Archives de catégorie : Lecture, philosophie générale, littérature, histoire

Sur les fondements ésotériques de l’intersectionnalité

Dans le prolongement d’études antérieures, François Rastier explore, avec une érudition éblouissante, les fondements mystiques de l’intersectionnalité. On y voit réapparaître le schème raciste du darwinisme social, sous la forme de l’homologation de la hiérarchie raciale et de la hiérarchie sexuelle. L’auteur passe en revue les foyers de l’irrationalisme contemporain abrités par le politiquement correct – New Age, culte de la nouvelle Isis, religion kémitiste, eugénisme intersectionnel, transsexualisme, artificialisme post-humaniste, post-féminisme LGBTQI+ et en analyse les racines théosophiques : « tout cela resterait incompréhensible si l’on persistait à ignorer les fondements superstitieux de l’idéologie intersectionnelle ».

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Renier les origines, haïr l’original (par Jean-Pierre Sakoun)

La haine envers les Juifs, haine de la filiation

Pourquoi les Juifs suscitent-ils, depuis des millénaires, une haine si tenace et singulière, irréductible à un racisme ou une xénophobie ordinaires ? Lecteur de Jean-François Lyotard, de Pascal Ory et de François Rachline, Jean-Pierre Sakoun avance et analyse deux thèses pour méditer cette question. L’antériorité chronologique du judaïsme sur les deux autres monothéismes et sa survivance obstinée nourrissent une profonde ambivalence envers cet ancêtre embarrassant qui ne se résout pas à disparaître. Sa persistance est aussi celle d’une vitalité dans l’étude et d’une soif inextinguible de savoir. Non seulement ce peuple ancien s’obstine à exister, mais encore il continue à « briller d’un éclat intellectuel et spirituel propre » : c’est à ce double scandale que s’alimente la haine de la filiation. La logique profonde de l’antisémitisme se révèle alors comme le fruit d’un ressentiment envers une promesse d’universalité et une obligation de mémoire ; en ce sens l’antisémitisme est un antihumanisme.

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La psychiatrisation des dissidents de l’islam (I) par S. Elmansour et Q. Bérard

Première partie

Les apostats de l’islam ont le double courage de répudier une dogmatique et d’en révéler publiquement la logique. Un livre récent, principalement composé autour d’entretiens, leur a été consacré : Sonya Zadig « Les enfants perdus de la République. Ils ont quitté l’islam au péril de leur vie » (Fayard 2025). Quentin Bérard et Sofia Elmansour l’ont lu et font état ici de leur déception. Fourmillant d’erreurs et d’approximations, pauvrement documenté, méthodologiquement discutable, centré sur la mise en valeur de son auteur, cet ouvrage commet un « contresens total » en présentant les apostats en « enfants perdus de la République ». Aveugle aux différents types d’apostasie et surtout à la dimension indéniablement émancipatrice et politique de cette dernière, il renouvelle un grand classique de la neutralisation de la dissidence : sa psychiatrisation.

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« Conduire sa raison » afin de résister en ces temps de « post-vérité »

Nikol Abécassis procède ici à un rappel salutaire. L’usage patient, méthodique et détaillé de la raison universelle, effectué et pensé dès l’Antiquité par la science et la philosophie au prix de ruptures difficiles qui sont autant de conquêtes, témoigne que la condition humaine n’est épuisée ni par l’utile ni par le théologique. Pourvu que cet usage soit sans cesse cultivé et renouvelé, il élève l’humanité à l’autonomie et à la clairvoyance.

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Emmanuel Macron et le « tragique » (par Viviane Niaux)

L’indécence au pouvoir

Viviane Niaux se penche ici sur l’usage présidentiel du terme « tragique ». Elle montre que, en le banalisant et en l’extériorisant, Emmanuel Macron en fait un alibi qui abolit la responsabilité politique.

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IA générative, éducation et idéologie managériale

François Rastier effectue un tour d’horizon analytique au sujet non seulement de l’usage, mais aussi de la promotion pour le moins empressée de l’IA générative en matière d’éducation. Ce zèle pour le « solutionnisme technologique » met à mal la notion même de connaissance qu’il réduit à un inventaire de savoir-faire ; il fait obstacle à la transmission en brouillant l’idée de présence ; il introduit l’idéologie managériale du coaching en quête d’emprise. Il est plus que temps «  de faire de l’école et de l’université les seuls lieux au monde sans écrans et sans IA, condition désormais de la transmission culturelle ».

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L’écriture inclusive par l’absurde

Thierry Foucart enrichit le dossier sur l’écriture inclusive que Mezetulle a ouvert depuis 2014. En prenant et en appliquant à la lettre les injonctions faites au nom de l’écriture inclusive, sa contribution en montre l’absurdité pour tout locuteur francophone. Mais l’absurdité, si elle est en l’occurrence (et comme on en fera l’expérience en lisant ce texte) un sérieux obstacle à la lecture, n’a jamais été un obstacle pour l’imposition d’une idéologie.

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Dossier sur l’écriture inclusive, mise à jour du 22 janvier 2026

Le dossier sur l’écriture inclusive, ouvert sur Mezetulle en 2014, s’enrichit aujourd’hui avec la publication de l’article de Nikol Abécassis « Les délires de l’écriture inclusive ». On trouvera ci-dessous la mise à jour du dossier.

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À relire : « Le père Noël et le droit d’être païen »

Sur un texte de Claude Lévi-Strauss

À relire, en période de Noël, un très bel article de Claude Lévi-Strauss intitulé « Le Père Noël supplicié », paru dans Les Temps modernes n° 77, 1952. Il est bon de… [lire plus]

Retour sur le colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines »

Le colloque « La Palestine et l’Europe », initialement programmé au Collège de France, s’est tenu au Centre Arabe de Recherche et d’Études Politiques de Paris les 13 et 14 novembre 2025. Benjamin Straehli a eu la patience de regarder la diffusion intégrale du colloque, dont l’enregistrement est accessible sur Youtube. L’analyse détaillée et nuancée qu’il en expose ici, soutenue par la logique implacable qu’on lui connaît, n’en souligne que mieux la sévérité de sa conclusion.

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Liberté et oppression

À partir d’une lecture de Simone Weil

Thierry Foucart propose une réflexion sur l’oppression et la liberté. En s’inspirant de la lecture d’un ouvrage de Simone Weil et en s’interrogeant sur l’absence de liberté que, paradoxalement, une « société du temps libre » produirait, il retrouve la thèse la plus forte et la plus éclairante de la conception philosophique classique de la liberté comme maîtrise d’où dérive l’estime de soi. Ainsi, être libre c’est pouvoir se reconnaître comme auteur de ses pensées et de ses actes.

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‘Paradoxes de la pensée progressiste’ d’André Perrin, lu par C. Kintzler

Une anthologie jubilatoire du wokisme

Après ‘Scènes de la vie intellectuelle en France’ (2016), ‘Journal d’un indigné’ (2019) et ‘Postures médiatiques’ (2022), André Perrin poursuit, avec ‘Paradoxes de la pensée progressiste’ chez le même éditeur (L’Artilleur) le florilège des contradictions, propos biaisés, acrobaties verbales, contorsions intellectuelles, perles, mensonges, énormités régulièrement avancés, et avec quel aplomb, par « le camp du bien » dans la bonne presse et sur les chaînes de radio-tv bienpensantes. L’ensemble, récolté et référencé avec minutie, impitoyablement commenté avec une indéfectible bonne humeur, constitue une véritable anthologie du wokisme et de la ‘cancel culture’, sous la forme de « chroniques jubilatoires » rédigées par une plume acérée que les lecteurs de Mezetulle ont souvent eu le bonheur de savourer sous un format plus dispersé et plus modeste.

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‘Chaos’ de S. Rozès et A. Benedetti, « l’imaginaire des peuples » au prisme de la musique, par B. Moysan (III)

Troisième partie : L’imaginaire allemand

Troisième et dernière partie de l’article de Bruno Moysan consacré au commentaire du livre d’entretien de Stéphane Rozès avec Arnaud Benedetti Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples (Paris, Cerf, 2022).

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Boualem Sansal élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique

Samedi 11 octobre, Boualem Sansal, incarcéré arbitrairement dans une prison algérienne depuis le 16 novembre 2024, a été élu membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En honorant, avec son lauréat et son œuvre littéraire, l’esprit de liberté que la littérature rend possible mais dont réciproquement elle a besoin, cette élection honore aussi les membres de l’Académie.

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‘Chaos’ de S. Rozès et A. Benedetti, « l’imaginaire des peuples » au prisme de la musique par B. Moysan (II)

Deuxième partie : L’imaginaire français

Deuxième partie de l’article de Bruno Moysan consacré à la lecture du livre d’entretien de Stéphane Rozès avec Arnaud Benedetti ‘Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples’ (Paris, Cerf, 2022).

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‘Chaos’ de S. Rozès et A. Benedetti, « l’imaginaire des peuples » au prisme de la musique par Bruno Moysan (I)

Première partie : L’imaginaire des peuples selon Stéphane Rozès

Bruno Moysan se livre à une lecture détaillée du livre d’entretien de Stéphane Rozès avec Arnaud Benedetti ‘Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples’ (Paris, Cerf, 2022). Prenant appui sur cette lecture, il élabore ensuite sa propre interprétation – qui s’effectue principalement « au prisme de la musique » – de « l’imaginaire français » et de « l’imaginaire allemand ». L’occasion de cette ample réflexion – que Mezetulle publie en trois parties – lui a été donnée par une recherche sur les interprétations et les mises en scène de la Tétralogie en particulier celle, mémorable, de Pierre Boulez et Patrice Chéreau. Il suffit – écrit-il – d’écouter un peu de musique pour constater que, en dépit de transferts culturels permanents, les compositeurs français et allemands ne sonnent pas tout à fait pareil… Bach, Rameau, Berlioz, Wagner sont porteurs d’une histoire qui est aussi un rapport au monde. »

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Enseignement et mathématiques

Transmettre le goût de l’effort et de la curiosité intellectuelle

Analysant l’échec de l’enseignement des mathématiques, Thierry Foucart propose une réflexion sur l’évolution longue du système éducatif, de plus en plus soumis à l’injonction d’égalitarisme (au motif de démocratisation). La disparition de la « sélection par les maths » a sonné le glas de toute sélection, alors que la réussite en maths était en fait un critère général de travail et de réussite. C’est, conséquemment, dans l’ensemble du système éducatif qu’est ainsi interrompue la transmission aux générations suivantes du goût de l’effort et de la curiosité intellectuelle, des volontés de savoir et de comprendre, essentiels pour acquérir un esprit critique et rationnel. On sait pourtant très bien ce qu’il faudrait faire : recentrer l’école sur l’enseignement des disciplines classiques et écarter toutes les interventions extérieures prenant du temps scolaire.

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Le wokisme, l’indifférenciation et la logique inversée de la victime expiatoire (par Olivier Klein)

Olivier Klein analyse le wokisme, considéré en tant qu’idéologie, à la lumière de la théorie mimétique de René Girard dont il rappelle d’abord les éléments essentiels. La structure mimétique du désir est d’autant plus efficiente et violente que les agents se ressemblent, de sorte que « l’indifférenciation accélère le processus mimétique et son issue violente » ; le groupe échappe à l’auto-destruction par la désignation d’une victime expiatoire. « En visant l’effacement de toutes les différences quelles qu’elles soient, perçues comme discriminatoires », le wokisme accentue le mimétisme, installe la concurrence victimaire, et s’en prend alors à une nouvelle figure du bouc émissaire – l’oppresseur  – ce faisant, il restaure, en l’inversant, la logique sacrificielle.

Mezetulle reprend ici le texte publié le 18 juillet 2025 par la revue Telos en remerciant l’auteur et Telos pour leur aimable autorisation.

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