La French Bank et la Team 3e degré

En ce moment, sur les chaînes de radio francophones de grande écoute, circule une publicité de la « French Bank » (comme son nom ne l’indique pas c’est une filiale de la Banque postale) fondée sur l’usage de l’anglais. Faut-il se fâcher ? À l’écoute du message, non car ce dernier se présente sous les apparences d’une autodérision. Et puis, à une écoute plus attentive, si, on peut se fâcher. Vraiment.

Dialogue (restitué de mémoire) :

  • Lui : « Qu’est ce que tu fais encore sur ton écran ? Tu regardes un film en streaming ? Tu écoutes une track ? Ou tu postes une story ? ».
  • Elle : « Mais non, je regarde mon solde sur l’appli1 Ma French Bank ! »

Les grincheux s’offusquent : scrogneugneu, que d’anglais ! Mais non, les grincheux, vous démarrez trop vite, calmez-vous, montrez que vous n’êtes pas si obtus, quittez ce 1er degré, et rejoignez-nous dans l’équipe (pardon, la Team) 2e degré en appréciant l’humour véhiculé par ce message : c’est d’abord de « Lui » (le père- ou du moins l’aîné – se voulant ironique s’adressant à une adolescente intoxiquée aux écrans) qu’on se moque. Non, l’adolescente (cible privilégiée de Ma French Bank) n’est fascinée ni par le streaming, ni par les tracks d’un enregistrement audio, et elle ne passe pas son temps à publier des stories… Elle réplique du tac au tac : loin de cette double addiction (aux activités connectées et au lexique globish qui les accompagne), elle, brave petite secrétaire à qui on ne la fait pas, consulte son écran pour du sérieux – la banque. Ouf, comme c’est drôle. Et comme c’est rassurant. Et comme l’auditeur, inclus flatteusement dans la Team 2e degré, est intelligent !

Sauf que l’annonceur roule la Team 2e degré dans la farine. Car en l’occurrence l’activité non addictive et sérieuse Ma French Bank, si elle regarde le globish de haut, recourt de bon à l’anglais pour se dire et, suprême perversité digne d’une Team 3e degré, pour dire qu’elle est française.

1– En principe, le diminutif « Appli » très français, en ce qu’il porte l’accent tonique sur la dernière syllabe accentuable, devrait être remplacé par « App » conformément aux options linguistiques djeunn-globish-bougliboulga effectuées de manière insistante par le site Ma French Bank (compte WeStart, KissKissBankBank, Let’s Cagnotte, We Partage, Mon French Mag…) ; on s’interroge aussi bien sur l’orthographe que sur le sens de « Une App totale contrôle ». Mais je restitue ce dialogue de mémoire et je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu ce passage.

One thought on “La French Bank et la Team 3e degré

  1. Binh

    Premier ou troisième degré, je crois que les étrangers francophones (je limite volontairement ma cible) ont définitivement abandonné leur désir passé et furtif de francophonie, échaudés qu’ils sont par les désillusions que leur ont fournis les porteurs essentiels de la la langue française, lors des toutes dernières décennies. Au Vietnam, par exemple, les jeunes étudiants en français au moment de l’ouverture de leur pays, sont aujourd’hui d’une amertume sans nom: les entreprises françaises sont peu présentes, et elles embauchent peu (de surcroît). Et pour aggraver les choses: quand elles le font, elles le font en… anglais ! Là-dessus, on ajoute le coup de grâce final: les Français qui viennent dans ce pays parlent…anglais ! A quoi bon, donc, apprendre le français ? Pour que la langue français reprenne des couleurs dans le monde (et même dans tous les pays francophones), ce n’est pas la police les mots anglais récupérés par les Français qui va changer fondamentalement les choses. Pour cela, il faudra bien d’autres stimulants: mettre en place une francophonie économique susceptible d’attirer les gens à elle et de justifier l’utilisation du français. Redonner aux Francophones, surtout, la fierté de l’usage de leur langue (même abâtardie, comme le sont d’ailleurs toutes les langues, l’anglais particulièrement). Même en France, on voit bien que les Etrangers qui essaient de parler français sont tout de suite dissuader de continuer par les Français eux-mêmes qui répondent en….anglais ! Évidemment, si on pouvait simplifier un peu le français, pour le rendre rapidement utilisable, ce serait un +: ce qui veut dire déjà bannir absolument cette EPI (Écriture Pointée prétendue Inclusive) qui est un vrai repoussoir pour tous les humains, tentés 5 secondes, d’apprendre le français..!

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