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« Islamophobie » : le retour du délit de blasphème au programme du prétendu « Nouveau Front populaire »

Soutien à Philippe Val et à Henri Pena-Ruiz

Le prétendu « Nouveau Front populaire », avec l’usage décomplexé et réitéré des termes « islamophobie » et « islamophobe » – désignant des discours dont, selon lui, il faudrait sanctionner les auteurs – propose le retour du délit de blasphème. Cela est fondé sur un glissement sémantique qu’il convient d’analyser et de dénoncer.
Une telle proposition liberticide n’a rien d’étonnant venant d’une formation dont on connaît par ailleurs les positions, les alliances et les méthodes. Mais qui s’étonnera que cette férocité bigote trouve des appuis discrets et apeurés dans les habituels conseils de « modération » à l’égard de ceux qui exercent la liberté d’expression, comme si cette dernière se dégradait quand on s’en sert ?

« Islamophobie » : un sophisme pour rétablir le délit de blasphème

En prenant connaissance du programme diffusé par le soi-disant « Nouveau Front populaire »1, je remarque ces passages (c’est moi qui surligne) :

« Lutter contre toutes les formes de racisme, contre l’antisémitisme et l’islamophobie
Au moment où l’extrême droite menace, nous rappelons que la parole et les actes racistes, antisémites et islamophobes se propagent dans toute la société et connaissent une explosion inquiétante, sans précédent. Aucune tolérance n’est de mise face à ces menaces et à ces comportements, d’où qu’ils viennent. S’attaquer à nos compatriotes pour leur couleur de peau ou leur religion supposée ou réelle, c’est s’attaquer à la République. En voir certains quitter ou vouloir quitter notre pays est un échec collectif.
Nous nous engageons à :
– Donner à la justice les moyens de poursuivre et de sanctionner les auteurs de propos ou d’actes racistes, islamophobes et antisémites.
[…] Une autre haine [que l’antisémitisme] cible particulièrement les musulmans ou les personnes assimilées à cette religion. Elle découle notamment de l’omniprésence des discours islamophobes dans certains médias, de presse écrite ou audiovisuelle.
Nous proposerons un plan interministériel pour comprendre, prévenir et lutter contre l’islamophobie en France, et contre ses effets sur ceux qui la subissent.»

La mise en parallèle entre « antisémitisme » et « islamophobie » est en elle-même à la fois une erreur et une faute morale. Mais, en présentant le terme « islamophobie » comme une évidence pour désigner un délit, elle suppose, en amont, un tour de passe-passe sémantique très répandu : l’analogie entre les termes comportant le suffixe -phobie (homophobie, transphobie, christianophobie, islamophobie…). C’est cette analogie qui installe le terme « islamophobie » comme une évidence comparable à certains comportements délictueux et qui, en aval, commande l’équivalence sémantique avec le terme « antisémitisme ». Je propose de remonter à cette analogie initiale pour la dénoncer par une analyse très simple accessible à tout locuteur de langue française.

Précisons d’abord que le suffixe -phobie ne signifie pas seulement « peur », « fuite », « évitement », ou même « détestation », « haine », mais peut désigner aussi une position critique.

L’analogie avec d’autres termes en -phobie est approximative car elle ne se fait que sur la considération du suffixe et non pas sur celle du mot entier, qui comprend aussi un radical. Or la nature de ce radical change bien des choses. Les trois exemples ci-dessous schématisent et balisent la gamme des variations de sens dans l’application du terme : s’applique-t-il à des personnes, à des doctrines, tantôt à des personnes tantôt à des doctrines ? On voit bien que la réponse à ces questions détermine le caractère délictueux ou non d’une position, d’un propos : s’en prendre à des personnes est un délit, alors que s’en prendre à des doctrines, à des idées n’en est pas un et relève de la liberté d’expression.

  • Quand on dit « homophobie », le radical « homo- » désigne les homosexuels : donc le mot « homophobie » ne peut s’appliquer qu’à des personnes.
  • Quand on dit « christianophobie » cela peut s’appliquer à une doctrine, le christianisme, ou/et à des personnes adeptes de cette doctrine, les chrétiens.
  • Quand on dit « islamophobie », cela ne peut s’appliquer qu’à une doctrine et jamais à des personnes. En effet en français on appelle les adeptes de l’islam « musulmans », et jamais leur nom n’est formé sur le radical « islam ». Donc l’islamophobie n’est en aucun cas un délit. Se déclarer anti-musulman en est un.

Ne nous laissons pas piéger par une analogie qui ne s’appuie que sur la moitié d’un mot. Accepter l’analogie entre « homophobie » et « islamophobie » c’est accepter un sophisme destiné à produire la proposition fausse : « l’islamophobe hait les musulmans comme l’homophobe hait les homosexuels ». L’islamophobie ne peut jamais s’appliquer à des personnes et Philippe Val2 en se déclarant islamophobe, Henri Pena-Ruiz en déclarant naguère qu’« on a le droit d’être athéophobe comme on a le droit d’être islamophobe »3 ne commettent aucun délit.

Ici l’argumentation sémantique rejoint l’argumentation philosophique et juridique : fuir une religion, l’éviter comme la peste, la critiquer, en dire tout le mal qu’on en pense, la caricaturer, la présenter sous des termes grossiers, et même la haïr, rien de tout cela n’est un délit. Il faut soutenir Philippe Val comme il fallait soutenir Henri Pena-Ruiz en 2019.

Cela est parfaitement clair. Quand on écrit « islamophobie » dans un programme politique au lieu d’écrire « haine envers les musulmans », c’est qu’on veut rétablir le délit de blasphème, qui est une variante du délit d’opinion. C’est exactement et délibérément ce que fait le programme du prétendu « Nouveau Front populaire ». C’est ce que cautionnent les déclarations bienpensantes qui invitent à soutenir ce programme en prétextant qu’il faut bien casser quelques œufs (« mettre de côté quelques divergences ») pour faire l’omelette « de gauche » toujours si religieusement désirable.

À quoi bon la liberté d’expression s’il ne faut l’exercer qu’avec modération ?

Mais que dire des soutiens que cette proposition ouvertement liberticide trouve dans des conseils de modération si répandus çà et là ? Je les résume : « certes se déclarer islamophobe n’est pas un délit, mais de telles déclarations [i.e. celle de Philippe Val] sont-elles opportunes maintenant ? dans les circonstances actuelles est-ce bien judicieux  » ? Autrement dit : est-il opportun d’exercer la liberté d’expression, n’y a-t-il pas des situations où on ferait bien de ne pas l’exercer et d’attendre que les choses se calment ?

Avec ce type de raisonnement, on pourra toujours trouver que « les circonstances actuelles » rendent inopportune une déclaration comme celle de Philippe Val. En bref : on pourra toujours trouver qu’il vaut mieux se taire, être conciliant, rester modéré, se demander si ça fait avancer les choses, éviter les propos « brutaux ».

Cette position est consternante : elle introduit des degrés dans l’exercice de la liberté d’opinion dont il y aurait de mauvais usages, inopportuns, excessifs, selon les circonstances4.

Or la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas : il faut au contraire l’exercer jusqu’à son comble et la mettre à l’épreuve pour qu’elle existe. À quoi bon la liberté d’expression, si elle ne vaut qu’opportunément et pour des propos modérés ? Quelle différence, en l’occurrence, entre un appel à rester mesuré et un appel à ne pas proférer de « blasphème » ? Il faut donc soutenir Philippe Val, comme il fallait soutenir Henri Pena-Ruiz en 2019, précisément parce que leurs propos donnent la mesure de la liberté d’expression, précisément parce qu’ils ne s’en tiennent pas à une déclaration tiède qui accepte toutes les compromissions.

D’autre part, et en l’occurrence, s’il y a risque et absence d’opportunité à se déclarer islamophobe, c’est pour l’auteur de la déclaration, et lui seul, qui s’expose à devenir une cible pour l’islamisme. Mais apparemment il ne serait pas opportun de soutenir Philippe Val (comme il ne l’était pas de soutenir Henri Pena-Ruiz), de s’engager à ses côtés, il serait opportun et judicieux d’être apeuré par une déclaration qu’on n’est pas loin de qualifier d’« irresponsable » ? Il serait opportun et judicieux, devant « la montée de l’extrême droite » de regarder l’islamisme avec modération ? Il serait opportun et judicieux de se pincer le nez doctement en entendant ce que d’autres ont le courage de dire, il serait opportun et judicieux de se demander « si cela fait avancer la question » ? Il serait opportun et judicieux de rester bien tranquille tout en s’offrant le luxe de continuer à lire sans honte Charlie Hebdo ?

« J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent » disait Charb en 2012. On peut aussi avoir peur des laïques qui conseillent (inspirés par quelle peur ?) à d’autres laïques de se taire et de rester mesurés.

Notes

2– « Le rire est-il de droite ? » 15 mai 2024 vidéo avec Thibault Gauthier sur le site du Figaro https://video.lefigaro.fr/figaro/video/le-figaro-la-nuit-avec-philippe-val/ la déclaration en question se trouve à 1h30. Cette déclaration lui a valu les foudres de la Grande mosquée de Paris, qui a dit porter plainte contre lui https://x.com/chemshafiz/status/1791774677544669324 … Philippe Val a répondu le 27 mai 2024 dans cette brève intervention sur Europe 1 https://www.youtube.com/watch?v=7DE3WNzfGbI

3 – Voir sur ce site https://www.mezetulle.fr/soutien-a-henri-pena-ruiz-vise-par-une-tribune-dans-liberation/ . Voici la transcription du passage : «Le racisme, qu’est-ce que c’est ? Mise au point : c’est la mise en question des personnes pour ce qu’elles sont. Mais ce n’est pas la mise en question de la religion. On a le droit, disait le regretté Charb, disait mon ami Stéphane Charbonnier, assassiné par les frères Kouachi en janvier 2015. On a le droit d’être athéophobe comme on a le droit d’être islamophobe. En revanche, on n’a pas le droit de rejeter des hommes ou des femmes parce qu’ils sont musulmans. Le racisme, et ne dévions jamais de cette définition sinon nous affaiblirons la lutte antiraciste, le racisme c’est la mise en cause d’un peuple ou d’un homme ou d’une femme comme tel. Le racisme antimusulman est un délit. La critique de l’islam, la critique du catholicisme, la critique de l’humanisme athée n’en est pas un. On a le droit d’être athéophobe, comme on a le droit d’être islamophobe, comme on a le droit d’être cathophobe. En revanche, on n’a pas le droit d’être homophobe, pourquoi ? Parce que le rejet des homosexuels vise les personnes. » publié par Libération le 26 août 2019 https://www.liberation.fr/checknews/2019/08/26/qu-a-dit-henri-pena-ruiz-sur-le-droit-d-etre-islamophobe-lors-de-l-universite-d-ete-de-la-france-ins_1747363/

4 – Je me permets de renvoyer à l’article « La liberté comme forme. Le cycliste et le censeur » en ligne sur le site d’archives http://www.mezetulle.net/article-6304754.html et au développement philosophique qui le sous-tend : « Liberté philosophique et libertés formelles » http://www.mezetulle.net/article-33092130.html

IEP Grenoble. À quoi sert le mot « islamophobie » ? Halte à l’intimidation !

À nouveau, l’accusation d’islamophobie frappe. Charb en faisait déjà l’analyse dans son livre posthume Lettre aux escrocs de l’islamophobie1. Deux professeurs ont vu ces derniers jours leurs noms placardés sur les murs de l’IEP de Grenoble sous ce grief qui se veut infamant et par lequel un groupuscule tente, toute honte bue, de déclencher un mouvement qui s’apparente à un lynchage. Allons-nous encore longtemps laisser les lieux académiques livrés à de telles intimidations ? Comme l’écrit l’historien Eric Anceau dans un tweet : « tout universitaire qui se respecte, et ce quelles que soient ses idées, devrait se sentir solidaire et soutenir ces deux collègues que je ne connais pas »2.

On sait que l’accusation d’islamophobie a pour fonction de fermer la bouche à toute critique de l’islam ou de ce qui se prétend islamique. On sait qu’un tel appel au silence et à la contrition peut encourager le meurtre soi-disant vengeur d’une prétendue offense requalifiée mensongèrement en « racisme » et de ce fait déguisée en délit.

Quoi de plus légitime que de s’interroger sur ce mot et sur son usage ? S’interroger sur la pertinence du terme islamophobie : c’est précisément ce que les prétendus étudiants inquisiteurs reprochent à un des professeurs dont le nom est sauvagement livré à l’opprobre3… l’autre professeur étant tout simplement accusé d’avoir soutenu le premier !

C’est peut-être inconvenant aux yeux des nouveaux inquisiteurs (dont on espère qu’ils sont d’opérette, mais l’histoire récente a hélas montré qu’on peut craindre que non), mais il n’est pas raciste de remarquer que le mot islamo/phobie (je l’écris exprès en deux parties) ne peut jamais, pour des raisons lexicales que tout lecteur peut comprendre et a fortiori des universitaires, viser une phobie ou une haine à l’égard de personnes4. Car, en français, le mot « islam » ne désigne pas des personnes mais une doctrine, une religion, un corps de propositions qu’on a parfaitement le droit de craindre et même de haïr. Un universitaire qui les critiquerait, les interrogerait et exercerait sur eux un examen raisonné, ne ferait que son devoir.

Plus généralement, et au niveau du simple citoyen, on a le droit d’être islamophobe sans être pour cela antimusulman : on sait que Henri Pena-Ruiz s’est fait traîner dans la boue pour avoir osé rappeler une distinction élémentaire qui fonde la non-reconnaissance du « blasphème » en droit républicain5. On sait ce qu’il en coûte à Mila d’avoir exercé sa liberté en vertu de cette distinction6.

Se demander si tel ou tel professeur, si tel ou tel citoyen a tenu des propos islamophobes (qu’il faut distinguer de propos antimusulmans), c’est manipuler un processus d’intimidation et de justification de la censure, pour ne pas dire plus. Car même si de tels propos étaient avérés, en quoi seraient-ils constitutifs d’un délit7 ? En revanche, les injures publiques, les diffamations, les menaces sont des actes délictueux : n’inversons pas les rôles et ne nous laissons pas intimider.

J’apprends à l’instant que le parquet de Grenoble ouvre une enquête pour « injures publiques et dégradations ». Les messages menaçants (qui appelleraient peut-être d’autres qualifications) ont été effacés8. Et si l’intimidation avait cessé de fonctionner ? Et si les professeurs cessaient de courber l’échine et de raser les murs ? Et si on cessait de se sentir coupable devant le moindre index imbu d’une fausse science ?

Notes

1 – Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Paris : Les Echappés, 2015. On rappellera aussi, entre autres, Kamel Daoud qui parlait d’inquisition en 2016, Elisabeth Badinter et Caroline Fourest.

3Sur les tenants de l’affaire, lire l’article détaillé d’Hadrien Brachet publié le 5 mars sur le site de Marianne https://www.marianne.net/societe/grenoble-les-noms-de-deux-professeurs-accuses-dislamophobie-placardes-sur-les-murs-de-liep . Voir aussi l’article de Paul Sugy dans Le Figaro du 5 mars https://www.lefigaro.fr/actualite-france/deux-professeurs-de-sciences-po-grenoble-accuses-d-islamophobie-sur-les-murs-de-l-iep-20210305

4 – À la différence de homo/phobie dont le premier composant ne peut désigner que des personnes (car l’homosexualité n’est pas une doctrine). À la différence aussi de christiano/phobie dont le premier composant peut désigner tantôt une doctrine, tantôt des personnes. Le terme islamo/phobie n’est nullement équivoque : en aucun cas il ne peut s’agir de personnes. [Edit 8 mars 21] Ajoutons que le mot « Islam » avec une majuscule initiale désigne une aire d’extension de la religion qui s’écrit « islam » avec une minuscule initiale.

5– Voir sur ce site https://www.mezetulle.fr/soutien-a-henri-pena-ruiz-vise-par-une-tribune-dans-liberation/ . Dans les commentaires du même article, on lira une discussion animée dans laquelle un commentateur prétend que l’islamophobie est un racisme et que le site Mezetulle mériterait un « signalement » pour ce motif.

6 – Voir sur ce site « It hurts my feelings : l’affaire Mila et le nouveau délit de blasphème » https://www.mezetulle.fr/it-hurts-my-feelings-laffaire-mila-et-le-nouveau-delit-de-blaspheme/

7 – Voir sur ce site l’article très argumenté et documenté de François Braize et B.B. magistrat : « Islamophobie : un délit ? » https://www.mezetulle.fr/islamophobie-un-racisme/

8 – De même une collègue (mais oui, le monde universitaire est peuplé de bisounours antiracistes et antifachos!) des deux professeurs visés, les traitant par tweet daté du 6 mars de « négationnistes », a supprimé son compte Twitter. On dirait que les adeptes du Bien commencent à paniquer devant la résistance à l’intimidation en milieu académique et la parole argumentée, documentée, qui se libère à ce sujet : voir l’excellent site Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires.

Soutien à Henri Pena-Ruiz, visé par une tribune dans « Libération »

Le 4 octobre, la version en ligne du journal Libération publiait une tribune signée par un « collectif d’élus et d’acteurs associatifs », intitulée « Islamophobie à gauche : halte à l’aveuglement, au déni, à la complicité ». Cette publication, qui appelle à faire de « l’islamophobie » un délit raciste, ne se contente pas de rabâcher les thèmes du retournement victimaire chers à la mouvance dite « décoloniale » et à l’idiotie utile de l’islamisme meurtrier, elle ne se contente pas de donner une fois de plus les leçons de morale qui excusent l’inexcusable. Elle s’en prend à la personne de Henri Pena-Ruiz1.

En plaçant en « accroche » la photo de Henri Pena-Ruiz agrémentée d’une citation tronquée, en cautionnant les accusations indignes et les violents propos par lesquels certains militants s’en sont pris à lui lors d’une de ses récentes conférences, le texte invite, entre autres, à poursuivre et à accentuer la campagne publique de dénigrement calomnieux dont sa personne est l’objet. Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas lui mettre directement une cible dans le dos ? On se demande vraiment qui tient un « discours de haine ».

Avec un remarquable sens du moment opportun, la tribune est publiée le lendemain du massacre au couteau qui a eu lieu à la préfecture de police de Paris2. La deuxième partie de son titre, rédigée dans un crescendo alarmant (« halte à l’aveuglement, au déni, à la complicité »), pourrait être reprise et retournée aux signataires d’un texte qui donne l’exemple même des procédés qu’il prétend dénoncer.

Notes

2 – Evénement tragique qui s’inscrit dans une série sanglante et à propos duquel est enfin posée publiquement et sans les circonlocutions habituelles la question de l’aveuglement, du déni et de la complicité dont le bras islamiste meurtrier bénéficie depuis tant d’années. Voici ce que j’écrivais sur ce site en janvier 2015 après le massacre à Charlie-Hebdo :

[…] suffira-t-il d’un revers de main pour déraciner les Bastilles qu’on voit s’édifier sous nos yeux depuis belle lurette ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que les accusateurs bienpensants cessent de plastronner et de faire des leçons de morale progressiste, eux qui ont désigné aux tueurs, d’un index coupable, la cible prétendue « islamophobe » ? Est-ce d’un revers de main que nos concitoyens musulmans secoueront l’omerta qui depuis des années les amalgame, tout aussi coupablement, à ce que l’islam a de plus réactionnaire ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que nos concitoyens de culture musulmane engagent massivement le travail critique sans lequel toute religion hégémonique cède à ses monstres ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que ceux qui, parmi eux, effectuent ce travail au risque de leur vie, soient enfin entendus ? Quand cessera-t-on de cautionner le fanatisme au prétexte d’éviter la « stigmatisation » ? 

Edit 12 octobre. À lire aussi
La tribune « Nous apportons notre total soutien à Henri Pena-Ruiz », inspirée par le texte ci-dessus et signée par de nombreuses personnalités, est en ligne sur le site de Libération.

Il y a encore des Bastilles à prendre

« Écrasons l’infâme ! »

Au retour de la démonstration de puissance par un grand peuple qui s’est déployé dimanche 11 janvier pour dire son amour de la liberté en rendant hommage à ses héros et ses martyrs, je relisais ce poème de Victor Hugo.

Je suivais lentement, comme l’onde suit l’onde,
Tout ce peuple, songeant qu’il était dans le monde,
Certes, le fils aîné du vieux peuple romain,
Et qu’il avait un jour, d’un revers de sa main,
Déraciné du sol les tours de la Bastille.
Je m’arrêtai : le suisse avait fermé la grille.
(Victor Hugo, « Rêverie d’un passant à propos d’un roi », Les Feuilles d’automne)

Je me faisais la réflexion que l’arrêt par le suisse dans le poème n’est pas l’arrêt de l’action : il décrit parfaitement le réel incarné par la police hier, présente comme la condition de possibilité de cet immense déploiement de liberté. 

Ma réflexion se portait surtout sur les deux vers précédents. Oui ce grand peuple a déraciné les tours de la Bastille.

Mais suffira-t-il d’un revers de main pour déraciner les Bastilles qu’on voit s’édifier sous nos yeux depuis belle lurette ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que les accusateurs bienpensants cessent de plastronner et de faire des leçons de morale progressiste, eux qui ont désigné aux tueurs, d’un index coupable, la cible prétendue « islamophobe » ? Est-ce d’un revers de main que nos concitoyens musulmans secoueront l’omerta qui depuis des années les amalgame, tout aussi coupablement, à ce que l’islam a de plus réactionnaire ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que nos concitoyens de culture musulmane engagent massivement le travail critique sans lequel toute religion hégémonique cède à ses monstres ? Suffira-t-il d’un revers de main pour que ceux qui, parmi eux, effectuent ce travail au risque de leur vie, soient enfin entendus ? Quand cessera-t-on de cautionner le fanatisme au prétexte d’éviter la « stigmatisation » ? 

Plus que jamais le mot d’ordre voltairien « Écrasons l’infâme ! » est à l’ordre du jour.