À la suite du colloque « Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture »

Le colloque « Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture », tenu à la Sorbonne les 7 et 8 janvier, a été un événement et un succès. Y compris à en juger par les articles et commentaires qui se sont donné une grande peine pour le discréditer : certains le jugeaient tellement important qu’ils avaient pris la précaution de le faire avant même sa tenue1 ! En attendant la publication des Actes, chacun pourra se faire directement une idée en écoutant les interventions réunies sur le site de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires (co-organisateur du colloque avec le Comité Laïcité République)2.

Dans l’article « Le maccarthysme est-il la chose du monde la mieux partagée ? » André Perrin se livre à une excellente analyse, parfaitement documentée et très caustique, du dénigrement dont le colloque est l’objet et du retournement victimaire qui inspire ce dénigrement. Je le remercie d’en avoir confié la publication initiale à Mezetulle, le site de l’Observatoire du colonialisme l’a repris, lui donnant ainsi une audience plus large.

Je remercie également Charles Coutel d’avoir proposé à Mezetulle une variante de son intervention (table ronde n° 10) « Osons transmettre ! » où, méditant sur un groupe sculptural du Bernin, il réfléchit sur le désir de transmetttre.

De mon côté, j’ai eu le plaisir de participer à ce colloque au sein de la table ronde n° 11 intitulée « Des rondes, des noires, des blanches : la musique pour tous », animée par Hubert Heckmann, avec Nicolas Meeùs, Bruno Moysan et Dania Tchalik. Sous le titre « Manuel abrégé d’expiation pour musicologues dix-septiémistes », j’y ai repris, en les abrégeant et en actualisant les références, quelques réflexions proposées en ligne dans l’article « Antiracisme, accusation identitaire et expiation en milieu académique » . À ces réflexions, j’ai ajouté un « dernier mot » :

« Nous avons appris le 7 janvier le décès de l’immense comédien Sydney Poitier. Ce sera peut-être l’occasion de revoir, entre autres, le grand film de Norman Jewison (1967) Dans la chaleur de la nuit d’après le roman de John Ball. Deux enquêteurs s’y affrontent dans le climat raciste du Sud des États-Unis de la fin des années 1950 – début des années 1960. C’est l’exercice de la raison, et lui seul, qui fait qu’ils prennent petit à petit congé, l’un et l’autre, de leurs préjugés respectifs. Se figer dans un rôle de victime ou dans celui d’un coupable plein de contrition n’a rien à voir avec un travail sur soi-même ».

1 – Voir dans Figarovox la tribune d’Emmanuelle Hénin (4 février 2022) « Le colloque sur la déconstruction, coupable d’avoir atteint sa cible »  et celle de Wiktor Stoczkowski (14 janvier) « Quand un colloque de grande qualité sur un sujet crucial devient, pour ses détracteurs, une machination diabolique » . On trouvera d’autres analyses sur le site de l’Observatoire du décolonialisme et sur le site du Comité Laïcité République.

2 – Les enregistrements sont accessibles par ce lien : https://decolonialisme.fr/?p=6517 .

5 thoughts on “À la suite du colloque « Après la déconstruction, reconstruire les sciences et la culture »

  1. jabrane

    Bonjour

    j’ai écouté votre intervention et je trouve votre déconstruction excessive du fait de sa généralisation et sa compréhension : parler d’épuration décoloniale et comparer la déconstruction coloniale à l’inquisition sur la base d’un fait divers c’est pratiquer la polémique ( avoir du venin dans sa plume) et oublier que l’épuration et l’inquisition n’ont pas été que des pratiques spirituelles mais aussi politique.
    ce n’est pas la meilleure façon de s’interroger sur le sens d’une pensée ou ses limites que de prendre le parti de la mettre sur le même plan que les pensées identitaires qu’il faut trouver les moyens de combattre
    une collègue inquiète de la banalisation de l’extrême droite, de la remise en cause de la liberté pédagogique et des droits fondalentaux

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    1. Mezetulle

      Merci pour votre remarque, qui appelle quelques éléments de réponse de ma part.
      Il ne s’agit pas d’une déconstruction, mais d’une critique : je ne propose nulle part de rejeter le travail de la Société dont je parle, de discréditer cette Société dans l’ensemble de son action et de ses travaux. Je critique un texte précis.
      Je ne compare pas la déconstruction décoloniale à l’Inquisition : je montre dans le détail et de manière précise que tels et tels procédés fonctionnent de la même manière que ceux auxquels avait recours l’Inquisition.
      Il s’agit bien d’un cas précis, donc forcément particulier. J’en analyse les éléments, et ce cas précis fournit lui-même, dans ses références que je signale, l’élargissement que vous me reprochez.
      Enfin, le texte sera publié dans les Actes du colloque avec l’ensemble de ses références (qu’il était impossible de fournir en respectant le temps limité de l’intervention), qui montrent que ce cas n’est pas vraiment isolé.

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  2. jabrane Laure

    chère collègue
    je vous remercie d’avoir publié mon commentaire et je souhaite en retour souligner quelques points

    – la déconstruction décoloniale dont je ne suis pas une spécialiste est d’abord je crois une pensée philosophique, historique et sociologique qui repère comment la domination raciste peut se perpétuer y compris là où l’égale dignité de tous les hommes est reconnue en droit.
    -Si elle appelle une vigilance pour soi-même et la façon dont se structurent les sociétés, à ma connaissance elle ne commande aucune pratique collective ni aucun projet politique précis, elle ne donne lieu à aucune torture, mort, exclusion. Il y a des pressions, des frictions dans les écoles, ce qui n’est pas la même chose que l’institution inquisitoriale et pose des pb pédagogiques qui indiquent qu’elle nous demande tous de nous interroger pour réfléchir à la façon dont on pourrait rompre avec un passé et présent de dominations et vivre ensemble et pas seulement à côté les uns des autres ou au dessus les uns des autres; Que cette pensée puisse donner lieu à des pratiques autoritaires, maladroites ne condamnent que ces pratiques et non l’intention qui y préside ( liberté et égalité) et la pensée dont elles se réclament. Cela va mieux en le disant surtout dans un colloque où les organisateurs assimilent pensée décoloniale et identitaires, ce qui est faux et calomnieux.. Comment faire du commun avec des héritiers et les victimes de la domination me semble une question plus essentielle que votre critique , comment penser l’universel sans dominer les minorités me paraît aussi une question urgente en cette période où les nouvelles générations issues de l’immigration pourtant français ne se reconnaissent pas comme tels ( je le constate tous les jours à l’école) et où des identitaires ont pignon sur rue et parlent de grand remplacement sur des chaines d’info où les universitaires de cette pensée décoloniale sont rares contrairement aux éditorialistes en nombre qui leur cassent du sucre sur le dos

    enfin si votre généralisation n’est pas abusive, je trouverai je pense dans les actes du colloque le recensement des cas similaires à celui que vous avez analysé

    je ne vous tiendrai pas rigueur de ne pas publier mon second commentaire car un blog n’est pas un lieu de débat ou discussion, il me suffit que vous en ayez pris connaissance et éventuellement me répondiez en privé

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    1. Mezetulle

      Sur la pensée décoloniale comme discipline, je pense qu’il convient de distinguer les études sur les colonisations et sur le moment postcolonial d’une part et la « pensée décoloniale » à proprement parler d’autre part. Il y a bien sûr des études sur le colonialisme et la période décoloniale en tant que telle, sur les processus des colonialismes et de la décolonisation : c’est un secteur de l’histoire qui mérite, comme tout autre, l’examen et la réflexion. Comme le dit Souleymane Bachir Diagne, ce qu’on appelle aujourd’hui le moment postcolonial n’est pas nécessairement contraire à l’universalisme. La « pensée décoloniale » comprend en revanche une orientation militante qui notamment néglige bien des formes historiques et actuelles de colonialisme et d’esclavagisme. On peut penser par exemple à l’accueil pour le moins réservé qui a été fait aux travaux d’Olivier Pétré-Grenouilleau, ou à ceux de Tidiaye N’Diaye. C’est en général de la mouvance militante qu’il est question lorsqu’on parle de « décolonialisme ». Mezetulle a mis en ligne une brève recension il y a quelque temps déjà d’une étude de Gilles Clavreul parue à ce sujet sur le site de la Fondation Jean-Jaurès : https://www.mezetulle.fr/sarmer-contre-lideologie-decoloniale/ – quelques autres références y sont citées, notamment un livre de Nedjib Sidi Moussa, elles vous intéresseront peut-être aussi.

      Vous persistez à faire comme si j’avais établi une identité entre pensée décoloniale militante et Inquisition. Je vous ai déjà répondu sur ce point.

      Il n’y a pas mort d’homme ni torture – encore heureux. Il y a des « frictions », terme qui recouvre aussi des exclusions assez fréquentes. L’exemple Evergreen est trop célèbre à tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une fiction. La récente affaire de Sciences-Po Grenoble me semble également un exemple intéressant. Vous suggérez chemin faisant que les victimes de ces exclusions sont ceux qui menacent les libertés académiques. Pour aller vite, je me permets de vous renvoyer à quelques textes (entre de très nombreux autres) qui documentent et analysent ces exclusions et ce retournement. En ligne dans Mezetulle 1° l’article d’André Perrin consécutif au colloque de janvier 2022 https://www.mezetulle.fr/le-maccarthysme-est-il-la-chose-du-monde-la-mieux-partagee/ où l’auteur dresse une liste non-exhaustive et significative ; 2° l’article de Jean Szlamowicz sur un exemple précis https://www.mezetulle.fr/francois-rastier-a-lens-lyon-la-meute-et-le-conferencier-par-js/ . Enfin l’article de Pierre Jourde paru dans l’Obs l’année dernière, toujours en ligne sur le site https://www.nouvelobs.com/les-chroniques-de-pierre-jourde/20210429.OBS43434/ogien-et-laugier-sont-dans-une-galere-par-pierre-jourde-version-ok.html .

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  3. Ping : "Cancel !" de Hubert Heckmann, lu par Catherine Kintzler - Mezetulle

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