La psychiatrisation des dissidents de l’islam (I) par S. Elmansour et Q. Bérard

Première partie

Les apostats de l’islam ont le double courage de répudier une dogmatique et d’en révéler publiquement la logique. Un livre récent, principalement composé autour d’entretiens, leur a été consacré : Sonya Zadig Les enfants perdus de la République. Ils ont quitté l’islam au péril de leur vie (Fayard 2025). Quentin Bérard et Sofia Elmansour1 l’ont lu et font état ici de leur déception. Fourmillant d’erreurs et d’approximations, pauvrement documenté, méthodologiquement discutable, centré sur la mise en valeur de son auteur, cet ouvrage commet un « contresens total » en présentant les apostats en « enfants perdus de la République ». Aveugle aux différents types d’apostasie et surtout à la dimension indéniablement émancipatrice et politique de cette dernière, il renouvelle un grand classique de la neutralisation de la dissidence : sa psychiatrisation.

Première partie

Seconde partie [prochainement en ligne]

Le besoin de vérité est plus sacré qu’aucun autre. Il n’en est pourtant jamais fait mention.
On a peur de lire quand on s’est une fois rendu compte de la quantité et de l’énormité des faussetés matérielles étalées sans honte, même dans les livres des auteurs les plus réputés.
On lit alors comme on boirait l’eau d’un puits douteux.
Simone Weil2

Les apostats sont les dissidents de l’islam

Tous les totalitarismes du XXe siècle ont produit leurs dissidents, dont la seule existence est d’une importance capitale, à plus d’un titre.

Ils incarnent le courage, courage physique bien souvent mais surtout courage intellectuel de celui qui ose rompre avec un système idéologique, démontrant par là que si l’être humain est fondamentalement un être de croyance, il peut, aussi, être une volonté de vérité. Mais ces ex-partisans renseignent également, et c’est à ce titre qu’ils sont pourchassés, sur la réalité interne du parti, du régime, du dogme qu’ils trahissent ainsi deux fois, la première fois en la répudiant, la seconde en la dénonçant publiquement, révélant au monde ses monstruosités occultées et sa logique profonde. Enfin, les dissidents libèrent la critique en dissolvant les disqualifications rituellement employées par les endoctrinés : la « germanophobie » jetée à la tête des critiques de l’Allemagne hitlérienne n’avait pas plus de consistance que l’ « anti­communisme primaire » dont on accusait le dénonciateur de la Russie des goulags face aux opposants issus de leurs propres rangs. Il en est de même, mutadis mutandis, avec l’accusation d’« islamophobie », et les dissidents de l’islam que sont les apostats3.

Ces ex-musulmans, dont nous sommes4, sont de plus en plus nombreux, depuis quelques décennies, à se déclarer publiquement comme tels un peu partout sur la planète5. En contrebalançant l’expansion, l’intensification et la radicalisation de l’islamisation mondiale, ils représentent une lueur inestimable dans cet obscurantisme qui s’avance, et particulièrement en terres européennes, notamment française où le nombre de musulmans double tous les quinze ans. Pour­tant, leur rupture d’avec l’hétéronomie islamique reste encore quasiment invisible, inaudible, insignifiante auprès du plus grand nombre – et toujours inconcevable pour les adorateurs de Mahomet.

« En vérité, ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi,
et laissent augmenter encore leur mécréance,
leur repentir ne sera jamais accepté.
Ceux-là sont vraiment les égarés.
 »
Le Coran, Sourate 3 verset 90

Les enfants perdus de la République

Pour ces raisons, le livre de Sonya Zadig, Les enfants perdus de la République. Ils ont quitté l’islam au péril de leur vie6, bénéficiant d’un soutien médiatique conséquent dès sa publication en novembre 2025, aurait pu, aurait dû être un jalon. L’auteur d’origine tunisienne qui se définit comme « franco-tunisienne, psychologue clinicienne, psy­chanalyste, linguiste et écrivaine », présente une série d’entretiens, massivement menés par téléphone, au sein de deux groupes d’apostats français7.

Prometteur, voire attendu, éventuellement séduisant lors d’une lecture rapide, l’ouvrage s’avère profondément déce­vant. D’une grande confusion derrière une phraséologie pseudo-savante, il est fondamentalement biaisé par les conceptions ego-idéologiques de son auteur qui s’est en réalité livrée à une mise en scène d’elle-même (dans la continuité de ses trois auto-fictions précédentes8) sous prétexte d’enquête – au point que nombre d’apostats interrogés, et d’abord parmi ceux qui l’avaient promue, crient au scandale en dénonçant publiquement la falsification de leurs témoi­gnages – l’auteur se plaignant, en retour, de menaces reçues et de doxxing (dévoilement) de son identité réelle, sans avancer de preuve, et fermant son blog personnel…

Annoncée, puis vantée auprès d’eux comme une « recherche scientifique universitaire », la démarche de Sonya Zadig (qui se proclame à l’occasion « doctorante ») ne l’est en rien : elle n’est ni « universitaire »9, puisque menée hors de tout cadre officiel et même de toute collaboration10, ni « scientifique », puisque ne s’encombrant d’aucune espèce de méthodologie digne de ce nom, fût-elle seulement journalistique, et ce n’est absolument pas une « recherche » puisque l’auteur adapte la réalité à ses présupposés, sans même sembler s’en soucier. L’ensemble fourmille d’erreurs factuelles, d’omissions, d’approximations, de généralisations, de contradictions et de confusions plus ou moins masquées par un style péremptoire et passablement narcissique puisque, s’il n’est question que de Sonya Zadig au début et à la fin du livre, elle parvient, au milieu, à faire des apostats qu’elle interroge les ventriloques de ses propres ob­sessions, comme on le verra.

Du titre

Il faut avant tout s’arrêter au titre. La référence est évidente au livre-événement paru en 2002 Les territoires perdus de la République11 qui décrivait, à travers maints témoignages, la sécession de quartiers entiers, notamment de banlieues des grandes villes, tombant dans le communautarisme, l’antisémitisme, le racisme, le sexisme et l’islamisme. Plus de vingt ans plus tard, en annonçant parler des « enfants perdus de la République », on s’attend à ce que Sonya Zadig évoque à nouveau cette jeunesse ensauvagée cernée par les bandes djihado-salafistes, les gangs du narco-banditisme, les mafias de pédo-prostitution ou les multiples psychopathies plus ou moins criminelles. Non pas : tout à l’opposé, l’auteur évoque ceux qui ont quitté l’is­lam, refusé les règles de la Charia, brisé la soumission aux superstitions mahométanes, pour embrasser l’athéisme, la liberté de conscience, l’égalité des sexes, la fraternité et la recherche commune de la vérité, bref et quoi qu’on entende par là, la République. L’auteur peut bien expliquer (p. 31) que les apostats sont en, France, bien moins reconnus et entendus que les musulmans, il faut alors qu’elle précise qu’il s’agit de la République islamique – et la référence au livre dirigé par Bensoussan s’effondre aussitôt (notons qu’à la même page Sonya Zadig diagnostique comme « délirant » de considérer qu’il existe une « installation insidieuse de la « charia » » dans certains endroits du territoire français, puis affirme l’inverse).

Le contresens est donc total : les apostats de l’islam sont l’exact contraire des « enfants perdus de la République », ce sont de nouveaux enfants de la République. Et ces « enfants » ne sont en rien perdus, sinon pour l’islam – et l’on s’étonne que soit ainsi reprise texto l’accusation traditionnellement formulée à l’encontre de celui qui sortirait de la prison mentale d’Allah – : les apostats se sont tout au contraire trouvés, très précisément, dans l’apostasie, chacun d’eux et entre eux, et c’est bien ce qu’ils ne cessent de répéter. A contrario, plus loin dans le livre, l’auteur les qualifie d’« enfants de la modernité ». Mais, d’ailleurs et surtout, les personnes qu’elle interroge ne sont pas des « enfants », ce sont des adultes véritables tous majeurs de 18 à 60 ans (p. 246) et de véritables adultes puisqu’ils se sont affranchis d’eux-mêmes de leurs déterminations socio-culturelles. Si l’Oumma musulmane, la communauté matricielle des croyants, ne connaît effectivement que des enfants, la République est par définition un rassemblement d’adultes se donnant leurs propres lois ; les apostats quittent la première et rejoignent la seconde. Enfin, pas plus, comme l’annonce le sous-titre, les apostats ne sont sortis de l’islam « au péril de leur vie » – si les périls sont réels et multiples, comme pour quiconque prend le chemin de l’émancipation, bien peu, ici du moins et pour l’instant et c’est déjà trop, risquent réellement leur vie, quoique l’auteur ait sciemment sélectionné les parcours les plus douloureux. Dramatisation ou­trancière renforcée s’il était besoin par la photo de couverture, menaçante, glauque et sombre, l’ombre de jeunes dans la nuit évoquant les films « Orange mécanique », « La Nuit des morts-vivants » ou « La Haine ».

La couverture du livre résume son contenu : racoleur, contradictoire, faux, voire suspect et, surtout, dépolitisant et infantilisant sans cesse les apostats, présentés continuellement comme des souffreteux en attente d’un sauveur ou d’une thérapeute. La recension critique de l’ouvrage nous permettra, pensons-nous, de dégager quelque matière à penser l’apostasie, ses impasses et ses promesses, et sans doute celles de notre pauvre époque elle-même.

1 – Une « recherche » sans mémoire et sans méthode

De quelques prédécesseurs et de quelques livres

Sans parler de nos propres études12 on cherchera en vain dans ce livre une simple mention de Waleed Al-Husseini, athée et réfugié palestinien à Paris, fondateur du Conseil des ex-musulmans de France (CEMF) en 2012, et inspirateur de beaucoup d’entre nous, auteur de Blasphémateur ! Dans les prisons d’Allah (Grasset, 2015) puis de Une trahison française : les collabora­tionnistes de l’islam radical dévoilé (Ring 2017). Aucune trace non plus de Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante laïque et féministe, auteur de j’ai choisi d’être libre. Rescapée du salafisme en France (Flammarion, 2016) et de Plus jamais voilée, plus jamais violée (L’Observatoire, 2018) ni de Djemila Benhabib (Ma vie à contre-coran – une femme témoigne sur les islamistes, Éditions VLB éditeurs 2009) ni de la célèbre Taslima Nasreen et son Enfance, au féminin13 et encore moins de la moins célèbre Samira Bellil auteur de Dans l’enfer des tournantes (Folio 2003) – en voilà, pourtant, une « enfant perdue »… Passons sur les « classiques » de la génération précédente, dont tout apostat militant a au moins entendu parler tout autant que, on l’espère, une Sonya Zadig qui n’en pipe pourtant mot, comme Adonis14, Nawal El Saadawi15 Hamed Abdel-Samad16 ou bien sûr Ibn Warraq auteur, entre autres, de Pourquoi je ne suis pas musulman (Éditions L’Âge d’Homme, 1995).

Mais sans doute ces figures sont-elles trop lointaines pour Sonya Zadig. Pourtant, ses contemporains apostats sont légion, à commencer par les créateurs de podcasts17 et les « youtubeurs » du mouvement des apostats, qui produisent depuis des années, et dont certains ne seront vraiment cités qu’en fin d’ouvrage et que pour en dénoncer la notoriété, comme Majid Oukacha, figure apostate pourtant centrale, dont les ouvrages fondateurs sont délibérément escamotés, comme Il était une foi, l’islam… l’histoire de celui qui voulait diviniser pour mieux régner, (Éditions Tatamis, 2015) ou le plus récent Ex-Musulman : le guide de survie (Éditions Libertaria, janvier 2025). Totalement ignorées malgré leur renommée sont, par exemple, Nadia El Fani, réalisatrice, entre autres du documentaire Laïcité, Inch’Allah ! en 2011, Ibtissame Lachgar, activiste athée et féministe depuis des années, cofondatrice en 2009 du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI)18 et emprisonnée depuis août dernier au Maroc pour son engagement ainsi que, bien évidemment, son ex-comparse, Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie Hebdo, qui a médiatisé comme personne jusqu’ici l’apostasie sur les plateaux de télévision de 2016 à 2020 (avant son errance narcissique suivie de son abdication pro-Hamas)19, ou encore Abnousse Shalmani, iranienne d’origine, auteur de Khomeiny, Sade et moi en 2014. À ce propos, n’évoquons pas, par charité, le mouvement iranien « Femme, Vie, Liberté ! » de 2022 suite à la mort de Mahsa Jîna Amini, qui semble n’avoir jamais existé pour notre enquêtrice-féministe.

Laissons là ces références de cuistre qui auraient malencontreusement pu empêcher Sonya Zadig de se déclarer en 2024 quasiment seule femme libre issue du monde arabo-musulman et qui ne sera reconnue telle que par les historiens du futur20. Après tout, l’orgueil, même démesuré, n’empêche pas toujours de faire un bon travail.

De l’intention de « recherche »…

Mais si l’auteur ignore ses prédécesseurs et ne cite qu’en annexe, et en passant, la thèse de doctorat qui l’a précé­dée sur le sujet21, elle ne semble pas non plus trop connaître la teneur de son propre travail. Car, que cherche Sonya Zadig chez les apostats ? Ici, le choix est généreusement laissé au lecteur : ainsi, son sujet de recherche consiste tantôt à savoir ce que quittent les apostats, d’une religion ou d’un héritage pré-islamique (p. 8) ; tantôt à cerner les raisons profondes d’une telle rupture (p. 14) ; tantôt à dévoiler les mécanismes conscients et inconscients qui les poussent à s’or­ganiser en cercle (p. 10) ; tantôt à montrer qu’ils recréent ainsi une communauté religieuse identique à l’islam honni (c’est sa grande thèse, p. 13) ; tantôt à se demander si ce cercle est un lieu de partage ou de passage (p. 124) ; tantôt à comprendre l’émergence de ce discours militant dans la société (p. 121), etc. De toute façon, à l’issue de sa lecture, le lecteur n’aura obtenu aucune réponse à ces questions, sinon l’avis de l’auteur, qui évolue aussi au fil des pages.

De la méthodologie

Sonya Zadig ne semble pas, non plus, avoir la moindre idée de ce que l’on entend par méthodologie et personne de compétent ne semble avoir relu son texte. Ce fait est d’autant plus intrigant qu’elle a signé et fait éditer un ouvrage clinique de facture universitaire remplissant tous les critères de rigueur minimale22 dont elle s’affranchit ici avec une impu­dence confondante. Ainsi, elle fait fi des acquis de la sociologie, de l’ethnologie ou même de la psycho-sociologie, de l’ethno­psychiatrie, de la socio-psychanalyse, de la psychanalyse des groupes ou de l’analyse institutionnelle23, dont elle ne semble jamais avoir entendu parler : elle plaque ex abrupto sa seule grille psychanalytique sur des processus collectifs, groupaux, sociaux, culturels, politiques et anthropologiques. Le résultat est prévisible : tout est rabattu sur des mécanismes psychiques individuels, conduisant Zadig à ne rien comprendre à la dimension militante de l’apostasie.

L’auteur aurait mené 243 entretiens (le chiffre varie) en deux ans – en réalité, moins de cinq mois24 (en soi, c’est déjà une prouesse25) – sans qu’aucun n’ait jamais été enregistré26, fait qu’elle justifie par un prétendu refus des volontaires, dont certains affirment publiquement le contraire. Aucun traitement quantitatif ne sera mené et les quelques chiffres fournis en annexes servent d’alibi (sexe, âge, niveau d’étude et continent d’origine), ce qui n’empêche en rien les généralisations aléatoires de pulluler : « les apostats » ; « la plupart » ; « tous » ; « toutes » ; « la majorité », etc., tout en précisant, et c’est bien commode, qu’« il y a autant d’apostasies que de sujets » (p. 37). On lit, par exemple, que les « premiers bains sonores de l’enfance » ont été une « exposition constante aux psalmodies coraniques » : la « conséquence clinique immédiatement décelable dans le discours des Apostats concerne la question de l’ancrage inconscient de cette langue musicale du Coran » (p. 157). Problème : aucune distinction n’est faite entre natifs musulmans (supposés arabophones de naissance) et convertis (supposément francophones) et pas davantage entre les différences d’intensité des pratiques religieuses domestiques. Idem lorsqu’elle assène, étrangement, que l’âge d’Aïcha lors de son mariage avec Mahomet (9 ans) constitue la première raison d’apostasier (p. 211), ce qui ne pourrait valoir que dans un sous-groupe bien précis. Etc.

Et c’est bien là le problème : sur ces centaines d’entretiens, seuls une trentaine ont été sélectionnés (15 femmes et 17 hommes) pour être cités dans le livre (les « verbatim » se faisant donc de mémoire.) sans que l’on sache sur quels critères puisque, si l’auteur assure (p. 243) qu’elle est « bien entendu, consciente qu’il y a un biais de sélection », elle ne dévoilera jamais lequel – ce genre de formule magique à visée performative est fréquente dans le livre. A posteriori, on peut le déduire : avec une sur-représentation des convertis (7 hommes sur 17 et aucune femme), n’ont, in fine, été retenus que les témoignages de personnalités « très attachées à la religion, certaines décrivant une grande ferveur religieuse voire une radicalisation à la période adolescente. » (p. 214), comme il est noté en annexe et présen­té, pourquoi pas ?, comme une découverte. Il ne saurait donc être question, dans tout le livre, d’une autre apostasie que celle passée par l’extrémisme, donc souffrante, nous y reviendrons.

Mais avant d’en venir à ces biais ego-idéologiques inévitablement provoqués par l’absence totale de cadre de travail, il faut évoquer les cas avérés de ventriloquie.

2 – Falsifications et ventriloquie

Auteur d’auto-fictions redondantes, Sonya Zadig invente ici l’auto-entretien, qui consiste à mettre ses propres mots dans la bouche de l’interviewé, réalisant le rêve de tout étudiant en sciences humaines, rencontrant des « acteurs de terrain » qui formuleraient d’eux-mêmes, et dans ses propres termes, les présupposés et l’hypothèse du chercheur pour valider ainsi, prémonitoirement, ses propres conclusions27.

Du fond

On renverra ici à la vidéo de dénonciation de ces procédés28, où quatre apostats témoignent et relèvent patiemment les falsifications grossières de leur propos. Ainsi « Amir Apostat » (de 1h à 2h00) dénonce « ses » propos « rapportés » par Zadig, qu’il qualifie de « faux », tout comme son prétendu refus d’être enregistré. Par exemple p. 135 : « Le conditionnement était en marche, il n’y avait plus de livres à la maison, plus de musique, rien qu’Allah ! Pour le petit garçon que j’étais, l’islam était une évidence, c’était LA Vérité. Même si, gamin, j’avais pu avoir des doutes, c’était rapidement étouffé par ma mère » alors qu’en réalité, musiques et livres ont toujours circulé librement dans la famille d’Amir, sa mère, même voilée, continuant de fredonner joyeusement les Beatles – mère que Zadig lui fait ensuite dénoncer toujours hors de toute réalité : « D’ailleurs, ce sont les femmes qui nourrissent ces réprobations. Mon père ne se mêlait pas de notre éducation, le patriarcat et la misogynie m’ont été directement transmis par ma mère. » (p. 136). De plus,et contrairement à ce que la psychanalyste lui fait dire,il ne se sent pas du tout « étranger » vis-à-vis de ses proches restés dans l’islam. Même les termes qu’elle met dans sa bouche ne sont pas les siens, il en relève quelques-uns : « femmes prolétaires chevronnées de l’islam » (p. 136) ; «c’était mon identité l’islam, il était cousu à même ma peau » (p. 137) ;« étranger à la oumma ». De même « Jack le fou », que Zadig convoque p. 224 : « [il] m’a donné « tribune » pour présenter mon projet d’écrire un livre sur les Apostats et ne m’a posé qu’une seule question « Que pensez-vous du mariage d’Aïcha avec le prophète de l’islam ? » – l’intéressé dément catégoriquement (à 1h23) et renvoie à l’enregistrement de l’échange29, confondant pour Sonya Zadig puisque son hôte l’interroge à pro­pos de ce projet d’« enquête », sur sa définition de l’apostasie (minimale et éthérée), sa méthodologie (vaporeuse), ses collaborations (inexistantes), etc. Dans cette même vidéo, Amir Apostat se fait également le porte-parole d’une apostate dont le témoignage, p. 74 du livre30, a été rendu « archi-faux » afin de le rendre « scabreux » et que l’intéressée dénonce en ces termes sur le forum du « Cercle des Apostats » :

«  j’ ai fait confiance, elle à ajouté des éléments mensongers autour du sexe et de la prétendu violence de ma mère ( archi faux) le but étant de rendre mon témoignage scabreux et pathos…ça m’ a choqué et blessé…/…Je lui ai dis que ma mère était assez dure avec moi quand j’ était ado, qu’ elle était attaché au fait qu’il une fille doit filer droit…, je pense que c’ est le cas ds beaucoup de famille maghrébine…. Et elle a transformé cela en  » Enfance atroce marqué par des violences physiques » […] j’ était trop choquée par ses mensonges , à ce niveau la, ce ne sont pas des erreurs c’ est de la manipulation, j’ avais l’ impression d’ être une pauvre meuf qu’i se fait prendre par toute la cité dans une cave et qui fait tout pour préserver un  » Honneur  » de façade, ça m’ à dégoutée ».
(N.B. Nous avons conservé l’orthographe d’origine)

Plus indirectement, Zadig assène dans ses premières pages que « la judéophilie appuyée, voire le soutien à Israël, est un marqueur de la sortie de l’islam » (p. 20), ce qui n’est, là encore, que prendre ses désirs pour la réalité : s’il est exact que l’antijudaïsme musulman incorporé s’évanouit dès la consommation de la première tranche de jambon, il ne s’ensuit nullement une inversion qui passerait par un soutien indéfectible à l’État hébreu ni une adoration fascinée pour les Juifs. Pour beaucoup d’entre nous, un juif devient alors comparable à n’importe quel autre individu et considéré comme un égal, ni plus, ni moins.

De la forme

La trace de l’auteur se lit même dans les formulations des prétendus « verbatim » (rappelons qu’aucun entretien n’a été enregistré), qui reprennent telles quelles ses tournures psychologisantes. Ainsi Zineb, 42 ans, voit à l’adolescence « l’étau » de la violence de sa mère se « sceller » (p. 63) ou encore se demande (p. 65) pourquoi sa mère a intériorisé « la séquestration psychique et corporelle de sa communauté » ou Ayoub, 25 ans, qui confie (p. 158-159) « qu’il y a un complexe maternel chez les musulmans ; le cordon ne se coupe pas, il est solidement noué par un mé­lange d’amour, de culpabilité et de terreur. Sortir de l’islam est difficile à cause de cette ligature, sortir devient une trahison à la mère. ». De même, Najet, 19 ans, issue d’une famille salafiste : « Mon père était absent, une figure périphé­rique […] Contrairement aux idées reçues, c’est un matriarcat, l’islam, ce sont les femmes qui tirent les ficelles et qui sont le rouage clé du moteur islamique ! », découvrant son homosexualité à 12 ans, la même évoque « un tsunami psychique » (p. 107). Omar confie, à propos de la bienveillance et de l’hospitalité des Français qu’il découvre en arrivant dans le pays : « Ça m’a décompensé un doute paranoïaque, je me sentais coupable » (p. 136) ; Marwan, 26 ans, arrivé en France il y a 8 ans, formule de lui-même l’hypothèse de Sonya Zadig : « Le Cercle des Apostats [… ] il y a cette tentation dangereuse de former une oumma à l’envers, l’oumma des kouffars » (p. 148) et dit avoir été « un exilé du même, du pareil » (p. 148), parle du « matriarcat dans l’oumma » qui « perpétue le patriarcat » y voyant « sûrement un bénéfice secondaire caché » avant d’immédiatement ajouter : « je ne sais pas c’est vous la psy ! » – tous s’accordent en tous cas pour déléguer leur parole à l’auteur… qui semble s’y résoudre à son corps dé­fendant, comme on le voit.

Plus inexplicable, la multiplication de l’image de la « sortie » de l’islam, au sens littéral : « Il ne faut pas croire que c’est facile de sortir de là […] alors vous imaginez le vide que j’ai ressenti quand j’ai claqué la porte ». / « Quand je vois ce qui se passe, le prosélytisme musulman sur TikTok, j’ai trop peur pour mes filles, je préfère sortir ! » « Je n’en veux plus, je sors ! » / « Y rester aurait été insensé voire suicidaire, je suis sortie ! » / « Mon regret est d’avoir mis trop de temps à sortir » / « Quand j’ai compris cela, je suis sorti… » / ça m’a pris une semaine et je suis sorti ! » « je me suis dit : soit je deviens Daechien soit je sors. Et je suis sorti ! » 31, etc. jusqu’au sous-titre de l’ouvrage « « Ils ont décidé de sortir de l’islam au péril de leur vie ». Au point que Daniel Sibony avoue, dans sa préface (p. 13), qu’« on aimerait appeler ces apostats les sortants ». Problème : une simple visite des multiples témoi­gnages des chaînes et podcasts d’apostats montre immédiatement que ce leitmotiv n’existe… que dans le livre de Sonya Zadig32.

3 – Non-sens, contradictions et confusions

Sans rigueur dans sa démarche, l’auteur réécrit les entretiens et les dénature pour y trouver ses propres présuppo­sés, mais multiplie également les contresens, contradictions, confusions. Relevons-en quelques-uns.

Sa seule définition du terme « apostasie » (p. 19) est inconsistante et le mot est confondu avec « athée », jamais défini non plus. Dans une note, l’auteur précise réserver la majuscule (« Apostat ») aux partici­pants du « Cercle des Apostats » (quid des interviewés venant d’ailleurs ?), puis n’en tient plus compte quelques pages plus loin. Même confusion concernant les différentes expressions présentées comme équivalentes ni jamais claire­ment distinguées comme « islam-culture-religion » ou « culture-religion » ou « culture d’origine » ou encore « religion islamique » ou « éducation musulmane » ou « endoctrinement islamique », etc. L’approximation et les erreurs manifestes traversent tout l’ouvrage et l’on pourrait presque s’arrêter à chaque page.

Ainsi, Zadig, perspicace, note qu’une Larissa « parle au présent lorsqu’elle évoque ses souvenirs d’enfance, comme si la douleur était toujours là », sauf que le récit de Larissa est transcrit au passé simple et à l’imparfait (p. 84-85). On est d’ailleurs frappé, d’une manière générale, par l’absence courante de rapport entre le contenu des en­tretiens donnés à lire et l’analyse qui le suit immédiatement, et dans les deux sens : l’un parle de sa circoncision comme d’un moment qui l’a « traumatisé » (p. 151) sans que notre psychanalyste n’en souffle mot (nous y reviendrons) ; elle disserte en revanche du « rejet de la France » qu’éprouve telle apostate (p. 81) alors que celle-ci déplore au contraire la haine du pays d’accueil par sa communauté (p. 75) ; etc. Les formulations sont d’ailleurs souvent confuses : « Que les mères soient nées en France ou y soient arrivées jeunes, le vécu psychique d’exclusion ne varie pas, surtout [?] dans les milieux défavorisés » (p. 60) ; « Les récits des ex-musulmans ont [sic] d’ailleurs des misères [sic] et des privations sociales, qui atteignent des degrés tels…  » (p. 82), etc. (on dirait la rubrique « Rue des petites perles » du Canard Enchaîné). Ailleurs, l’auteur tient à ce que les apostats soient assignés à l’islam par « les Français dits « de souche » et l’illustre immédiatement par l’exemple d’un apostat racontant « que ses enfants se font harceler à l’école par leurs pe­tits camarades musulmans parce qu’ils ne mangent pas halal et ne font pas le Ramadan » Plus loin, p. 219-220, Zadig se moque de ce « principal du collège […] s’étonnant d’apprendre que l’on pouvait s’appeler Mounir sans être musulman » – l’auteur, suffoquée par une telle violence, fait-elle semblant d’ignorer qu’en France on déplace tous les jours des enseignants pour bien moins que ça ? Le « au péril de leur vie » promis de la couverture ne semble concerner que certaines personnes.

Même pas : tout en reconnaissant que notre apostasie nous expose à de réelles menaces (« Leurs détracteurs peuvent insulter, harceler, doxxer, troller, diffamer, appeler à la haine, menacer de mort sans courir le moindre risque, en restant cachés. Les Apostats ne sont que trop exposés à ce genre de persécution », p. 221) elle précise une page plus loin que notre anonymat et le choix de pseudonymes n’ont d’autre fonction que « d’accroître les fantasmes de toute-puissance de ceux qui les portent » et d’ouvrir la voie « au déchaînement des pulsions agressives et destructrices ». Ainsi, si nous affirmons que « Sonya Zadig » est également un pseudonyme, mettons-nous à jour sa perversion ou sa vulnérabilité33 ? De même (cf. infra), elle adjure les apostats de se désigner autrement qu’en référence à la religion abhorrée (d’où l’obsession des « sortants » ?) mais elle se réclame, elle, d’un « post-islam ». D’ailleurs, elle se dit apostate, sans vraiment l’être tout en l’étant, mais ne le dit pas sauf quand elle l’affirme… avant de se dédire ailleurs.

Le livre entier baigne dans cette joyeuse confusion à laquelle notre époque s’habitue et qui offre à son auteur la possibilité, enviable, de noyer les critiques argumentées dans des arguties plus ou mois séduisantes et, surtout, de se couler dans le désir de l’interlocuteur. Si la langue de bois était le style de l’apparatchik, la langue de caoutchouc celui de l’idéologue fatigué34, la langue confuse d’aujourd’hui semble celle de l’opportuniste.

Lire la seconde partie [prochainement en ligne]

Notes

1– Sofia Elmansour, militante athée, auteur de plusieurs articles sur l’émancipation sociale et politique, membre de Lieux Communs, est la rédactrice principale de ce texte qui a été publié, dans une version plus longue, sur le site Lieux Communs https://collectiflieuxcommuns.fr/?1221-De-la-psychiatrisation-des-dissidents-de-l-islam-12. Quentin Bérard publie régulièrement dans Mezetulle https://www.mezetulle.fr/author/quenber/

2 – « Il y a des hommes qui travaillent huit heures par jour et font le grand effort de lire le soir pour s’instruire. Ils ne peuvent pas se livrer à des vérifications dans les grandes bibliothèques. Ils croient le livre sur parole. On n’a pas le droit de leur donner à manger du faux. Quel sens cela a-t-il d’alléguer que les auteurs sont de bonne foi ? Eux ne travaillent pas physiquement huit heures par jour. La société les nourrit pour qu’ils aient le loisir et se donnent la peine d’éviter l’erreur. Un aiguilleur cause d’un déraillement serait mal accueilli en alléguant qu’il est de bonne foi. ». « Les besoins de l’âme ; La vérité » Première partie de L’enracinement (1943, éd. Gallimard 1990) URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?618-Les-besoins-de-l-ame-La-verite

3 – Sur les convergences entre l’islam contemporain et le totalitarisme, cf. « Islamisme, totalitarisme, impérialisme », brochure Lieux Communs n°21bis, Islamismes, islamogauchisme, islamophobie. Seconde partie : Islam, extrême droite, totalitarisme, de la guerre à la domination, août 2016. URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?870-Islamisme-totalitarisme

4– Sofia Elmansour, membre du forum du Cercle des apostats depuis fin 2022 et de Lieux Communs, est la rédactrice principale de ce texte. Cf note 1

5– Y compris au cœur même de l’islam : Voir le très documenté texte de Dominique Avon, « L’athéisme face aux pays majoritairement musulmans ». Carnet de recherche de l’IPRA (16/12/2015) URL : https://ipra.hypotheses.org/45

6 – Fayard, novembre 2025, préface de Daniel Sibony.

7 – Le forum en ligne « Le Cercle des Apostats » (créé sur le serveur Discord en août 2022) et les auditeurs de la chaîne YouTube de l’athée « Jack le fou ».

8 Soumise, Récit (2020) ; À corps perdu, Roman (2022) ; À corps retrouvé, Roman (2024), tous publiés aux éditions L’Harmattan-Replica et présentés par l’auteur comme des « auto-fictions ».

9 – L’auteur s’est plainte d’avoir été censurée par les Presses Universitaires de France, là aussi sans avancer d’information vérifiable.

10 – Cf. Vidéo « Échange avec Sonya Zadig : Sommes-nous les enfants perdus de la république ? » le 23/11/2025 URL : https://www.youtube.com/watch?v=Y1s2pTnj1Ko Notons que nous passons ici outre lavertissement (à 1h16) selon lequel elle n’acceptera la critique « que de ses pairs universitaires ».

11 – Les Territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire. Ed. Mille et une nuits, 2002. Collectif, sous la direction d’Emmanuel Brenner (pseudonyme de Georges Bensoussan).

12 – Ainsi, sur l’apostasie elle-même, on consultera notre émission « Offensive sonore » sur Radio Libertaire « Waleed Al Husseini, un athée en « terre d’islam » » de mai 2017 (URL : https://offensivesonore.blogspot.com/2017/05/walleed-waleed-al-husseini-un-athee-en.html) ou notre texte « Menacer Zineb, L’imaginaire de l’islamisme ordinaire », février 2021 (URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?1045-Menacer-Zineb-1-3). Mentionnons également notre prochaine émission diffusée les 1er et 15 mai 2026 « Les enjeux politiques de l’apostasie » par le podcast « Hérétiques » : https://heretiques.fr/

Sur l’islam et l’islamisme, sur l’immigration, sur les soulèvements arabes de 2011, renvoyons notamment à nos différentes brochures comme Les soulèvements arabes face au vide occidental : l’exemple tunisien, mai et avril 2011 (Brochure Lieux Communs n°17 & 17 bis, URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?490-les-soulevements-arabes-face-au) ; Malaises dans l’identité Malaises, mai 2012 (Brochure Lieux Communs n°19, URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?589- ) ; Islamismes, islamogauchisme, islamophobie, janvier et novembre 2015 (Brochure Lieux Communs n°21 & 21bis, URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?837-en-banlieue-l-islamisme) ; La fin de l’immigration. Réalités troublantes et mensonges déconcertants, mars 2020 (Brochure Lieux Communs n°25, URL: https://collectiflieuxcommuns.fr/?1006-Quatrieme-de-la-brochure-no25).

13 – 1er tome de son autobiographie, Stock, 1998. Libres de le dire , coécrit avec Caroline Fourest, Flammarion, 2010. Prix Simone-de-Beauvoir en 2008 à Paris.

14 – Violence et islam. Entretiens avec Houria Abdelouahed de Adonis, Seuil, 2015.

15 – (1931-2021), écrivain et psychiatre, auteur entre autres de : La Femme et le Sexe, ou Les souffrances d’une malheureuse opprimée essai paru en 1967 traduit par d’Abdelhamid Drissi Messouad, Éditions L’Harmattan, Paris, 2017

16 – Mon Adieu du Ciel (« Mein Abschied vom Himmel », Éditions Droemer Knaur, 2010)

17– Citons entre autres le podcast créé par Soraya, membre active du Cercle des apostats qui recueille les témoignages de femmes pour la plupart apostates de l’islam : « La Révolution Des Cœurs » (septembre 2024), podcast dédié à « l’émancipation des femmes de culture arabo-musulmane », inexplicablement oublié par l’auteur. URL : https://www.youtube.com/@R%C3%A9volutionDesCoeurs

18 – Qui réclame notamment l’abrogation de l’article 222 du Code pénal marocain punissant d’un à six mois d’emprisonnement et d’une amende de 200 à 500 dirhams quiconque « notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion »

19 – Cf « Menacer Zineb », op. cit.

20 – « Portrait #31 : Sonya Zadig, une femme entièrement libre », URL : https://www.youtube.com/watch?v=UkrL0mDnOeM

21– Houssame Bentabet : Abandon de l’islam : de l’irréligiosité au reniement de la foi chez les musulmans en France (L’Harmattan, 2020), sociologue, consultant et formateur auprès de Convivencia, agence de lobbyisme pro-religions. Cf. notre « Cartographie des mouvances anti-Lumières », juin 2021, URL : https://collectiflieuxcommuns.fr/?1102-Cartographie-des-mouvances-anti-Lumieres

22 – Traitement de la maladie psychique en terre d’Islam. Étude de la dépression chez les femmes tunisiennes post-Printemps arabe. L’Harmattan, 2023.

23 – Cf. G. Mendel et le groupe Desgenette pour la socio-psychanalyse, D. Anzieu et R. Kaës pour la psychanalyse des groupes, G. Lapassade et R. Lourau pour l’analyse institutionnelle.

24 – Premier appel à témoin lancé sur le Discord du « Cercle des apostats » début mars 2024, puis chez « Jack Le Fou » le 11 mars 2024 ; le 5 juillet 2024, « MoMo » transmet aux membres du Cercle un message de Zadig : « Je vous annonce que les entretiens sont désormais clos. Vous avez été 249 [sic] apostats à me parler et surtout à m’apprendre. Place maintenant à l’écriture. [] »

25 – Les auteurs du présent texte ont quelques expériences d’entretiens semi-directifs en psycho-sociologie et ethnographie : le recueil et l’exploitation de quelques dizaines en une année universitaire est déjà un travail bien conséquent, lorsqu’on travaille à côté par ailleurs comme c’est le cas de l’auteur.

26– Seul « Jack Le fou » a gardé trace de son échange avec Zadig, qu’il met à disposition sur sa chaîne. Cf. infra.

27 – On passera sur quelques données ethnographiques non sourcées et que l’on nous permettra de considérer comme particulièrement douteuses comme celle-ci : « Il y a dans les dialectes arabes, notamment au Maghreb, une précaution langagière très répandue que doit respecter le locuteur musulman, qui consiste à éviter de prononcer le mot JE. « Que Dieu nous protège du mot Je ! » est l’expression préliminaire pour parler de soi. Les enfants qui disent ana [je], sont automatiquement repris et souvent avec véhémence : « Kif ana ? Yatik darba al ANA ! » [Comment Moi ? que tu sois frappé sur ta partie la plus intime !]. ».

28 – Vidéo (à partir d’1h50) sur la chaîne d’Amir Apostat « Alerte Santé – La FreudoScience nous a infiltré » (sic) (26/11/2025) URL https://www.youtube.com/watch?v=2m_I6NlXDW4 Sur le Cercle des Apostats (Discord), sont postées de vives réactions : « je me desavoue de Sonya Zadig après avoir vu que mon histoire a ete modifié pas a 50% mais a 500% […] je suis forcément déçu et dégoûté pour les espoirs et l’énergie gâche » / « je la laisse avec ses délires psychanalitiques et ses obsessions, le chapitre est clos pour ma part …. J’ espère qu’ un jour un autre projet de ce genre Vera le jour pour porter notre voix avec plus de rigueur » (l’orthographe d’origine est conservée)

29 « JackLeFou et vous /2 » 11 mars 2024 : https://www.youtube.com/live/ETokJfqj4WY (de 50’ jusqu’à 1h13).

30« [Ma mère] était une femme dépressive qui nous faisait subir des choses atroces y compris la violence physique » […] comme beaucoup de Maghrébines, je m’autorisais les rapports anaux pour ne pas déshonorer ma famille » (p. 75).

31– pp. 76, 77, 96 , 113, 137, 148, 155, 162.

32 – Un autre exemple : la généralisation de l’expression « je suis apostat Hamdoullah [grâce à Dieu] », qui sonne comme une invention de S. Zadig dans le but d’ alimenter sa thèse selon laquelle l’apostat ne s’émanciperait jamais totalement de l’islam – « Apostat grâce à Dieu ! » étant d’ailleurs le premier titre envisagé par l’auteur (Video PORTRAIT #31: Sonya Zadig, une femme entièrement libre, op. cit.).

33 – « Certains » lui indiquent que leur « démarche était subversive » ; et d’autres « qu’ils visaient la satire », remarque dont elle fait fi (p. 221).

34 – Castoriadis C. ; « De la langue de bois à la langue de caoutchouc » [1978] in Quelle démocratie ? Tome 1 (Écrits politiques, 1945-1997, III), Éditions du Sandre, Paris, 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.