Le porte-parole du gouvernement français réduit les attentats à des crimes de droit commun

La dépolitisation des attentats « terroristes » et leur déconnexion d’avec une option religieuse à prendre au sérieux sont les poncifs d’une culture du déni répandue par l’idiotie utile. On aurait affaire simplement à des actes de criminalité relevant du droit commun.
Il semble que la thèse soit aujourd’hui celle du gouvernement Macron.

En effet le porte-parole officiel du gouvernement Christophe Castaner, invité politique de Fabien Namias sur Europe 1 le 5 juin 2017 à 8h37, commentant le récent attentat de Londres expressément revendiqué par l’Etat islamique, a réduit ces actes de guerre à des crimes de droit commun, et cela dans des termes particulièrement nets :

« Cessons de parler d’Etat islamique ; le Califat c’est un État autoproclamé sur un territoire préempté par la force et par le sang. Ces gens trahissent la religion qu’ils prétendent servir ; ce sont tout simplement de vulgaires assassins et des voyous ».

Ces propos sont structurés comme ceux que tenaient naguère les « compagnons de route » au sujet du stalinisme qu’il fallait soigneusement disjoindre du communisme, de peur de décourager (on ne disait pas encore « stigmatiser » à l’époque) les masses laborieuses. Et gare à celui qui s’en inquiétait : il était lui-même un traître, un « chien de garde » – en somme, pour transposer en novlangue, un « communistophobe ».

À écouter (le passage cité est à 6 minutes du début):

http://www.europe1.fr/emissions/linterview-politique-de-8h20/christophe-castaner-les-francais-attendent-de-nous-quon-leur-garantisse-le-plus-haut-niveau-de-securite-3351323

13 réflexions au sujet de « Le porte-parole du gouvernement français réduit les attentats à des crimes de droit commun »

  1. CARL Yves

    Que veut dire « réduire des attentats à des crimes de droit commun » ?
    Pourquoi utiliser le mot « réduire » ? Qu’est-ce qui est réduit, en l’occurrence ?
    Réduit parce qu’on n’en souligne pas les motivations idéologiques ?
    Dans ce cas, c’est impeccable ; c’est exactement ce qu’il faut faire pour que les meurtriers ne puissent pas minimiser leur acte sordide derrière un idéal brandi comme prétexte.
    Pas héros, pas de jihadiste, pas de guerrier : juste un meurtrier terroriste. Le crime est irréductible, il reste un crime.
    Mais cette inexorable qualification au pénal ne doit pas être mélangée avec la recherche des causes et la lutte contre cette gangrène mondiale, au plan politique comme au plan stratégique. C’est un autre volet qui n’est pas du ressort de la justice.

    Répondre
    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Je pense que vous avez bien compris en quoi consiste le procédé réducteur dont il est question dans le billet ci-dessus.
      La réduction consiste à refuser de voir les motifs politico-religieux sectaires de ces actes, motifs clairement revendiqués et exposés, réitérés depuis plusieurs années. C’est pourquoi j’ai parlé de déni ; je l’ai comparé avec un autre déni car cette structure n’est pas nouvelle.

      Vous proposez une étape de plus : non plus de refuser de voir, mais de taire délibérément ces motifs, et de faire de ce mensonge une politique destinée à discréditer les auteurs de ces attentats. Je souligne au contraire dans mon billet que cette omission (qu’elle soit ou non volontaire, qu’elle soit un aveuglement ou un mensonge) peut avoir d’autres finalités et qu’elle a certainement d’autres effets, notamment celui d’entretenir une culture du déni et de l’excuse.

      Mais poursuivons sur le procédé que vous suggérez. Ce recel d’information, à supposer qu’il puisse avoir l’effet que vous souhaitez (ce que je ne crois pas) devrait être pratiqué par les responsables politiques. Pour être efficace (je me place toujours dans votre hypothèse, à laquelle je ne souscris pas) il faudrait que ce recel d’information soit étanche, que l’information ne passe pas du tout : il ne s’agit pas de s’aveugler (le menteur ne s’aveugle pas, il sait), mais d’aveugler les autres. On passerait alors de l’injonction optative de M. Castaner (« Cessons de parler de l’Etat islamique » : l’impératif exprime ici un simple souhait) à l’injonction véritablement impérative, à un ordre : « Que plus personne ne parle de cela ! ». Au mensonge, il faudrait donc ajouter la censure. Encore faudrait-il avoir le droit et le pouvoir de l’exercer.

      Enfin la qualification politico religieuse ou idéologique de ces actes n’est en rien contradictoire avec leur qualification pénale criminelle. On s’oppose aux criminels avec des peines ; lorsque l’urgence l’impose, comme c’est le cas pour un attentat en cours, on combat ceux qui s’en prennent à la vie et à l’intégrité physique d’autrui par la violence légitime (en d’autres termes on leur tire dessus…). Quant à l’idéologie meurtrière, cette vision sectaire politico-religieuse qui les inspire, il faudrait n’en pas parler, ne pas la combattre, s’interdire de la désigner, la laisser se répandre et inspirer d’autres actes ? Dès 2014, Abdennour Bidar appelait à ce combat idéologique indispensable au sein même de l’islam : je vous renvoie à sa Lettre ouverte au monde musulman. http://www.mezetulle.fr/lettre-ouverte-au-monde-musulman-da-bidar/

      Répondre
  2. Claustaire

    N’est-il pas légitime de vouloir dissocier l’idéal communiste (vieux comme ces mythes de tribus où l’essentiel des biens était commun, et dont le christianisme originel est un avatar) de ce que le Stalinisme a prétendu faire en son nom ?

    N’est-il pas légitime de vouloir dissocier ce que l’islam puise dans le Coran de ce que l’islamisme prétend en déduire ? Légitime de distinguer l’idéologie fascislamiste qu’une Organisation criminelle comme l’EI prétend déduire du Coran et ce que des musulmans lambda y trouvent ? Légitime de distinguer une pratique religieuse impliquant des gens et leur rapport personnel ou collectif à un dieu auquel on croit et une idéologie totalitaire qui prétend imposer à tous le respect ou l’obéissance à ce dieu (même à ceux qui n’y croiraient pas) ?

    Ne devons-nous pas, de toute urgence, éviter qu’un musulman lambda perçoive les légitimes et urgentes critiques du fascislamisme avec une critique de l’islam ? Surtout que ce musulman lambda n’est souvent pas le dernier à dénoncer le fascislamisme dont il est ici ou là la première victime ?

    Autant il est légitime et urgent de dénoncer la rhétorique par laquelle le prosélytisme islamiste a inventé le terme d’islamophobie pour prétendre interdire toute critique de l’idéologie islamiste, autant il me semble urgent de mobiliser l’islam contre l’islamisme. Et surtout nos compatriotes, intellectuels et responsables se reconnaissant ou s’exprimant en qualité de musulmans (croyants, pratiquants ou non, mais laïques) pour dénoncer l’islamofascisme, non ?

    Bien à vous.

    Répondre
    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Ce n’est pas à une analyse fine de dissociation critique qu’invitait ici M. Castaner, mais à une exclusion totale de toute causalité politico-religieuse sectaire : c’est pourquoi j’ai parlé de déni et de culture de l’excuse.
      Pour l’analyse critique nécessaire au sein même de l’islam, je me permets de vous renvoyer à la Lettre ouverte au monde musulman d’Abdennour Bidar http://www.mezetulle.fr/lettre-ouverte-au-monde-musulman-da-bidar/

      Répondre
    2. Caspard Annette

      Absolument d’accord avec vous, Claustère. Il serait absurde d’imputer à Marx (laissons-lui le bénéfice de croire en ses bonnes intentions …) la catastrophe qui a suivi, à savoir toutes ces années de pouvoir communiste et totalitaire; de même, personne je suppose n’aurait l’idée d’imputer à Jésus (à supposer qu’il ait été à l’origine de la suite) les déviances et dérives du christianisme durant des siècles : là aussi on peut parler de totalitarisme, intolérance, cruauté, mainmise complète sur les esprits …

      Sauf que … pour éviter que TOUS les musulmans lambda ne confondent la critique du fascislamisme avec une critique de l’islam, j’aimerais bien que vous me proposiez vos solutions à cet égard ! Car c’est précisément dans ce piège que de nombreux « lambda » (musulmans ou pas) tombent très très souvent. Et si beaucoup y tombent par ignorance, manque de réflexion, etc … d’autres entretiennent cette confusion en sachant parfaitement ce qu’ils font, et s’empressent justement de clamer « islamophobie » !!! Une critique de l’islam, et quelques manipulateurs vous traitent d’islamophobe, raciste, et j’en passe … A vos risques et périls …

      Alors oui, il serait urgent de dénoncer ce piège, EN GRAND (certains le font déjà avec ténacité, telle Elisabeth Badinter – et puis qui ?), il serait excellent de mobiliser l’islam contre l’islamisme, comme vous dites, je ne demande que cela – eh bien, comment s’y prendre, que proposez-vous ?

      J’ajoute qu’ayant lu un peu tous les autres commentaires avant d’écrire le mien, je me contenterai seulement de remercier François Braize pour ses deux mises au point des 11 et 12 juin, j’approuve tout à fait ! Et dans votre avis daté du 12 juin à 10h58, Catherine, pour faire simple il me semble que vous pensez : M. Castaner est tombé à pieds joints dans le mantra « padamalgam » !, et a peut-être craint de mettre la « religion » islam en cause, au risque d’être taxé d’ « islamophobe » …

      J’espère que dans les prochains mois nous en saurons un peu plus, sur les visions et projets du nouveau gouvernement, vis-à-vis de l’islam et surtout de la laïcité, sur les liens de M. Macron avec l’UOIF (puis-je ajouter LOL ?), enfin sur tous ces sujets sérieux et importants, pour lesquels aucune échappatoire n’est envisageable … et sur lesquels, pour le moment, nous avons peu d’échos …

      La télépathie fonctionne vraiment bien, sur Mezetulle : j’ai lu la lettre d’Abdennour Bidar, ai commencé « La France soumise », de G. Bensoussan, et « Mes indépendances » de K. Daoud attend patiemment sur son étagère …

      Répondre
  3. Jeanne Favret-Saada

    Le propos du porte-parole du gouvernement est scandaleux pour deux raisons supplémentaires.
    D’une part, le responsable d’un Etat laïc n’a pas compétence pour décider de la fidélité ou de la trahison envers une certaine religion. D’autre part, toutes les religions, l’islam inclus, reconnaissent les « vulgaires assassins » et les « voyous » comme d’éventuels fidèles authentiques.
    Ce mélange d’arrogance (l’Etat sait distinguer entre la « vraie » religion et la fausse) et de moralisme (les voyous sont par principe hors de la religion) augure assez mal de la « Révolution » macronienne.

    Répondre
    1. Bertrand

      Ce que vous ècrivez est sidèrant : les terroristes qui se font exploser à Manchester au milieu d’adolescents sont donc de vrais musulmans, respectant ainsi leur religion. Cela sous entend que les bons musulmans devraient aussi massacrer les non musulmans. Et vous reprochez au porte parole du gouvernement de refuser cet amalgame ?
      Ce qu’a dit Christophe Castaner avec raison c’est qu’un assassin reste un assassin quel que soit le motif idéologique qu’il invoque. Sinon on justifie peu à peu tous les terrorismes et cet article va dans crtte voie absurde.

      Répondre
      1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

        Le commentateur semble ne pas avoir lu l’article de près, ni les échanges ci-dessus notamment avec « Yves Carl » et « Claustaire » qui abordent avec précision les deux points qu’il soulève. Il ne s’est pas soucié de s’informer davantage, par exemple en allant lire la Lettre ouverte au monde musulman d’Abdennour Bidar citée dans les réponses ci-dessus. On pourrait, dans le même ordre d’idées, lui conseiller la lecture de très nombreux textes émanant d’analystes et d’écrivains de culture musulmane – par exemple, dans des registres très différents, Kamel Daoud et Mohamed Sifaoui.

        En outre, en s’autorisant de deux paralogismes (1° dire que l’islam est concerné ce serait soutenir qu’un « bon » musulman est terroriste ; 2° souligner que ces attentats ont des motifs religieux idéologiques sectaires serait nier leur qualification criminelle), il parvient à faire dire à l’article le contraire de ce qu’il dit !

        Répondre
      2. Jeanne Favret-Saada

        J’ai seulement dénié au porte-parole d’un gouvernement laïque le droit de décréter ce que serait ou non la « vraie » religion islamique, et celui d’affirmer qu’il existe une incompatibilité de nature entre la religion et le meurtre. Ce n’est tout simplement pas son boulot.
        Si Bertrand a des certitudes sur ces deux points, libre à lui. Un minimum de culture historique aurait pu lui apprendre que tuer au nom de Dieu fait, à certains moments, partie intégrante des « vraies » religions, et qu’une religion, comme le catholicisme, qui fabrique des saints, en a proposé maints exemples (sans compter que l’Eglise catholique n’a jamais craint de canoniser de grands pécheurs). Enfin, Bertrand devrait lire les reportages de David Thompson sur les jihadistes, afin de comprendre en quoi consiste leur conversion : elle ne correspond pas à l’idée que Bertrand s’en fait, mais les pentecôtistes chrétiens, par exemple, n’auraient aucun mal à la reconnaître.

        Répondre
  4. daisy

    Autant je souscris totalement à votre propos, autant je reste sidérée par votre manière de présenter comme hypothétique, voire, surprenante (« il semblerait que… soit… ») une position au contraire parfaitement attendue de la part de ce gouvernement.
    Vous m’avez récemment opposé une fin de non-recevoir, alors que je pointais l’indécence, sur le fond, d’un rapprochement formel que vous établissiez entre ceux qui réfutent une différence de qualité (pour aller vite) entre Macron et Le Pen, et entre des islamistes terroristes et de simples meurtriers (cf. votre billet sur le choix de mettre un buletin Macron dans l’urne). Le lien que j’avais alors cité mettait pourtant en évidence les liens entre Macron et l’UOIF. Ce texte public et lisible par tous, vous l’avez gratifié d’un silence éloquent.
    Ma question est donc de savoir si, parlant d’ « idiots utiles », vous vous incluez, ayant voté pour Macron, dans cette catégorie. Si ce n’est pas encore le cas, j’attends de voir l’état des libertés individuelles, que vous défendez, une fois les islamistes macroniens au pouvoir, et de savoir si, après coup, vous estimerez justifiée la défiance que vous aurez naguère exprimée pour Mme le Pen.
    L’ironie du sort veut qu’en évoquant les communistes, votre rapprochement ne fasse immanquablement penser à nombre d’entre eux qui, pour s’amender des crimes du stalinisme, déclaraient qu’ils « ne savaient pas ». Votre position est, aujourd’hui, identique.

    Répondre
    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Ce commentaire se réfère à un échange qu’on pourra trouver ici :
      http://www.mezetulle.fr/oser-betement-bulletin-macron-tenaille-chantage/#comment-6651
      et ma réponse:
      http://www.mezetulle.fr/oser-betement-bulletin-macron-tenaille-chantage/#comment-6656

      Les lecteurs seront éclairés en allant lire cet échange et pourront juger à partir de là du bien-fondé du présent commentaire. Le moins que je puisse dire est que la commentatrice, vu son interprétation de « Il semble que… » n’est guère sensible aux subtilités de l’écriture… !
      Je me contente d’ajouter, au sujet de la fin du commentaire, que jusqu’à plus ample informé et à moins que cela m’ait échappé, le gvt Macron n’a pas commis de crime contre l’humanité, n’a appelé au meurtre de personne, n’a pas ordonné arrestations arbitraires, ni procédé à des déportations massives, etc.

      Répondre
  5. François Braize

    Alors là oui, encore une fois, total soutien à Mezetulle sur cette question qui m’avait échappé.
    La rhétorique de certains des commentateurs qui essaient à tout crin de justifier la position de Castaner est effrayante.
    J’invite tout ce beau monde à lire d’urgence, entre autres, l’interview de Rushdie dans l’Obs de cette semaine et le bouquin de Bensoussan « La France soumise » préfacé par E Badinter.
    Cécité quand tu les tiens ! Les islamistes peuvent se frotter les mains, la bêtise dans « nos » rangs est sans limite !

    Répondre
    1. François Braize

      Comme la situation s’aggrave du côté des commentaires depuis que j’ai effectué celui ci-dessus, je remplace dans mon commentaire précédent à la deuxième phrase le mot « certains » par les mots « la plupart » et après le mot « rhétorique » j’ajoute évidemment le mot « idiote » !
      Si Mezetulle m’y autorise…

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *