifs ou les Juifs ou sur tout évènement qui les concerne. Feriez-vous le même commentaire sur l’opinion selon laquelle on « parle juste assez de la Shoah », ou celle selon laquelle « on ne parle pas assez de la Shoah »?
    Je laisse le lecteur faire le lien entre les deux extraits et ensuite décider lui même si, finalement , le biais d’interprétation que, selon vous, je vous aurais attribué, est finalement si impensable que ça.
    J’ai compris que vous espériez clore notre discussion depuis votre avant-dernière réponse. Je partage ce souhait car il me semble qu’on s’éloigne de plus en plus du point de départ de la discussion et qu’il ne sert à rien de multiplier les constats de nos divergences.

    Pierre Leyraud

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    1. Benjamin Straehli Auteur de l’article

      La discussion ne sert en effet plus à rien, puisque, quand j’explique en quoi mon raisonnement ne présuppose pas que le nom « nouvel antisémitisme » désigne réellement un antisémitisme, vous prétendez que c’est ce nom même qui, sous ma plume, « pourrait valider » l’accusation d’antisémitisme. Cette argumentation ne fait que prendre dogmatiquement pour acquis le point que j’entendais réfuter.
      Quant à savoir si c’est « à tort » que je vous ai prêté la volonté de trouver dans mon texte l’opinion selon laquelle toute critique d’Israël serait antisémite, je laisserai moi aussi les lecteurs en juger : ils n’auront pour cela qu’à relire vos deux premiers commentaires.
      Une fois cela dit, il me paraît préférable que nous en restions là.

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