Le résultat catastrophique de l’école française au classement Pisa 2026 vient confirmer et aggraver une baisse continue commencée il y a bien des années. Tout le monde aujourd’hui s’en émeut, évoquant des causes – les écrans (mais dans les pays d’Asie il y a aussi des écrans) ; le « manque de moyens » (comme si le salaire indigent des professeurs n’était pas lié à la baisse du niveau de leur recrutement ; comme si les instituteurs d’autrefois, enseignant dans des classes surchargées, n’avaient pas obtenu de bons résultats) ; le manque de soutien des parents (comme si la politique scolaire n’avait pas déjà décidé qu’il n’est pas bon de donner un travail à faire après la classe).
Introduit par les réformateurs pédagogistes depuis une bonne quarantaine d’années, l’éléphant qui est dans la pièce et que le personnel politique et médiatique, de gauche comme de droite, s’évertue à ne pas voir quand il ne l’encourage pas directement, semble même avoir cette fois brisé la porcelaine qui restait encore presque intacte : les « bons » élèves sont affectés, et comme le dit l’article du Figaro « l’élite se réduit à peau de chagrin. En maths comme en compréhension écrite, la proportion d’élèves très performants est tombée à 5 % ».
L’éléphant pédagogiste, grand œuvre de réformateurs1 qui pour la plupart n’ont jamais fait la classe ou si peu qu’ils ont pris peur et ont fulminé leurs directives empoisonnées depuis un confortable cabinet de « chercheur », a réussi. La politique scolaire de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle s’en inspire constamment et mène au désastre constaté. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été désignée, analysée et combattue : mais ce combat était ringard, d’arrière-garde, réactionnaire, nostalgique, quand il n’était tout simplement pas taxé de « facho »2.
Il serait trop long et fastidieux de rappeler ici l’immense littérature critique qui, depuis le milieu des années 1980, s’est efforcée d’analyser et de réfuter une conception de l’école qui renvoie celle-ci constamment à son extérieur, qui en marginalise la mission principale, qui la transforme en « lieu de vie », en animation à modèle associatif. Nombreux sont ceux qui, alors et ensuite, en ont annoncé les effets délétères massifs à venir – l’abandon d’au moins deux générations d’enfants par la puissance publique. On se contentera de quelques jalons et de quelques rappels, souvent pris dans les colonnes de Mezetulle.
À la fin d’un texte de 2012, publié sur l’ancien Mezetulle3, superbement ignoré par le Ministère de l’Éducation qui l’avait pourtant expressément sollicité, je donnais cette petite biblio sommaire réduite au dernières années du XXe siècle :
- Jean-Claude Milner, De l’école, Paris : Seuil, 1984 (rééd. Lagrasse : Verdier, 2009).
- Catherine Kintzler, Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen, Paris : Le Sycomore, 1984 (rééd. Paris : Folio-Essais, 1987 et Minerve 2015)).
- Jacqueline de Romilly, L’Enseignement en détresse, Paris : Julliard, 1984.
- Marie-Claude Bartholy et Jean-Pierre Despin, La Gestion de l’ignorance, Paris, PUF, 1993.
- Jacques Muglioni, L’école ou le loisir de penser, Paris : CNDP, 1993 (rééd. Paris : Minerve, 2017).
- Danièle Sallenave, Lettres mortes, Paris : Michalon, 1995.
- Charles Coutel, A l’école de Condorcet, Paris : Ellipses, 1996.
- Henri Pena-Ruiz, L’école, Paris : Flammarion, 1999.
On la complétera, en débordant légèrement sur le XXIe siècle, avec le livre de Jean-Paul Brighelli La Fabrique du crétin (Paris, Jean-Claude Gawsewitch, 2005, repris en Folio-Essais Gallimard).
Plus récemment, on mentionnera le livre de René Chiche La désinstruction nationale (Nice, Ovadia, 2019)4, les Trois leçons sur l’école républicaine d’Eric Maurin (Paris, Seuil, 2021). Enfin saluons le livre de Joachim Le Floch-Imad, Main basse sur l’Education nationale (Paris, Cerf, 2025).
Quant aux très nombreux articles publiés sur Mezetulle, je renvoie
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À la rubrique thématique « École » du site d’archives http://www.mezetulle.net/article-1266539.html#ecole où l’on trouvera notamment des textes de Tristan Béal (présentés comme une série « L’école de… »), ainsi que des regrettés Jean-Michel Muglioni et Guy Desbiens.
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À la rubrique thématique « École » du présent site https://www.mezetulle.fr/essai-sommaire-thematique/ où les lecteurs pourront retrouver, entre autres, les textes plus récents de Jean-Michel Muglioni, Tristan Béal et Guy Desbiens, ceux de Marie Perret, Sébastien Duffort, Charles Coutel. On lira aussi les analyses de Dania Tchalik sur l’enseignement musical dans les conservatoires, terrains de choix pour l’expérimentation de la bienpensance pédagogiste. La liste des textes par auteurs est consultable ici : https://www.mezetulle.fr/tables-auteurs/.
Notes
1 – S’il faut donner des noms, citons les plus remarquables et les plus médiatiques, dans l’ordre chronologique. Jean Foucambert surnommé « l’ayatollah de la lecture », Louis Legrand auteur d’un « rapport » mémorable très apprécié de la gauche politique, et bien sûr Philippe Meirieu qui en a vu d’autres et qui ne manque jamais d’expliquer que si l’école échoue, c’est qu’on n’a pas encore assez réformé (vous en reprendrez bien une louche?).
2 – Voir l’article de Jorge Morales sur le pamphlet de Grégory Chambat L’école des réac-publicains, la pédagogie noire du FN et des néo-conservateurs, (Libertalia, 2016) : https://www.mezetulle.fr/lecole-des-reac-publicains-un-brulot-contre-linstruction-publique-qui-se-croit-subversif/
4 – Recension par Jorge Morales sur Mezetulle https://www.mezetulle.fr/la-desinstruction-nationale-de-rene-chiche-lu-par-jorge-morales/