« Génie de la laïcité » de C. Fourest

Caroline Fourest a publié un livre intitulé Génie de la laïcité1. Il abonde en analyses et exemples précieux pour remettre les pendules à l’heure. L’auteur y démonte les manœuvres et petites lâchetés, d’où qu’elles viennent, ayant pour effet (ou pour objet délibéré) de discréditer la laïcité, quand ce n’est pas, dans un processus fort connu de retournement victimaire, de l’accuser d’être la source des maux qu’elle a pour fonction, au contraire, de prévenir et de conjurer – d’où le sous-titre du livre « La laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier ».

Mais l’ouvrage ne se réduit pas à cet aspect, on y trouvera aussi un tour d’horizon historique, une analyse comparée des régimes de « sécularisation » et de laïcité, ainsi que des prises de position – éclairées et éclairantes – sur les questions contemporaines. Pour s’en faire une idée, Mezetulle conseille à ses lecteurs d’en lire la recension détaillée par Patrick Kessel sur le site du Comité Laïcité République2.

Je m’en voudrais néanmoins de ne pas faire état d’un point de désaccord – et je suis sûre que Caroline Fourest serait étonnée que je le passe ici sous silence, tant les échanges que j’ai depuis longtemps avec elle sont toujours empreints de complicité et de franchise : il s’agit des accompagnateurs scolaires. Il suffit de lire le sous-titre par lequel la question est introduite page 279 pour situer la divergence. Alors que je parle toujours et à dessein d’« accompagnateurs scolaires », Caroline Fourest parle d’« accompagnantes scolaires voilées » – qu’il serait bon, selon elle, d’autoriser. Par cette particularisation féminine et voilée, la question est soustraite à l’institution scolaire pour être placée sur le terrain de l’intimité, et le pathos des « mamans », naguère utilisé par la ministre de l’Éducation nationale, n’est pas loin.

Je me permets donc de rappeler quelques arguments, que j’emprunte partiellement à un article publié en 2014 sur ce site3 et que j’enrichis, chemin faisant, par quelques considérations supplémentaires.

Une mère d’élève accompagnatrice reste-t-elle une « mère » ? Non ! D’abord, tout citoyen peut se proposer pour accompagner une sortie scolaire : nul besoin d’être « maman » ou « papa ». Ensuite, l’école doit-elle prolonger l’intimité du cocon familial? N’est-elle pas, par définition, destinée à en faire sortir l’enfant qui, de « gamin », devient alors un élève ? En devenant élèves et en fréquentant l’école les enfants accèdent au luxe d’une double vie. Et les mères d’élèves qui accomplissent cette démarche effectuent un pas remarquable vers l’extérieur du monde des « mamans » duquel on peut imaginer qu’elles souhaitent sortir, ne serait-ce que momentanément.

Il faut en outre rappeler une évidence. L’accompagnateur scolaire accompagne, par définition, les enfants d’autrui que sont les élèves – et cela sans exception, y compris lorsque ses propres enfants sont au nombre des accompagnés. L’accompagnateur n’a donc pas à traiter les élèves comme s’ils étaient ses propres enfants. Réciproquement il doit traiter ses propres enfants, dans ce cadre scolaire, comme s’ils étaient ceux d’autrui.

On m’objectera qu’une sortie hors de l’école mettra les élèves en présence de tels affichages – églises, tenues religieuses, etc. Raison de plus pour rendre claire et pratiquer concrètement la distinction entre ce qui relève de l’école et ce qui n’en relève pas, entre les responsables qui encadrent et les rencontres extérieures, entre l’institution publique et la société civile : mais encore faudrait-il admettre qu’une sortie scolaire est bien une activité scolaire où l’école, en sortant de ses murs, conserve ses propriétés, et non un divertissement extra- ou péri-scolaire.

Le thème compassionnel de l’humiliation et de l’exclusion est évoqué. Même si c’est de manière discrète, il n’en reste pas moins que cela revient à attribuer une sorte de statut d’exception à une femme portant le voile, sa maternité la rendant pratiquement intouchable. C’est déjà avoir décidé qu’elle est une exception, qu’elle reste une femme voilée là où d’autres sont admis à n’être que des citoyens4 ; c’est accueillir cette marque religieuse comme étant consubstantielle à sa personne, c’est consentir à l’uniformisation de sa vie et la dispenser de la respiration laïque. Car croire qu’une femme, parce qu’elle est voilée, serait incapable de comprendre qu’il existe des espaces et des situations distincts, relevant de réglementations différentes, et que l’on peut passer de l’un à l’autre, c’est la mépriser ; c’est cautionner l’assignation dont elle est l’objet ou dont elle se réclame. Lui demander de s’abstenir d’affichage religieux le temps de la sortie scolaire est le contraire d’une humiliation : c’est la convier à un dépaysement momentané, c’est la placer à la même hauteur que le professeur dont elle partage momentanément la tâche. Loin d’être un impératif blessant et réducteur, une telle demande est un honneur et une marque de considération. Mais encore faudrait-il qu’elle soit présentée comme telle.

Enfin, pour ce qui est de l’aspect juridique et de l’avis du Conseil d’État que Caroline Fourest analyse dans les termes utilisés par Mme N. Vallaud-Belkacem, je renvoie au commentaire de Charles Arambourou5.

Que cela ne m’empêche pas de redire, aussi, tout le bien que je pense de ce livre. Comme l’écrit son auteur, on peut et on doit prendre le risque de « fâcher des militants laïques et parfois des amis » – pourvu que cela se fasse sur des points précis et en recourant à des arguments ! Cela est fort bien écrit : « fâcher » quelqu’un suppose en effet qu’on ne « se fâche » pas avec lui. La concorde n’exclut pas la dissonance, et parce qu’elle est amicale elle la requiert même souvent.

© Catherine Kintzler, Mezetulle, 2016

Notes

1- Caroline Fourest Génie de la laïcité, Paris : Grasset, 2016.

2- Patrick Kessel « Caroline Fourest face à la revanche de l’intégrisme »  http://www.laicite-republique.org/c-fourest-face-a-la-revanche-de-l-integrisme

3 – Les textes en ligne sur Mezetulle consacrés à ce sujet sont récapitulés dans cet article http://www.mezetulle.fr/dossier-les-sorties-scolaires-et-leurs-accompagnateurs/

4 – On prendrait moins de précautions, et donc plus d’égards en les traitant de façon ordinaire, pour un « papa » portant kippa ou pour une « maman » arborant une croix ostensible.

 

10 réflexions au sujet de « « Génie de la laïcité » de C. Fourest »

  1. Il Rêve

    Le livre de Caroline Fourest est à lire. Clair précis et argumenté il permet de réaliser un tour d’horizon sur les enjeux de la laïcité. Le chapitre sur les mamans accompagnatrices n’est pas conforme à ce que l’on peut déduire de la législation actuelle et vos arguments Mme Kintzler devraient « raisonner ». Je regrette aussi que la perspective d’une extension de la laïcité proche de celle de la France ne soit pas davantage développée. « Génie de la laïcité « doit être dans toutes les bibliothèques personnelles et municipales. Sans tarder.

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  2. Luc

    Merci pour cet éclaircissement limpide et raisonné. Il est ici abordé et analysé le statut d’exception propre à tous les êtres humains qui vivent leurs croyances religieuses au quotidien, dans un engagement sincère et constant. L’exception consiste d’abord et avant tout à présupposer puis affirmer que la relation avec Dieu se place au tout premier plan, avant même les relations avec sa propre descendance et avec les liens conjugaux, amicaux, ou autres. Si, dans la sphère privée, rien ne peut s’opposer à respecter ce choix, il en est tout autrement dans la sphère publique. Pour que le respect dû aux croyances individuelles s’exerce pleinement, il faut aussi établir un respect identique à l’égard de la totalité des êtres humains, sans qu’il ne soit besoin d’apprendre s’ils sont croyants ou non, afin de leur accorder le droit de croire ou ne pas croire en ce qu’ils veulent. En ce sens, dans la sphère publique, dès qu’un adulte accepte une tâche d’éducation ou d’instruction auprès de mineurs, il est indispensable qu’il adopte une neutralité pleine et entière à l’égard de ces mineurs. Cela ne peut en aucun cas amputer la relation qu’il continuera d’entretenir avec Dieu, s’il est croyant. Tant que les athées ne choisiront pas d’afficher leurs conviction sous la forme d’un signe de reconnaissance connu de tous, nul ne pourra deviner s’ils sont athées ou croyants. Le statut d’exception, s’il existait aussi pour les athées, briserait cet équilibre, il n’y aurait plus aucune neutralité possible. Mieux que le glaive ou l’armure, je préfère pour ma part imaginer que la laïcité pourrait prendre la balance pour symbole, afin de s’assurer que l’équilibre est atteint et préservé.

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    1. Caspard Annette

      Sans tarder, vus l’avez dit ! Je l’ai commandé, car dans ma librairie préférée, il n’était déjà plus en rayon !!!
      Normalement, « on » me l’apporte à domicile ce jour, samedi 19/11; (« on », c’est l’une des employées qui, habitant pas loin de chez moi, me le remettra en rentrant chez elle après la fermeture – n’est-ce pas adorable ?).
      Le fait que vous-même, Catherine, ayez fait l’éloge de cet ouvrage, m’incite à penser qu’il doit largement mériter d’être lu.
      Caroline Fourest a été récemment l’invitée de « 28 minutes » (émission d’Elisabeth Quin sur ARTE), opposée à Pierre Manent, autre invité … Je me suis rappelé votre article à propos de P. Manent, Catherine, et ce que j’ai vu ne m’a pas surprise du tout : une C. Fourest sûre d’elle et de ses convictions, claire, précise, tout en restant posée, face à un P. Manent emberlificoté dans ses tentatives d’expliquer sa position, hésitant, bafouillant, déstabilisé … un vrai régal !

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    2. Caspard Annette

      Bien que le début de votre billet ne me soit pas parfaitement clair, je pense que je comprends quand même votre idée; et compte tenu de la suite, j’adhère entièrement à votre démonstration.
      Quant à vos propositions pour les athées, je ne suis pas sûre de comprendre votre intention concernant les signes distinctifs, et ce même « statut d’exception » … Qu’est-ce qui briserait l’équilibre ? Au contraire, et je saisis votre propos au vol, je trouve qu’il serait « amusant » (le terme est-il bien choisi ?), et au fond, logique, qu’il existe un signe distinctif pour les agnostiques, athées, libres-penseurs, etc … Ceux-ci, -j’irais jusqu’à dire « malheureusement »- ne font pas beaucoup de bruit, ne revendiquent rien, semblent presque se désintéresser de la question ! Est-ce pour cela qu’ils sont presque inexistants dans les médias ? Car on met volontiers en avant les 3 principaux monothéismes, les réunions, rencontres et tutti quanti entre des représentants des grandes religions (pourquoi : grandes ?), et il me semble qu’on oublie carrément les athées ! Certes, j’espère que dans l’ensemble on connaît leur existence, mais, bon, c’est un sujet mineur, inutile d’en parler … (et on peut en croiser partout sans savoir qu’ils ne croient pas en Dieu, alors, n’est-ce-pas, pfftt !).
      Parmi les gens que l’on croise, la « religion » de beaucoup est marquée par un signe ou un vêtement, inutile que j’en cite, vous les connaissez; ces personnes les montrent, dans l’espace extérieur (je veux éviter le mot « public », tellement ambigu!), et d’ailleurs ils en ont parfaitement le droit, la loi le leur permet, bien que dans certaines limites (ordre public), et en excluant le vêtement intégral (qui n’est pas une « burqa » !!!).

      Eh! bien j’aime l’idée d’un signe pour les non-croyants, pourquoi pas la balance, comme vous le suggérez ? Quoique … la balance suggère l’idée d’équilibre, comme vous le dites, ce qui n’est pas assez signifiant pour notre
      sujet. Pourquoi pas … un arbre ? (= je crois en la nature, rien de plus); une silhouette humaine ? (= je crois en l’homme, l’humanisme est ma seule religion); ou … autre chose, pour le moment je n’ai pas réfléchi à la question ! Mais … oui, ce serait bien, ce serait normal, ce serait équitable, ce serait … la porte ouverte sans doute à des prises de bec ou chamailleries plus graves !

      Hélas ! …

      Ce « hélas » traduit mon scepticisme, et même mon pessimisme, sur cette idée farfelue (au fait … pourquoi farfelue?). Dans les circonstances actuelles, une telle « provocation » (je ne doute pas que l’on emploierait ce terme …) serait plutôt dangereuse. Aux non-croyants de se montrer plus raisonnables que les autres …

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      1. MezetulleMezetulle

        Permettez-moi d’intervenir dans la discussion. Il me semble que Luc ne défend pas le port d’un signe pour les non-croyants, ni du reste qu’il soit favorable au port de signes en général …

        Annette, il y a une différence fondamentale entre les fidèles d’une religion et les non-croyants considérés sous l’angle d’un rassemblement : les premiers sont organisés en communauté structurée laquelle les reconnaît comme membres. Les seconds ne forment pas communauté, et une bonne partie d’entre eux d’ailleurs ne souhaite pas le faire ; dans les non-croyants il y a des positions aussi diverses (et même souvent opposées) que l’athéisme, l’agnosticisme, l’indifférence… que sais-je encore ?
        Vous semblez en outre raisonner en termes de « reconnaissance » communautaire et considérer l’affichage d’une conviction comme allant de soi, et comme si toute conviction devait se traduire en termes d’appartenance et d’identification à un groupe. Mais (heureusement) il y a beaucoup de croyants qui ne raisonnent pas ainsi et qui répugnent précisément à un tel affichage… Il y a beaucoup de gens, qu’ils soient ou non fidèles d’une religion, qui considèrent la discrétion et l’indifférenciation en public comme une vertu et même comme une protection.
        Laissons donc la question à l’appréciation de chacun en toute liberté et dans le cadre du droit commun : afficher sa croyance en public (ou son incroyance) de manière plus ou moins tapageuse, plus ou moins originale… ou ne pas l’afficher.

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        1. Caspard Annette

          Nullement, Catherine, je ne considère nullement l’affichage d’un signe de reconnaissance comme allant de soi, au contraire ! J’avais lu le billet de LUC, dont la première partie me semble rappeler des évidences, du moins pour ceux qui réfléchissent à la question …
          Et dans la deuxième partie, deux phrases m’ont laissée perplexe :
          « Tant que les athées ne choisiront pas d’afficher leurs convictions sous la forme d’un signe de reconnaissance connu de tous, nul ne pourra deviner s’ils sont athées ou croyants. Le statut d’exception, s’il existait aussi pour les athées, briserait cet équilibre, il n’y aurait plus aucune neutralité possible. »
          Tout en écrivant, j’ai vaguement l’impression que je commence à comprendre ce qu’il veut dire … et puis non, l’explication me fuit, peu importe ! Cela viendra plus tard …
          Quoi qu’il en soit, j’ai simplement réagi sur l’idée de signes de reconnaissance, et je me suis amusée à imaginer ce qui serait « parlant » pour un non-croyant. Bien sûr, je sais fort bien que les athées, libres-penseurs, ….. ne forment pas de communauté définie, comme les adeptes des religions, mais je regrette justement que l’on pense si peu à eux, enfin, apparemment … et puisque certains croyants se différencient, en public, par un signe quelconque, que faire s’il me prenait envie, à moi athée, de le faire savoir aux personnes que je croise ? J’avoue que parfois, cela me démange … ! Comme vous le suggérez, cela pourrait me causer bien des ennuis …
          Mais je suis LOIN de considérer comme normal ou justifié un affichage quelconque, en public, de ses propres opinions ou croyances, tout en n’étant pas dérangée par les personnes qui le font – dans le cadre du droit commun, évidemment … Seule la dissimulation intégrale m’est inacceptable, et la loi qui l’interdit est à mes yeux bienvenue. Mais vous avez abordé le sujet, et nous sommes bien d’accord.

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          1. MezetulleMezetulle

            Merci chère Annette pour cette mise au point qui précise votre pensée que j’avais probablement surinterprétée !

  3. CALMEL Huguette

    Encore une fois Catherine Kintzler pose le problème en termes justes. Une maman qui accompagne n’est plus une maman mais une accompagnatrice d’enfants d’origines et de cultures familiales différentes. Accepterait-on qu’une sortie scolaire laïque soit accompagnée par un prêtre en soutane? Et le statut familial de la maman voilée n’est évidemment pas une excuse. Le prêtre peut être un oncle ou un grand frère. Il est bien dommage que Caroline Fourest, qui par ailleurs fait souvent preuve d’une remarquable rigueur d’esprit, n’ait pas suffisamment approfondi la question en cherchant à définir précisément la notion d’accompagnatrice qui n’accompagne pas « son enfant » comme je l’ai entendu dire à un journaliste peu rigoureux, mais les enfants des autres et qui, de ce fait, détient une délégation implicite de l’école. La meilleure preuve en est qu’elle est assurée à ce moment là par l’institution. Le remède constituerait peut-être à définir cette délégation que consent l’école au profit de personnes qui lui sont étrangères.

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  4. chicon

    on trouve sur ce site la laïcité comme je l’ai connue et qui m’épatait par son ouverture et sa rigueur sans compromis

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  5. Laribaine

    La ministre de l’éducation nationale ne s’interroge pas pour savoir si ces accompagnatrices, qu’elle essentialise en les désignant benoîtement de mamans voilées, sont soumises ou non à la neutralité religieuse, comme si la question ne se posait même pas, alors qu’il s’agit, en amont, du préalable indispensable d’où découle la décision d’admettre ou non comme règle leur présence aux sorties scolaires.
    Cette question interroge le statut de ces personnes (sont-elles collaboratrices occasionnelles de service public ou non ?) mais également leur activité durant ces sorties.
    Pour y répondre, il faut se demander :
    1/ A quel titre sont-elles présentes ? L’école les admet –elles dans le seul but de leur procurer une activité occupationnelle pour leur seul compte ou les admet-elle au regard de l’utilité de leur présence envers les enfants ? Admettre que ces personnes soient assimilées à des usagers de service public qui « ne personnifient qu’eux-mêmes » (Étude portant sur diverses questions relatives à l’application du principe de neutralité religieuse dans les services publics, demandée par le défenseur des droits, adoptée par le Conseil d’Etat le 19 décembre 2013, paragraphe 3,2.1 page30 http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/atoms/files/ddd_avis_20130909_laicite.pdf) revient à admettre que leur présence est sans aucun lien avec les enfants, ce qui revient à leur dénier leur qualité d’accompagnatrices qui interviennent dans un but d’intérêt général.
    Il est à noter que le Conseil d’État admet la qualité de collaborateur occasionnel de service public dès lors « qu’une personne privée accomplit une mission qui normalement incombent à la personne publique » : or les accompagnatrice ne suppléent pas les enseignants, elles les secondent. Si la portée de cette contribution au service public en renfort et non par substitution doit être précisée, on peut relever qu’un tribunal administratif « s’est appuyé sur la notion de participation au service public auquel s’appliquerait le principe de laïcité, pour en déduire que les parents d’élèves, volontaires pour accompagner les sorties scolaires, ne peuvent, dès lors qu’ils participent dans ce cadre, au service public, manifester à cette occasion, par leur tenue ou leurs propos, leur convictions. Ce jugement n’a fait l’objet d’aucun recours ».(étude précitée)
    La Gazette des communes (Cahier détaché n°2 -26/2276 -29 juin 2015 « Laïcité mémento à l’usage des élus et des collectivités ») voit dans cette décision « L’amorce d’une extension du principe de neutralité aux accompagnateurs scolaires [qui] s’est dessinée par une reconnaissance jurisprudentielle inédite de la notion de participation au service public ».
    2/ Quel est leur régime de responsabilité ? L’école a-t-elle une responsabilité à leur égard et ces personnes engagent-elles la responsabilité de l’école ?
    Les collaborateurs occasionnels de service public sont protégés par l’administration qui prend à sa charge tout dommage qu’ils subissent ou causent en prêtant leur concours, alors même qu’aucune faute ne peut être reprochée à la personne publique.
    Admettre que l’institution scolaire se désintéresse totalement des conséquences pour ces accompagnatrices des dommages qu’elles peuvent subir ou qu’elles peuvent causer c’est admettre que l’institution scolaire ignore complètement la contribution de ces personnes qu’elle a pourtant acceptées dans leur rôle, et renvoie la responsabilité à l’assurance personnelle de l’accompagnatrice.
    Le rapport Stasi relevait déjà le désarroi de fonctionnaires désemparés qui « attendent un soutien de l’Etat, une ligne claire et ferme ». Le « Rapport fait au nom de la commission d’enquête sur le fonctionnement du service public de l’éducation, sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l’exercice de leur profession » remis au Président du Sénat le 1er juillet 2015, constate dès son avant-propos que le diagnostic fait par le rapport OBIN en 2004 « reste le même, mais le mal a empiré ».
    La réponse à ces questions est politique et découle de la conception que les pouvoirs publics ont des services publics. Il me paraît important de souligner que si le juge dit le droit, c’est la loi qui fait le droit.

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