Visite du pape : Emmanuel Macron va à Marseille, pas en France

L’annonce récente de la présence du président de la République ès qualités à la messe que célébrera le pape François à Marseille le 23 septembre donne à la France Insoumise l’occasion de sortir de l’ornière où l’avait plongée l’interdiction de l’abaya par le ministre de l’Éducation nationale.

Quel coup politique intelligent que ce nouveau grand écart ! Vraiment quelle lucidité. Alors que la France Insoumise s’embourbait dans un islamo-gauchisme aveuglant, le président de la République ne trouve rien de mieux que de reprendre l’ambiguïté d’une politique du « en même temps » en matière de laïcité : selon une annonce dont la presse fait état ce matin, il assistera ès qualités à la messe que célébrera le pape au Stade Vélodrome de Marseille le 23 septembre.

La France Insoumise, embourbée depuis plusieurs semaines dans son soutien à l’intégrisme musulman à visée politique, saisit l’occasion pour enfourcher le cheval de la laïcité, la main sur le cœur : un président de la République ne devrait pas agir ainsi, il y a deux poids deux mesures, on persécute les musulmans et on caresse les catholiques dans le sens du poil, etc.

Effectivement un président de la République ne devrait pas agir ainsi. Il est normal et compréhensible qu’un haut magistrat public, notamment le président, assiste à un office religieux dans le cadre d’un hommage à un policier, à un soldat, à un professeur, à un agent public, il est normal aussi qu’il puisse pratiquer un culte en tant que personne privée. Mais il n’a pas à reconnaître l’existence d’un culte par sa présence officielle non motivée par une obligation politique. « Oui mais Untel et Untel (Giscard, De Gaulle) le faisaient » – et alors ? une erreur n’est pas un motif pour être réitérée.

Quant à l’argument du « pape chef d’État » auquel la puissance publique doit rendre les honneurs de son rang, il ne vaut pas pour une cérémonie religieuse : il suffirait, pour satisfaire cette obligation protocolaire, que le président accueille solennellement, à son arrivée, ledit chef d’État. A fortiori il ne s’applique pas en l’occurrence pour cette visite. On rappellera en effet que le pape lui-même a précisé qu’il ne s’agit pas d’une visite d’État, en déclarant  « Je vais à Marseille, pas en France » – déclaration qui pourrait avoir un petit relent de désinvolture si le pape était tant que cela un « chef d’État ». Mais même les bons apôtres n’osent pas dire que pour cette messe « le président Macron va à Marseille, pas en France » – car la formule emprunterait alors une signification qui dépasse la simple génuflexion.

6 thoughts on “Visite du pape : Emmanuel Macron va à Marseille, pas en France

  1. Samuël Tomei

    Voici un extrait du journal de Raymond Poincaré, président de la République (1913-1920) : « Samedi 16 novembre [1918]. Deschanel [président de la Chambre des députés] m’a téléphoné qu’il trouvait tout à fait regrettable que le gouvernement ne fût pas représenté demain à Notre-Dame [pour assister à un Te Deum en l’honneur de la Victoire]. Je lui ai expliqué que Clemenceau [président du conseil] avait été, par respect de la séparation, entièrement opposé à cette démarche et que, si je me séparais de lui, il ne manquerait pas de se faire interpeller pour me désavouer. » Deschanel et Poincaré convinrent donc qu’ils enverraient chacun son épouse assister à la cérémonie « avec les dames du corps diplomatique ».
    C’est que pour Clemenceau, Poincaré était le président de tous les Français et non des seuls catholiques. Alors, on ne rivait pas, comme aujourd’hui, chaque citoyen à un groupe d’appartenance supposé, conception communautariste qui « oblige » un homme public à assister à tous les cultes qu’il est possible, à se réjouir de toutes les fêtes religieuses de toutes les religions recensées – quitte à se déguiser comme l’a souvent fait Justin Trudeau, premier ministre canadien. Ce qu’il n’a pas à faire en régime républicain puisqu’il n’a affaire, ès qualités, qu’à des citoyens indépendamment de leurs croyances, ou de leur incroyance, qui ne regardent qu’eux.

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  2. MICHEL NICETTE

    Je ne partage pas l’affirmation qu’une obligation politique puisse commander de participer à un office religieux à un quelconque représentant la République pour rendre un honneur à un fonctionnaire de l’Etat et cela n’est pas normal du tout. Chaque fonctionnaire restant libre de croire ou de ne pas croire, mais c’est en le reconnaissant d’abord comme citoyen puis comme fonctionnaire et non pas comme croyant,de quelque religion que ce soit que la République doit l’honorer et dans les locaux de la République comme les préfectures par exemple.
    Votre affirmation sème la confusion sur ce point.
    Avec toutes mes amitiés laïques
    MICHEL NICETTE

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  3. GUILLAUMIE

    Bonjour.
    Je croyais le terme « islamo-gauchisme » en voie de disparition, pour cause de ridicule. Je croyais qu’il avait rejoint ses ancêtres l’hitléro-trotskisme et l’hitléro-titisme chers à Joseph Staline, dans la Galerie des Grotesques de l’argumentation politique. Mais non : il paraît que l’islamo-gauchisme peut même être « aveuglant » !
    N’étant pas moi-même aveuglé par les lumières philosophiques de Madame Kintzler, je suis en quête d’une définition de l’islamo-gauchisme. Si quelqu’un pouvait éclairer ma lanterne… Merci.
    Marc Guillaumie.
    PS : Je ne suis pas à LFI, mais les propos de Madame Kintzler me la rendent sympathique.

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  4. Ploujoux

    LFI n’a jamais cessé de défendre la laïcité, à savoir « pas d’intervention des cultes dans l’Etat ni d’intervention de l’Etat dans les cultes ». Seuls les aveugles ou les malveillants ne voient pas ce positionnement clair.
    Aussi, le Président Macron peut rencontrer le Pape pour une relation entre chefs d’Etat, mais pas participer à une messe. Le citoyen Macron peut participer à la messe qu’il souhaite.
    Le problème, c’est qu’il déclaré hier exactement le contraire !

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    1. Mezetulle Auteur de l’article

      Trois pages de références sur LFI et sa « défense de la laïcité », à consulter sur le site du Comité laïcité république :
      https://www.laicite-republique.org/-la-france-insoumise-.html#pagination_art90 ;

      On peut ajouter quelques autres exemples de « position claire » :
      – accusation de racisme et injures envers Henri Pena-Ruiz à la suite de sa conférence du 23 août 2019 devant la FI https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/02/henri-pena-ruiz-la-liberte-de-critiquer-une-vision-du-monde_5505311_3232.html ;
      – participation à la manifestation du 10 novembre 2019 ;
      – participation du député LFI C. Martens-Bilongo, revêtu de son écharpe tricolore, à la fête de l’Aïd de la mosquée de Villiers le Bel juillet 22 ;
      – tout récemment, déclaration de Manuel Bompard selon laquelle il appartient aux religions de définir ce qu’est un signe religieux ; voir mon commentaire dans l’article https://www.mezetulle.fr/abayale-fonctionnement-de-la-laicite-scolaire/ et la référence à la note 5.

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