Manifeste pour la reconquête d’une école qui instruise

L’école du négoce : commentaire du Manifeste par Tristan Béal

En ce moment, à l’initiative d’enseignants, de parents et de syndicalistes, circule un Manifeste pour la reconquête d’une école qui instruise1 . Ce texte pointe le lien entre démantèlement de l’école républicaine et destruction de tout travail digne ; il montre également que cette double attaque contre l’esprit et le travail se déroule sur fond d’une guerre économique inavouée, guerre dont l’un des belligérants est cette Europe du négoce qui, loin d’avoir besoin de citoyens éclairés et de travailleurs protégés par des droits forts, ne cherche qu’une main d’œuvre corvéable et devant rester à la marge de l’humanité, une masse méprisée.

Dès que j’ai pris connaissance de ce Manifeste, deux mots ont aussitôt capté mon attention : « reconquête » et « instruise ».

Instruire et éduquer

De plus en plus le verbe « instruire » et le nom « école » ne sont plus utilisés de concert. Du reste, il n’est qu’à lire l’intitulé du ministère qui a charge de l’enseignement dans notre République alanguie.

« Éduquer », étymologiquement, c’est mener hors de. Le mot donne ainsi à penser que « éduquer » c’est faire passer d’un état à un autre ; ce qui, dans le cadre scolaire, est passer de l’ignorance à la connaissance. Il arrive aussi que l’on emploie ce verbe dans le même sens que « polir » : quand on dit de quelqu’un qu’il n’a pas reçu d’éducation, c’est qu’il manque de sociabilité, qu’il manque de politesse, d’aménité, qu’il n’a pas su polir les aspérités de son tempérament pour faire société avec ses contemporains. Et l’on en arrive peu à peu à l’idée contemporaine de socialisation : l’école de l’éducation nationale peut alors être entendue comme une école où l’on polit à ce point l’esprit des élèves qu’il n’en reste plus rien d’aigu2.

« Instruire » vous a un côté martial, lui ; le verbe latin dont il est issu recèle un sens militaire : instruere, c’est ranger une armée en bataille après l’avoir préparée au combat à force d’entraînements. L’école de l’instruction est une école de lutte, pas une école de polissage : on n’y façonne pas un citoyen moutonnier mais un esprit critique, un esprit qui, dès le plus jeune âge, sera renvoyé à ses seules forces. Faire de l’analyse grammaticale, effectuer des opérations, écrire des dictées, tous ces enseignements que l’on voudrait réduire à leur seule dimension rébarbative, tous ont pourtant une seule et unique vertu libératrice : apprendre à faire la distinction du vrai et du faux en rapportant le cas à la règle expliquée et apprise. Plus cet entraînement « critique » se fera tôt, plus l’on peut espérer que les élèves d’une telle école seront plus tard des citoyens vigilants qui ne s’en laisseront pas conter de belles par leurs politiques. Du reste, Condorcet avait pointé avec vigueur ce lien entre scolarité émancipatrice et citoyenneté alerte : « Un peuple ignorant est un peuple esclave ».

Après la bataille

Une république se juge donc à son école. D’où la pertinence du syntagme « école de la république » : car on peut être certain qu’une république qui accepte une école du décervelage et de l’énervation n’a de république que le nom, qu’elle n’est qu’une république qui se paie de mots et qui ne veut pas écouter toute la valeur dont ceux-ci sont lourds.

Le mot « reconquête » du titre de ce Manifeste a lui aussi un côté combatif et sous-entend que les citoyens d’une république ont la république qu’ils méritent. Nous sommes des tard-venus, comparés aux révolutionnaires de 1789 et de 1848, aux communards de 1871 et aux résistants de la Seconde Guerre mondiale ; nous sommes nés dans un pays où, depuis soixante ans, il n’a rien fallu que nous arrachions de haute lutte, nous sommes non pas des citoyens conquérants mais des antiquaires : nous conservons. Et nous conservons mal : qu’il s’agisse de notre système de retraite par répartition, de notre protection sociale ou de notre école…

L’école niée

« Rarement [les] responsables politiques, à commencer par les ministres successifs de l’Éducation nationale, se sont acharnés à ce point à démanteler et à détruire l’école publique », peut-on lire à la première page du Manifeste.

L’école est un lieu paradoxal en ce qu’il cherche à se nier lui-même. L’école a réussi sa mission d’instruction quand l’élève n’a plus besoin d’elle ; l’école est libératrice quand ses maîtres travaillent à leur propre disparition pour que chaque élève devienne à lui seul son propre maître. Dit autrement, l’école est anarchiste : c’est un lieu où règne la règle intangible pour différencier le vrai du faux et qui favorise pourtant l’éclosion d’un esprit qui ne reçoit de commandement que de soi seul.

Or, depuis maintenant de longues années3, l’école de notre République avachie est détruite de l’extérieur par les gouvernements successifs : l’école ne s’efface pas d’elle-même pour laisser place à un élève intimement scolaire devenu à lui-même son propre maître ; non, cette destruction est à présent comme la raison d’être du ministère de l’Éducation nationale.

Ainsi, comme l’a montré Jean-Noël Laurenti dans un texte fort éclairant paru dernièrement sur le site du journal en ligne Respublica, réforme des rythmes scolaires et réforme du collège marchent main dans la main. La première, par son amoindrissement scolaire et son inflation extrascolaire, prépare la seconde : dès le primaire, elle conditionne les futurs collégiens à n’envisager l’école que comme un lieu de vie et de garderie. Une sénatrice, madame Gonthier Maurin, lors de l’examen de la loi de refondation, avait parlé de « territorialisation » de l’école ; le fait est : la réforme des rythmes territorialise le temps scolaire du primaire, lequel temps scolaire n’est plus qu’un territoire du temps total de l’enfant, pendant que la réforme du collège territorialise les « savoirs » (ce qu’il en reste, tout du moins) en autant de territoires apparemment pédagogiques qui ne forment pas un tout réellement affermi et émancipateur4.

Ce morcellement de l’école pointé par le Manifeste se retrouve également dans l’esprit d’individualisation à l’œuvre dans l’éducation nationale.

Revenons à ce lieu paradoxal qu’est une salle de classe. Non seulement le maître y travaille à sa propre disparition en étant pourtant plus que présent, mais dans une salle où le groupe semble primer c’est pourtant au jugement de chacun que le maître s’adresse. Dans une salle de classe, le lien est vertical et non pas horizontal : l’élève s’élève vers le savoir grâce au tuteur transitoire qu’est le maître. La solitude pédagogique de l’élève est donc réelle et salvatrice. Or, de même que l’école de l’anarchie est travestie en école du désordre et du bruit, de même l’école de la solitude libératrice est ravalée au rang d’une école de l’abandon de l’élève à lui-même. L’image agrandie et administrative de cet abandon de l’élève, c’est l’individualisation dont le ministère veut innerver l’ensemble de l’enseignement : municipalisation du primaire du fait de la réforme des rythmes scolaires, autonomisation des établissements à cause de la réforme du collège, l’école n’est plus la même pour tous mais varie selon son lieu d’exercice. Ce n’est plus une école une et indivisible comme la République une et indivisible, c’est une école éclatée pour une république des territoires, une école où l’élève se retrouve seul face à un monde qu’il ne sera plus en mesure plus tard de juger et de maintenir à distance, un monde résolument immonde dont la violence n’appellera que la violence. Le citoyen éclairé, lui, est seul face au monde en un tout autre sens : il raisonne le monde au lieu de réduire son jugement à n’être qu’une simple caisse de résonance des fallacieuses paroles qui bruissent autour de lui ; ce citoyen aristocratiquement seul est porté par toute l’humanité qui l’a précédé et dont il a pris connaissance en faisant précisément ses humanités durant sa scolarité. La bête de somme sortant actuellement de l’école de notre république négrière5 est seule de cette solitude de l’isolement : l’isolement du travailleur exploité qu’aucun Code du travail ne protège, du travailleur réduit à sa seule force de travail dans un rapport d’assujettissement total à l’employeur.

Notre actuelle école servile, cette école qui n’est plus qu’un lieu d’éducation parmi d’autres, une école diluée dans un tout éducatif, une telle école n’a plus besoin de maîtres, c’est-à-dire de gens au savoir reconnu et statutairement indépendants, donc diplômés et fonctionnaires d’État. L’école fragmentée a besoin d’un maître possiblement asinin et à la merci des potentats locaux6. N’oublions pas, comme on peut le lire sur le site du ministère, que les recteurs d’académie ont la possibilité à présent de recruter des agents non titulaires sur des fonctions d’enseignement relevant du premier degré. Or un enseignement véritablement laïque n’est possible que s’il est dispensé par des personnels relevant de la fonction publique, seule à même de protéger le maître et les élèves contre toutes pressions, que celles-ci soient sociales, économiques, municipales ou cléricales.

L’école du lucre

« La loi de refondation n’est que la déclinaison des directives européennes… » (p. 2)

Cette école qui n’en a plus que le nom, c’est l’école telle qu’elle est voulue par l’Europe, non pas l’Europe des Lumières, mais l’Europe du négoce. L’école des marchands européens est le contraire de l’école du loisir7, seule libératrice. Une telle école est l’école d’une humanité surnuméraire8, ce peuple que l’on destine seulement à consommer entre deux emplois précaires mais surtout pas à assouvir autre chose que la part consumériste de son être social. À quoi bon éclairer une telle humanité que l’on souhaite corvéable à merci, l’échine pliée, et ne trouvant ses loisirs non plus « entre l’absinthe et les grand-messes » mais entre des achats compulsifs et des loisirs avilissants ?

« Le 18 janvier 2016, Hollande, présentant son projet « loi travail » devant le Conseil économique, social et environnemental, va droit au but : il faut « adapter notre droit du travail aux réalités économiques des entreprises ». » (p. 3)

Cette école des ténèbres marchandes porte donc la guerre en elle-même. Il ne s’agit plus de former des citoyens du monde au jugement affermi mais des esclaves toujours prêts à vendre moins cher leur force de travail que leurs voisins tout aussi asservis. C’est l’école de la concurrence économique débridée, non de l’apogée de l’humanité en chacun.

« Ou bien une école qui transmet des savoirs certifiés par des diplômes nationaux et des qualifications reconnus dans les conventions collectives et le Code du travail. Ou bien une école des compétences, de la déqualification au service de la déréglementation, éclatée en projets éducatifs de territoire, pour une société sans droits et sans règles, sauf celle du profit. » (p. 3)

Ce sont donc les enfants du peuple qui ont le plus à perdre dans cette destruction de l’école par temps d’austérité, eux qui, à la différence des « héritiers », n’ont que l’école pour maîtriser la langue et déjouer les pièges de la parole spécieuse des puissants. Car si l’école est détruite, le travail l’est tout autant. Non seulement le citoyen n’advient pas dans une telle école du loisir nié, mais le futur travailleur ne trouvera plus qu’un travail où il ne s’accomplira pas, un travail qui portera bien la marque de son étymologie, cet instrument de torture qu’était pour les Romains le tripalium. Mettre à bas l’instruction publique et casser le Code du travail vont donc de pair. « C’est dans un même objectif que le gouvernement détruit l’école qui instruit et délivre des diplômes nationaux et qu’il dynamite le Code du travail qui protège les travailleurs : livrer la classe ouvrière et sa jeunesse à l’exploitation capitaliste. » (p. 4)

Le Manifeste se termine par l’évocation d’une nécessaire destruction « des institutions antidémocratiques de la Ve République ». Il est vrai que, dans la Constitution du 4 octobre 1958, on peut lire que : « L’organisation de l’enseignement public obligatoire gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État » ; il serait bien plaisant que, fort de cette lecture, chaque citoyen constate que l’État faillit à son obligation d’instruction publique, puisque, bien loin de faire en sorte que soit dispensé sur l’ensemble du territoire de la République un enseignement structuré et libérateur, notre État pourvoyeur préfère sacrifier l’école publique et l’émancipation des élèves en leur préférant une politique du lucre menée dans le seul intérêt d’une classe accapareuse.

Notes

1 – Voir ci-dessous le texte en pdf. Lien vers le site du Manifeste : http://www.manifestecole.fr/index.php

2 – « C’est à cette condition [d’être laïque] qu’elle [l’école] permet d’instruire les futurs citoyens et de leur faire acquérir pleinement la liberté de réfléchir et la liberté de penser. Elle s’oppose à l’enseignement des religions, à l’enseignement de « valeurs » qui ne seraient qu’un formatage des esprits .» (p. 4 du Manifeste)

3 – Et pas seulement depuis le ministère de M. Fillon, comme le sous-entend l’accroche du Manifeste (« Notons que si tous les ministres, depuis Fillon, ont participé à cette offensive [de destruction de l’école publique]… »).

4 – Voir ce que le Manifeste dit, p. 2, de l’appel de Bobigny.

5 – « Balayée la transmission des connaissances, balayée l’école qui instruit, celle-ci serait réduite à insuffler à la jeunesse « l’esprit d’entreprise » ! C’est dire, on ne peut plus clairement, qu’il est inutile de transmettre de véritables connaissances, validées par des diplômes nationaux. C’est dire que l’enseignement n’aurait pour seul but que son utilité économique immédiate, plus exactement son utilité pour les entreprises. » (p. 3)

6 – « Les PEdT [projets éducatifs de territoire], dans un même mouvement, menacent de destruction imminente le statut de fonctionnaire d’État des enseignants et disloquent le droit à l’instruction pour asservir l’école aux intérêts particuliers locaux. » (p. 2)

7 – Notre « négoce » vient du latin negotium ; c’est dire que le commerce est du côté du manque, de la privation (neg), de l’absence de cet otium (le loisir) : ce moment de liberté que l’on goûte dans la solitude, loin de l’agitation du monde, et qui permet d’accomplir notre humanité.

8 – L’expression vient de Jean-Claude Michéa, L‘enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes (pp. 48-49).

Texte du Manifeste

Le texte peut être lu, téléchargé et signé en ligne à l’adresse http://www.manifestecole.fr/index.php

7 réflexions au sujet de « Manifeste pour la reconquête d’une école qui instruise »

  1. Servière

    On ne peut signer électroniquement le manifeste et il n’y a pas d’adresse postale non plus.
    Quant à l’adresse mail indiquée… elle n’existe pas, le mail est automatiquement renvoyé.
    Sinon, bravo pour ce texte… évidemment. Enfin !

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    1. Tristan Béal

      Je viens d’envoyer un mail à l’adresse indiquée au bas de la page 4 du manifeste (manifestecole@gmail.com) et, jusqu’à présent, aucun message d’erreur ne m’est revenu. Cela fonctionnerait donc… Et c’est à cette adresse mail que vous signez le manifeste en indiquant tout ce qui est demandé sur le coupon au bas de la p. 4. Sinon, je vous le concède, il est bien ennuyeux qu’il n’y ait pas d’adresse postale.

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  2. Chester

    Un appel pour clarifier ?
    3 questions :
    A l’heure où des centaines de milliers de jeunes et de salarié.es cherchent à réaliser leur unité avec leurs organisations syndicales pour le retrait de la loi El-Khomri, la page 2 de ce manifeste dénonce les signataires de l’appel de Bobigny comme le « creuset du consensus contre l’école publique ». 40 associations d’Éducation populaire, l’UNEF et toutes les organisations syndicales enseignantes, y compris la CGT sont signataires de cet appel.
    Est-ce à dire que, pour rompre avec le cours libéral de Hollande, l’unité avec toutes ces organisations est hors de propos ?
    A qui sert aujourd’hui de ressortir un appel de 2010 (et non 2012 comme indiqué) que tout le monde a oublié pour alimenter polémiques et divisions ?
    Si le bon de ce manifeste n’est pas neuf, le neuf, lui, n’est pas bon.
    Que ce manifeste dénonce la place de « L’Union Européenne à l’origine de la brutale offensive patronale », rien de plus partagé aujourd’hui, y compris par nombre de signataires de l’appel de Bobigny !
    Page 4, on trouve : «L’école doit permettre une réelle intégration des enfants handicapés avec des structures spécialisées et des maîtres spécialisés. » et en conclusion « l’exigence de l’abrogation de la loi Montchamps de 2005. »
    Le principe premier de cette loi est que tous les enfants y compris ceux porteur d’un handicap ont le droit d’être scolarisés soit dans des ULIS-école (des classes spécialisées intégrées aux écoles) soit dans des classes banales, souvent dans une combinaison des deux, avec les compensations nécessaires. Certes, le ministère de l’Éducation Nationale ni ne recrute en conséquence, ni ne forme réellement ses enseignantes (spécialisées ou non). Certes, il n’offre aux Accompagnant.es aux Elèves en Situation de Handicap (AESH) ni formation sérieuse, ni salaire correct (672€/mois), ni contrat pérenne. Mais faut-il, au nom de ces faits exiger l’abandon du principe de la scolarisation pour tous ?
    Les structures spécialisées ont un nom : les hôpitaux de jour. Ils sont tenus à 95% par des pédopsychiatres et psychologues freudiens qui ne répondent particulièrement pas aux attentes des parents d’enfant porteur de Troubles du Spectre Autistique. Voir à ce propos les liens suivants :
    http://autisme.info31.free.fr/?p=2832
    http://www.charlatans.info/freudevolution.shtml
    http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?rubrique56
    Quelques précisions…
    Ce manifeste à l’origine « de parents, de travailleurs, de citoyens », l’est surtout d’enseignant.es (36 signataires sur 42). Ces enseignant.es sont quasiment toutes et tous membres de la FNEC-FP-FO (seul syndicat confédéré à ne pas avoir signé l’appel de Bobigny). Une très large majorité sont membres du POID (Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique, Scission récente du POI). De nombreux cadres de la FNEC-FP-FO sont aujourd’hui membres soit du POI, soit du POID.
    La raison de cette scission pourrait se résumer comme suit : Le courant trotskiste (le Courant Communiste Internationaliste), à l’origine du POI, s’est divisé en deux orientations :
    Une considère qu’il est prioritaire de s’adresser aux dirigeants syndicaux intermédiaires pour influer sur le cours de la lutte des classes. L’autre considère qu’il faut revenir à une politique de construction du parti. C’est sur cette dernière que s’est constitué le POID.
    (pour plus de détails voir https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/050915/longue-scission-au-ccipoi-et-maintenant)
    Comment comprendre que ceux qui déclare impératif de déployer leur drapeau rédigent aujourd’hui un manifeste d’origine quasi-anonyme ?
    Dernier élément : la plupart des dirigeants du POI et du POID défendent le freudisme le plus orthodoxe dans la continuité de leurs deux figures tutélaires (Trotski et Pierre Lambert).

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    1. MezetulleMezetulle

      Mezetulle a reçu la réponse de Tristan Béal :
      ****

      Il est deux attitudes de lecteur face à un texte : ou bien je lis pour apprendre quelque chose au sujet de celui qui écrit (ce qui guide ma lecture est alors de répondre à la question « qui parle ? »), ou bien je lis pour apprendre quelque chose au sujet de ce dont parle le texte ; ou bien, donc, je fais une lecture symptomale du texte et je prends le texte pour un prétexte qui cache quelque chose de suspect (et peut-être d’inconscient à l’auteur même du texte), ou bien je m’intéresse au contenu de vérité du texte.

      Que dit le Manifeste ? Que l’école est détruite de l’extérieur, qu’elle n’a plus aucune vertu émancipatrice, qu’elle se cantonne de faire ânonner les élèves avant que ceux-ci plus tard n’ahanent en tant que travailleurs exploités. Bref, ce manifeste montre que la destruction de l’école libératrice va de pair avec la destruction d’un travail épanouissant ; et que cette double destruction se fait sur fond de guerre économique dont l’Europe mercantile est un des belligérants.
      Sous prétexte que des milliers de personnes défilent actuellement sous des bannières syndicales, il ne faudrait pas s’intéresser à une vieillerie de 2010 signée par moult syndicats ? Critiquer l’Appel de Bobigny serait attentatoire à l’unité syndicale qui se dessine sous nos yeux ? Je sens là sous votre plume une forme de terrorisme intellectuel : le nombre ne fait pas la raison. Toutes les confédérations auraient signé cet appel, cela n’empêcherait pas de le critiquer, même en ces temps de lutte syndicale (lutte syndicale biaisée et feinte, à mon sens ; mais ceci est une autre question).

      Que peut-on lire dans l’Appel de Bobigny ? Les prémices de ce que maintenant nous connaissons et dont nous souffrons dans les écoles. Dilution de l’instruction scolaire dans le tout éducatif (deuxième objectif prioritaire de l’Appel) ; refus de voir dans l’école le seul lieu d’instruction (dixième proposition transversale de l’Appel) ; atomisation de l’école républicaine (quatrième objectif) ; surreprésentation des parents (douzième proposition transversale) ; injonction de travailler en groupe (huitième proposition transversale); réduction de l’attention écolière à ses conditions physiologiques (septième proposition transversale) ; défense du passage de classe tous azimuts et promotion d’une scolarité du bon sentiment sur une scolarité de l’exigence (quatorzième proposition transversale).
      Alors, non, cette vieillerie n’est pas à oublier. De même que la loi Jospin de 1989 est l’avatar du rapport Bourdieu-Gros qui l’a précédée, ainsi notre école du négoce tient une de ses origines dans cet Appel.

      À présent, parlons de la loi Montchamp. Comme souvent, de la part du ministère, il s’agit de montrer une gentillesse extrême à l’égard des fragiles pour finalement monter les maîtres contre les parents et faire de l’école un lieu d’affrontement où l’instruction est impossible. Le Manifeste ne demande pas que les handicapés soient tenus enfermés loin des écoles ; bien au contraire, il défend une instruction pour tous les élèves, mais une vraie instruction, pas une instruction au rabais : car quel est l’intérêt pour l’élève handicapé et ses condisciples de se retrouver ensemble dans une même salle de classe tenue par un maître qui n’a pas reçu la moindre formation pour accueillir un tel élève ? Il faudrait bien plutôt une politique volontariste consistant, dans chaque école, à mettre en place une classe à petits effectifs tenue par un maître formé et dont les élèves pourraient de temps en temps aller dans les classes normales (ce que l’on appelle l’intégration). A cette condition, oui, tout le monde y trouverait son compte !

      Enfin, pour ce qui est de l’anonymat des signataires, vous y voyez comme une volonté d’avancer masqués de leur part. Effectivement, ce Manifeste aurait pu se retrouver en lien sur le site de la Tribune des travailleurs, journal du POiD ; mais, à mon sens, cela serait revenu à réduire ce Manifeste à n’être que celui de quelques révolutionnaires. En le mettant en ligne sur une page politiquement neutre, cela revient à vouloir qu’on lise ce Manifeste pour lui-même, et donc que l’on ne prenne en compte que son contenu de vérité.

      TB

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  3. Bouvet Laurent

    J’approuve à 100 % la réponse de Tristan Béal.
    L’Appel de Bobigny est une véritable infamie pour l’école en 18 points dont Tristan détaille les principaux objectifs délétères.
    Je voudrais simplement faire une remarque sur les signataires qui ont un intérêt économique à ce que les objectifs se réalisent. En effet, un certain nombre sont des associations d’éducation populaire (JPA, Ligue de l’enseignement, etc…) qui vivent de contrats locaux et de subventions publiques (dont on sait qu’elles ont diminué durant la mandature de Sarkozy). Ces associations ont donc un avantage à ce que ces réformes soient verrouillées, faisant en sorte de se saisir d’une partie du butin éducatif des contribuables pour être adossées à l’école, voire y pénétrer en son sein.
    D’autres organisation signataires sont des syndicats tel l’UNSA ayant des accointances importantes avec le PS.
    La FCPE est une association de parents d’élèves que Vincent Peillon a subventionnée dès son arrivée rue de Grenelle.
    Par ailleurs, il y a une convergence idéologique et pédagogique commune à nombre des signataires. Beaucoup des parties prenantes sont favorables aux concepts de coéducation et du socio-constructivisme, par pure idéologie (mais aussi par intérêt particulier comme je viens de l’expliquer). Depuis les années 70 en France, les théories constructivistes souhaitaient appréhender l’enseignement sous l’angle de l’apprendre plutôt que de celui de transmettre. En se focalisant sur l’élève et le « sujet apprenant », critiquant – à juste titre parfois – les excès de l’école d’avant, les tenants du socioconstructivsime ont voulu placer l’enfant au centre du système (loi Jospin 1989), rendre les savoirs plus « motivant » dans le but affiché de réduire l’importance de l’héritage culturel. On mesure à quel point aujourd’hui l’école a abandonné son rôle de transmission. Pourtant celle-ci résiste de façon clandestine (dans la famille, entre pairs ainsi que dans certains établissements – publics ou privés et dans certaines pratiques de professeurs). De nombreuses études au USA ont montré la supériorité éducative des approches centrées sur l’enseignement (basic skills models ou modèles académiques) qui sont orientées vers un enseignement systématique des apprentissages de base (lecture, écriture, mathématiques). En revanche, les méthodes pédagogiques centrées sur l’élève (modèles cognitivistes (cognitive skills models) ou modèles affectifs (affective skills models) ont fait les dégâts que l’on connaît. Et il faudrait selon certains aller encore plus loin parce que « si ça ne marche pas, c’est que l’on n’a pas été assez loin dans la mise en pratique »…
    La transmission n’est pas soluble dans l’acte d’enseigner et il faut désormais interroger l’opposition supposée entre l’activité de l’élève et la transmission de connaissances car si transmettre sans se préoccuper de l’élève est infructueux, apprendre dans un cadre dénué de la volonté de transmettre est impossible.
    Raison pour laquelle le manifeste prend tout son sens.

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    1. BILLA

      L’essentiel n’est-il pas de revenir aux « fondamentaux » afin de ne pas laisser ce terme galvaudé par les Coachs sportifs – oui, il n’y a plus d’entraîneur aujourd’hui – et faire que l’école apprenne ce qu’est un verbe, un sujet et un complément d’objet direct ou indirect ?

      Majorité des « blas blas » proférés par de prétendus Experts ne sont que foutaises !

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