Archives de catégorie : Lecture, philosophie générale, littérature, histoire

Les progrès de l’IA mettent en tension les systèmes éducatifs (par Maxime Cruzel)

On pouvait croire que l’apparition de l’IA générative allait remettre les pendules à l’heure dans la doctrine scolaire, en soulignant le besoin de principes, de hiérarchisation des connaissances et donc d’instruction, la nécessité de faire travailler les élèves sur un contenu substantiel organisé. Mais non, on continue avec une doctrine éducative qui promeut les compétences vides et le comportementalisme, et qui maintenant s’autorise d’un apparent bon sens : à quoi bon instruire puisque l’IA sert les connaissances à la demande ? S’appuyant sur de solides et récentes références, analysant les progrès de l’IA et des exemples comparatifs, Maxime Cruzel montre que cette position « inverse le rapport entre savoirs et compétences ». Les compétences ne précèdent pas les connaissances, elles en résultent. À mesure que l’IA se développe et qu’elle change de nature, il est urgent d’instruire.

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‘La religion n’existe pas’ de Nathalie Heinich

Le livre de Nathalie Heinich ‘La religion n’existe pas’ (Gallimard, 2026) travaille sur un renversement de perspective. Au lieu de considérer « qu’il existerait quelque chose que l’on nomme la religion ou le religieux qui recouvrirait un certain nombre de pratiques bien repérées », il convient inversement de considérer que différentes pratiques existent « possédant différentes fonctions qui peuvent ou non s’inscrire selon les contextes dans un cadre religieux. Leur activation dans un cadre profane ne constitue nullement une extension et moins encore un appauvrissement du religieux mais bien au contraire une manifestation du caractère relatif restreint et conjoncturel de celui-ci ».

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‘Le Drapeau tricolore’ de Philippe Foussier

Après ‘Marianne’, et toujours dans la collection « Les Symboles de notre histoire » (Éditions Dervy), Philippe Foussier signe ‘Le Drapeau tricolore’. En une cinquantaine de pages, suivies d’une bibliographie et d’une section iconographique de 11 illustrations commentées, l’auteur situe les enjeux de l’emblème national à travers son histoire mouvementée et les interprétations de ses couleurs.

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La deuxième mort de Samuel Paty ?

Il serait impropre de parler de colère pour qualifier l’émotion dont Martine Verlhac fait part ici après avoir vu le film L’Abandon. Il s’agit bien plutôt de l’indignation d’un professeur qui ne pardonne pas à « une certaine gauche » une trahison certaine, poursuivie inlassablement par des décennies de saccage de ce que devrait être l’institution « Éducation nationale ». Non seulement Samuel Paty a été abandonné par les bien-pensants, mais, à la sortie du film, l’inertie se réanime pour retrouver les accents abjects de l’inversion accusatoire : oui le film est bon… « mais »… défendre Samuel Paty, ne serait-ce pas, quand même, un peu « raciste », ne serait-ce pas un peu « d’extrême droite » ? À la différence de la colère, l’indignation ne retombe pas : car, reposant comme le disait Descartes sur « de justes raisons », loin de l’apaiser, son analyse la fortifie.

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L’ARCOM entre sciences et médias

Thierry Foucart rappelle qu’une vérité scientifique n’est ni un consensus ni le résultat d’un arbitrage entre diverses opinions en présence. Ou alors il y aurait, dit-il avec ironie, « deux sciences ». Il donne l’exemple des débats médiatiques sur le climat, qu’il illustre par un schéma accompagné d’un commentaire par l’IA ChatGPT. 

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Une histoire longue de la laïcité

Différenciation des sphères et contingence

Pour réfléchir sur la laïcité, Jean-Pierre Castel s’appuie sur une « histoire longue », celle de la différenciation des sphères du vrai, du bien et du juste dont l’unité structurait le monde antique et médiéval. Loin d’être due au christianisme ou d’apparaître brusquement avec la modernité, celle-ci est progressive et passe par des phases de distinction avant qu’on puisse parler de séparation. L’auteur s’interroge principalement sur l’émergence de l’autonomie du politique, parallèle à celle de l’autonomie des savoirs et à l’institutionnalisation séparée du religieux. Une conséquence importante est que l’individu n’est plus fixé à une appartenance, mais se pense abstraitement, ce qui est une libération. Aboutissement de ce processus, le moment laïque institutionnalise la séparation et permet la coexistence des libertés.
On peut certes discuter la définition finale que l’auteur propose de la laïcité (essentiellement liée pour lui à la question de la pluralité des convictions) et s’interroger sur l’idée d’un modèle états-unien, mais il faut souligner que, en lisant cette passionnante « histoire longue », on s’instruit et on se délivre de maint préjugé.

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Sur les fondements ésotériques de l’intersectionnalité

Dans le prolongement d’études antérieures, François Rastier explore, avec une érudition éblouissante, les fondements mystiques de l’intersectionnalité. On y voit réapparaître le schème raciste du darwinisme social, sous la forme de l’homologation de la hiérarchie raciale et de la hiérarchie sexuelle. L’auteur passe en revue les foyers de l’irrationalisme contemporain abrités par le politiquement correct – New Age, culte de la nouvelle Isis, religion kémitiste, eugénisme intersectionnel, transsexualisme, artificialisme post-humaniste, post-féminisme LGBTQI+ et en analyse les racines théosophiques : « tout cela resterait incompréhensible si l’on persistait à ignorer les fondements superstitieux de l’idéologie intersectionnelle ».

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Renier les origines, haïr l’original (par Jean-Pierre Sakoun)

La haine envers les Juifs, haine de la filiation

Pourquoi les Juifs suscitent-ils, depuis des millénaires, une haine si tenace et singulière, irréductible à un racisme ou une xénophobie ordinaires ? Lecteur de Jean-François Lyotard, de Pascal Ory et de François Rachline, Jean-Pierre Sakoun avance et analyse deux thèses pour méditer cette question. L’antériorité chronologique du judaïsme sur les deux autres monothéismes et sa survivance obstinée nourrissent une profonde ambivalence envers cet ancêtre embarrassant qui ne se résout pas à disparaître. Sa persistance est aussi celle d’une vitalité dans l’étude et d’une soif inextinguible de savoir. Non seulement ce peuple ancien s’obstine à exister, mais encore il continue à « briller d’un éclat intellectuel et spirituel propre » : c’est à ce double scandale que s’alimente la haine de la filiation. La logique profonde de l’antisémitisme se révèle alors comme le fruit d’un ressentiment envers une promesse d’universalité et une obligation de mémoire ; en ce sens l’antisémitisme est un antihumanisme.

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La psychiatrisation des dissidents de l’islam (I) par S. Elmansour et Q. Bérard

Première partie

Les apostats de l’islam ont le double courage de répudier une dogmatique et d’en révéler publiquement la logique. Un livre récent, principalement composé autour d’entretiens, leur a été consacré : Sonya Zadig « Les enfants perdus de la République. Ils ont quitté l’islam au péril de leur vie » (Fayard 2025). Quentin Bérard et Sofia Elmansour l’ont lu et font état ici de leur déception. Fourmillant d’erreurs et d’approximations, pauvrement documenté, méthodologiquement discutable, centré sur la mise en valeur de son auteur, cet ouvrage commet un « contresens total » en présentant les apostats en « enfants perdus de la République ». Aveugle aux différents types d’apostasie et surtout à la dimension indéniablement émancipatrice et politique de cette dernière, il renouvelle un grand classique de la neutralisation de la dissidence : sa psychiatrisation.

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« Conduire sa raison » afin de résister en ces temps de « post-vérité »

Nikol Abécassis procède ici à un rappel salutaire. L’usage patient, méthodique et détaillé de la raison universelle, effectué et pensé dès l’Antiquité par la science et la philosophie au prix de ruptures difficiles qui sont autant de conquêtes, témoigne que la condition humaine n’est épuisée ni par l’utile ni par le théologique. Pourvu que cet usage soit sans cesse cultivé et renouvelé, il élève l’humanité à l’autonomie et à la clairvoyance.

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Emmanuel Macron et le « tragique » (par Viviane Niaux)

L’indécence au pouvoir

Viviane Niaux se penche ici sur l’usage présidentiel du terme « tragique ». Elle montre que, en le banalisant et en l’extériorisant, Emmanuel Macron en fait un alibi qui abolit la responsabilité politique.

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IA générative, éducation et idéologie managériale

François Rastier effectue un tour d’horizon analytique au sujet non seulement de l’usage, mais aussi de la promotion pour le moins empressée de l’IA générative en matière d’éducation. Ce zèle pour le « solutionnisme technologique » met à mal la notion même de connaissance qu’il réduit à un inventaire de savoir-faire ; il fait obstacle à la transmission en brouillant l’idée de présence ; il introduit l’idéologie managériale du coaching en quête d’emprise. Il est plus que temps «  de faire de l’école et de l’université les seuls lieux au monde sans écrans et sans IA, condition désormais de la transmission culturelle ».

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L’écriture inclusive par l’absurde

Thierry Foucart enrichit le dossier sur l’écriture inclusive que Mezetulle a ouvert depuis 2014. En prenant et en appliquant à la lettre les injonctions faites au nom de l’écriture inclusive, sa contribution en montre l’absurdité pour tout locuteur francophone. Mais l’absurdité, si elle est en l’occurrence (et comme on en fera l’expérience en lisant ce texte) un sérieux obstacle à la lecture, n’a jamais été un obstacle pour l’imposition d’une idéologie.

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Dossier sur l’écriture inclusive, mise à jour du 22 janvier 2026

Le dossier sur l’écriture inclusive, ouvert sur Mezetulle en 2014, s’enrichit aujourd’hui avec la publication de l’article de Nikol Abécassis « Les délires de l’écriture inclusive ». On trouvera ci-dessous la mise à jour du dossier.

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À relire : « Le père Noël et le droit d’être païen »

Sur un texte de Claude Lévi-Strauss

À relire, en période de Noël, un très bel article de Claude Lévi-Strauss intitulé « Le Père Noël supplicié », paru dans Les Temps modernes n° 77, 1952. Il est bon de… [lire plus]

Retour sur le colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines »

Le colloque « La Palestine et l’Europe », initialement programmé au Collège de France, s’est tenu au Centre Arabe de Recherche et d’Études Politiques de Paris les 13 et 14 novembre 2025. Benjamin Straehli a eu la patience de regarder la diffusion intégrale du colloque, dont l’enregistrement est accessible sur Youtube. L’analyse détaillée et nuancée qu’il en expose ici, soutenue par la logique implacable qu’on lui connaît, n’en souligne que mieux la sévérité de sa conclusion.

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Liberté et oppression

À partir d’une lecture de Simone Weil

Thierry Foucart propose une réflexion sur l’oppression et la liberté. En s’inspirant de la lecture d’un ouvrage de Simone Weil et en s’interrogeant sur l’absence de liberté que, paradoxalement, une « société du temps libre » produirait, il retrouve la thèse la plus forte et la plus éclairante de la conception philosophique classique de la liberté comme maîtrise d’où dérive l’estime de soi. Ainsi, être libre c’est pouvoir se reconnaître comme auteur de ses pensées et de ses actes.

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‘Paradoxes de la pensée progressiste’ d’André Perrin, lu par C. Kintzler

Une anthologie jubilatoire du wokisme

Après ‘Scènes de la vie intellectuelle en France’ (2016), ‘Journal d’un indigné’ (2019) et ‘Postures médiatiques’ (2022), André Perrin poursuit, avec ‘Paradoxes de la pensée progressiste’ chez le même éditeur (L’Artilleur) le florilège des contradictions, propos biaisés, acrobaties verbales, contorsions intellectuelles, perles, mensonges, énormités régulièrement avancés, et avec quel aplomb, par « le camp du bien » dans la bonne presse et sur les chaînes de radio-tv bienpensantes. L’ensemble, récolté et référencé avec minutie, impitoyablement commenté avec une indéfectible bonne humeur, constitue une véritable anthologie du wokisme et de la ‘cancel culture’, sous la forme de « chroniques jubilatoires » rédigées par une plume acérée que les lecteurs de Mezetulle ont souvent eu le bonheur de savourer sous un format plus dispersé et plus modeste.

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