À propos du livre de Jean-François Braunstein « La religion woke »

Jean-Michel Muglioni ne propose pas un compte rendu de lecture, mais il hasarde quelques réflexions que la lecture du livre de Jean-François Braunstein, La Religion woke (Grasset, 2022) a pu lui suggérer. Il demande qu’on n’y voie qu’une interrogation sur un monde qu’il ne comprend pas.

Croire l’incroyable ?

L’incroyable a au moins deux effets. Le premier : il est arrivé qu’il fonde une religion. Les Grecs et les Romains que mathématiciens et philosophes avaient accoutumés à écouter leur raison ne parvenaient pas à admettre qu’un dieu puisse envoyer son fils sur terre pour le crucifier et le faire ressusciter sous prétexte de sauver l’humanité1. On le sait, l’incroyable a marché. Second effet : le Grec ou le Romain cultivé ne pouvait pas croire que l’incroyable aurait un avenir. Ainsi le « woke » et les doctrines qui aujourd’hui nous sont proposées ou imposées sont incroyables : comment croire que la différence des sexes n’est pas d’abord biologique, mais qu’elle est tout entière une construction sociale ? La biologie – en cela en accord avec le simple bon sens – soutient qu’il y a des vivants dont la reproduction est sexuée, que dans certaines espèces il y a des mâles et des femelles, et que c’est le cas pour l’espèce humaine. Qu’elle ne soit pas une science mais un discours fait pour opprimer l’humanité – discours raciste des Blancs – voilà qui est incroyable. Or précisément parce qu’il est incroyable, un tel négationnisme – qu’est-ce d’autre, en effet ? – caractérise aujourd’hui une nouvelle religion, la religion woke. Si je dis à mes amis qu’elle s’est emparée des universités anglo-saxonnes et qu’en France elle fait déjà des ravages même dans les sections de biologie, on ne me croit pas !

Le livre de Jean-François Braunstein fait le catalogue de toutes les aberrations que la religion woke impose de croire, et cela d’abord dans les universités. Son intérêt est d’ouvrir les yeux de ceux qui, la tenant pour totalement incroyable, ce qu’elle est en effet je le répète, ne croient pas qu’elle soit partagée, encore moins dans les lieux de savoir. Jean-François Braunstein cite les prêtres de cette religion, il donne les références qui permettent de savoir si ce qu’il rapporte est vrai : chacun peut ainsi aller voir quelle vague de délires déferle aujourd’hui sur le monde. Il manque sans doute à ce catalogue une réflexion plus substantielle sur les causes de ce mouvement. Cet ouvrage ne convaincra aucun des adeptes du woke. Mais peut-être ouvrira-t-il les yeux du lecteur qui ne croit pas qu’on puisse croire aux absurdités de la religion woke et qui jusque-là ne s’était pas inquiété de sa propagation.

Le rapport au réel

Comment comprendre un tel délire ? Je crois pouvoir proposer une explication de ce que Jean-François Braunstein appelle la « guerre contre la réalité ». Le nouvel homme ignore la nécessité extérieure : il ne se heurte pas à des obstacles physiques ou physiologiques, comme autrefois le paysan ou l’ouvrier ; son pouvoir est absolu, sans limite. Il ne supporte plus la moindre médiation entre un désir et sa réalisation. Il arrive même que le pauvre ignore la nécessité extérieure, celle que seul le travail d’une matière permet d’affronter, celle qu’aucune prière ne peut changer et dont la question de savoir si elle est juste ou injuste ne se pose pas. Il ne se heurte pas aux choses mais aux papiers de l’aide sociale, c’est-à-dire à des hommes qu’on espère pouvoir faire céder et dont on peut toujours dénoncer l’arbitraire. Et il est vrai que nous sommes plus puissants que nos ancêtres, grâce au progrès des techniques et des sciences, il est vrai aussi que nous jouissons d’une protection sociale qu’ils n’avaient pas. De là une perte de contact avec le réel. Même la pluie ou le vent nous sont annoncés par médias sans que nous ayons nous-mêmes à prendre soin de notre sécurité.

Sommes-nous tous despotes ?

L’homme social que nous sommes est pris dans ses relations avec ses semblables. Pour obtenir ce qu’il désire, il lui faut obéir ou demander, séduire, forcer une volonté. Plus la civilisation grandit l’homme et le libère de la pression du besoin et de la nature, plus il devient dépendant de l’homme, et cela jusqu’à perdre tout contact avec les choses. Le despote au faîte de son pouvoir n’a plus aucun rapport au réel sinon par sa cour, et il prend donc nécessairement ses désirs pour la réalité : il demande et il est servi. Nous vivons et pensons en despotes, dans la mesure où notre rapport au réel est tout entier déterminé par nos relations aux autres, quand par-dessus le marché le travail lui-même repose sur la médiation de machines, et pour beaucoup, de machines informatiques et donc d’images. Je ne veux pas dire que chacun satisfait ses désirs aisément, ou que les pauvres sont riches, mais que toutes nos pensées, si nous n’y prenons garde, sont des pensées de despote, coupées du réel. Alors il n’y a plus qu’idéologie, le refus du réel devient la norme. L’éducation des enfants a depuis longtemps pâti de ce déni du réel : il ne faut pas s’opposer à leurs désirs. Ils sont malheureux de n’avoir jamais rien vu leur résister. Freud savait le prix du principe de réalité.

Le refus du corps

Seulement le refus du réel produit plus qu’une névrose, il fait croire aujourd’hui que nous pouvons décider de tout ce que nous sommes. La chirurgie doit nous rajeunir. Et pourquoi accepter son sexe, tel que la naissance nous l’a imposé sans nous demander notre avis ? Choisissons-le, comme une coiffure ou une couleur de cheveux ! Des parents demandent à leur enfant de faire un tel choix, quand même son sexe est biologiquement déterminé. Si ce qu’on appelait naguère tout bonnement un garçon désire être une fille, l’école ne doit pas utiliser le prénom de l’état civil mais celui qu’il choisit (ou que ses parents et l’air du temps l’on incité à choisir, on ne peut savoir). S’il le faut, la médecine interviendra à coups de chimie et de chirurgie. Peu importent les dégâts psychologiques qui en résultent, quand ce ne sont pas des dégâts physiques irrémédiables. La Suède revient en arrière après avoir des années admis que les mineurs puissent demander le secours de la médecine pour changer de sexe2. Le corps est devenu un objet dont on peut faire ce qu’on veut. Il n’impose plus aucune nécessité. C’est une grande souffrance de ne pas parvenir à habiter son corps tel qu’on l’a reçu de sa naissance, je le sais. Mais est-ce s’en guérir que ne pas se supporter tel qu’on est né en voulant un autre sexe (on ne dira plus sexe mais genre) et de demander à la médecine de le transformer – quoiqu’on continue de nier le caractère scientifique de la biologie ? Que cette médecine puisse et doive intervenir sur les cas extrêmement rares comme ce qu’on appelait autrefois l’hermaphrodisme, que le droit et le regard des autres sur ceux qui en sont affectés cessent de leur rendre la vie impossible, ou tout simplement que chacun puisse vivre la sexualité qu’il veut, c’est justice. Mais faudra-t-il que ce qui n’est qu’une exception devienne la règle et s’impose à tous ?

La fausse parité

Le pire est ailleurs. Ce négationnisme d’un nouvel ordre veut « effacer toute la mémoire historique de la civilisation3 » comme le christianisme naissant qui voulait effacer le monde gréco-romain – qu’il a heureusement appris plus tard à sauver. Des étudiants (et ce ne sont pas les moins brillants) ont demandé qu’on change la liste des auteurs des programmes de philosophie parce qu’elle ne comporte que des mâles blancs. Parce qu’en effet des femmes de génie n’ont pu s’exprimer ou que parfois leurs œuvres ont été délibérément maintenues dans l’oubli, il faudrait qu’il y ait parité au moins dans les programmes scolaires, ou par exemple que le recrutement des musiciens d’orchestre ne se fasse plus sur la compétence mais sur le même principe de parité, etc. Quel mépris des femmes ! Comme si elles n’étaient pas capables de réussir les mêmes épreuves que les hommes.

L’idéologie sociétale

Jean François Braunstein donne l’exemple d’universitaires américains, noirs4, « révoltés par [des] formations à la diversité qui osent affirmer que la « logique » et la « ponctualité » doivent être attribuées à la « blanchité » » ». Ce qui revient en effet à croire que les Noirs sont par nature incapables de « pensée rationnelle ». Cet antiracisme est la nouvelle figure du racisme, dont il reprend les stéréotypes. Les statistiques des résultats scolaires montrent – paraît-il – une infériorité des Noirs : vient-elle de leur « race » ou de ce qu’on ne leur a pas permis de vivre dans des conditions telles qu’ils puissent, comme les Blancs, s’instruire ? On le voit, ces mouvements sociétaux – et le succès de l’adjectif sociétal en est le symptôme – ont pour conséquence, sinon pour but, d’interdire tout progrès social.

On ne s’étonnera pas que la renonciation à ce qu’avait de juste le socialisme nous vienne des États-Unis d’Amérique. Le woke et toutes les recherches intersectionnelles sont la dernière (la dernière en date, il faut s’attendre à en voir d’autres fleurir) idéologie que des penseurs croyant lutter contre le capitalisme ont inventée pour le pérenniser. C’est du moins ce qu’est la religion woke, si l’on a retenu la leçon de Marx et qu’on entend par idéologie une théorie qui n’en est pas une mais qui en réalité ne fait qu’exprimer un état de la société et défendre les intérêts de ceux qu’il favorise. Seulement Marx est un mâle blanc. On s’en prend aux grands hommes du passé, aux grands auteurs, aux grands compositeurs, qu’on croit prisonniers des réseaux de pouvoir de leur temps dans toutes leurs pensées et dans toutes leurs œuvres. Mais n’est-ce pas être plus encore pris dans les aberrations d’un monde asservi à la croissance économique, où la recherche de la vérité a laissé sa place à la recherche de la puissance ? Quel avenir nous réserve-t-on, si ce qui fait la grandeur de la civilisation, Homère, Platon, Titien, Galilée, Mozart, doit être considéré comme la cause de nos pires exactions, du colonialisme, des guerres que nous n’avons cessé de mener entre nous au cours de notre histoire ? Si donc tout le trésor qu’on appelait les Humanités doit disparaître ?

Ressentiment et nihilisme

Que tel qu’il est le monde puisse désespérer, je le comprends. Est-ce une raison pour préférer le néant ? La religion woke, comme la cancel culture, me paraît finalement nihiliste. Le précédent livre de Jean-François Braunstein, La Philosophie devenue folle, m’a appris l’existence de l’amputomanie – heureusement assez rare : cette manie – on refuse son corps jusqu’à se faire couper un bras, par exemple – me semble assez bien symboliser le refus du réel d’une partie de mes contemporains, et j’ai cru le voir chez ceux-là même qui ne vont pas jusqu’au délire de la religion woke. J’ai parlé avec un ami écologiste devenu totalement misanthrope qui rêve d’un monde de plantes et d’animaux, sans hommes. Il formule cet « idéal » explicitement. Si vous dites que notre médecine nous a permis de vivre plus longtemps en bonne santé, il vous demande pourquoi il faudrait vouloir mourir vieux. La drogue qui anéantit son homme ne suffit pas, il faut un nouvel opium, et nos universités savent le distiller.

On admet généralement que la croyance au progrès a disparu de notre monde. Contrairement à la chanson, le progrès ne suppose pas qu’on fasse table rase du passé mais qu’on sache se nourrir de ce qu’il a de meilleur pour aller de l’avant. Cette croyance une fois morte, comme on ne revient pas pour autant à cette sorte de fatalisme qui faisait que, sous l’Ancien Régime, il allait de soi qu’on demeure à sa place et qu’on ne change pas de condition, le sentiment que rien ne peut finalement changer, qu’il y aura toujours des riches et des pauvres, au lieu de donner le courage de combattre là où l’on est pour le bien commun, fait naître un ressentiment, plus fort parfois chez ceux qui, par leur talent et leur travail, sont sortis de la misère. Ils ne supportent pas d’avoir pu faire carrière ou de bien vendre leurs livres et vivent leur succès comme une trahison, en même temps parfois qu’ils méprisent le monde qu’ils ont quitté. Et comme naguère lorsqu’il fallait être stalinien, les meilleurs n’osent pas s’opposer à cette nouvelle religion. Le manque de courage les aveugle au point que parfois ils se convertissent.

Cancel culture

Tout cela s’inscrit dans la Cancel culture dont traite le compte rendu du livre de Hubert Heckmann Cancel ! De la culture de la censure à l’effacement de la culture par Catherine Kintzler5. Le livre de Jean-François Braunstein montre que nous sommes revenus au temps du stalinisme. Il y avait alors les mathématiques prolétariennes et les mathématiques bourgeoises, Staline était un grand philosophe, etc., et l’université ne mourait pas de rire. Il fallait et il faut aujourd’hui du courage pour lutter contre les pressions qu’exercent les idéologues.

Notes

1 – Jean-François Braunstein, La Religion woke, Grasset, p. 25, qui commente le célèbre credibile est, quia ineptum est de Tertullien – connu sous la forme : credo quia absurdum : je crois parce que c’est absurde.

3 – Ibid. p.28. Le livre de J.J. Braunstein commence par montrer en quoi il s’agit bien de religion.

4Ibid. p.188.

10 thoughts on “À propos du livre de Jean-François Braunstein « La religion woke »

  1. CHAMPSEIX

    Ce qu’écrit J. -M. Muglioni est toujours admirable, c’est-à-dire instructif, profondément et précisement instructif, intimement éclairant si l’on souhaite être plus explicite. Comment ne pas le suivre par conséquent quand il dénonce ce qui défie le bon sens – la raison – cette « chose du monde la mieux partagée » ? Aussi nier la différence biologique des sexes (biologiquement il n’y a que deux sexes), prétendre qu’en la matière tout est affaire de construction sociale et que, finalement, l’individu, tel un petit dieu, pourrait « choisir » arbitrairement est en effet le comble de l’absurdité et pourrait en dire malheureusement long sur la mentalité moderne. Pour autant l’arbre médiatique doit-il cacher la forêt ? Ne peut-on pas reconnaître, à la marge tout du moins, la possible différence entre la conscience du genre et le fait physique du sexe ? Bien des personnes en souffrent semble-t-il et cela dès l’enfance. Plus généralement, un fait comme l’homosexualité ne met-il pas en évidence comme la différence entre la sexualité et la définition du mâle et de la femelle ? J. -M. Muglioni ne cesse d’y insister par ailleurs : dans le domaine moral, il n’y a pas de marge ou d’exception à la règle : l’individu ne se pense pas par rapport à la règle car il est la règle (la loi). Il ne s’agit bien sûr pas là de ses opinions ou de ses goûts privés mais de sa nature de personne. Rien que pour cette raison se pourrait-il que le monde moderne ne fût pas entièrement désastreux et que la confusion qui règne, du moins chez les personnes qui adorent occuper le devant de la scène ( quelle scène ?), ne soit que l’indice d’une crise un peu comme une maladie infantile qui, au bout du compte, renforce le système immunitaire ? La comparaison s’arrête bien sûr là car on ne saurait considérer ce qui relève de la liberté comme un phénomène naturel. Si le pire n’est jamais certain, il n’est pas non plus exclu.

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    1. Jean-Michel Muglioni Auteur de l’article

      Je remercie Alain Champseix.
      Oui, il n’y a pas de sexualité animale. La sexualité est humaine, et quoique toujours en quelque façon liée à l’existence animale ou biologique en nous, elle est toujours d’un autre ordre. Kant, qu’on ne s’attend sans doute pas à voir cité sur cette question, remarquait dans ses Conjectures sur les commencements de l’histoire humaine que la feuille de figuier a été inventée par la raison pour éveiller le désir à volonté.
      Permettez que je propose ici une traduction de ce texte :
      « Juste après l’instinct de nutrition, par lequel la nature conserve chaque individu [ce dont il vient d’être question], le plus important est l’instinct sexuel, grâce auquel la nature pourvoit à la conservation de chaque espèce. La raison après son éveil ne tarda pas non plus à manifester son influence sur celui-ci. L’homme trouva bientôt que l’excitation sexuelle, qui chez les animaux repose seulement sur une impulsion passagère et la plupart du temps périodique, était susceptible pour lui de se prolonger et même de s’accroître sous l’effet de l’imagination, qui fait sentir son action avec d’autant plus de mesure sans doute, mais aussi de façon d’autant plus durable et plus uniforme, que l’objet est soustrait aux sens ; ce qui évite la satiété qu’entraîne avec soi la satisfaction d’un désir purement animal. La feuille de figuier (V,7) fut donc le résultat d’une manifestation de la raison bien plus importante que celles qui étaient survenues antérieurement, au tout premier stade de son développement. Car le fait de rendre une inclination plus forte et plus durable, en retirant son objet aux sens, dénote déjà une certaine suprématie consciente de la raison sur les inclinations et non plus seulement, comme au degré inférieur [pour la nutrition], un pouvoir de les servir, sur une plus ou moins grande échelle. Le refus fut l’habile artifice qui conduisit l’homme des excitations purement sensuelles vers les excitations idéales, et peu à peu du désir purement animal à l’amour, et avec l’amour, du sentiment de ce qui est purement agréable au goût du beau, découvert pour commencer seulement dans l’homme, puis aussi dans la nature. »
      Il est certain, que Kant demeure parfois prisonnier des préjugés de son temps, en particulier dans sa Métaphysique des mœurs. De là par exemple son horreur de l’homosexualité. Mais sommes nous plus libres que lui ? On voit en tout cas que ce bref passage permet de distinguer radicalement la sexualité de l’instinct animal : la liberté en l’homme n’est pas extérieure à sa part d’animalité. Conséquence – que cette page ne tire pas : vouloir que la sexualité se réduise à la reproduction (par exemple s’opposer à la contraception) est une faute majeure.
      Ainsi condamner les aberrations de la « religion woke », et particulièrement la négation de l’existence biologique de l’homme, ne conduit nullement à réduire l’homme à ce que la biologie fait de lui. J’ajoute que lors de ma préparation à l’agrégation de philosophie, à la fin des années 60, je me souviens avoir vu un sujet d’oral tombé l’année précédente : le sexe et le genre. Que certains les aient toujours confondus n’empêche pas que cette distinction soit pour ainsi dire classique !
      Une question : le lien, l’union de la liberté et de la nature qui constitue la sexualité en tant qu’elle est proprement humaine ne signifie-t-il pas que l’opposition de la nature et de la culture est aussi sophistique que l’opposition de la nature et de la loi chez les sophistes antiques ? Les délires du wokisme ne pourraient-ils pas nous éveiller (c’est le cas de le dire) et nous délivrer de l’idéologie culturaliste qui a dominé le monde depuis plus d’un siècle et dont ils sont en un sens l’accomplissement ?

      1 : von bloß empfundenen zu idealischen Reizen,… excitations cette fois produites non par l’instinct mais par des représentations – des idées au sens général du terme. Chacun sait la part d’imagination liée au désir sexuel.

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  2. Vincent Renault

    Merci beaucoup à Jean-Michel Muglioni pour cette réflexion dont la règle est l’autonomie du jugement, et donc le refus du jugement dans l’obscurité là où rien d’autre n’y contraint qu’une espèce de conformisme intellectuel (position éminemment contradictoire) et en dernier lieu la soumission à un pouvoir. — Mais dans la grande salade de ce qui est ici appelé «religion woke», ne peut-il pas se trouver des idées à prendre au sérieux, selon cette même règle du jugement autonome? Je le dis en prévention contre les esprits illuminés et dogmatiques de l’autre bord, qui auraient vite fait de se servir de ce qui, dans l’expression «religion woke», est propice à jeter le bébé avec l’eau du bain et à satisfaire leur propre politique. — Ceci n’est pas une objection au présent article ni à son auteur, auteur dont l’esprit distingué, il y a quelques années, a montré aussi quels abus il ne fallait pas faire des couples de termes homme/femme et mâle/femelle. C’était sur Mezetulle, en défense de la l’institution du «mariage pour tous»
    (http://www.mezetulle.net/article-mariage-homo-nature-et-institution-quelques-reflexions-par-j-m-muglioni-114091244.html). — Cela me fait penser qu’au titre des causes (sur quoi J.-M. Muglioni travaille ici) il peut aussi y avoir la propension de certains à ne vouloir voir que nécessité naturelle ou loi de la raison dans ce qui n’est bel et bien que coutume sans doute commode mais non d’une légitimité absolue (le fameux «ordre symbolique», invention d’esprits fins). Et la critique (par contrecoup) des fausses naturalités peut devenir une arme trop lourde, et abrutissante comme toutes les armes.

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    1. Jean-Michel Muglioni Auteur de l’article

      Je remercie Vincent Renault. Son interrogation me permet une mise au point.
      Une critique radicale du christianisme n’empêche pas de reconnaître que les Évangiles énoncent d’excellents principes qui peuvent même fonder cette critique. De même la critique du stalinisme n’empêche pas de reconnaître qu’il y a chez Marx d’excellentes analyses. Mais faudrait-il, pour ne pas désespérer Billancourt, renoncer à cette critique ? Ce que Braunstein appelle « la religion woke » est une idéologie qu’il s’agit aujourd’hui de combattre sans restriction, sans se taire en aucune façon, sous prétexte qu’en effet certains, parfois même nombreux, voudront en conclure que le racisme n’existe pas, qu’il ne détermine pas chez nous de grandes inégalité sociales, que la seule sexualité admissible est celle que définissait leur Église, ou que les femmes sont des êtres inférieurs, etc.

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  3. Binh

    1) « Tous despotes » : n’y avait-il pas de ça, déjà, avant la nouvelle avant-garde Woke , chez Bourdieu et son obsession de la domination et du pouvoir tous azimuts ?
    2) « Le Rapport au réel » : même la réalité des inconcevables forces et énergies cosmiques (dont celles de la terre) est en train d’échapper à nos écologistes dits « éveillés » (noyau terrestre à 5000 °C, tectonique des plaques, Trou Noir de la Voie Lactée, etc). Les Humains ayant été rendus seuls responsables du réchauffement climatique en cours, ces Wokemen croient maintenant pourvoir revendiquer une prétendue bonne température pour la terre, qui serait celle existant avant la révolution industrielle. Prométhée chez les écolos, qui ont ont abandonné le respect de la Nature pour le contrôle de la Nature. Cas aggravant, cette revendication est quasiment colonialiste, elle exige 2 degrés de moins que la température actuelle, pas plus : pourquoi ? Parce que, tout simplement, c’est celle qui convient aux Européens. En Afrique, on a connu, il y a 500.000 ans environ, des forêts et des lacs dignes de la « douceur angevine », qui pourraient aussi plaire aux Africains d’aujourd’hui: pourquoi pas 10 degrés de moins, alors ? Non, ce ne sont pas les Africains, surtout Verts, qui vont décider. Qui va décider de la bonne température terrestre ciblée par nos Dieux Verts ? Dans cette revendication sans limite sur la Nature, le centre Vert est aussi en Europe. La Cancel Culture a ses limites et ses contradictions…
    3) « Cancel Culture », justement: la culture a horreur du vide, tout comme la nature. La déconstruction n’est qu’une démagogie qui ment (pléonasme) sur ses intentions cachées (ou sur sa naïveté) : imposer une nouvelle culture, de nouvelles normes, de nouvelles contraintes. Le racialisme est un nouveau racisme qui rêve, en fait, d’un monde géré par des « races  » bien identifiées (attentions aux faux Noirs, aux faux Jaunes, aux faux Blancs, etc) , l’idéologie de la Décroissance rêve, en fait, d’un monde où la production serait nécessairement dirigée par un Comité Central de l’Écologie ( donc un nouveau stalinisme), et la pénalisation des tâches ménagères non partagées ( chère à Sandrine Roubespierre) rêve de rapports amoureux négociés par un Juge transformé en comptables des gestes quotidiens domestiques (vaisselle, bricolage, jardin, courses, aspirateur, nettoyage des WC, des vitres, de la voiture, du bébé, etc). Ne serait-on pas un peu, avec cet esprit dit Woke, dans l’anomie de Durkheim ?
    Bref: je préfère mon Wok pour la cuisine.

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  4. Reine Margot

    Je crois que l’idée est partie du fait que chez l’humain, le biologique est toujours pensé au travers de références culturelles. Ainsi, on a longtemps cru que seul le mâle était procréateur, et la femelle un simple réceptacle, ce qui a été démenti par les découvertes sur l’ADN. De là, on en a conclu que le biologique n’existait pas…
    Je crois au « roc biologique » tel que formulé par Beauvoir, une sorte de réalité avec laquelle on compose plus ou moins, ce qui n’interdit pas d’étudier les déterminismes sociaux et autres stéréotypes.

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