Conservatoires : en marche vers le déclassement

Une prochaine (et énième) réforme des conservatoires est annoncée. On évoque la fin de leur classement, la disparition du Diplôme d’études musicales au profit de « classes préparatoires » réservées à quelques grandes métropoles, la généralisation des « parcours personnalisés » entraînant à terme la dilution des apprentissages techniques, et d’autres points encore. Dania Tchalik en propose une revue analytique. Une fois de plus – le nouveau monde ressemble fort à l’ancien –, l’impératif de démocratisation sert de masque à une dérégulation inspirée par l’aversion envers le savoir et sa transmission.

Depuis près de deux ans, les couloirs des conservatoires bruissent de rumeurs au sujet d’une prochaine (et énième) réforme qu’on annonce comme un changement de paradigme, une véritable révolution copernicienne de leur fonctionnement. On évoque, pêle-mêle, la fin de leur classement, synonyme d’une saignée sans précédent dans les postes de PEA1, la disparition des DEM au profit de quelques « classes préparatoires » réservées à quelques grandes métropoles, sans oublier la généralisation des « parcours personnalisés » qui entraînerait à terme la dilution des apprentissages techniques, et plus particulièrement du solfège2 – pardon, de la formation musicale –, dans le grand flou des pratiques collectives. Autant de mesures salutaires et propres à les ancrer, enfin et pour de bon, dans leur nouvelle mission : produire en masse des amateurs autonomes et responsables de leur pratique culturelle. Seuls les réactionnaires impénitents, à l’image de ceux qui sévissent sur Mezetulle, pouvaient jusqu’alors s’en inquiéter, non sans jouer complaisamment sur les « peurs » de tous ceux qui, malgré les efforts conjugués des formateurs, persistent dans une attitude insuffisamment pro-active à l’égard du changement.

Or, voici quelques semaines, des participants aux réunions organisées rue de Valois ont fait circuler des documents de travail du ministère de la Culture3 : on y découvre alors qu’il n’y avait pas de fumée sans feu et que les Cassandre n’étaient pas loin d’avoir raison ! Malgré le flou persistant de ces directives – pas de schéma d’orientation ni de plan de financement – et la possibilité d’ajustements à la marge, leur contenu éminemment disruptif ne manquera pas de susciter l’intérêt du public comme celui des professionnels.

Conservatoires et décentralisation

Pour comprendre ce qui se trame, un bref retour en arrière s’impose4. En 1969, le plan Landowski – auquel il est de bon ton, de nos jours, d’associer l’adjectif obsolète – instaure, parmi d’autres mesures, un réseau d’établissements publics de formation classés et hiérarchisés (du modeste conservatoire municipal au prestigieux CNSMD de Paris, en passant par l’École Nationale de Musique et le Conservatoire National de Région). Bien que toujours placé sous la tutelle des communes (et non pas de l’État5) et dépourvu de programmes nationaux, contrairement à ce qui prévaut dans l’enseignement général depuis les lois Ferry – un état d’inachèvement tant sur le plan administratif que pédagogique qui permet précisément son démembrement actuel –, ce dispositif prévoit un contrôle de l’enseignement par le ministère de la Culture, doublé d’un financement d’État partiel des établissements qui pouvait s’élever, au cours des années fastes (milieu de la décennie 80) jusqu’à 30% de leur budget de fonctionnement. Toutefois, décentralisation oblige – du moins, si l’on entend par ce terme la délégation de l’essentiel du pouvoir à des barons locaux au détriment des citoyens, opportunément combinée à la raréfaction de l’argent public –, les professeurs des conservatoires se voient rattachés en 1991 à la jeune fonction publique territoriale et non pas à l’État6, comme si l’enseignement du piano ou de la clarinette était par nature différent à Dunkerque et à Perpignan. Puis, dans un deuxième temps (2004-2006), l’Acte II de la décentralisation provoque à son tour une vague de transferts de compétences (traduire : de désengagement de l’État) dont les conservatoires continuent à ce jour à faire les frais : en décidant de transférer aux régions la gestion des cursus préprofessionnels des conservatoires sans leur accord et sans compensation financière, l’État ne fait alors que saper son autorité et seules les régions Poitou-Charentes et Nord-Pas-de-Calais acceptent d’appliquer la réforme. En résulte une disparité des cursus et diplômes (DEM versus DNOP) sur le territoire qui provoque l’étonnement, pour ne pas dire plus, de nos collègues étrangers. Cependant, nous n’avons encore rien vu : une décennie plus tard, les années Hollande accouchent des indispensables Grandes Régions et cet Acte III suscite lui aussi, incidemment, un énième remue-méninges relatif au devenir de l’enseignement musical spécialisé et dont on entrevoit à présent l’issue. Nouveau monde oblige, l’actuel gouvernement ne fait que reprendre les projets de ses prédécesseurs consistant à « faire rentrer par la fenêtre » (et par la grâce d’un énième changement de sigles) le désengagement de l’État qui n’était pas « passé par la porte » une décennie plus tôt.

Au demeurant, cet aperçu risque fort d’alimenter le doute au lieu de le dissiper : serait-il possible que les réformes successives des conservatoires fussent davantage inspirées par l’agenda politique de nos gouvernants  que par les impératifs de la transmission du savoir ?

Sus au « modèle pyramidal », place à la dérégulation !

Pendant qu’associations professionnelles et revues spécialisées se terrent dans un silence assourdissant7, le ministère s’apprêterait donc à mettre fin, comme attendu8, au classement actuel des conservatoires et l’on ne remerciera jamais assez les lobbies para-institutionnels ayant patiemment œuvré en ce sens9. En lieu et place du fameux rayonnement départemental, régional, intercommunal et j’en passe10, une simple « labellisation » s’appliquerait à tout conservatoire classé, quels qu’en soient la taille et le niveau d’enseignement. Les parents désireux de se renseigner sur l’établissement dans lequel ils souhaitent inscrire leur progéniture apprécieront à coup sûr cet effort de « lisibilité ».

De même, c’est par souci de « simplicité » que le « parcours d’études » traditionnel serait complété (ou concurrencé, pour les esprits chagrins), primo, par des « parcours projets » introduisant fort à propos le modèle low cost de Démos et de l’EAC en général11 et, secundo, par des « parcours libres » où les apprenants et autres praticiens amateurs qui fréquentent nos équipements pourraient à loisir – le mot vient à propos – se constituer en usagers de leur propre identité culturelle12. Nul doute que cette marginalisation du cursus traditionnel (pardon, diversification des pratiques) inspirerait les collectivités les plus en pointe dans leur effort de mutualisation des moyens et de chasse aux doublons, mais aussi dans leur dessein si progressiste d’en finir avec les totems du calendrier scolaire et du statut de leurs agents publics, pour reconvertir d’urgence de professeurs et artistes en animateurs de la vie de la cité  (si possible précaires et corvéables à merci). Dès 2014, certains établissements pilotes (on pense notamment au CRD du Val d’Yerres et à son « cursus loisir ») avaient expérimenté ces dispositifs innovants mais d’autres, comme Roncq ou Montereau13, leur ont emboîté le pas et le projet du ministère suscitera à coup sûr d’autres vocations.

Usine à gaz

« Et en même temps », il faut bien maintenir une forme de hiérarchie entre établissements, au grand dam des hérauts de la démocratisation. Aussi, le « parcours d’études » se diviserait en quatre « séquences » (et non plus en cycles, voilà qui est révolutionnaire !) dont seules les deux premières seraient requises en vue de la « labellisation » ; certains conservatoires pourraient toutefois, sous réserve de l’accord des édiles qui détiennent les cordons de la bourse, proposer les quatre « séquences » pour, cette fois, être « habilités » à délivrer un « diplôme national » censé valider l’acquisition d’une « pratique amateur autonome ». Mais, contrairement à la situation actuelle, cette médaille en chocolat n’aurait pas la valeur d’un DEM et ne viserait plus les futurs professionnels, la juste cause de l’élargissement des publics réclamant quelques sacrifices. D’autres établissements enfin, plus chanceux, seraient quant à eux « agréés »  – la nuance est subtile et néanmoins de taille – dans l’optique de préparer à l’enseignement supérieur : ils accueilleraient ainsi des classes préparatoires (un terme qui a fait frémir, mais un temps seulement, les démocrates de la culture déjà évoqués) proposant un enseignement pluridisciplinaire composé d’une discipline dominante et de matières optionnelles. Toute ressemblance avec l’actuel DEM (et, plus encore, avec l’usine à gaz du CEPI) ne saurait être que pure divagation d’un esprit égaré14.

Au demeurant, cette frénésie administrative – qui, accessoirement, permettrait d’occuper (enfin !) ces « fainéants » de professeurs, toujours prompts à privilégier égoïstement leur musique au détriment des indispensables réunions de concertation et de la non moins nécessaire réécriture de leurs cursus et projets d’établissement qui ne saurait tarder – n’étonnera que ceux qui ignorent cette vérité éternelle : pour un gestionnaire digne de ce nom, une réforme n’a d’utilité que dans la perspective de l’exercice bien compris de la pédagogie, cette fois comprise au sens de communication.

Haro sur l’école !

Il n’en reste pas moins que la « philosophie » générale du projet vise, encore et toujours, à « se démarquer du modèle scolaire de progression dans les acquisitions ». L’abus du jargon socio-constructiviste (« séquence », « exploration », etc.) est à lui seul parlant et rappelle si besoin la dette de nos réformateurs culturels à l’égard de leurs homologues de l’Éducation nationale15. Au nom de quelle idéologie coercitive et rétrograde imposerait-on aux gamins un conservatoire « scolaro-centré » (sic) alors que de l’avis général (presse, associations de parents et élus confondus) ils n’ont que « trop d’école »16 ? Quand la pédagogie se confond, de l’aveu même de ses experts, avec la négation de l’école en son propre sein17, l’enseignement se dégrade en « offre personnalisée » et en « projets » dûment « ciblés sur des besoins spécifiques », à l’instar d’une agence publicitaire ou d’une grande surface de bricolage.

Pour résumer, si nos technocrates sont les Paganini du schéma directeur et ordonnent à la perfection la valse des acronymes, leur goût pour l’enveloppe n’a d’égal que leur indifférence, si ce n’est leur haine, pour le contenu. On en déduira d’autant mieux que la démocratisation tant vantée n’est que l’alibi d’un élitisme sournois dont les premières victimes sont ces mêmes publics pour le bien desquels on prétend agir. Ne pouvant compter que sur l’école pour accéder au savoir et à l’édification de leur liberté, ces derniers en resteront à l’éternel va-et-vient entre « l’expérimentation ludique » et « l’apprentissage plaisir », sans oublier la sensibilisation au message climatique susmentionnée, tandis que d’autres, sans doute plus fortunés, se tourneront faute de mieux vers le privé et continueront à bénéficier d’une pédagogie plus que jamais scolaire, à savoir progressive, structurée et propre à leur octroyer, le moment venu, la possibilité d’embrasser une carrière artistique.

Cependant, de réforme en rapport et de proclamation volontariste en surenchère démagogique, l’écart entre le discours institutionnel et la réalité devient vertigineux, malgré tous les efforts faits par la technostructure pour le masquer. « Si l’offre et le fonctionnement des conservatoires ont profondément évolué ces dernières décennies, l’image d’un conservatoire élitiste et figé persiste encore, en contradiction souvent avec les réalités de terrain » : on ne saurait mieux reconnaître l’échec des réformes précédentes et la raison d’être de l’actuelle (i.e. : remplacer un contenu de vérité – le résultat de l’action politique – par une fiction – ce qui en tient lieu d’image). De même, le ton volontiers culpabilisant (quand il n’est pas vaguement comminatoire) constitue-t-il autre chose que le miroir de l’impuissance ? Sur quels moyens matériels et humains compte-t-on pour faire advenir le paradis pédagogiste et la tant désirée « transformation des missions et du positionnement des conservatoires qui, si elle existe parfois déjà dans les faits, doit désormais trouver une traduction dans les textes normatifs afin de devenir pour tous et partout une réalité » ?

Un plan social qui ne dit pas son nom

Qu’on ne s’y trompe pas : pour satisfaire à l’interminable litanie des nouveaux critères de classement des conservatoires – dont une grande partie relève de l’accessoire, quand ce n’est pas du fatras technocratique – il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Or, « les caisses sont vides », nous dit-on, et même la sacro-sainte démocratisation trouve rapidement ses limites : on ne va quand même pas obliger les collectivités à instaurer des tarifs sociaux accessibles à tous et homogènes sur tout le territoire ! On se limite alors aux habituelles incitations…, mais pour des arbitrages bien plus sensibles (il faut bien faire sauter les verrous et, de préférence, sans que cela se sache trop !), seule une lecture « entre les lignes » et une comparaison point par point avec les textes en vigueur18 permettent d’apprécier les motivations objectives (et donc inavouées) de la réforme.

Ainsi, l’injonction interdisciplinaire qui s’appliquerait à la première « séquence » du « parcours d’études » et, plus largement, l’obsession du cours collectif visent-elles autre chose qu’une optimisation du temps/élève ? De même, la personnalisation de l’enseignement (traduire : la transformation de cours obligatoires en options, avant leur suppression éventuelle) et la multiplication des démarches de projet au détriment du cours dit traditionnel proposant une progression pédagogique structurée et dûment répartie sur l’année scolaire auraient-elles une autre finalité que l’abolition des examens (seraient-ils davantage « traumatisants » pour les élèves ou pour les services financiers des collectivités qui se dispenseraient volontiers de devoir inviter des jurys extérieurs ?) et du solfège tant honni, afin de « libérer » par centaines des postes de titulaire – comme le reconnaissent de bonne grâce certains directeurs, en fidèles supplétifs des tutelles politiques ? Quant à la dévaluation du diplôme national, elle permettrait certes l’ouverture aux publics mais aussi et surtout une limitation drastique du nombre de professeurs titulaires du CA : là où ces derniers doivent être actuellement un par discipline on n’en tolérerait qu’un dans 50% des disciplines19. Mieux : en rendant les critères de classement plus agiles, le ministère abrogerait les réglementations (autant de blocages !) qui définissent les actuelles catégories de conservatoires – on pense notamment à l’obligation, pour un CRR, de dispenser l’enseignement de l’accompagnement au clavier ou de compter en son sein un département de création – et laisserait carte blanche aux collectivités pour tailler dans les effectifs à leur guise20. Last, but not least, l’effectif des « classes prépa » étant soumis à un contingentement minimal21, leur nombre serait nettement inférieur à celui des DEM ou équivalents actuellement en place dans l’ensemble des CRR et CRD ; il est vrai que l’intérêt des élèves de villes moyennes ne pèse pas lourd face à celui des grands élus des métropoles.

Démocratiser signifie alors non seulement entraver la transmission du savoir tout en dénaturant les missions mais aussi tailler dans la masse salariale, le tout dans le contexte contraint de la baisse des dotations de l’État aux collectivités – une fois encore, le nouveau monde ressemble étrangement à l’ancien – et des objectifs du rapport gouvernemental Cap 2222 (baisse des emplois de titulaires et recours accru aux contractuels). À ce titre, il est instructif d’entendre les conseils dispensés par les formateurs en vue de la session 2019 du concours de PEA23 : « ce concours sera probablement le dernier ; autant accompagner les réformes au lieu de les subir »24, tandis qu’un autre, visiblement gêné, concède qu’il est quelque peu contradictoire de faire passer le concours PEA à près d’un millier de candidats alors même que le lancement de la réforme, prévu à la rentrée prochaine, provoquerait la fermeture massive de postes que l’on dit « inadaptés aux nouvelles réalités » des conservatoires. C’est donc en toute logique que le récent rapport du CSPFT25 consacré à la filière culturelle préconise de revaloriser ces mêmes PEA en leur imposant de nouvelles missions de coordination et de conduite de projet : un avis qui ne manquera pas d’être compris par les collectivités comme un encouragement à réserver le cadre d’emploi de PEA aux fonctions administratives… et à reléguer la plupart des professeurs en catégorie B.

Un « contrat de confiance » ?

La réforme consistait jusqu’alors en une subversion de l’intérieur26, plus précisément, des contenus enseignés ; mais à l’image de la réforme du Lycée promue par Jean-Michel Blanquer (instauration d’un enseignement « à la carte » et à plusieurs vitesses, avec une offre de qualité cantonnée aux grandes villes) on s’attaque désormais « à l’os » et le pouvoir peut dès lors se dispenser de recourir à l’attirail « pédagogique » (et au soutien de ses sectateurs). La récente crise du PSPBB (Pôle Supérieur Paris Boulogne-Billancourt) en constitue un exemple parmi d’autres : les tutelles de l’établissement (agglomération Grand-Paris-Seine-Ouest, Ville de Paris et DRAC) ont commencé par imposer le statut surdimensionné et dispendieux d’EPCC (alors que le statut associatif antérieur suffisait amplement) en promettant d’en financer le surcoût (plusieurs centaines de milliers d’euros par an), puis se sont ravisées et ont refusé, une fois le changement effectué, de compenser cette dépense supplémentaire27. Cette fois, les masques tombent et on ne saurait mieux illustrer le mépris de l’art, l’incompétence et la désinvolture d’une technocratie en voie de sécession et dont l’indifférence, ici face à des étudiants dont l’avenir se joue hic et nunc, ne peut qu’aiguiser (si besoin) le sentiment de défiance des citoyens et des administrés envers la classe politique et ses courroies de transmission. Mais si, jusqu’à présent, il suffisait au pouvoir de manier la « pensée caoutchouc »28 héritée des années 80 (faire passer la dégradation de la qualité de l’enseignement pour de la « pédagogie » ; ou bien, dans un autre domaine, travestir un impôt indirect alimentant le budget général en mesure écologique, liste non exhaustive), il semblerait que le discours officiel « ne passe plus ». Face à l’ampleur du discrédit, reste la tentation de passer en force et de garder le cap ; mais jusqu’à quand et à quel prix ?

La crise des conservatoires ne saurait dès lors être dissociée d’une crise politique et sociale dans laquelle l’État, loin de tenir le rôle d’arbitre impartial qu’on attend de lui, crée les conditions de sa propre impuissance. Mais face à la casse méthodique des institutions et services publics, et à l’heure de « grands débats » à tonalité managériale, la solution apparaît plus que jamais politique ; elle consiste en une rupture résolue avec la logique néolibérale de métropolisation et en une réhabilitation des principes républicains : instruction publique, services publics de qualité, égalité territoriale. Quant à sa déclinaison au sein de l’enseignement artistique, elle comprend nécessairement la nationalisation de l’ensemble des conservatoires classés, enseignement « initial » et supérieur confondus.

Glossaire

  • DEM, DNOP : Diplôme d’Études Musicales ; Diplôme National d’Orientation Professionnelle (délivré à l’issue du CEPI, Cycle d’Enseignement Professionnel Initial)
  • CNSMD : Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse
  • CRR/CRD/CRC/CRI : Conservatoire à Rayonnement Régional, Départemental, Communal, Intercommunal
  • CSFPT : Conseil Supérieur de la Fonction Publique Territoriale
  • DRAC : Direction Régionale des Affaires Culturelles (service déconcentré du ministère de la Culture)
  • EAC : Éducation Artistique et Culturelle
  • EPCC : Établissement Public de Coopération Culturelle
  • PEA, ATEAP : Professeur d’Enseignement Artistique ; Assistant Territorial d’Enseignement Artistique Principal

Notes

1 – Voir la liste des sigles ci-dessus.

2 – Comme l’explique à juste titre Marc-Olivier Dupin (Écoutez, c’est très simple : pour une éducation musicale, Tsipka-Dripka, Paris, 2007), le plaisir artistique n’est que le résultat d’un processus d’apprentissage à entamer au plus vite et consistant en un travail personnel régulier et contraignant, le tout conduisant à l’autonomie de l’élève. La négation, hélas régulière, de cette réalité par l’institution constitue un mensonge démagogique et se trouve à la source du décrochage des élèves, notamment adolescents, la ludification de l’enseignement aggravant alors le mal qu’on prétend ainsi traiter.

4 – Pour approfondir la question, lire http://www.mezetulle.fr/conservatoires-les-raisons-dune-crise/.

5 – Exception faite du CNSMD de Paris et de celui de Lyon (créé ultérieurement).

6 – Cette décision se trouve ainsi à l’origine de la fragilité structurelle de la filière. Lire http://www.mezetulle.net/article-l-enseignement-de-la-musique-et-la-subversion-de-l-ecole-par-d-tchalik-110568577.html (en particulier le point 4).

7 – Quand elles ne s’engagent pas pour le climat, en espérant sans doute que les défenseurs de l’environnement fassent de même, transversalité oblige, en faveur des conservatoires. Lire https://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/5924_0_un-musicien-sengage-pour-le-climat.

9 – On pense notamment à l’association de directeurs Conservatoires de France qui occupe depuis une trentaine d’années l’avant-garde du progrès pédago-technocratique. Lire : https://www.lagazettedescommunes.com/482301/il-faut-sortir-de-la-logique-de-classement-des-conservatoires-jean-marcel-kipfer/.

10 – Ces appellations à la légèreté toute technocratique avaient été décidées lors de la réforme précédente (Acte II de la décentralisation).

11 – La Philharmonie de Paris fait actuellement pression sur les conservatoires pour qu’ils accueillent les publics passés par son projet Démos (financé sur des fonds publics anciennement dévolus aux conservatoires, mais aussi par des multinationales du secteur de l’énergie et des banques) mais sans pour autant les intégrer dans le cursus traditionnel. La présence de l’EAC et des pratiques innovantes est même récemment devenue une condition pour bénéficier des aides de l’État : autrement dit, à l’image d’une entreprise publique en voie de liquidation (France Télécom, Alsthom, etc.), l’établissement d’enseignement spécialisé ne touchera de l’argent public que s’il travaille à sa propre perte. Sur l’EAC, lire cet excellent article de Jorge Morales, mon commentaire à cette offre d’emploi proposée par la mairie de Cergy en 2016  ainsi que cette note explicative.

12 – À noter que ces trois grands types de parcours ressemblent très étrangement aux propositions faites dès 2015 par Conservatoires de France : https://conservatoires-de-france.com/listes-dattente-fatalite/.

13 – Sur Montereau, ses « vacances intelligentes », son « Pass Musical »… et ses libertés prises avec le temps hebdomadaire de cours, lire cette offre d’emploi . Sur l’école de musique de Roncq qui « optimise encore son rayonnement qualitatif reconnu », lire https://www.roncq.fr/actualite/actualites?view=article&id=9088&catid=52.

14 – Comme l’illustre la maquette de la « classe prépa » qui vient d’être mise en place par le réseau des conservatoires d’Est Ensemble : le cursus diplômant fraîchement « relooké » s’intitule bien… DEM ! Lire https://www.est-ensemble.fr/les-conservatoires (menu déroulant « Organisation de la scolarité »).

15 – À ce titre, le hiatus entre les positions pédagogiques respectives de la rue de Grenelle et de la rue de Valois pourrait en surprendre plus d’un. Mais que fait Jean-Michel Blanquer ?

16 – Il serait instructif de demander aux enfants soudanais, yéménites ou philippins (au hasard) s’ils se considèrent eux aussi comme victimes d’une « violence symbolique causée par la survalorisation des savoirs scolaires » ou, plus prosaïquement, d’une « surcharge cognitive » de tous les instants.

17 – Une démonstration par l’absurde à rapprocher de cet extrait du rapport Lacloche (ministère de la Culture, 2010) : « le véritable obstacle à une politique de démocratisation culturelle, c’est la culture elle-même ».

19 – Inutile de préciser qu’en prenant soin de cibler cet assouplissement sur les disciplines les plus fréquentées, donc les plus gourmandes en ressource humaine, on obtiendrait un gisement d’économies sans précédent !

20 – Plus encore : cet ajustement s’effectuerait dorénavant en toute discrétion, contrairement à ce qu’on a pu constater aux conservatoires de Rueil-Malmaison et d’Aubervilliers-la-Courneuve (pour ne citer que deux exemples de la seule année 2018) où la menace sur la pérennité du classement en CRR avait déchaîné les passions et freiné d’autant les velléités comptables des élus. Lire https://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/5683_0_le-conservatoire-de-rueil-malmaison-menace . et l’article du Parisien http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/aubervilliers-la-courneuve-cure-d-austerite-au-conservatoire-20-05-2018-7726458.php

21 – Effectif de 15 élèves au moins requis pour demander l’agrément et de 30 élèves au moins pendant les cinq années que dure cet agrément. Lire l’arrêté du 5 janvier 2018, article 6, alinéa 8 : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2018/1/5/MICD1735883A/jo/texte.

23 – Un formatage en tout point similaire à celui dispensé en vue du concours d’assistant territorial (ATEAP) 2018, et pour cause. Lire : http://www.mezetulle.fr/concours-de-lenseignement-artistique-mefiez-vous-des-formateurs/.

24 – Une variation sur le même thème, exprimée cette fois par un candidat ne cachant pas son enthousiasme : « la réforme est mauvaise mais il faut y adhérer quand même si l’on veut réussir le concours ».

26 – Pour une analyse exhaustive de ce processus, je me permets de renvoyer à mon étude de 2012:  https://serveur1.archive-host.com/membres/up/1919747526/blogmezetulle/Telechargements_permanents/TchalikAutonomieEtablissMusiqueSept2012.pdf .

27 Lire https://fuse.asso.fr/index.php?id=585&fbclid=IwAR2ySqhbwVHyNFWHgh2jbkV7lj6BXH-JiZ7pIdOX8bHFu9720JdKyZ-3MBU. A noter qu’en janvier 2019, les tutelles ont fini par renoncer, face à l’ampleur de la mobilisation, à certaines mesures d’économie initialement prévues, non sans envisager des « contreparties » d’ordre pédagogique et sans pour autant pérenniser le financement de l’établissement : https://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/5946_0_des-nouvelles-du-pspbb.

28 – Lire notamment J.-P. Le Goff, La Gauche à l’épreuve, Paris, Perrin, 2011.

58 thoughts on “Conservatoires : en marche vers le déclassement

  1. AvatarL Capelli

    la dictature anti culturelle bat son plein… on propose de la proximité qui risque d’être bas de gamme et le problème est que pour ceux qui voudraient aller plus loin, il n’y aura… rien! Sauf si on habite LA grande ville élue… (C’est comme les hôpitaux et les maternités… faire des gosses ou agir en cas de malaise cardiaque pose problème en milieu semi-rural… c’est une façon comme une autre de réguler la population). Ceci dit, mon établissement glisse dans cette voie puisque nous n’avons plus de directeur et que le recrutement est au point mort… et que les contractuels sur liste d’aptitude n’ont pas de nouvelles de leur éventuelle mise en stage… et que nous ne sommes bientôt plus que 4 titulaires… Une république qui s’attaque à la santé, à l’enseignement et à la culture de cette manière est une dictature en plein essor. Réagissons!

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  2. AvatarRosier luc

    Bonsoir
    Votre proposition et argumentaire est uniquement à charge il ne prend pas en compte les magnifiques avancées que peut proposer Démos en termes de méthode pédagogique. Vous ne laissez aucune place à La Défense. Je comprends parfaitement votre frustration d’enseigner Une discipline qui ne touche qu’une minorité d’etudiants. Est-ce pour cela une raison d’une défense de l’elitis à outrance nous devons laissé des milliers d’enfants sans proposition artistique?

    Votre vision très 19eme siècle de l’enseignement musical vous honore mais nous sommes au 21eme siècle et la société aussi.

    Très bonne soirée et au plaisir d’un débat je l’espère ou pourrons s’exprimer des opinions plurielles de ce sujet qui mérite de prendre un peu plus de hauteur. Car tout autant que nous sommes enseignants nous sommes aussi des agents et artistes du service public.

    Bien cordialement

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    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Je m’étonne de lire ici des critiques portant sur la pédagogie à propos d’un article qui se borne à commenter les projets – avérés – du ministère de la Culture s’agissant du devenir de l’enseignement artistique spécialisé. Si vous estimez que cette filière ne mérite pas d’être défendue et maintenue, autant le dire clairement, cela évitera au lecteur de perdre son temps en conjectures diverses. Et je ne m’interroge pas moins sur la « frustration » que vous m’attribuez : dans mon conservatoire, ma discipline est obligatoire et touche l’ensemble des élèves du cycle d’orientation professionnelle, tous instruments confondus, sans oublier une bonne partie des étudiants de l’Académie supérieure.

      Je passerai tout aussi rapidement sur les « magnifiques avancées que peut proposer Démos en termes de méthode pédagogique ». D’une part, la méthode – par définition – n’est pas une fin en soi et seul compte le résultat ; or, on ne connaît pas encore, sauf erreur de ma part, de musicien d’un certain niveau ayant appris par ces méthodes collectives. Et pour cause : selon ses promoteurs même, Démos est davantage un outil d’action sociale que d’enseignement musical à proprement parler. Je ne discute pas de l’opportunité d’utiliser la musique en tant qu’outil de politique sociale (bien qu’il existe sans doute des instruments plus appropriés en la matière, à commencer par la justice sociale et fiscale, le maintien de l’emploi et des services publics sur l’ensemble du territoire et bien d’autres choses encore) mais je m’élève contre l’imposture consistant à faire passer, pour des raisons bassement comptables, une action caritative pour un véritable enseignement de la musique, le tout en profitant de l’ignorance du public.

      De même, l’élitisme à outrance consiste selon moi davantage à négliger l’enseignement musical généraliste que pourrait dispenser l’école, tant primaire que secondaire (mais il est vrai qu’une fois de plus, cela demande des moyens ad hoc) qu’à opérer une sélection dans l’enseignement spécialisé, sélection d’autant moins évitable à l’heure actuelle que les dotations de l’Etat aux collectivités baissent et que ces collectivités ne parviennent pas à satisfaire l’ensemble des demandes d’inscription dans les conservatoires (d’où la tentation, bien compréhensible, de l’enseignement collectif). Une fois encore, ne nous trompons pas d’adversaire.

      Quant à la « vision très XIXe », il suffit de rappeler que la démocratie, la politique ou la pensée rationnelle sont des inventions bien plus anciennes encore, sans que cela n’incite quiconque à les taxer de « passéistes ». En revanche, il arrive fréquemment qu’une vénération immodérée du présent soit le fait d’un conformisme.

      Enfin, vous abordez à juste titre la question fondamentale du rapport entre enseignement et service public. Un élève bénéficiant du financement de ses études par la collectivité a le devoir de fournir un travail régulier à mesure de ses possibilités ; de son côté, le conservatoire, en tant qu’école publique, a pour mission de dispenser un contenu de vérité et non pas à se conformer aux desiderata du pouvoir en place ou de tel ou tel « public ». A ce titre, l’exercice de la pensée critique, loin de compromettre notre enseignement, en est au contraire l’une des conditions de possibilité.

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      1. Avatarthierry Mercier

        Excellente réponse au contradicteur qui reproche vous le XIXèmisme….

        Il faudrait cependant commenter et nous former (on parle du fond, enfin…) pour prolonger votre phrase
        « Un élève bénéficiant du financement de ses études par la collectivité a le devoir de fournir un travail régulier à mesure de ses possibilités ; de son côté, le conservatoire, en tant qu’école publique, a pour mission de dispenser un contenu de vérité et non pas à se conformer aux desiderata du pouvoir en place ou de tel ou tel « public ». A ce titre, l’exercice de la pensée critique, loin de compromettre notre enseignement, en est au contraire l’une des conditions de possibilité. »

        Ma question de base c’est :
        « Pourquoi certains élèves travaillent -ils? Comment faire travailler les élèves? Autrement dit comment créer le désir, la curiosité, le sens de la régularité, la recette pour ‘avoir du temps à la maison’ la pratique de l’écoute de la musique qui suscite l’envie de s’y mettre ?
        Quelle place pour les parents dans ce contexte, place nullement fixée à l’avance (et agissante -ou pas – selon des modalités propres à chaque enfant)?
        Quel rôle (s) pouvons -nous avoir pour l’enfant qui nous est confié pour s’instruire en musique…. ?
        Quelle formation avons-nous pour cela??

        Cdlt

        thm

        Répondre
        1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

          Il me semble que pour intéresser un élève et susciter la curiosité, gage d’un travail régulier, il n’y a rien de tel que de proposer, d’une part, une pédagogie progressive et explicite (s’assurer à tout moment que l’élève a bien compris ce qu’on lui explique) et, d’autre part, des contenus musicalement riches dès le début de l’apprentissage, loin de toute routine. Même (et à plus forte raison) lorsque le travail porte sur un exercice ou une étude, le résultat sonore doit être toujours expressif et vécu musicalement. Et il n’est pas interdit, en cours d’instrument, d’expliquer (même de manière sommaire) tel accord sortant de l’ordinaire, telle modulation ou telle cadence (liste non exhaustive) pour que l’élève comprenne véritablement ce qu’il joue et devienne plus autonome.

          Pour le reste, je ne suis pas certain que l’institution puisse pallier toutes les insuffisances de l’éducation parentale ou du contexte socio-culturel des élèves, ce n’est d’ailleurs pas son rôle.

          Répondre
          1. AvatarYves Lancien

            Pour les élèves non appuyés par les parents, rien ne remplace le cours collectif à l’ancienne, c’est à dire qu’aucun élève ne peut supporter de quitter le train lorsqu’il accélère. Concretement, on étudie sur des répétitions de boucles plus ou moins longues de notes, en progression constantes du tempo. Ainsi, on façonne des automatismes sur l’alphabet de la musique…

  3. Avatarline

    Évidemment que tout n’est pas mauvais dans la culture de proximité comme les orchestres à l’école. Le,problème est plutôt qu’on va vers un démantèlement du système actuel au lieu d’ajouter les maillons manquants. Je suis en milieu semi-rural , mes enfants bénéficient d’une enseignement de très bonne qualité dansun CRI et sont admis dans un CRR parce qu’ils envisagent d’aller plus loin. j’ai d’anciens élèves qui viennent de cette même petite structure confetti à côté des gros CRR qui sont maintenant chef d’orchestre, soliste dans des orchestres nationaux etc… dans l’enseignement spécialisé, on donne sa chance à tout le monde. Là où j’enseigne, l’élite, ce sont les enfants qui savent pourquoi ils sont là. Pas ceux qui ont forcément le-plus d’argent. Mon mari enseigne dans un CRD qui a aussi un orchestre à l’école. C’est bien car des enfants intègrent ensuite le conservatoire, chose qu’ils n’auraient pas fait autrement. J’ai envie de dire qu’il y a de la place pour tout le monde si on veut s’en donner llàpeine. Se marcher dessus n’est pas le sujet. Et les finances ne devraient pas être le sujet principal… mais trouvez-moi une collectivité qui donne priorité à la culture par rapport au foot…

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  4. AvatarFrançoise ETAY

    Sentiments partagés à la lecture de cet article. Beaucoup de verve, stimulée par une exaspération patente. Une grande générosité aussi. Mais pour moi, cette générosité rappelle un peu celle du communisme d’autrefois : offrir la culture bourgeoise jusqu’au plus démuni des prolétaires. Le contenu même de cette culture n’est pas remis en question. Personnellement je salue les années 80 et l’action de Maurice Fleuret pour qui toutes les musiques étaient égales en dignité. Que « la musique savante occidentale » continue d’accaparer tant de moyens et que, par exemple, les musiques traditionnelles de l’oralité en aient si peu est un problème. Ceci dit sans aucune sympathie pour les décisions politiques actuelles et leurs motivations bassement économiques, ni pour les démantèlements à répétition des services publiques depuis … la fin des années 80 ?

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    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Votre rapprochement avec le communisme vient à propos. Cette volonté de « rendre la raison populaire » n’appartient pas en propre aux communistes puisqu’elle s’inscrit dans la droite ligne des idées de la Révolution française (et en particulier de Condorcet) et il me semble que ce ne soit pas le premier reproche à leur faire. Ayant grandi en URSS, j’ai constaté avec le recul (je ne suis pas communiste) que malgré bien des défauts, je pense notamment à l’omniprésence de la propagande qui rendait en grande partie caduc l’enseignement des lettres et sciences humaines, pour ne citer que lui, l’école publique faisait son travail et il était possible de devenir cultivé tout en étant issu de milieu populaire, chose de moins en moins fréquente en France. J’ai également constaté que dans les écoles de musique russes, y compris les plus prestigieuses, la musique populaire et les instruments traditionnels (la balalaïka, les gousli etc.) tenaient une place importante : la mise en concurrence des genres n’est donc pas une fatalité.

      S’agissant de l’expression « culture bourgeoise », elle me paraît quelque peu dépassée à l’heure où le président de la République n’hésite pas à poser avec des DJ et autres rappeurs, sans parler de ses prédécesseurs qui maltraitèrent, jadis, l’un, la Princesse de Clèves, l’autre, la syntaxe française. Les puissants de ce monde ont adopté, en masse et sans complexe, des habitus culturels (pour reprendre Bourdieu) pleinement conformes aux standards de l’industrie culturelle et de la société de consommation, et le tittytainment cher à Brzezinski ne sévit pas moins chez les dominants que chez les dominés. De même, je parlerais plus volontiers de « musique d’art » (les Allemands disent Kunstmusik) que de « musique savante occidentale », tout simplement parce qu’il existe des langages élaborés ailleurs qu’en Occident (ex. en Inde) et parce qu’elle s’élève au-dessus du simple statut d’artisanat qui lui préexiste (et qui se maintient en filigrane) par un dessein intellectuel hérité de la pensée humaniste.

      C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas sous-estimer les motivations politiques de l’action de Fleuret. Il s’agissait de fidéliser des clientèles (musique ancienne, musique traditionnelle, jazz, variétés…) pour construire un récit politique alternatif, en opposition à la doctrine Malraux/Landowski (elle-même liée au gaullisme) et dans le prolongement de la contre-culture post 68. Ce faisant, Fleuret a favorisé un enseignement artistique de classe : à tel public correspondrait telle « pratique culturelle », le tout parfaitement en accord avec la politique conduite au même moment et selon les mêmes modalités à l’éducation nationale par Savary et ses successeurs. Le paradoxe étant que cette idéologie différentialiste provînt d’une gauche autrefois laïque, alors que l’apologie de la proximité et des terroirs est une constante des idées réactionnaires, on pense notamment à Vincent d’Indy qui, en son temps, réhabilitait le folklore des provinces françaises au service d’une pensée nationaliste.

      Oui, toutes les musiques sont égales en dignité mais elles « ne se valent pas », car elles ne tiennent pas le même propos et ne s’adressent pas aux mêmes régions de l’âme. Et s’il faut assurément continuer à transmettre les musiques de tradition orale, elles méritent d’être étudiées pour leurs qualités propres et non pas à travers un filtre politique, et pas nécessairement sous une forme institutionnalisée qui leur est foncièrement étrangère.

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      1. AvatarFrançoise ETAY

        Bonjour et merci pour votre réponse détaillée. Elle ne fait cependant que confirmer mon désaccord, essentiel, avec certains de vos points de vue.
        D’abord, je ne crois pas en l’âme et encore moins en ses différentes régions. Et, je ne vois donc pas pourquoi, si toutes les musiques sont égales en dignité, une d’entre elles pourrait quand même être supérieure à une autre. Que des états psychologiques variés et des émotions diverses, liés à la culture de chacun, puissent être induits par des musiques différentes, ou des genres différents, c’est une évidence, mais en quoi une émotion pourrait-elle « valoir » plus qu’une autre ? Vous pourriez peut-être me répondre qu’un pygmée Aka ne peut pas comprendre un quatuor de Beethoven, ce qui est vrai. Mais un musicien ou un mélomane « classique » ne pourrait pas davantage partager sa musique et ses valeurs esthétiques.
        Par ailleurs, oui, il existe bien d’autres musiques savantes que la musique savante occidentale mais pourquoi les termes « musique d’art » ne s’appliqueraient-ils qu’à cette dernière ?
 Quant à Maurice Fleuret, qu’est-ce qui vous permet de dire qu’il aurait voulu cloisonner les publics en leur attribuant différentes pratiques culturelles, alors que toute son action est allée dans un sens radicalement contraire : valoriser des musiques qui ne l’étaient pas jusque-là, ouvrir les esprits… et les conservatoires ! Le livre de Anne Veitl et Noémi Duchemin « Maurice Fleuret : une politique démocratique de la musique » est très éclairant à ce sujet. Et puisque qu’on parle de lecture, et que vous citez Bourdieu, pourquoi ne pas relire « Les héritiers » en pensant, pour ce qui est de la musique, à la composition sociologique de nos conservatoires actuels ?
        Je reviens à l’URSS et à sa politique culturelle qui m’a beaucoup intéressée, à une époque. J’avais même lu le Manifeste de Jdanov que j’ai peut-être encore dans quelque recoin de ma bibliothèque, « La musique soviétique », de Poliakova (…). Je ne pense pas que l’introduction de la balalaïka ou de la gousla dans les conservatoires soviétiques se soit faite dans la même intention que celle des musiques traditionnelles en France dans les années 80, dont la fiche B2 du Schéma d’Orientation Pédagogique présente différents aspects (http://www.aemdt.fr/TexteSOPFicheB2.mus.trad.pdf). En URSS on a académisé les jeux, privilégié la virtuosité, écrit des partitions (dont certaines fort intéressantes, voire plaisantes, en tout cas pour une auditrice aussi naïve que moi), mais on a cassé le rapport à la danse, comme le lien social liant ces musiques à des publics populaires ruraux. On ne peut pas nier, toutefois, que les évolutions des sociétés industrielles et la mondialisation ne se soient presque partout, maintenant, chargées de couper les musiques traditionnelles de leurs milieux d’origine.
        Pardon pour cette litanie de questions auxquelles vous n’êtes en rien obligé de répondre !

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        1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

          Si je résume correctement votre propos, toutes les musiques « se valent », étant donné qu’elles engendrent diverses émotions dont la réception dépend de la culture de chacun. L’affaire me paraît toutefois un brin plus complexe.

          Du substantif « culture » dérivent deux adjectifs : culturel et cultivé. Dans le premier cas, on envisage la globalité de ce qui est produit par une culture ou une société donnée (l’art peut éventuellement en faire partie) tandis que dans l’autre, on envisage la possibilité de s’élever au-delà des particularismes et d’envisager la notion de patrimoine universel de l’humanité, susceptible de nous relier par-delà nos origines. Le premier sens est sociologique, l’autre, artistique à proprement parler.

          Vous écrivez qu’un musicien ou un mélomane « classique » ne saurait partager la musique et les valeurs esthétiques d’un Pygmée et réciproquement. Pourtant, des instrumentistes de tous les continents (et pas les seuls Allemands) jouent admirablement Beethoven tandis qu’à l’inverse, de nombreux Européens (notamment parmi les jeunes générations) ne comprennent pas cette musique pourtant issue de leur civilisation. Il semblerait alors que le facteur déterminant ne soit pas l’origine du musicien ou de l’auditeur mais sa familiarité avec la musique : le quatuor de Beethoven ne se donne pas immédiatement, à l’Européen comme au Pygmée, il nécessite une médiation pour l’apprécier, le comprendre et – à plus forte raison – le jouer. Vous me répondrez sans doute qu’il suscite des émotions, à l’égal d’une chanson de rock ou d’une musique traditionnelle, et qu’à ce titre, ces émotions peuvent suffire à l’auditeur non averti ; mais la chanson de rock s’adresse essentiellement à l’émotion tandis que Beethoven s’adresse aussi bien au cœur qu’à l’esprit, un opéra admet plusieurs niveaux d’écoute, etc. Les genres ne se placent donc pas sur le même plan, car ils diffèrent au niveau de leurs modalités d’élaboration. Vous me répondrez alors que la polyphonie pygmée est très complexe – et c’est encore vrai – mais les musiques traditionnelles se rattachent indissociablement à des faits sociaux et des rites tandis que le quatuor de Beethoven est une oeuvre d’art autonome. De plus, un musicien d’art (qu’il appartienne ou non à la sphère occidentale, comme je l’ai écrit dans ma précédente réponse) est susceptible de porter un regard extérieur sur sa création et même de se nourrir d’autres formes d’expression, y compris de ces mêmes musiques traditionnelles, qu’elles soient européennes ou extra-européennes. Bartók en est un exemple parmi les plus aboutis.

          C’est pourquoi, s’agissant des contenus à étudier dans une école d’art publique, le critère déterminant de sélection devrait être selon moi la nécessite absolue d’études longues : il faut y étudier ce qu’il ne serait pas possible d’apprendre ailleurs, à moins d’un investissement considérable que seule une minorité pourrait se permettre. Pour leur part, les musiciens de rock ont le plus souvent appris en dehors de l’institution et ce genre ne se prête guère à l’institutionnalisation, tandis que pour les musiques traditionnelles, les sociétés qui les ont créées n’existent plus en l’état : elles ont donc changé de statut (quand elles ne se sont pas « mondialisées », comme vous l’avez précisé à juste titre).

          Ce dernier point me permet d’aborder le grand impensé des politiques culturelles des années Lang : non seulement rien n’a été fait pour endiguer la concurrence « libre et non faussée » (j’emploie l’expression à dessein) des industries culturelles et de leurs produits standardisés mais on nous a enjoint de s’y adapter ! Et c’est au même moment que les thuriféraires de Bourdieu, en poste dans les ministères, ont entrepris la déconstruction méthodique de la « culture bourgeoise » notamment à travers la « modernisation » des programmes de l’enseignement général. Ce faisant, ils ont rendu la transmission impossible et c’est ce qui explique en partie la composition sociologique des conservatoires. Car cette dernière est moins due à « l’élitisme » de la musique qui y est enseignée qu’aux insuffisances de l’enseignement général en France. Il suffit d’aller dans les classes pour constater qu’un professeur compétent et passionné qui ose se détacher de l’ineptie des programmes parvient à faire aimer Beethoven ou Debussy à des élèves de tous milieux sociologiques, les plus passionnés d’entre eux finissant même par pousser la porte des conservatoires.

          Vous évoquez enfin la doctrine Jdanov qui a stérilisé des dizaines d’années durant la création soviétique par l’imposition des dogmes du réalisme socialiste et a conduit au silence un grand nombre de compositeurs (certains craignaient même pour leur vie). Tout cela n’a évidemment rien à voir avec Lang et Fleuret… Et pourtant, dans la France des années 80 on a imposé une pédagogie d’Etat ainsi qu’une esthétique officielle (cette fois avant-gardiste) qui a empêché bien des compositeurs « en dehors des clous » d’accéder aux commandes d’Etat. L’ouverture doit-elle s’opérer par nécessité intérieure ou sur ordre d’en haut, à travers les injonctions morales ? Les écrits des plus grands compositeurs nous montrent qu’elle a existé de tout temps, sans pour autant être synonyme de langue de bois et de consensus mou.

          Pour résumer : musique d’art et musique traditionnelles sont différentes (il existe des musiques d’art ratées comme des musiques populaires réussies, et réciproquement) mais certainement pas concurrentes. Non, la musique « classique » n’accapare pas des moyens réservés à d’autres. Et s’il est toujours souhaitable de s’ouvrir à d’autres horizons (un savoir n’est jamais superflu), ce n’est pas en cédant au nivellement relativiste et en compromettant la transmission des savoirs élémentaires.

          Répondre
          1. Avatarthierry Mercier

            Un bémol à votre brillante réponse : Ecrire « dans la France des années 80 on a imposé (…) une esthétique officielle (cette fois avant-gardiste) qui a empêché bien des compositeurs « en dehors des clous » d’accéder aux commandes d’Etat.  »

            là … cela me fait rigoler .
            Vous êtes trop intelligent pour croire à ce propos que vous-même écrivez, qui est un lieu commun des petits bras qui se prétendent créateurs (et qui n’ont jamais effectivement peut-être jamais eu une commande).
            J’ai suivi de très près le phénomène des commandes d’Etat depuis 1980 (années de mes études) étant interprète -et souvent en création.
            Plein d’esthétiques différentes ont eu leurs représentants obtenant des commandes. Même quelques néo classiques !
            Que l’on connait bien désormais car ils tiennent le haut du pavé du pouvoir…
            J’en ai croisé à travers l’Europe de ces « compositeurs ‘ français néo-DariusMIlhaud qui pensent encore que c’est Boulez qui a mis personnellement un frein à leur carrière….
            Cela est d’une médiocrité sans nom…
            Ne versons pas dans les lieux communs, svp…. A moins de considérer que la tonalité est le nec plus ultra de la musique occidentale… et doit être pérénisé ad vitam aeterna… !

          2. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

            Il n’est pas nécessaire de considérer la tonalité comme le « nec plus ultra de la musique occidentale » pour être conscient de la place éminente qu’elle occupe dans la culture du musicien comme du mélomane, et donc, nolens volens, de son importance extrême dans la formation. Or, j’ai personnellement assisté à des tentatives de déconstruction de « stéréotypes » et de rééducation des mentalités, avec le résultat que l’on sait s’agissant de l’oreille et de la culture des élèves. Par ailleurs, il suffit de constater le profil des classes de composition dans les CNSM depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, ou bien la coupure persistant, du moins jusqu’à une date récente, entre ces classes de composition et celles d’écriture (pourtant, quoi de plus profitable pour un compositeur que de former son oreille et son métier en se mettant dans la peau de ses grands devanciers ?) pour comprendre qu’une esthétique officielle a bel et bien été imposée.

            Quant au retournement observable depuis quelques années, il n’est pas tant dû à une nouvelle esthétique officielle qu’à la réduction des budgets et à la volonté des institutions de prendre le moins de risque possible et de privilégier les créations qui « fonctionnent » tant auprès des orchestres que du public.

          3. AvatarFrançoise ETAY

            Bonjour. Il n’y a rien de plus mouvant que le sens donné au mot « culture ». Pour Patrice Coirault, le plus grand chercheur que la France ait eu quant à sa chanson tour à tour appelée populaire, folklorique ou traditionnelle, le mot « inculture » était équivalent à « analphabétisme ». Aujourd’hui, il ne viendrait l’idée à personne de prétendre qu’un analphabète est inculte. C’est exclusivement par l’oralité que sont parvenues jusqu’au XXe siècle les plus longues épopées du monde… qui font, bien entendu, partie du patrimoine universel de l’humanité. Et, pour en revenir une fois de plus à nos polyphonies pygmées, je ne vois pas en quoi elles se rattacheraient plus à des faits sociaux et des rites qu’un quatuor de Beethoven. Elles aussi s’adressent autant au cœur qu’à l’esprit.
            Quant à la nécessité de réserver les conservatoires aux musiques nécessitant des études longues, un souvenir, à l’allure de boutade, me revient à l’esprit, celui de « Pitou » Boudreault, un violoneux québécois du Lac Saint-Jean à qui un cinéaste avait demandé : « Combien de temps faut-il pour bien jouer ? » Boudreault réfléchit un long moment (pendant lequel chacun a le temps de faire intérieurement ses supputations modestes), et puis il répond : « Vingt-cinq ans ». J’ai tout à fait conscience du petit côté « provoc » qu’a cette anecdote, et là n’est pas mon but. Je le répète, je suis scandalisée comme vous par les atteintes répétées à l’enseignement musical public, comme à tous les services publics, d’ailleurs.
            Et je suis, moi-même, souvent choquée par les choix des commandes d’état, et, plus généralement, par tout « avant-gardisme » imposé dans le domaine artistique (musique ou arts plastiques), nouvel académisme où les relations de personne à personne et les jeux sociaux semblent souvent remplacer savoir-faire et talent.

        2. AvatarYves Lancien

          Boèce, avant le moyen-âge, à théorisé les 3 niveaux de perception musicale. Je schématise grossièrement, spirituelle, affective et rythmique… Et l’église a toujours privilegié le niveau spirituel pour, entre autre, se porter en dehors des cultures communautaires. Il s’agirait aussi de ne pas omettre l’invention du bouquet de près de 300 règles que compte le contrepoint, consistant en l’avènement de la polyphonie, et début du grand voyage de la clé de sol…

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  5. AvatarFodor Nathalie

    Oh que j’aime Metezulle! Y a-t- il un autre lieu où les idées circulent avec autant de qualité dans la lettre et le respect de l’échange?
    J’enseigne la musique en Ecole de musique municipale où la pédagogie de projet a fait irruption et nous force à délaisser un enseignement structuré et à long terme au bénéfice du seul spectacle que notre société aime tant…Découragement, désaffection, ennui , soupirs….
    Je ne saurais que partager les points brillantissimes développés par Dania Tchalik avec cependant un bémol en ce qui concerne le solfège : oui disons le haut et fort, le mode d’enseignement traditionnel du solfége en France, du moins comme il l’était jusqu’à peu, est caduc, inutile et chronophage . Vive les méthode Dalcroze ou Kodàly ou autres variations eurythmiques et leurs principes merveilleux tant décriés dans l »enseignement français pour des raisons historiques sans intérêt ici : un autre enseignement du solfège est POSSIBLE ET TRÉS EFFICACE : celui qui qui privilégie une première approche par le corps comme par l’esprit, dans une prise de conscience des éléments de rythme par le corps et la danse, une audition des fonctions et non absolue, sans doute d’ailleurs telle que vous en avez bénéficié en URSS puisqu’y régnaient chez ses « salauds de communistes » outre un véritable respect des musiques et de la culture en général , la conscience vive que la prise de conscience corporelle de la musique comme chant et danse (et donc un apprentissage du solfège qui les intègre) ne peut être oblitérée au bénéfice d’une approche seulement intellectuelle, du moins chez les petits. Après évidemment c’est une toute autre affaire…
    Hélas; je ne sais que trop que les réformes à venir n’iront aucunement dans le sens d’un bouleversement salutaire de l’enseignement du solfège mais vers simple suppression, et là, je pleure encore…

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    1. AvatarProf de éphème

      Beaucoup de professeurs pourraient en effet intégrer avec profit dans leurs cours des éléments venus des méthodes actives mais encore faudrait-il qu’on leur donne la possibilité d’étudier sérieusement les principes fondamentaux de chacune d’elles. Or, dans ce domaine également, force est de constater l’indigence des formations diplômantes, qui font l’impasse sur l’apprentissage des méthodes pédagogiques propres à chaque discipline au profit d’une pédagogie dite « fondamentale ». Beaucoup d’étudiants ne sont pas satisfaits de la formation qu’ils reçoivent dans ces établissements et réclament des contenus plus proches de l’exercice quotidien de leur métier. Le « bouleversement salutaire » le plus souhaitable concerne peut-être avant tout les Pôles Supérieurs et les départements de pédagogie de nos deux CNSM, qui pour le moment restent sourds à ces demandes…

      Répondre
  6. AvatarLefebvre Guillaume

    J’ai pris finalement la peine de lire votre texte….
    Car le ton vitupérateur est pour moi un obstacle à la réception de votre discours, ce qui est certainement dommage.
    Pénible est ce qui s’apparente parfois au terrible désespoir que la puissance du cri ne suffise par son souffle à faire tourner les moulins….
    Dommage que le ton et les formules employées portent vers de stériles polémiques alors qu’il est sans doute possible de stimuler au moins la réflexion et le questionnement de tout un chacun sans passer par ce qui s’approche de la provocation.
    Mais passons donc outre.
    Le système que vous proposez me semble quasi irréprochable.
    Vous êtes (je vous fais confiance pour me corriger si je suis inexact ou imprécis!!) pour la démocratisation, mais contre la démagogie.
    Vous êtes pour un engagement entier et qualitatif pour l’art vers ce qu’il a de plus idéal.
    Vous êtes pour une égalité d’accès à un enseignement de haute qualité.
    Et vous êtes je crois pour le respect des missions qui devraient être clairement définies pour chacun: enseignement spécialisé, éveil, amusement, ….

    Pour porter tout cela , il faut une organisation et des moyens financiers.
    Je crois que la décentralisation, régulée par la tutelle d’un ministère de la culture a du bon.
    C’est en tout cas le système dans lequel nous devons travailler et sur lequel il est peut être encore possible d’agir, plus facilement selon moi, qu’à souhaiter une « révolution » par une réorganisation plus centralisée qui aura ses écueils aussi. (le système de l’éducation nationale serait la panacée, on le saurait)

    La problématique des moyens est plus inquiétante.
    S’il n’y a pas assez d’argent…. on en cherche ailleurs et/ou on fait des concessions.
    Je n’ouvrirai pas pas le débat sur le libéralisme ambiant. (Quoique?, nous y pousserait on? sûrement pas, bref.)
    Pour ce qui est des concessions, l’idéal artistique n’en souffre pas. A moins de considérer que de la contrainte naissent les plus belles œuvres.
    Où vaut il mieux avoir le moins mal?
    Souvent les réponses s’articulent autour de l’opposition quantité/qualité.
    D’aucuns aimeraient qu’une synthèse soit possible.
    Du moins, l’un ne peut exister sans l’autre. Par exemple, on peut en discuter, mais plus la masse est grande, plus grande est la chance statistique de trouver des pépites, qui mériteront alors un investissement particulier. (Rien de neuf, n’est ce pas?) Investissement d’autant mieux accepté par le nombre que celui ci est en mesure de reconnaître, apprécier et valoriser son élite.

    Alors faut il être alarmiste sur les réformes en cours?
    On trouve des pavés de bonnes intentions.
    Soyons attentifs aux motivations qui génèrent ces reformes et à l’esprit qui va les appliquer, sans généraliser les procès d’intention.
    Soyons vigilants aux équilibres qu’on souhaite modifier.
    Il ne doit pas devenir impossible (il doit être facile..?.)à quiconque qui le souhaite de pouvoir tenter d’atteindre les plus hauts sommets artistiques.
    Il doit être permis à quiconque de se voir offrir une porte d’entrée, une ouverture au monde de la culture et des cultures (autre vrai faux débat, question de définitions et de valeurs)
    A chacun d’agir à sa place, honnêtement et respectueusement.
    (phrase à ne pas prendre personnellement, Mr Tchalik! 🙂 )

    Bien à vous!

    Répondre
    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Le contenu de votre commentaire me rappelle étrangement la réponse qui m’avait été faite ici-même par une inspectrice du ministère s’exprimant à titre personnel. Cela dit, en posant la question « où vaut-il mieux avoir le moins mal », vous reconnaissez implicitement que le projet de réforme est mauvais : il y a là un progrès. Mais face à la perspective d’un recul manifeste, doit-on emprunter la voie, parfois ardue, de la vertu civique ou suffit-il de suivre la pente plus douce de la paresse intellectuelle et du renoncement ?
      Je ne m’étendrai pas sur ce que vous appelez mon « ton vitupérateur » (le recours au « vice de forme » pour mieux éluder le débat de fond est une rhétorique parfaitement huilée) pour me concentrer sur les questions d’organisation et de moyens que vous soulevez.

      S’agissant de l’organisation administrative, vous soutenez que la décentralisation actuelle avec contrôle du ministère de la Culture « a du bon ». Le problème est que vous ne voyez pas (ou ne voulez pas voir) que précisément, il est question de mettre fin à ce contrôle de l’Etat et de déréguler l’ensemble du système. Selon vous une organisation plus centralisée « aura ses écueils aussi » : c’est oublier un peu vite que l’EN, même sujette à des dysfonctionnements en tout point comparables à ceux des conservatoires (désengagement de l’Etat maquillé en « réforme pédagogique »), permet à ce jour une relative homogénéité des contenus enseignés sur le territoire ainsi qu’un statut décent et stable pour ses personnels, ce qui n’est pas le cas (et depuis très longtemps, trop longtemps) dans l’enseignement artistique spécialisé.

      Pour ce qui est cette fois de « l’opposition quantité/qualité » et de leur improbable « synthèse » (qui a toutes les chances d’être hollandaise), l’abaissement de la qualité de l’enseignement pour tous ne permettra ni « l’ouverture à la culture » pour le plus grand nombre, ni « l’investissement » pour les « pépites de demain », étant donné qu’il est précisément question de réduire les cursus dévolus aux grands niveaux. Nul besoin de recourir au « procès d’intention » pour le constater, il suffit simplement de lire les documents de travail du ministère.

      Enfin, la baisse des moyens et le libéralisme économique ne sont en rien une fatalité, mais bien un programme politique que les citoyens sont libres d’accepter ou de rejeter. A ce titre, et sans renvoyer aux événements récents, il suffit de rappeler que le résultat du référendum organisé en 2005 sur la question européenne n’a jamais été pris en compte par les partis politiques qui ont depuis lors exercé le pouvoir.

      Bref, on ne peut plus se contenter du statu quo, et du « compromis » dont vous vous prévalez à la compromission il n’y a qu’un pas. Quant à vouloir comparer la contrainte artistique et celle imposée par les gestionnaires, cela n’a pas de sens. Chacun est effectivement libre d’agir « à sa place », c’est-à-dire en tant que citoyen, et de ne pas gober les « bonnes intentions » que les professionnels de la communication ne cessent de nous vendre ; l’honnêteté et le respect ne se confondent pas – à moins d’un dévoiement total de leur sens – avec le conformisme et la politique de l’autruche.

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      1. AvatarGuillaume Lefebvre

        M Tchalik, merci pour votre réponse, mais il me semble que la difficulté est qu’il serait facile de se battre avec vous alors même que nous sommes d’accord.
        Face à la perche de l’ambiguïté et du sous entendu vous vous accrochez vite à la branche de la dispute.
        Je persiste à penser que la forme de votre discours nuit à sa réception.
        Pour ne donner qu’un exemple dès le début de votre réponse, j’aurais apprécié que votre phrase s’arrête à  » vous reconnaissez implicitement que le projet de réforme est mauvais »
        Ce à quoi je peux répondre que je le dis d’une autre manière que la vôtre, en me permettant, il est vrai, de m’appuyer sur votre écrit de citoyen.
        Notre place de citoyen n’est pas la seule d’ailleurs. Nous sommes aussi enseignants, artistes, parents, collègues…. autant d’échelles qui permettent de partager des valeurs et d’engager la réflexion, voire l’action.
        La question de l’organisation est un vrai point de désaccord, mais secondaire.
        Cependant je céderai à la paresse plutôt que d’engager un trop long débat argumenté, car oui, cela me semble désespéré de vouloir à ce jour changer de système.
        Néanmoins, tout de même, croire à l’absolue homogénéité du savoir dispensé dans les collèges de France est une illusion et ne pas voir que l’EN sait aussi abuser des contractuels, un aveuglement.

        La réduction des cursus proposés aux grands niveaux est une véritable inquiétude.
        Comment en débattre avec les concepteurs de ces textes? Qui sont ils?
        Car, c’est un écueil de la centralisation que cet éloignement entre les décideurs et les acteurs sur le terrain. Comme beaucoup de mes collègues je crois, je ne connais aucun inspecteur ou autre personne œuvrant au ministère pour les conservatoires…. (étrange? 😉 )

        J’aimerais pouvoir dire aussi simplement que vous que « les citoyens sont libres d’accepter ou de rejeter » le libéralisme et la baisse des moyens. Mais je suis d’accord que c’est une question de volonté politique.

        Alors faire évoluer les choses dans le sens des valeurs que nous partageons, évidemment….
        Actuellement, tout n’est pas parfait, tout n’est pas mauvais. La France forme encore des bons musiciens. Je ne sais pas s’il y a déjà eu autant d’enfants de tous horizons sociologiques qui ont pu accéder à l’enseignement musical qu’aujourd’hui; malgré d’encore trop grandes limites, et sans toujours faire de la démagogie, car elle existe aussi, c’est vrai.
        Plutôt que de compromis, je parlerais de justes équilibres, qui sont toujours à chercher par la force actuelle des choses.
        Ma comparaison entre les contraintes gestionnaires et artistiques n’était que pure boutade.

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        1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

          Je n’ignore pas que l’enseignement dispensé dans l’enseignement général varie en qualité selon les établissements. Mais encore une fois, cela ne résulte pas de causes structurelles mais bien des insuffisances de l’EN, comparables en tout point à celles des conservatoires : formatage idéologique des professeurs et assèchement des moyens. Pour y remédier, il me semble préférable de tendre vers l’homogénéité (si possible, par le haut) plutôt que de considérer comme naturelles ces différences entre les « territoires ».
          Quant aux contractuels de l’EN, n’oublions pas qu’ils sont libres, chaque année, de passer un concours de recrutement disciplinaire pour intégrer automatiquement la fonction publique à l’issue du stage. Chose que ne peuvent pas faire les contractuels des conservatoires : les concours de la FPT (en particulier l’externe) ne sont pas disciplinaires, se font de plus en plus irréguliers et les mairies sont libres de ne pas prononcer la titularisation, même en cas de réussite au concours.

          Pour ce qui est de la réduction des cursus des grands niveaux votre inquiétude est légitime mais il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. La déstructuration de l’enseignement dès les petits niveaux, à l’oeuvre depuis des années mais dont personne ne parle, me paraît autrement plus significative : c’est ce travail de sape qui a rendu possibles les mesures de restriction envisagées actuellement.

          De même, vous avez parfaitement raison quant au décalage entre décideurs et « acteurs de terrain » ; je ne sais cependant s’il s’agit d’un excès de centralisation ou de décentralisation : sans doute a-t-on retenu les plus mauvais aspects des deux. Au lieu de faire confiance aux professeurs tout en fixant un cadre national suffisamment clair et concis pour que chacun puisse parvenir au résultat voulu avec ses propres méthodes, on a mis en place une pédagogie d’Etat tout en laissant chaque établissement « bricoler » dans son coin. Quant aux (ir)responsables, ils sont parfaitement connus : il suffit de lire les publications de telle association de directeurs ou de telle structure « pédagogique » pour comprendre que le travail des inspecteurs du ministère a été largement « mâché » par leurs obligés et relais sur le terrain.

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  7. AvatarLancien

    Nous parlons de crise culturelle, en effet. Mais avant que les chinois ou les russes nous ramènent notre histoire, peut-être pourrions-nous la relever nous-mêmes :
    Sur 3 epoques, cette lettres se situe à l’époque pré-moyenâgeuse, avec Saint-Denis et ces grandes vénérations, avec Boèce et ses différents niveaux de perception musicale, et enfin avec le pape Grégoire qui a unifié la liturgie par la musique. 
    Puis, cette lettre se situe au milieu du moyen-âge, avec notre église qui a :
    – façonné la divisibilité du rythme en noir et en croche vers le 10è s.
    – inventé l’alphabet de la musique, avec Guy d’Arrezzo, 
    – développé la polyphonie au travers des règles du contrepoint : punctus contra punctus (c’est la que la clé de sol est devenu mondiale),  
    – et enfin permis l’orchestration instrumentale et vocale grâce au tempérament égal (mathematique) qui assure une égalité parfaite entre les demi-tons. 
    Et enfin, cette lettre se situe a notre époque alors que l’on s’acharne à vouloir oublier cette évolution. YL

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    1. AvatarYJ

      Je suis d’accord avec toi, cher YL…Dania a raison sur le constat; mais force est de constater que notre corporation n’est pas assez soudée face aux injustices qui ne seraient même pas tolérées dans le privé; alors, nous subissons les « réunionnites » sans fin, même si nous ne croyons pas un traitre mot de ce qui y est dit…Nous avons du mal à défendre nos collègues les plus faibles, au nom du sacro-saint « devoir de réserve », du respect de la « hiérarchie » (pardon, de « l’administration bureaucratique »); mais, comme tu l’as dit, notre culture a une histoire qu’il sera impossible d’effacer.

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  8. Avatarthierry Mercier

    Notre profession n’est pas assez…. formée !
    Car il faut se former toujours, ne pas enseigner sur des réflexes anciens inculqués par notre formation initiale…

    Quant à l’opposition ‘ culture de projet-cours particulier’ cela suffit !
    Organiser un gala de danse de fin d’année, ce n’est pas contrevenir aux objectifs techniques du cours hebdomadaire…
    Ce serait bien de faire la même chose en musique….. le gala du prof d’instrument en fin d’année…

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    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Tout dépend de ce qu’on entend par « se former ». Suivre des classes de maître, assister à des cours de haut niveau, mille fois oui. Mais étrangement, ce n’est pas proposé dans les catalogues CNFPT ; en revanche, pour ce qui est de faire de la pseudo-pédagogie institutionnelle, pas de problème…

      Les auditions existent déjà dans tous les conservatoires (en fin d’année mais pas seulement !) et on ne peut que s’en réjouir. Le problème est qu’actuellement, le « projet » est promu non plus comme un complément mais comme une fin en soi et un substitut de l’enseignement, au mépris de toute notion de niveau et de progression dans les apprentissages. Il ne s’agit plus de faire progresser les élèves (c’est « élitiste », nous dit-on) mais de promouvoir l’établissement (et soigner son « image ») auprès des élus locaux, au mépris de la distinction entre enseignement d’une part et animation locale/communication de l’autre.

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        1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

          En effet, le choix se réduit d’année en année mais il faut prendre garde à ne pas se limiter à l’aspect quantitatif. A mesure que le nombre des formations CNFPT diminue, leur contenu devient de plus en plus déconnecté des besoins réels de la profession. La question centrale demeure donc plus que jamais d’actualité : est-ce bien aux administratifs de « former » les musiciens ?

          Répondre
          1. AvatarYJ

            Oui, je suis complètement d’accord; les formations CNFPT sont complètement déconnectées des besoins; personnellement, je rêve d’une formation réalisée, soit par un compositeur, un concertiste, ou même un chef d’orchestre, où nous aurions les deux faces de notre métier: l’Artistique ET le pédagogique; il serait d’ailleurs tout à fait logique que les cefedems réalisent la formation continue, dans ce cadre; mais je me demande encore une fois si les dumistes ne désertent pas la FPT, pour passer le CAPES (j’ai vu un cas sur Facebook).

          2. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

            Entièrement d’accord avec le début de votre première phrase. Il me semble cependant qu’en l’état actuel des choses, déléguer la formation continue aux Cefedem serait une très mauvaise idée et ne ferait qu’aggraver le mal qu’on prétend soigner.

            Comme souvent, la solution est connue de tous et simple à mettre en oeuvre – à condition toutefois de le vouloir. En principe, chaque professeur se perfectionne dans sa spécialité en travaillant son instrument (si besoin avec des grands maîtres), en se produisant en concert, en écrivant des œuvres ou des écrits musicologiques, etc., etc. Voilà en quoi consiste la seule et vraie « formation continue » digne de ce nom. Il suffirait de faire reconnaître – et ce serait du reste la moindre des choses ! – le résultat de ce travail quotidien (à condition qu’il soit avéré, ce qui est facile à vérifier) et de supprimer tout le reste. Voilà qui permettrait de laisser enfin les professionnels faire leur travail, tout en réalisant de substantielles économies au niveau de la « mauvaise graisse » pédago-technocratique : on ne rappelle jamais assez que toutes ces pseudo-formations n’ont d’autre réelle fonction que d’ennuyer tout le monde et de nourrir les copains !

            Quant à la désertion des concours FPT au profit du Capes et de l’agrégation que vous évoquez, elle n’est guère étonnante : le facteur économique est déterminant en dernière instance.

  9. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

    A lire en complément de cet article, cette tribune de Michel Ventula (secrétaire général du Syndicat national des enseignants et artistes SNEA-UNSA) parue dans la Lettre du Musicien le 12 février 2019.

    Extraits significatifs :

    « les missions de service public dévolues à nos établissements d’enseignement artistique sont dévoyées vers une culture low-cost… La confusion entretenue en permanence entre Education artistique et Enseignement artistique spécialisé en est l’exemple le plus concret. »

    « Les enseignants qui, par vocation, avaient décidé de transmettre leur passion et leur art, sont désormais contraints à la culture-poubelle, dans des écoles transformées, ’’vite fait mal fait’’, en centres de loisirs, notamment dans les zones périphériques ou rurales qui ont aussi droit à l’excellence. »

    Répondre
  10. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

    Pour information, cette audition sur les conservatoires (Sénat, commission de la culture, de l’éducation et de la communication, 13 février 2019) confirme si besoin l’ensemble des craintes exprimées dans l’article ci-dessus.

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    1. AvatarYJ

      Ah mais, cette vidéo est très intéressante dès le début: En effet, il nous est expliqué que le ministère de la culture contrôle, puis peu après, qu’il « concerte »; au final, quel est le rôle du ministère dans l’enseignement artistique spécialisé ? Financier ? Pédagogique ? Educatif ? ou rien de tout cela ?

      Répondre
      1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

        L’intervention de la directrice de la DGCA à propos de la répartition des rôles entre son ministère et les collectivités est en effet éloquente. Mais la suite n’est pas moins instructive : on y voit notamment le président de Conservatoires de France se réjouir de la disparition prochaine du classement des conservatoires (que cette association a demandée puis obtenue : les masques tombent !) avant de verser sa larme de crocodile sur ces enseignants « formidables » qui, malgré les conditions de travail et la précarité, n’hésitent pas à venir encadrer un atelier d’orchestre à l’école dans une zone prioritaire avant d’aller enseigner à de futurs pros. S’agit-il du même métier, quel message envoie-t-on aux élus employeurs, souvent mal informés et ne sachant plus où faire les prochaines économies ?

        Répondre
        1. AvatarYJ

          Pour les conditions de travail et de précarité, je suis d’accord.
          Mais, pour les ateliers d’orchestre à l’école ou chorale (j’en fais), je me demande où sont les intervenants en milieu scolaire ? (DUMI) Je serais curieux de connaître leur nombre et (évidemment) leur motivation.
          Par ailleurs, il y a aussi des interventions scolaires réalisées par des intermitents du spectacle; là aussi, je m’interroge sur leur nombre.
          Mais pour les futurs pros; combien représentent t-ils d’élèves en proportion, dans les conservatoires ? Pas beaucoup, il me semble.

          Répondre
          1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

            Chaque année, les CFMI « mettent sur le marché » un nombre important de diplômés susceptibles d’être embauchés par les collectivités. Que ces dernières ne fassent pas leur travail est un autre problème (de même qu’on peut débattre du contenu de la formation). Mais qu’on ne demande pas aux professeurs des conservatoires de jouer les bouche-trou sous de mauvais prétextes.

            Quant au nombre restreint de futurs professionnels, je ne vois pas où est le problème. A l’école, on ne se pose pas la question de savoir s’il y aura beaucoup de futurs mathématiciens parmi les élèves. Et l’on se demande encore moins s’il y aura beaucoup de futurs joueurs professionnels dans les clubs de football. Dans les deux cas, on embauche les personnels les plus qualifiés, on les laisse enseigner selon les exigences de la discipline et on ne s’offusque pas de la sélection qui s’opère ensuite selon les aléas du marché du travail.

  11. AvatarYJ

    Pour les futurs professionnels, votre argument se défend, en effet, encore qu’il y a des conservatoires plus susceptibles (je pense) que d’autres à former les futurs professionnels; de-même certains clubs de football vont être plus à-même de former également de futurs professionnels que d’autres… Mais que deviennent les Dumistes « formés » par les CFMI ? Et d’ailleurs, ceux-ci sont ils motivés pour enseigner en milieu scolaire, si les collectivités « ne font pas leur travail » ? Les dumistes bifurquent-ils vers l’éducation nationale ?

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    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Les dumistes sont confrontés peu ou prou aux mêmes difficultés que les professeurs et assistants territoriaux d’enseignement artistique s’agissant de leur accès à l’emploi, et à plus forte raison à l’emploi pérenne.

      Pour votre premier point, si l’on constate effectivement qu’un élève sortant du (futur-ex) CRR de Paris a plus de chances de rentrer au CNSM qu’un élève de petit conservatoire de banlieue ou de province (de même qu’un khâgneux d’Henri IV a plus de chances d’intégrer Ulm que son camarade de Limoges ou de Brest), est-il souhaitable, en l’absence d’une véritable filière intégrée musique/études, de pérenniser et de graver dans les textes ce qui constitue manifestement une inégalité entre les conservatoires classés ? Rappelons qu’il existe déjà de nombreuses écoles de musique municipales ou associatives consacrées à la pratique de loisirs.

      Répondre
  12. AvatarYves Lancien

    Au risque de taper à côté, je souhaite rappeler les vertus de la battue de mesure qui n’est plus enseignée dans mon conservatoire. Elle permet
    – de rendre visible la musique,
    – de la dynamiser avec un 1er temps potentiellement énergique,
    – nous permet de savoir où nous sommes dans la mesure,
    – d’éduquer ce « point d’energie » commun avec les danseurs qu’est la position première des bras,
    – de poser un pont avec les danseurs,
    … Cette battue qui n’a rien de ringard, et qui reste très formatrice pour nos futurs musiciens.
    Maintenant, il me semble qu’à se concentrer d’avantage sur les statuts des enseignants que sur les compétences devant être acquises par les élèves, nous faisons faussé route. Yl

    Répondre
    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      Nos statuts ne se justifient que par les savoirs que nous avons pour mission de transmettre aux élèves. Il me semble donc que les deux questions sont solidaires et que nous n’avons d’autre choix que de nous battre sur les deux fronts.

      Répondre
    2. AvatarYJ

      Cher Yves,
      Tu as raison sur la battue de la mesure; en effet; c’est à la fois, corporel, visuel et même…Auditif;
      Cependant, su les enseignants ont un statut correct, ils peuvent (c’est psychologique, on n’y peut rien) enseigner en se focalisant sur les compétences acquises par les élèves. En fait, les profs doivent être aussi à l’aise que les élèves pour servir l’art.

      Répondre
  13. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

    A lire, cette interview de Sylviane Tarsot-Gillery, la nouvelle directrice générale de la Création artistique du ministère de la Culture ( La Lettre du musicien, 4 mars 2019) :
    – le schéma national d’orientation pédagogique aura désormais une portée réglementaire (conformément à la loi LCAP) dans l’optique « d’accompagner les initiatives des collectivités pour répondre aux objectifs de démocratisation culturelle et de formation des artistes de demain : diversité des profils d’élèves, ouverture aux nouvelles esthétiques, modèles pédagogiques à revisiter (…) »,
    – la réforme des conservatoires fera l’objet d’une « expérimentation » dans plusieurs collectivités, en prévision de son application dans un an environ,
    – le ministère souhaite remplacer l’actuel « classement vertical en trois catégories » par « une logique horizontale de certification unique ». L’enseignement des « classes prépa » serait alors « potentiellement découplé » de celui des conservatoires proprement dits,
    – « la question du temps de travail [des enseignants des conservatoires] doit être abordée, sans a priori ». Au moins, c’est dit !

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  14. AvatarYJ

    Rebonjour,

    Il est dit, plus haut, et certainement avec juste raison que les PEA seraient de moins en moins nombreux…Avons-nous aujourd’hui (c’est une question qui m’obsède) une première tendance sur les résultats des concours des PEA ? Il y a des jurys composés soit de collègues qui connaissent les candidats, soit des « formateurs » les ayant eus en stage de préparation…Mais au-delà de cela, il serait intéressant, je pense, de savoir où nous en sommes au niveau du ressenti général.

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    1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

      « Il y a des jurys composés soit de collègues qui connaissent les candidats, soit des « formateurs » les ayant eus en stage de préparation » : de nombreux « retours de terrain » confirment si besoin votre propos. Mais comment peut-il en être autrement, à considérer les modalités du concours ? Le contenu non disciplinaire des oraux (le concours externe se résume ainsi à un simple entretien de type Sciences Po face à un jury composé majoritairement de non-spécialistes, voire de non-musiciens : rien de tel pour favoriser l’arbitraire et l’imposition d’une doxa), le localisme prononcé au niveau de l’organisation ou la porosité certaine entre jurys et « formateurs » sont éloquents à cet égard.

      Pour autant, il est sans doute trop tôt pour faire un bilan complet et objectif de cette session tant que les résultats de certaines disciplines mettant en jeu un nombre important de candidats et de places (comme la « formation musicale ») ne sont pas tombés.

      Répondre
      1. AvatarYJ

        Oui, pour ce qui concerne les concours, il vaut mieux être copain avec le ou la collègue qui fera partie du jury…C’est quand-même assez étonnant lorsqu’on parle d’égalité et ou d’équité, afin de faire perdurer ces concours.

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        1. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

          Ce n’est ni plus, ni moins étonnant que de baisser l’impôt des plus riches pour plus d’égalité, ou de supprimer des postes dans les hôpitaux pour un meilleur accès aux soins (etc., etc.).
          La seule présence d’élus locaux dans un jury chargé de sélectionner des musiciens professionnels suffit à démontrer le caractère en grande partie factice de ces concours. Mais l’objectif n’est-il pas, avec le temps, de discréditer pour de bon ces formalités d’un autre âge – que quelques grincheux s’obstinent à appeler républicaines – pour, enfin, en (re)venir à un mode de sélection plus moderne, plus souple, plus agile, bref… entre initiés ? L’affaire de la vraie-fausse suppression de l’ENA montre bien le cap que l’on a choisi pour nous en haut lieu…

          Répondre
          1. AvatarYJ

            Oui, mais alors, avec le recours plus accru de contractuels ? Ces concours (qui fonctionnent mal ou pas du tout) vont-ils perdurer ? Et puis, les jurys, sont-ils indépendants dans leurs « jugements » ? Lorsqu’un candidat n’est pas reçu et qu’il demande pourquoi, la réponde laconique est souvent « Le jury est souverain »…Cela m’interroge grandement; et puis au final, je pense que lorsqu’on obtient un diplôme reconnu par l’Etat, un entretien d’embauche suffit amplement, d’autant qu’il serait très facile de correctement l’organiser.

          2. AvatarDania Tchalik Auteur de l’article

            La filière culturelle de la FPT constitue déjà un très gros pourvoyeur de contractuels et le projet de loi fonction publique discuté en ce moment ne risque pas d’inverser la tendance, bien au contraire. En vérité, tout est fait au niveau institutionnel pour que le système dysfonctionne, de façon à créer une « demande » de plus en plus prononcée en faveur de sa liquidation pure et simple ; la « recette » est désormais bien connue et fonctionne à plein régime dans de nombreux domaines, à l’instar de l’école, de l’hôpital public, etc.
            Pourtant, s’agissant de l’enseignement artistique spécialisé – et comme je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises -, les solutions sont bien connues… puisqu’elles existent ailleurs à la FP. Il suffirait de fondre les diplômes (DE, CA) et les concours de la FPT en une unique épreuve organisée par le ministère de la Culture, ce dernier prenant en charge le recensement des postes vacants (et donc la définition du nombre de places dans chaque discipline). Cela permettrait d’en finir à la fois avec la rétention des postes par certaines collectivités peu scrupuleuses et l’aberration du phénomène des « reçus-collés ». L’obtention du concours vaudrait alors recrutement en tant que fonctionnaire stagiaire ; et pour endiguer les recrutements de complaisance (qui, comme chacun sait, ne manquent pas dans la filière), l’entretien d’embauche pourrait être complété (voire, remplacé) par un choix du poste d’affectation opéré en fonction du rang de classement du lauréat.

  15. AvatarSerge Coste

    Voici, pêle-mêle, quelques réflexions inspirées par les articles de Dania Tchalik, en général.

    Un jour, j’ai lu un article de cet enseignant et je me suis dit : « enfin la parole se libère ! » Il faut d’abord souligner le très grand courage de Dania Tchalik, dans un milieu où seul compte la parole officielle et où il est interdit de penser « autrement ». J’enseigne depuis plus de quarante ans et je suis d’accord à 90 % avec les propos de ce musicien. Le problème n’est pas tant que l’on soit d’accord ou pas avec Dania Tchalik, mais il faut déplorer qu’aujourd’hui il n’y ai pas de débat sur l’enseignement musical en France. Depuis la fin des années soixante, des ayatollahs, véritables aristocrates apprentis-sorciers ont pris le pouvoir et ils ne sont pas prêts de le lâcher. J’ai vécu en plus de quarante ans un effondrement très progressif mais certain de l’enseignement musical, de l’enseignement tout court, d’ailleurs. Quand, dans les conservatoires, vous osez émettre un avis différent de celui véhiculé par la pensée dominante, soit on vous regarde comme un abruti, soit comme quelqu’un de dangereux. Beaucoup d’enseignants sont étonnés que l’on puisse penser autrement qu’eux.

    Il faut avoir assisté à des dizaines de réunions, qui ressemblent à des grandes messes, toutes plus longues, inutiles et ennuyeuses que les autres, où chacun s’écoute parler, pour savoir ce que le pédagogisme a fait comme ravage. Et je ne parle pas des formations obligatoires, pseudo-scientifiques, véritable catéchisme de la pensée officielle où des coachs officient. Un coach est une personne spécialiste de tout, donc de rien. Les injonctions pleuvent : « Voici ce que vous devez penser pour être un bon enseignant » « Voici ce que vous allez enseigner et voilà la façon dont vous allez le faire. »

    Je rêve d’un débat entre Dania Tchalik et les représentants de cette idéologie post-soixante-huitarde. Pourquoi les représentants de cette idéologie ne répondent pratiquement jamais ? Parce qu’ils ont peur de leurs propres arguments ? Par arrogance ? Par suffisance ? Je crois que c’est plutôt par naïveté : pourquoi répondraient-ils puisqu’ils détiennent la Vérité ? Ils n’ont pas de compte à rendre. Je pense à cette définition de l’arrogance empruntée au livre de la psychanalyste Sophie de Mijolla Méjor, Les arrogants, : « L’arrogance (…) se détache (…) du conflit en proclamant sa supériorité écrasante et indubitable quelle qu’en soit l’origine. C’est la raison pour laquelle, (…), elle s’étaye sur le dogmatisme et l’effacement du questionnement. »

    Un slogan, comme le fameux « remettre l’enfant au cœur de l’enseignement » ne veut strictement rien dire, c’est de la pensée minimale, digne d’un Jacques Séguéla, car on peut mettre ce que l’on veut derrière, tout et son contraire.

    Ce qui me désole, c’est de voir beaucoup d’enseignants au garde-à-vous, comme de bons petits soldats, persuadés, en toute bonne foi, que ce qu’on leur inculpe est la Vérité. Je passe pour un conservateur impénitent alors que l’idéologie véhiculée par les curés laïcs des Ministères date de plusieurs décennies et on voudrait la faire passer comme le comble de la nouveauté. Il y en a assez de ces petits dictateurs qui veulent nous remettre dans le droit chemin, qui n’arrêtent pas de dire qu’il faut se remettre en question alors qu’ils ne font, eux, depuis plus de quarante ans, que répéter inlassablement le même discours rétrograde. Demander aux autres de se remettre en question quand soi-même on ne le fait jamais, c’est le comble du narcissisme et de l’hypocrisie.

    La culpabilisation, redoutable arme massive, fait des ravages : je me souviens de cette enseignante me disant qu’elle était trop payée (sic) et de cette autre qui culpabilisait de bénéficier des vacances scolaires. Beaucoup d’enseignants sont les artisans de leur propre malheur.

    Le nombre d’enseignants sortant du Cefedem qui me disent que cette formation s’apparente davantage à une secte qu’à une formation démocratique est impressionnant. Mais ils n’osent pas parler car leur carrière est en jeu et on ne peut pas leur en vouloir, chacun ayant besoin de gagner sa vie. La seule voix audible et permise est celle des enseignants qui sont ravis de cette formation. L’intimidation est à son comble : nombreux sont les collègues qui ont peur de tout, de ne pas être dans le droit chemin, d’être sanctionnés s’ils expriment une opinion contraire au dogme officiel.

    Le grand slogan à la mode, que l’on entend partout, le fameux « pas d’élitisme », est d’une grande hypocrisie, car l’enseignement est devenu de plus en plus élitiste depuis la fin des années soixante. Comme il y a une santé à deux vitesses, il y a maintenant un enseignement à deux vitesses. Qui a accès aujourd’hui à Monteverdi, Mozart, Wagner, Debussy ou Boulez (pour ne parler que de musique) ? La bourgeoisie, alors que les classes populaires doivent se contenter de l’éternel présent qui est toujours assez bon pour eux. Pourquoi le nivellement se fait toujours par le bas et jamais par le haut ? Antoine Vitez parlait d’élitisme pour tous, on s’en éloigne de jour en jour.

    Un autre slogan qui a fait ses preuves : « La société a changé » Et alors ? Est-ce une raison pour l’accompagner vers ce qu’elle a de plus médiocre ? Le résultat est que l’on va vider les conservatoires pour remplir les institutions privées.

    Le « tout se vaut » à fait des ravages : je me souviens de cet enseignant me disant : « rien ne t’autorise à dire que la musique de M. Ravel est supérieure à celle des Beattles », alors que lui-même trouvait les chansons de G. Brassens supérieures à celles de Sheila. Deux poids, deux mesures : « Moi j’ai le droit d’avoir une échelle de valeur, pas toi… »

    Je ne dis pas que cet immense gâchis est volontaire, ce qui serait du complotisme, je dis que souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Mais seul le résultat est à prendre en compte et il est catastrophique.

    Il faut que la parole se libère, que les personnes qui pensent comme Dania Tchalik puissent enfin parler et que ceux qui détiennent le pouvoir depuis plus de quarante ans leur répondent, s’ils le daignent. La république et la démocratie auront beaucoup à y gagner car un débat entre des gens qui pensent exactement la même chose n’est pas un débat, mais du nombrilisme. Qui a peur du débat aujourd’hui ?

    Merci à Dania Tchalik pour son courage, sa pertinence, sa culture et sa persévérance. Un coup de pied dans le politiquement correct est toujours salutaire en ces temps où il est recommandé de s’adapter, mais s’adapter à quoi ? À l’ultra libéralisme ? À la politique du rendement ? Qu’est-ce que le rendement dans l’enseignement ? Il faut lire l’excellent et très pertinent livre de Barbara Stiegler, Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique.

    C’était mieux avant ? Ce que je sais, c’est que l’empirisme de l’enseignement avant 1968 avait du bon, avec ses nombreux défauts, et qu’il était beaucoup plus démocratique et moins dogmatique, pour les élèves et les enseignants, que celui d’aujourd’hui qui véhicule une idéologie quasiment religieuse, qui ne s’assume pas.

    J’entends souvent dire « mais les choses évoluent ! », sous-entendu : « il faut aller dans le sens de l’histoire » Oui, mais elles peuvent aussi évoluer dans le mauvais sens. Le cancer évolue par exemple. Cette idée que toute réforme, que tout changement serait forcément positif est tout à fait étrange. C’est une forme de terrorisme intellectuel.

    Ce que j’aimerais en écrivant ces lignes ? Que l’on me réponde, pour me contredire ou m’approuver. Bref, qu’un véritable débat s’engage, enfin… Bien entendu, il ne va pas être facile de faire bouger les Institutions, mais qui ne tente rien… C’est une question de survie, car si on continue ainsi on va droit dans le mur.

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    1. AvatarNGUYEN Pierre

      Je ne comprends pas l’objet de ce texte qui est juste une logorrhée d’insultes envers des personnes que finalement on identifie pas.
      Aucun exemple, aucune proposition, aucune idée, juste une décharge d’adrénaline et de frustration.
      Article inutile
      Je suis professeurs de piano au CRR de Lille
      et oui il pourtant il y a un grand chantier passionnant.

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  16. AvatarL.C.

    Merci pour ce commentaire pertinent. Toutefois, j’aimerais ajouter une chose: lorsque j’ai choisi il y a 27 ans d’enseigner dans un petit conservatoire en milieu semi rural, je craignais justement de n’être pas libre si j’avais intégré une grosse structure. J’ai apprécié de pouvoir mener mon enseignement à ma guise, en partant du principe que n’importe quel élève peut devenir un passionné voire un futur professionnel et qu’on n’a pas le droit de dégoûter les élèves ni de leur mentir. Les résultats sont là : pas de livre qui dicte la pédagogie (je suis prof de FM), pas de tentation à céder aveuglement à toutes les nouvelles modes… et les élèves sont heureux pour la plupart! On se remet régulièrement en question afin que les élèves puissent devenir des amateurs accomplis, qui savent faire le lien entre FM et instrument, qui soient capables de faire de petits arrangements etc…Aujourd’hui, je me sens parfois remise en cause, voire sabotée, par de jeunes collègues qui croient que j’emploie une méthode des années cinquante alors qu’ils ne s’intéressent pas à ce qui se passe en FM. Qui est le plus ringard dans sa démarche? Celui qui fait ses petits cours dans sa petite salle ou celui qui a à cœur l’esprit d’équipe? Au fond, à quoi sert la formation pédagogique si c’est pour que les gens soient égoïstes voire se tirent dans les pattes?

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  17. AvatarYJ

    Bonjour,
    Je viens de lire avec un très grand intérêt votre texte; j’enseigne la formation musicale depuis 25 ans; j’ai bientôt 50 ans et toujours contractuel…Tout ce que vous venez de dire, je l’ai vécu et je le vis encore; le discours hiérarchique, ainsi que celui de certains(es) collègues (pas tous heureusement), est qu’il faut être « dans le moule », que « l’élève est au coeur de son apprentissage »; à tel point qu’il est obligatoire d’utiliser les mêmes manuels de « formation musicale » pour tous les enseignants de cette discipline; pire, la hiérarchie (directeur) m’a dit en entretien, que toutes les classes devaient avancer à la même vitesse et qu’il fallait 80 % de réussite des élèves aux examens, sinon ce serait le signe que l’enseignant n’a pas fait son travail…(Le rendement dont vous parlez) J’ai passé un ré-entretien d’embauche la semaine dernière après 8 ans de services ! Simplement parce qu’une titulaire (que j’ai eue comme stagiaire) se présentait sur mon poste et que moi-même je n’avais pas réussi le « concours » externe; si l’on additionne l’humiliation et la stigmatisation, c’est un sac à dos de plus en plus difficile à porter… Juste une dernière chose: Les manuels de FM (très mauvais, car beaucoup trop de contenus chronophages qui ne vont pas à l’essentiel et extrèmement chers) changent tous les ans…Pourquoi ? Comment peut-on mettre en place une pédagogie pérenne dans ces conditions ?

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  18. AvatarLancien Yves

    Je suis bien d’accord avec vous. La Formation Musicale est devenu un four-tout pédagogique, dans lequel l’apprentissage de l’alphabet de la musique ne semble pas être l’objectif principal. Chaque hauteur porte un nom, et sans un alphabet solide, il n’est pas possible d’enrichir la mélodie, d’orchestrer les sons, de bien fixer ces hauteurs de son. Cet apprentissage devrait être acquis très tôt pour s’en débarrasser. Voici une proposition avec les petites classes, profitant de l’âge tendre : https://www.youtube.com/watch?v=oQRNSq0VLkg
    Bien courtoisement

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  19. AvatarRadais

    Ô jour à tous, pour aujourd’hui pas le temps d’ecrire Longuement, mais tellement d’accord avec serge Coste!!! À très bientôt donc!

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