Femmes et laïcité : la question de l’assignation

Texte de l’audition de C. Kintzler à la Délégation aux droits des femmes du Sénat

Le 19 mars 2015, j’ai été invitée par la Délégation aux droits des femmes du Sénat, présidée par Chantal Jouanno, à parler des enjeux de la laïcité pour les droits des femmes. Voici le texte de mon intervention, qui fut suivie par un échange chaleureux et fructueux. Dans un exposé qui doit être bref, il est impossible de faire un « tour d’horizon » (ce qui réclamerait des compétences multiples que je n’ai pas). J’ai donc choisi de concentrer mon propos sur le concept d’assignation, qui m’a semblé fondamental1.

Même dans un État de droit, les femmes sont quotidiennement aux prises avec deux questions apparemment anecdotiques, mais symptomatiques.

  • Pouvoir sortir de l’intimité et se trouver dans un lieu public sans avoir à répondre du motif de leur présence. L’urbanité, c’est le fait de pouvoir être dehors, dans la rue, sans avoir quelque chose de spécial à y faire, être là juste pour être là sans être l’objet de questions et de soupçons – ce qui va de soi pour les hommes, mais pas pour les femmes.
  • Ne pas être tenues de justifier leur existence par le fait d’avoir un ou plusieurs enfants – question adressée « naturellement » aux femmes et subsidiairement aux hommes.

Ces deux questions renvoient à un point plus profond. Elles posent celle de l’assignation à une extériorité, à une finalité qui prétend vous définir et se substituer à votre intériorité ; c’est un déni d’autonomie et de singularité. Voilà le point d’appui, me semble-t-il, de tout ce qui fait obstacle aux droits des femmes. C’est de cette assignation que la laïcité délivre toute personne, et c’est pourquoi les femmes ont tout particulièrement intérêt à vivre dans une association politique laïque. 

Je commencerai par un résumé du fonctionnement du concept de laïcité avant d’en déduire une fonction de respiration, laquelle suppose, a contrario, une définition de l’intégrisme.

Le lien politique est-il de nature fiduciaire ?

L’affaire des signes religieux à l’école publique (Creil) et ses corollaires (accompagnateurs scolaires, université..), le vote de la loi de 2004, l’affaire du gîte d’Épinal, celle du port du masque dans les lieux publics, les tentatives de « toilettage » de la loi de 1905, celle des cimetières, la récupération de la thématique laïque par l’extrême droite, l’affaire de la crèche Baby-Loup… : j’ai voulu proposer une construction philosophique du concept de laïcité capable de rendre intelligible cet ensemble d’objets épars et de faire face aux questions d’aujourd’hui.

Paradoxalement, c’est à la fin du XVIIe siècle que j’ai trouvé le noyau conceptuel de cette construction. Je constatais que l’une des attaques les plus efficaces contre la laïcité dite « à la française » consiste à lui opposer (et à lui substituer) le régime de la tolérance à l’anglo-saxonne, réputé plus « ouvert » et « accommodant » : or ce régime est largement appuyé sur l’évidence sociale du fait religieux. Le noyau conceptuel est une question de philosophie politique : celle de la nature et de la forme du lien rendant possible l’association politique.

La question de la nature du lien politique fut posée par John Locke, le plus grand théoricien du régime de tolérance ; il la pose en même temps qu’il y répond : il faut exclure, dit-il, les athées de l’association politique. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas fiables dans leurs serments du fait qu’ils ne croient à rien. Le problème avec les non croyants, c’est qu’ils sont par définition déliés. Le motif avancé par Locke permet de poser la question fondamentale : pour faire la loi, faut-il se régler sur le modèle de la foi ? le lien politique s’inspire-t-il d’une adhésion préalable dont le modèle est la croyance ? Locke répondait oui, mais ce grand esprit a vu le cœur de la question, il a de ce fait tracé le champ conceptuel sur lequel va s’installer la laïcité.

Il faut retourner la réponse pour obtenir la laïcité, mais la question de Locke est structurante : non ce n’est pas nécessaire de croire à quoi que ce soit pour construire l’association politique. La loi n’a pas besoin du modèle de la foi, elle ne s’inspire d’aucun lien préexistant et ne suppose aucune forme de croyance ou d’appartenance préalable. C’est un courant de la Révolution française – incarné par Condorcet – qui a opéré ce retournement, alors même que le mot laïcité n’existait pas encore.

Un de mes collègues à Princeton m’a suggéré cette comparaison avec un système de numération : « Nous les Anglo-Saxons, nous partons de 1. Les Français partent de zéro ». Partir de 1, c’est s’appuyer sur les religions, les courants et les communautés existants pour les fédérer dans ce qu’ils ont de commun. Partir de zéro c’est ouvrir un espace plus large qui pourra accueillir toutes les positions, y compris celles qui n’existent pas, et qui fait de la liberté des cultes un cas particulier de la liberté de conscience.

Quelques conséquences

  • La puissance publique est installée sur le moment zéro. Elle ne dit rien sur les croyances et les incroyances. Cette abstention s’applique partout où la constitution des droits est engagée – assemblées nationales et locales, tribunaux, école publique… C’est ce qu’on appelle à strictement parler le principe de laïcité.
  • Mais ce principe de laïcité rend possible, dans la société civile – partout ailleurs, dans la rue, dans les lieux publics, les transports, les commerces, etc ; – l’application du principe de libre expression, de libre affichage. On peut avoir la croyance ou l’incroyance qu’on veut, la manifester publiquement, pourvu que cela respecte le droit commun.
  • Ainsi le régime de laïcité combine les deux principes, mais il fait du principe de libre expression un principe subordonné au principe de laïcité parce que rendu possible par lui : on place un bandeau sur les yeux de la puissance publique pour rendre possible le déploiement des libertés du côté de la société civile.
  • La laïcité n’est pas contraire aux religions ni aux formations communautaires : elle s’oppose seulement aux religions et aux communautés lorsqu’elles veulent faire la loi, lorsqu’elles ont des visées politiques.

On peut déduire de ce point de départ les deux principales déformations de la laïcité, ses deux dérives : la laïcité « adjectivée » et l’extrémisme laïque.

Régime laïque et principe de laïcité. Deux dérives symétriques et complices

Le régime de laïcité articule donc d’une part le principe de laïcité au sens strict, qui gouverne la puissance publique et ce qui participe d’elle par l’abstention en matière de croyances et de non croyances, et d’autre part le principe de liberté d’expression qui s’étend à tout le reste, à l’infinité de la société civile, dans le respect du droit commun.

Les fluctuations politiques que nous observons en matière de laïcité sont intelligibles à la lumière de cette dualité, ou plutôt à la lumière de sa méconnaissance.

  • La première dérive a pris des noms variés, je l’appellerai la laïcité adjectivée (laïcité plurielle, ouverte, positive, raisonnable, apaisée, etc. ). Elle consiste à vouloir étendre au domaine de l’autorité publique ou à une de ses portions le principe qui régit la société civile. Autrement dit, elle récuse le caractère neutre et minimaliste de la puissance publique républicaine, faisant de l’opinion religieuse une norme, autorisant les propos religieux au sein de l’Etat lui-même, et aboutissant à légitimer la communautarisation religieuse du corps politique. Elle a été notamment désavouée par le vote de la loi de mars 2004. 
  • La seconde dérive, l’extrémisme laïque, consiste symétriquement et inversement à vouloir durcir le domaine de la société civile en exigeant qu’il se soumette à l’abstention qui devrait régner dans le domaine de l’autorité publique. Elle a refait surface récemment dans le cadre d’une réaction à la première dérive, et la déplorable affaire dite du gîte d’Epinal fin 2007 lui a donné son moment critique.

Ces deux courants se sont relayés et ont offert la laïcité à l’extrême droite, l’un en désertant le terrain laïque pendant de longues décennies, au prétexte de l’assouplir et de le moderniser, l’autre en l’investissant avec des propositions durcies et réactives, les deux en épousant le fonds de commerce des politiques  d’extrême-droite, à savoir la constitution fantasmatique de « communautés » (en l’occurrence « les musulmans ») que les premiers révèrent en criant à la « stigmatisation » et que les seconds abhorrent en criant à l’« invasion ».

Il me semble que les élus et plus généralement le personnel politique sont très sensibles – à juste titre – à la seconde dérive. Mais ils sont très perméables à la première qui se présente sous forme de « pensée naturelle », et ils ne voient pas que ces deux mouvements s’autorisent mutuellement et sont structurellement de même nature.

La respiration laïque et les droits des femmes : pouvoir sortir de l’assignation

Cette analyse permet de définir très simplement l’intégrisme ; elle souligne combien la laïcité est favorable aux droits des femmes.

Les femmes sont particulièrement visées par tous les intégrismes. Pourquoi ? Parce que l’intégrisme, quelle que soit son origine, par définition, prétend à une vision intégrale qui unifie tous les espaces de la vie : politique, civile, intime. Il exige une uniformisation, il ne connaît pas de distinction. Et s’agissant des femmes, il exerce cette uniformisation en rabattant l’ensemble de la vie et des mœurs sur leur assignation à la fonction d’épouses et de mères, à une extériorité qui prétend les définir et épuiser leur existence. Il n’y a pas de répit, pas de respiration.

La laïcité offre, à cet égard, deux points de résistance qui permettent aux femmes de lutter pour leurs droits et de les faire respecter.

1° Elle suppose un régime politique où le droit des individus a toujours priorité sur les droits collectifs. En régime laïque, l’appartenance préalable à une communauté n’est pas nécessairement contraire au lien politique, mais elle n’est jamais requise par lui : il n’y a pas d’obligation d’appartenance. Et si une appartenance entend priver ses « membres » des droits ou les exempter des devoirs de chacun, l’association politique la combat (on parle alors de communautarisme). On voit alors que, si l’intégrisme peut encore s’accommoder d’une association politique « moléculaire » où les communautés en tant que telles sont politiquement reconnues, il ne peut que haïr celle qui réunit des individus, qui accorde aux communautés un statut juridique jouissant d’une grande liberté mais leur refuse celui d’agent politique ès qualités. Or, chaque fois que le droit des femmes est bafoué ou dénié, c’est sur un fondement qui leur refuse la pleine singularité, une par une, comme sujet du droit et / ou comme sujet moral. Il faut parler ici de la vertu émancipatrice de la laïcité. Je donnerai l’exemple du mariage civil : ses propriétés sont de plus en plus évidemment disjointes de tout mariage religieux ou coutumier et à chaque moment de distinction, la question du droit des femmes est décisive (le consentement libre, le droit d’échapper au mariage arrangé, le droit à l’administration des biens, le droit unilatéral à la contraception, le droit à l’avortement).

2° La dualité installée par le régime laïque traverse la vie de chacun et rend concrète une respiration redoutée par l’intégrisme. D’une part, le principe de laïcité proprement dit applique le minimalisme à la puissance publique et à ce qui participe d’elle : on s’y abstient de toute manifestation, caution ou reconnaissance en matière de cultes, de croyances et d’incroyances. D’autre part ce principe d’abstention, ce moment zéro, n’a de sens qu’à libérer tout ce qu’il ne gouverne pas : l’infinité de la société civile, y compris les lieux accessibles au public, jouit de la liberté d’expression et d’affichage dans le cadre du droit commun. Chacun vit cette distinction concrètement : l’élève qui ôte ses signes religieux en entrant à l’école publique et qui les remet en sortant fait l’expérience de la respiration laïque, il échappe par cette dualité aussi bien à la pression sociale de son milieu qu’à une uniformisation officielle d’État. C’est cette alternance (savoir quand on doit s’abstenir, savoir quand la liberté la plus large s’exerce) qui constitue la respiration laïque, un peu comme une partition musicale. Croire qu’une femme voilée serait incapable de comprendre cette articulation, la renvoyer sans cesse à l’uniformité d’une vie de « maman voilée », c’est la mépriser et la reléguer dans un statut d’intouchable ; c’est aussi désarmer celle qui entend échapper au lissage de sa vie.

Pourquoi cette respiration est-elle favorable aux droits des femmes ? Parce que tout simplement c’est un échappement. Ce point de fuite, tout le monde peut en jouir, mais les femmes y sont particulièrement sensibles parce qu’elles sont particulièrement exposées à l’uniformisation de leur vie, que celle-ci soit forcée ou (presque pire) qu’elle soit consentie sous la forme du confort qu’offre la servitude volontaire. J’ai écrit dans mon livre que le déraciné est le paradigme du citoyen. La laïcité invite chacun à sortir : elle fonctionne comme un dépaysement. Pour les hommes, sortir est un acte auquel on ne pense même pas, il va de soi. Pour les femmes, c’est fondamental : pouvoir sortir sans être sommée à chaque instant de rentrer, s’entendre dire qu’on n’a rien à faire là, ou que si on est là sans avoir rien à faire, c’est qu’on se prostitue. C’est aussi simple que cela : le Promeneur solitaire n’est pas possible sans le Contrat social. Certes le régime laïque n’est pas le seul, heureusement, à rendre possible la sortie des femmes, mais il aménage cette sortie jusqu’à son point de fuite fondamental : sortir aussi de sa propre condition, de l’assignation qui vous y fixe. Car l’assignation, à mon avis, est le point central qui fait obstacle aux droits des femmes. Trop souvent être une femme c’est être assujettie à une appartenance d’autant plus féroce qu’elle se prétend « naturelle ». Cela implique un volet moral – puisqu’il faut que chacun soit capable de s’estimer assez pour se soutenir lui-même, et puisse penser ses appartenances comme des décisions révocables et non comme une destinée implacable.

© Catherine Kintzler, 2015.

Notes
  1. Les 3 premières parties de ce texte reprennent des propositions plus longuement exposées dans mon Penser la laïcité. []

10 réflexions au sujet de « Femmes et laïcité : la question de l’assignation »

    1. MezetulleMezetulle

      Mon intention n’était pas principalement esthétique, mais merci quand même ! Quant à Boko Haram : son appellation même montre qu’il vise un point central : le rapport au savoir, à la lecture, rapport qui permet à tous (et en particulier aux femmes) une respiration, qui installe chacun dans l’autonomie.
      Sur la question du rapport des femmes au savoir émancipanteur, je me permets de signaler un article sur l’ancien Mezetulle – article que je projette de republier sur le nouveau site : http://www.mezetulle.net/article-26565183.html

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  1. Jean Pierre Foirry

    comme d’habitude; j’approuve tout ce que vous dites.
    Cependant, Il reste l’éternel problème : celui de l’existence possible d’écoles privées qui prôneraient des éthiques et droits humains non conformes à la laïcité ou à l’égalité. La proposition selon laquelle « l’élève qui ôte ses signes religieux en entrant à l’école publique et qui les remet en sortant fait l’expérience de la respiration laïque, il échappe par cette dualité aussi bien à la pression sociale de son milieu qu’à une uniformisation officielle d’État » n’est vraie que s’il y a obligation d’école publique pour tous. Ce qui n’est pas le cas.
    Dans un contexte où le parti socialiste lui-même prône (lamentablement) la multiplication des écoles privées musulmanes, que fait-on pour l’élève qui n’ôte plus ses signes religieux parce qu’elle est interdite d’école publique par son entourage ? Comme il n’est jamais arrivé dans l’histoire du monde que les exploités ou dominés soient libérés par la bonne grâce des dominants, comment faire pour que les dominées (voilées) aient la possibilité et la force de se libérer si elles ne fréquentent même plus le lieu d’émancipation par excellence qu’est l’école publique où elles peuvent découvrir d’autres avec d’autres histoires (athées, agnostiques, chrétiennes, juives, noires, jaunes, roms, homosexuelles,….) et accéder (je parle de l’ancienne école qui n’était pas au rabais !) à une histoire, une culture, une éthique qui ne lui sont pas imposées de l’extérieur, mais qui lui ouvrent des horizons inespérés et qui lui permettent de se libérer et de changer ou non, par elle-même, leur identité.

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    1. MezetulleMezetulle

      Obligation d’école publique pour tous : est-ce bien la solution ? D’abord, l’école n’est pas obligatoire en France, seule l’est l’instruction. Et c’est pourquoi, tant que la prétendue obligation scolaire est celle de l’instruction, tout tient à l’existence de programmes et d’examens nationaux.
      Et puis on doit aussi pouvoir échapper à la puissance publique : Condorcet a montré pourquoi l’institution scolaire est un devoir de la puissance publique mais aussi pourquoi elle ne peut pas faire l’objet d’un monopole public. Le développement même du savoir et l’excellence de celui-ci seraient en effet menacés. Et de nos jours, le risque d’une école publique unique obligatoire serait celui de l’installation d’une pédagogie officielle sans partage et sans respiration : plus rien ne ferait obstacle aux dérives comportementales de la « pédagogie moderne » qui s’acharne à récuser la transmission du savoir.
      A mon avis, le problème que vous soulevez est plus celui du financement public des écoles privées – qui n’a aucune raison d’être – que celui de l’existence même d’un réseau privé d’enseignement. Donc rendons le réseau privé à sa pleine indépendance en cessant de le subventionner, faisons de l’école publique un lieu d’excellence et non un lieu de garderie sociale et d' »animation », le tout assujetti à des programmes nationaux (obligation d’instruction) et sanctionné par le monopole public des examens nationaux.

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  2. van campo jf

    Je partage tout à fait dans l’esprit et la lettre le sens de ce texte….Bravo ! Puissent nos amis » mâles » appréhender pleinement cette « respiration » évoquée…
    Je souhaite aussi que nos amis de combat pour la laïcité , comprennent enfin tous, que la notion d’égalité en droit des genres fait partie intégrante de la laïcité.Encore merci pour ce texte…

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  3. Il Rève

    Tout à fait d’accord (avec grande modestie) sur vos propos relatifs au phénomène d’assignation que subissent les femmes. Votre réponse à JP Foirry me parait cependant excessive lorsque vous parlez des « dérives comportementales de la « pédagogie moderne » qui s’acharne à récuser la transmission du savoir. » Excès dans la non prise en compte de la multiplicité des « méthodes pédagogiques modernes » voire de leur éclatement en une pépinière de démarches aux contenus et aux stratégies différentes. Excès dans « l’assignation » (pour reprendre votre excellente identification) de LA méthode dans la récusation de la transmission des connaissances alors que certaines démarches pédagogiques modernes revendiquent une autre manière de faire apprendre, ou une autre façon de permettre à l’élève de s’approprier les connaissances.

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    1. MezetulleMezetulle

      Bonjour.
      J’ai parlé dans cette réponse de la possibilité de la mise en place d’une pédagogie officielle uniformisée au cas où un seul et unique réseau scolaire serait licite. Dans ce cas en effet rien ne s’opposerait à l’abolition de la liberté pédagogique (liberté de méthode) qui est – à ma connaissance – encore reconnue aux professeurs, encadrée, comme toute liberté, par des interdits. Or la multiplicité des démarches pédagogiques relève bien de cette liberté. Mais cette liberté et la notion même de « pédagogie » si on veut la prendre au sérieux comme vous souhaitez le faire supposent que l’enseignement se définisse par des programmes formulés principalement en termes de connaissances et non en termes de comportements à inculquer (il arrive même qu’on parle très officiellement de « savoirs-être » !). Il n’y a pas à mon avis de pédagogie sans une articulation étroite à des savoirs : on n’apprend jamais à apprendre qu’en apprenant quelque chose, et en ce sens je ne doute pas qu’il y ait des démarches multiples qui se posent la question.

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      1. Il Rève

        Merci pour votre réponse dont le contenu précise votre pensée relativement aux pédagogies modernes. Bien d’accord avec vous pour refuser toute forme d’intervention enseignante qui mettrait la priorité sur les comportements, les attitudes des élèves au détriment des connaissances. L’introduction d’une entrée dans les apprentissages scolaires par les compétences, depuis la mise en oeuvre du socle dans les collèges, n’est pas sans poser problèmes aux enseignements disciplinaires. Nombreux sont les enseignants qui conservent une forte référence à l’enseignement des connaissances, ce qui oblige les textes officiels à maintenir les savoirs comme faisant partie des programmes, nationaux. Mais pour combien de temps?

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  4. Abel

    Pendant de longues années la pédagogie s’est orientée vers un formalisme de type jésuitique qui néglige les contenus au profit de vagues notions comme la formation d’un citoyen conscient et responsable ! Le passage d’un « ministère de l’instruction publique » à celle d’un « ministère de l’éducation nationale » signe cette dérive pédagogiste qui a donné les résultats que nous savons.
    Je partage votre analyse sur la laïcité et, à cette occasion, je vous fais part de mon étonnement devant la position de Jacques Rancière sur le port du voile. Enfin, la discussion sur les aliments à base de porc dans les cantines scolaires me semble significative de l’irresponsabilité des politiques dans la défense de la laïcité. L’interdiction de consommer de la viande de porc est un diktat religieux dont l’imposition à l’école constituerait une grave atteinte à la laïcité.

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    1. MezetulleMezetulle

      Merci pour votre commentaire. La distinction entre « instruction publique » / « éducation nationale » a déjà fait l’objet d’une discussion lors de la Révolution française, même si l’opposition n’est pas toujours fixe.
      De mon côté, je ne suis nullement étonnée par les positions de J. Rancière.

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