François Hollande met la loi de 1905 sens dessus dessous

Dans sa 5e conférence de presse du 5 février 2015, le président de la République, interrogé sur la laïcité, déclarait : « Il n’est pas question de modifier la loi de 1905 »1. On a applaudi. Apparemment, un mois après, il aurait changé d’avis ?

En effet, dans un entretien avec les lecteurs du Parisien publié le 4 mars2, il déclare :

« La République française reconnaît tous les cultes ».

Ce qui est l’exact inverse de l’article 2 de la loi de 1905 qui dispose : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

Même le Concordat d’Alsace-Moselle ne reconnaît pas tous les cultes ! Ce serait donc un scoop énorme.

Et ce n’est pas fini. Poursuivant sur l’enseignement, il ajoute « Il faut un enseignement des religions à l’école » (on suppose qu’il s’agit de l’école publique) mais, précise-t-il, « un enseignement laïc [sic] ». Je vois bien comment un enseignement abordant le phénomène religieux peut être laïque, mais je ne vois pas comment un enseignement des religions peut être laïque : il ne peut être que religieux ! 

Les services de l’Elysée ignorent-ils la loi au point de ne pas corriger – ou du moins expliquer et nuancer car les propos ont été tenus en public  – des approximations qui pourraient être dues à une fatigue bien compréhensible de la part d’un homme surmené ? 

Il faut peut-être envisager une autre hypothèse.
Je me souviens de la proposition 46 du candidat Hollande en 2012 qui, précisément au sujet de la loi de 1905, déclarait à la fois « A » et « non-A »3.

Ce serait  : la continuité dans l’incohérence.

 

Notes
  1. Voir la vidéo sur le site de l’Elysée, le passage se trouve à 1h 46′ 56′ []
  2. Le Parisien, 4 mars 2015, p. 4 ; voir en ligne http://www.leparisien.fr/politique/francois-hollande-il-faut-un-enseignement-des-religions-a-l-ecole-04-03-2015-4574593.php []
  3. téléchargeables sur le site du PS. Rappel de la proposition 46 « Je proposerai d’inscrire les principes fondamentaux de la loi de 1905 sur la laïcité dans la Constitution en insérant, à l’article 1er un deuxième alinéa ainsi rédigé : « La République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des Églises et de l’État, conformément au titre premiede la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace et Moselle. » » []

17 réflexions au sujet de « François Hollande met la loi de 1905 sens dessus dessous »

  1. Il Rève

    Effectivement, c’est à n’y plus comprendre rien. Toutes celles et ceux qui lisent et relisent et réfléchissent à la loi de 1905 n’en reviennent pas. Quoi un président, issu d’un parti socialiste, élu, tournerait le dos aux raisons pour lesquelles il exerce les plus hautes fonctions de l’Etat. C’est un fait. En déclarant que la République reconnaît tous les cultes le chef de l’Etat annule un des fondements de la laïcité. Il ouvre ainsi une nouvelle ère, fort dommageable pour la cohésion sociale et l’histoire de la France. Se tournant vers une conception « cultualiste » de la République, le premier homme de France se place comme dernier citoyen défenseur de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Il ouvre une grande porte aux groupes de pressions religieux, aux religions, aux églises et autres courants métaphysiciens pour l’organisation politique de notre pays. Cela s’appelle le communautarisme. Certaines dispositions annoncées par le parti socialiste vont même dans le sens de la restauration d’une certaine forme de concordat… Attachés aux valeurs culturelles de nombreux citoyens ne s’y tromperont pas qui ne feront plus confiance à ces faux représentants de leurs intérêts historiques et sauront le moment venu dire non à la falsification et oui à l’avenir laïque de la France.

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  2. èric le goff

    suite aux événements Charlie Hebdo, les « démocraties  » théologiques diverses circum-méditerranéennes , les bulldozers iraqiens , la « culture musulmane » en prend un coup chez les français laïques , pour ne pas dire de souche , ( référence à une culture , une civilisation , un mode de vie , un droit du sol , de naissance ou d’adoption ) même Onfray vient à la rescousse , Tariq Ramadan qui devient laïque , on en oublierait presque toutes les autres religions , va t on aussi parler de l’hindouisme , du taoïsme , des Cargos Cults cités par Levy Strauss et quelques centaines d’autres ? On va financer tout ça ? Mais ça va demander d’apprendre à lire , le français en France , sinon quelques centaines de religions , quelques centaines de langues d’origine ? va falloir sérieusement envisager la réécriture du mythe de la tour de Babel , et s’il n’y avait qu’une culture humaine , le symbole de la mer , des océans ? le multiculturalisme ? chacun à barboter dans sa baignoire ou son pauvre bidon ? difficile , la navigation ? la solidarité des gens de mer ? la mer ? toujours changeante ? la nuit sous les étoiles ? une spiritualité laïque ? levez donc la tête sur le ciel , les étoiles , l’infini , arrêtez de nous gonfler avec ces discours ridicules , le SDF , celui qui meurt de faim , ce n’est que la faute des un pour cent qui possèdent autant que les cinquante pour cent les plus pauvres , on va étudier les dogmes religieux ? tous ? et pourquoi pas le dogme économique ? le clergé grec est payé par l’état ? semble t il ? mais ne paye pas d’impôts ? cherchez l’erreur ? la spiritualité financière ? islam ? soumission ? Ah , et si la soumission , on disait BASTA ? ni dieu ni maître ? juste liberté , égalité , fraternité , laïcité ? mais c’est faire de l’apologie ? c’est raciste , antisémite , fasciste , front nationaliste ? que sais je encore ??? au bord du gouffre ? oui , mais qui risque de se retrouver par terre ? vous avez noté ? faut réformer , mais on ne dit jamais quoi ni comment , ah ? les curés ? les imams ? ça serait la solution ? libéraliser la drogue , le mariage pour tous ? l’amour universel ? et la légion dans les rues ? Comme aurait dit un philosophe ? il y a comme un défaut ? non ??

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  3. Caspard

    Vive l’époque où l’on monte en épingle chaque « dérapage », ou prétendu tel !
    F. Hollande a récemment prononcé « Français de souche », et plusieurs se sont emparés de ces propos « inqualifiables » . Sauf qu’il avait ajouté : « comme on dit », ce qui équivaut à des guillemets; autrement dit, les paroles de notre Président ne méritaient pas que l’on gâche de l’encre ou des clics pour rien …
    Monsieur R. Cukierman avait avancé le fait que, bien que l’immense majorité des musulmans soit pacifique, que la violence ne provienne que d’une très faible minorité d’entre eux [tout cela en substance], on ne peut nier que les (crimes? attentats? violences? je ne sais plus quel était le terme employé), soient commis par des musulmans … Colère de D. Boubakeur, commentaires à la pelle, et les restrictions oratoires de Cukierman escamotées, à la trappe, bien évidemment, …!

    Dérapages? Franchement, je ne vois pas où … Mais il semble que l’on cherche actuellement la moindre occasion de pinailler, s’indigner, chercher la petite bête, quitte à sortir totalement quelques mots de leur contexte …

    En revanche, la phrase de notre Président EST bel et bien inexacte! Faut-il parler de « dérapage »? Je crois plutôt qu’il ne pense pas toujours au sens des mots, et ne réfléchit pas toujours à ce qu’il avance! Puisqu’à présent il faut absolument faire attention à ne pas « heurter » le bon peuple, donner des gages de bonne volonté à tout le monde, être « positif », tout en essayant de ne pas céder sur les « valeurs » républicaines, etc … etc …, il est amené à un moment ou un autre à affirmer le contraire de ce qu’il veut dire, sans doute en toute bonne foi !

    Je parie qu’il va, dans peu de temps, rectifier son propos en prétendant qu’il s’est mal exprimé, mal fait comprendre, et que … et que …

    Enfin, espérons qu’il s’est VRAIMENT emmêlé les pinceaux, sinon, il y a effectivement de quoi se poser des questions … mais pas seulement à propos de sa phrase; bien d’autres opinions, propositions ou décisions de nos élus sont très problématiques, hors de propos, inquiétantes même. A force de chercher à ménager la chèvre et le chou, on s’engage dans du n’importe quoi …

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    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      Bonsoir Annette. Oui j’avais effectivement pensé à faire la différence avec ce qu’on appelle un « dérapage », petite phrase isolée de son contexte ou écart de langage « sur le vif », souvent émis par une personne « piégée », et dont certaine presse est friande : la peur du « dérapage » nous vaut la plupart du temps des propos politiquement corrects, complètement édulcorés et « lissés ». Vous le notez très bien dans votre commentaire.
      Ici, rien de tel. On voit difficilement comment un président de la République peut se faire « piéger » dans un entretien qui a dû être soigneusement préparé. On voit encore plus difficilement comment il peut ignorer une loi aussi connue et aussi importante que la loi de 1905, de plus fort souvent citée ces derniers temps… et par lui-même dans sa conférence de presse du 5 février. Et cela d’autant plus que le verbe « reconnaître » est expressément repris : c’est une paraphrase de l’article 2 à l’envers.
      On attend une explication.

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  4. ScienceDure

    Faire référence à un article de loi dans une constitution me semble parfaitement illogique: c’est la constitution qui fournit un cadre pour construire la loi et non l’inverse, sinon à quoi sert donc le Conseil Constitutionnel?

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    1. MezetulleMezetulle Auteur de l’article

      On peut s’inspirer d’un texte de loi pour proposer de le transformer en principe constitutionnel. La « boucle » référentielle que vous relevez vient effectivement de la citation d’une loi dans un projet de texte constitutionnel : une contradiction de plus ! Celle que je relevais consiste, dans une même phrase, à prétendre constitutionnaliser A et non-A.

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    2. Il Rève

      La relation entre texte de loi et texte constitutionnel semble nous éloigner du centre de la question. Qui pour quelques citoyens soucieux du respect des textes, des fonctions et des personnes, est le suivant. Entre l’article 1er de la loi de 1905 et la déclaration récente du président de la République que devons nous choisir ? Que veut dire François Hollande lorsqu’il déclare que la République reconnaît toutes les religions. Souhaite-t-il qu’un débat s’engage pour ou contre la révision de la loi de 1905 ? Accepte-t-il de faire un grand pas vers une conception communautariste des relations entre les églises et l’Etat ? Nous sommes inquiets du silence d’organisations de défense de la laïcité. Elles sont nombreuses à ne pas avoir encore réagi. Est ce dû à la moindre médiatisation de leur réponse ? Ce qui rend le silence encore plus lourd de signification. Et pourtant (1905- 2015) l’anniversaire des 110 ans de la loi ne peut tourner au cauchemar.

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  5. Martine Hello

     » L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime  » ( Chateaubriand)

    Le 21 janvier 2015 , à la fin de son intervention aux matins de France Culture, Pierre Nora exprimait son doute sur la capacité des parlementaires actuels à se hisser au niveau intellectuel, philosophique , historique et rhétorique de ceux qui siégeaient à l’Assemblée Nationale au moment du vote de la loi de 1905 . Niveau attesté par la qualité des discussions menées pendant près de deux ans et dont Pierre Nora souhaiterait une réédition . Réédition qui risquerait d’être boudée par ceux qu’elle pourrait inspirer puisque même la ministre de la culture ne lit pas . De quel temps de réflexion dispose un cerveau obsédé par la communication, le paraître et la carrière ? Et ne pas lire n’influe-t-il pas sur la qualité de cette réflexion ? Quand l’ignorance l’emporte sur la culture , le n’importe quoi sur la réflexion et que 2017 devient la priorité , prétendre agir dans l’intérêt général est d’une indécente désinvolture révoltante.

    Dans  » La débâcle de l’école: une tragédie incomprise » , L. Lafforgue écrit :  » Les fautes commises procèdent d’un affaiblissement du caractère et d’une déliquescence de la pensée … Elles font planer la menace d’un anéantissement de la liberté des personnes d’autant plus profond qu’il ne résulterait pas d’une tyrannie extérieure mais du défaut de transmission des moyens de la liberté de l’esprit .  »

    Martine Hello
    Rennes

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    1. Il Rève

      En réponse à Martine qui écrit : « Dans « la débâcle de l’école: une tragédie incomprise  » , L. Lafforgue écrit : « Les fautes commises procèdent d’un affaiblissement du caractère et d’une déliquescence de la pensée … Elles font planer la menace d’un anéantissement de la liberté des personnes d’autant plus profond qu’il ne résulterait pas d’une tyrannie extérieure mais du défaut de transmission des moyens de la liberté de l’esprit . »
      Il ne me semble pas que L. Lafforgue soit en mesure de juger de « l’affaiblissement du caractère » et de « la déliquescence de la pensée », encore moins de juger comme « fautes » ce qui est du ressort de choix politiques consciencieusement élaborés. Différents, sans doute, de ceux que nous serions amenés à faire dans la même situation. Mais nous sommes contraints d’accepter les choix des autres, fussent ils président ou 1er ministre, comme ceux émanant d’un fort caractère et d’une pensée puissante. A moins de considérer la primauté faite aux domaines économique et financier comme un facteur de dégénérescence de la réflexion et des choix politiques, qui deviendraient seconds. Cela est fort possible.

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      1. Caspard

        En réponse à « Il rêve », qui lui-même répond à Martine Hello, je dirais que je trouve très pertinente l’intervention de ladite Martine, à laquelle je souscris totalement. Et j’aimerais savoir en quoi L. Lafforgue ne serait pas en mesure de juger de « l’affaiblissement du caractère » etc … ? Qu’est-ce que « juger », au fait ? L. Lafforgue donne son avis, son opinion, sur ce qu’il croit constater, c’est bien son droit me semble-t-il ? Quant aux choix politiques, suffit-il qu’ils soient « consciencieusement élaborés » pour qu’ils soient dès lors considérés comme légitimes ? Et qu’il soit interdit de les voir comme des fautes? Curieux raisonnement !!! Et qui me « contraint » d’accepter les choix de personnes haut placées comme « émanant d’un fort caractère et d’une pensée puissante » – de mieux en mieux …!

        « considérer la primauté faite aux domaines économique et financier comme un facteur de dégénérescence … », c’est bien mon avis également ! C’est cela qui nous dirige droit dans le mur !

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        1. Il Rève

          « Juger », c’est à dire émettre un jugement, une appréciation. En quoi ce qui est décidé en haut lieu procède de « fautes », qui elles mêmes sont les conséquences « d’une déliquescence de la pensée et d’un affaiblissement du caractère ». C’est parce que L. Lafforgue n’apporte ni référence ni argumentation rationnelle à cette affirmation que quiconque est en droit d’y voir une illusion ou un préjugé. Je peux soutenir l’affirmation inverse à propos des choix politiques de F. Hollande en disant qu’il possède une force de caractère exceptionnelle et une pensée hors du commun pour soutenir une économie politique qui est à l’opposé des racines profondes du socialisme. Personne ne pourra contredire une telle assertion, surtout pas les quelques 80 % des sondés qui ne donnent pas leur faveur à l’actuel président de la République, et qui, eux, défendent leur politique économique.

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  6. Philippe Foucher

    Bonjour à toutes et à tous,

    Je dérive probablement du sujet mais jusqu’à quel point ?…
    Le ministère a engagé depuis plus d’un an un travail sur la laïcité dans les établissements scolaires. Une charte est affichée et travaillée par les élèves.
    En voici l’Article 1 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi, sur l’ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances. » *
    Bien sûr le dérapage « « La République française reconnaît tous les cultes » ne dit pas exactement ce que dit la phrase « Elle respecte toutes les croyances », mais tout de même n’est-ce pas une curieuse entrée dans la laïcité ?!…
    Certes, l’article 3 précise ensuite « La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire.  »
    Certes, il est important que la république respecte toutes les croyances, dont ma croyance en un beau temps pour demain. Mais si la république respecte toutes les croyances, quel respect a-t-elle de toutes les sciences ? Est-ce que la république, qui autorise l’incroyance (article 3), respecte tout autant les incroyants ? Est-ce que, comme vous le relevez ailleurs Catherine, on n’a pas placé dans cette charte, la liberté religieuse au-dessus du principe plus fondamental de la liberté de conscience ?
    A-t-on écrit ici un texte avec une visée particulière qui dilue ainsi son projet laïque, ou une charte de la laïcité dans un projet républicain, pour tous ?

    Par ailleurs, la tournure que prend le travail qui est demandé peu à peu aux élèves et aux enseignants sur la laïcité, jusqu’à en faire un enseignement, comme un élément de doctrine, est inquiétant quant au contre-sens qu’il induit et au rejet qu’il pourrait susciter.
    Cordialement.

    * Charte disponible sur le site du ministère :
    http://eduscol.education.fr/cid73652/charte-de-la-laicite-a-l-ecole.html

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  7. Milaveau

    Bonjour
    Ainsi donc j’aurais pu commencer la lettre que j’ai écrite au Président de la République – que je reproduis ici ainsi que sa réponse- par :
    Au secours, ils sont devenus fous,
    Le Président de la République qui déclare : « La République française reconnaît tous les cultes ».
    Après avoir pris connaissance sur vote blog de la position de Françoise Laborde en faveurs des accompagnatrices de sorties scolaires, je lui ai fais part de mon désarroi en lui adressant la copie de ce courrier ainsi que la réponse en espérant que la « parfaite détermination du Chef de l’Etat » qui s’y trouve exprimée sera suivie fermement de mesures effectivement mises en place, de telle sorte qu’elle ne rejoigne pas les propositions « angéliques et pusillanimes » de l’observatoire de la laïcité qu’elle a récemment dénoncées.
    Malheureusement, la gauche une fois de plus baisse la garde!

    ***
    Voici la lettre du 21 décembre 2014 :
    Monsieur le Président de la République,
    Au secours, ils sont devenus fous !
    Le maire de Mions qui invite à une messe du souvenir pour la commémoration du 11 novembre en citant l’exemple du préfet de Bourgogne qui fait la même chose, quand le préfet de l’Hérault ordonne l’enlèvement d’une crèche dans une mairie.
    Accuser, comme le fait ce maire, « l’opposition municipale de confondre laïcité et anticléricalisme » et en appeler à la liberté de conscience au moment même où il l’a bafoue ; dénoncer – comme le fait ce maire – « l’instrumentalisation de la religion » pour recourir à l’instrumentalisation de la laïcité au profit d’un office religieux désigné est une imposture : Soit cet élu prétend n’ inviter à la messe que les croyants chrétiens : comment le peut-il sans faire preuve d’un déni méprisant pour les citoyens qui ne le sont pas ? Soit il prétend inviter tout le monde : comment peut-il le faire dans un lieu de culte qui, par définition, ne concerne pas tout le monde ?
    Le président de conseil général de Vendée qui dénonce à juste titre le deux poids deux mesures parce que la mairie de Paris peut revendiquer l’organisation du repas officiel d’ouverture du Ramadan alors qu’il doit renoncer à l’installation d’une crèche dans le hall de l’hôtel du Département, mais qui revendique à son tour l’installation de cette crèche en implorant : « Oui au principe de laïcité, non au principe d’absurdité ».
    Comme pour le maire de Mions, la contradiction est insurmontable pour cet élu. D’une part il en appelle au « ciment de notre maison commune, la France » c’est à dire à ses yeux à la tradition chrétienne : dans ce cas il y a immixtion du pouvoir politique dans une religion ; d’autre part il appelle à la rescousse le principe de laïcité qui interdit toute ingérence des cultes dans la sphère publique, et qui devrait donc le conduire à renoncer à cette crèche, sauf à pouvoir démontrer qu’elle n’a aucun rapport avec la religion, ce qui consiste, paradoxalement, à débaptiser ce symbole cultuel pour en faire un évènement culturel afin de pouvoir lui faire une place dans les services publics.
    Des élus qui commettent la faute politique de confondre leurs convictions personnelles avec ce qui leur est permis de dire publiquement dans l’exercice de leurs fonctions : Nicolas Sarkozy, Président de la République déclarant à Latran en 2007 : « Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la république, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».
    Un ancien ministre de l’Intérieur qui commet cette année la même faute : Manuel Valls en faisant cette désastreuse déclaration lors d’un rassemblement organisé par le CRIF en mémoire des victimes de Mohamed Merah : « les juifs de France sont plus que jamais à l’avant-garde de la République et de nos valeurs », car en désignant ainsi des français à l’avant-garde, il en désigne d’autres à l’arrière-garde alors qu’il devrait traiter tous les citoyens à égalité, sans discrimination ni privilège.
    L’actuelle ministre de l’Éducation Nationale qui pense pouvoir donner à sa position sur l’accompagnement des sorties scolaires par des collaborateurs occasionnels de service public une autorité objective en appelant à la rescousse l’avis du conseil d’État quand le même avis lui permettait de prendre une position contraire. La ministre ne s’interroge pas pour savoir si ces accompagnatrices, qu’elle essentialise en les désignant benoîtement de mamans voilées, sont soumises ou non à la neutralité religieuse, comme si la question ne se posait même pas, alors qu’il s’agit, en amont, du préalable indispensable d’où découle la décision d’admettre ou non comme règle leur présence aux sorties scolaires.
    Ce faisant elle participe à la démission du débat politique par un de ces « reculs ou compromis successifs » qu’elle dénonce pourtant elle-même au début de son audition par l’Observatoire de la Laïcité en octobre dernier, en les qualifiant de « petits » pour mieux s’exonérer, paradoxalement, de son renoncement politique qui l’amène à reconduire la même erreur de méthode que celle commise par Lionel Jospin en 1989.
    L’universalisme laïc accorde indistinctement à tous les citoyens l’impartialité dans le fait de croire, de ne pas croire ou de douter et les protège ainsi contre tous les communautarismes. La laïcité est confrontée à son propre principe de neutralité : ne reconnaître aucune religion, les connaître toutes. Les religions qui étaient très minoritaires et qui se développent en France doivent pouvoir trouver leur place dans notre société, toute leur place mais rien que leur place. Il en est de même pour la religion prédominante.
    C’est à la puissance publique d’y veiller, fermement, et de mettre fin aux circonvolutions ministérielles et à la confusion juridique qui l’a fragilise.
    Où est-elle ?
    Il faut agir monsieur le Président de la République car « Enfin, il ne faut pas oublier que la laïcité protège la puissance publique des religions, qu’elle protège les religions de la puissance publique, mais qu’elle protège aussi les religions les unes des autres ».Questions fréquentes sur la laïcité, par Catherine Kintzler, publié dans Mezetulle, en ligne le 13 mars 2009, mise à jour du 27 mars 2011.
    Je ne suis le représentant d’aucune organisation, et bien qu’elle ne représente que moi, je vous remercie par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à ma lettre et vous prie d’agréer, monsieur le Président de la République, mes très respectueuses salutations.
    ****
    La réponse du chef de cabinet en date du ….15 janvier :
    Le Président de la République a bien reçu votre courrier et m’a confié le soin de vous répondre.
    Je puis vous assurer de toute l’attention portée à vos propos.
    La laïcité est notre meilleur rempart contre les discriminations religieuses puisqu’elle garantit la liberté pour chacun de croire ou de ne pas croire, l’égalité entre les religions et la tolérance à l’égard des croyants qui peuvent exercer leur culte librement dans le respect de l’ordre public. A cet égard, soyez certain d la parfaite détermination du Chef de l’Etat à faire de la France une nation unie et rassemblée autour des valeurs d’égalité, de tolérance et de progrès
    je vous prie d’agréer…………….
    ****
    Que vient faire la tolérance- qui plus est appelée à la rescousse des seuls croyants – et le progrès pour relever le défi lancée à la République ? La laïcité est présentée comme un outil contre les seules discriminations religieuses, le Président ignore les discriminations contre les libres penseurs.
    Cela me fait penser à la Ministre de l’Éducation Nationale qui a déclaré : « La laïcité n’est pas l’instrumentalisation qui a pu en être faite par certains au service du refus d’une religion, créant une incompréhension ou une défiance chez certains de nos concitoyens » : Elle ignore l’instrumentalisation de la laïcité qui vise l’acceptation de la religion là où elle ne doit pas être !
    Le Président fissure lui-même le rempart dont il parle, qui n’est en réalité qu’une une feuille de papier.
    Et pendant ce temps, une ministre de la République intervient pour savoir s’il faut autoriser la circulation alternée à Paris le dimanche ou le lundi !
    Au secours

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